
Cosmic Realms Above Dhruva, the Pātālas Below, and the Foundation of Pralaya (Ananta–Kāla)
Après la formule de clôture du chapitre précédent, Sūta poursuit l’exposé cosmographique en s’élevant de Dhruva vers Maharloka, Janaloka, Tapoloka et Satyaloka (Brahmaloka), en donnant leurs mesures ainsi que les sages et divinités qui les habitent. Le chapitre passe ensuite de la description des lieux à la voie de délivrance : les ascètes accomplis et les yogin atteignent la « porte unique » de l’état suprême, où l’harmonie (samanvaya) est affirmée sans détour : Viṣṇu est aussi Śaṅkara. Au-dessus de la cité de Brahmā, Rudraloka est dépeint comme un monde resplendissant, ceint de feu, objet de contemplation des sages, accessible aux brahmacārin sans désir et aux proclamateurs du Brahman dévoués à Mahādeva. Le récit redescend ensuite vers les pātāla (à partir de Mahātala), décrivant leurs couleurs, leurs habitants — nāga, asura, rois — et leur splendeur, puis mentionne les enfers situés en dessous. Le chapitre s’achève sur la base du cosmos : Ananta/Śeṣa, manifestation vaiṣṇava, et Kālāgnirudra, le feu du Temps ; de lui naît le Temps qui retire l’univers lors du pralaya, préparant les développements suivants sur la dissolution, le Temps et l’ordonnancement des mondes du karma.
Verse 1
इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे एकचत्वारिंशो ऽध्यायः सूत उवाच ध्रुवादूर्ध्वं महर्लोकः कोटियोजनविस्तृतः / कल्पाधिकारिणस्तत्र संस्थिता द्विजपुङ्गवाः
Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la Saṃhitā de six mille vers, dans la section Pūrva-bhāga, s’achève le quarante-et-unième chapitre. Sūta dit : Au-dessus de Dhruva se trouve Maharloka, s’étendant sur un koṭi de yojanas. Là demeurent les plus éminents sages deux-fois-nés, investis de l’autorité sur les cycles de création (kalpa).
Verse 2
जनलोको महर्लोकात् तथा कोटिद्वयातमकः / सनन्दनादयस्तत्र संस्थिता ब्रह्मणः सुताः
Au-dessus de Maharloka se trouve Janaloka, s’étendant jusqu’à la mesure de deux koṭis ; là demeurent Sanandana et les autres sages—fils de Brahmā—solidement établis en ce domaine.
Verse 3
जलोकात् तपोलोकः कोटित्रयसमन्वितः / वैराजास्तत्र वै देवाः स्थिता दाहविवर्जिताः
Au-delà de ce monde se trouve Tapoloka, s’étendant sur trois koṭis ; là demeurent les divinités Vairāja, établies et exemptes de toute brûlure—sans chaleur, déclin ni souffrance.
Verse 4
प्राजापत्यात् सत्यलोकः कोटिषट्केन संयुतः / अपुनर्मारकास्तत्र ब्रह्मलोकस्तु स स्मृतः
Au-delà du domaine de Prajāpati se trouve Satyaloka, s’étendant sur six koṭis ; là, les êtres ne sont soumis ni au retour ni à la mort ; cette région est tenue pour Brahmaloka.
Verse 5
अत्र लोकगुरुर्ब्रह्मा विश्वात्मा विश्वतोमुखः / आस्ते स योगिभिर्नित्यं पीत्वा योगामृतं परम्
Ici, Brahmā—précepteur des mondes, Âme universelle, Celui dont le visage est partout—demeure à jamais parmi les yogins, ayant bu le nectar suprême du Yoga.
Verse 6
विशन्ति यतयः शान्ता नैष्ठिका ब्रह्मचारिणः / योगिनस्तापसाः सिद्धा जापकाः परमेष्ठिनम्
Les yatis paisibles—brahmacārins inébranlables, yogins, ascètes accomplis, siddhas et dévots récitant le mantra—entrent en le Seigneur suprême (Parameṣṭhin).
Verse 7
द्वारं तद्योगिनामेकं गच्छतां परमं पदम् / तत्र गत्वा न शोचन्ति स विष्णुः स च शङ्करः
Pour les yogins qui aspirent à l’état suprême, il n’existe qu’une seule porte. L’ayant atteinte, ils ne s’affligent plus—Il est Viṣṇu, et Il est aussi Śaṅkara (Śiva).
Verse 8
सूर्यकोटिप्रतीकाशं पुरं तस्य दुरासदम् / न मे वर्णयितुं शक्यं ज्वालामालासमाकुलम्
Cette cité brillait de l’éclat de dix millions de soleils et demeurait inabordable. Je ne puis la décrire : elle était de toutes parts encombrée de guirlandes et d’amas de flammes.
Verse 9
तत्र नारायणस्यापि भवनं ब्रह्मणः पुरे / शेते तत्र हरिः श्रीमान् मायी मायामयः परः
Là, dans la cité céleste de Brahmā, se dresse aussi la demeure de Nārāyaṇa. Là repose le glorieux Hari—Celui qui manie la Māyā, qui pénètre tout en tant que Māyā, et qui demeure pourtant le Suprême Transcendant.
Verse 10
स विष्णुलोकः कथितः पुनरावृत्तिवर्जितः / यान्ति तत्र महात्मानो ये प्रपन्ना जनार्दनम्
Ainsi a été décrit le séjour de Viṣṇu, exempt de retour (renaissance). Les grandes âmes y parviennent : celles qui ont pris refuge en Janārdana.
Verse 11
ऊर्ध्वं तद् ब्रह्मसदनात् पुरं ज्योतिर्मयं शुभम् / वह्निना च परिक्षिप्तं तत्रास्ते भगवान् भवः
Au-dessus du séjour de Brahmā se trouve une cité bénie, faite de pure lumière. Enceinte de feu sacré, le Seigneur Bhava (Śiva) y demeure.
Verse 12
देव्या सह महादेवश्चिन्त्यमानो मनीषिभिः / योगिभिः शतसाहस्त्रैर्भूतै रुद्रैश्च संवृतः
Mahādeva, avec la Déesse, était contemplé par les sages ; il était entouré de centaines de milliers de yogin, ainsi que de cohortes d’êtres et de Rudra.
Verse 13
तत्र ते यान्ति नियता द्विजा वै ब्रह्मचारिणः / मदादेवपराः शान्तास्तापसा ब्रह्मवादिनः
Là, s’avancent avec discipline les deux-fois-nés, brahmacārin : ascètes paisibles, dévoués à moi en tant que Mahādeva, et proclamateurs du Brahman.
Verse 14
निर्ममा निरहङ्काराः कामक्रोधविवर्जिताः / द्रक्ष्यन्ति ब्रह्मणा युक्ता रुद्रलोकः स वै स्मृतः
Ceux qui sont sans attachement ni ego, dépourvus de désir et de colère—unis au Brahman—verront cet état suprême. Ce domaine est rappelé comme Rudraloka, le monde de Rudra.
Verse 15
एते सप्त महालोकाः पृथिव्याः परिकीर्तिताः / महातलादयश्चाधः पातालाः सन्ति वै द्विजाः
Ces sept grands mondes liés à la terre ont été décrits. Et au-dessous—à commencer par Mahātala—se trouvent les royaumes souterrains (Pātāla), ô deux-fois-nés.
Verse 16
महातलं च पातालं सर्वरत्नोपशोभितम् / प्रासादैर्विविधैः शुभ्रैर्देवतायतनैर्युतम्
Mahātala et Pātāla resplendissent de toutes sortes de joyaux ; ils sont ornés de palais variés, d’une blancheur éclatante, et pourvus de sanctuaires des dieux.
Verse 17
अनन्तेन च संयुक्तं मुचुकुन्देन धीमता / नृपेण बलिना चैव पातालस्वर्गवासिना
Il s’allia aussi à Ananta et au sage Mucukunda ; de même au puissant roi Bali, qui demeure en Pātāla tout en jouissant du séjour céleste.
Verse 18
शैलं रसातलं विप्राः शार्करं हि तलातलम् / पीतं सुतलमित्युक्तं नितलं विद्रुमप्रभम् / सितं हि वितलं प्रोक्तं तलं चैव सितेतरम्
Ô brāhmaṇas, on dit que Rasātala est rocheux comme une montagne ; Talātala est, en vérité, tout de gravier. Sutala est décrit comme jaune ; Nitala brille d’un éclat de corail. Vitala est proclamé blanc, et Tala d’une teinte autre que le blanc.
Verse 19
सुपर्णेन मुनिश्रेष्ठास्तथा वासुकिना शुभम् / रसातलमिति ख्यातं तथान्यैश्च निषेवितम्
Ô meilleurs des sages, ce séjour de bon augure—connu sous le nom de Rasātala—était fréquenté par Suparṇa (Garuḍa) et par Vāsuki, et bien d’autres encore y venaient.
Verse 20
विरोचनहिरण्याक्षतक्षकाद्यैश्च सेवितम् / तलातलमिति ख्यातं सर्वशोभासमन्वितम्
Servi par Virocana, Hiraṇyākṣa, Takṣaka et d’autres, il est renommé Talātala, paré de toutes les splendeurs.
Verse 21
वैनतेयादिभिश्चैव कालनेमिपुरोगमैः / पूर्वदेवैः समाकीर्णं सुतलं च तथापरैः
Sutala, de même, est rempli de Vainateya (Garuḍa) et d’autres, avec Kālanemi à leur tête, ainsi que des anciens dieux, et d’autres êtres encore.
Verse 22
नितलं यवनाद्यैश्च तारकाग्निमुखैस्तथा / महान्तकाद्यैर्नागैश्च प्रह्मादेनासुरेण च
Dans la région souterraine nommée Nītala demeurent les Yavanas et d’autres, ainsi que des êtres tels que Tāraka et Agnimukha. Elle est aussi peuplée de Nāgas, à commencer par Mahāntaka, et de l’Asura nommé Brahmāde (Brahmāda).
Verse 23
वितलं चैव विख्यातं कम्बलाहीन्द्रसेवितम् / महाजम्भेन वीरेण हयग्रीवेण वै तथा
Et (au-dessous) se trouve le royaume renommé appelé Vitala, servi par les seigneurs nāga Kambala et Ahīndra, ainsi que par les vaillants Mahājambha et Hayagrīva.
Verse 24
शङ्कुकर्णेन संभिन्नं तथा नमुचिपूर्वकैः / तथान्यैर्विवधैर्नागैस्तलं चैव सुशोभनम्
Cette région (du monde inférieur) fut percée par Śaṅkukarṇa, ainsi que par Namuci et d’autres; et par de nombreux Nāgas de formes diverses—si bien que le monde souterrain brillait d’un grand éclat.
Verse 25
तेषामधस्तान्नरका मायाद्याः परिकीर्तिताः / पापिनस्तेषु पच्यन्ते न ते वर्णयितुं क्षमाः
Au-dessous de ces (mondes) se trouvent les enfers—à commencer par Māyā—ainsi que l’enseigne la tradition. Là, les pécheurs sont « cuits » (tourmentés) par le fruit de leurs propres méfaits; on ne saurait les décrire entièrement.
Verse 26
पातालानामधश्चास्ते शेषाख्या वैष्णवी तनुः / कालाग्निरुद्रो योगात्मा नारसिंहो ऽपि माधवः
Au-dessous des Pātālas se tient l’incarnation vaiṣṇava connue sous le nom de Śeṣa. Il est aussi Kālāgnirudra—Rudra, le Feu du Temps—dont l’essence est le Yoga; et il est encore Mādhava, se manifestant également en Nārasiṁha.
Verse 27
यो ऽनन्तः पठ्येते देवो नागरूपी जनार्दनः / तदाधारमिदं सर्वं स कालाग्निमपाश्रितः
Ce Dieu que l’on récite sous le nom d’Ananta—Janārdana sous la forme du Serpent cosmique—sur Lui repose l’univers tout entier ; et Lui, demeurant dans (et au-delà de) le feu du Temps, subsiste comme le fondement suprême de tout.
Verse 28
तमाविश्य महायोगी कालस्तद्वदनोत्थितः / विषज्वालामयो ऽन्ते ऽसौ जगत् संहरति स्वयम्
En entrant en Lui, le Temps—le grand Yogin, né de sa bouche—devient à la fin une masse de flammes vénéneuses et, de lui-même, retire l’univers dans la dissolution.
Verse 29
सहस्त्रमायो ऽप्रतिमः संहर्ता शङ्करोद्भवः / तामसी शांभवी मूर्तिः कालो लोकप्रकालनः
Lui, aux mille puissances de māyā, sans égal, le Dissolveur—issu de Śaṅkara ; sa forme Śāmbhava est tāmasique (liée à la dissolution). Il est le Temps lui-même, régulateur et mûrisseur des mondes.
It states that the ‘single gateway’ for yogins is the supreme Lord who is Viṣṇu and also Śaṅkara, and it places Nārāyaṇa’s mansion within Brahmā’s city while also describing a luminous Rudraloka above—harmonizing both as supreme-access points.
Śeṣa (Ananta) is the cosmic support and a Vaiṣṇava embodiment identified with Kālāgnirudra; Time emerges from him, becomes a fiery, poisonous force at the end, and withdraws the universe into dissolution—linking ontology (support) with eschatology (pralaya).
Not as a formal manual; however, it foregrounds brahmacarya, tapas, yoga, and desirelessness as qualifications for reaching Rudraloka/Brahmaloka and for attaining the ‘single gateway,’ anticipating later doctrinal expansions often associated with Varnāśrama discipline and Śaiva yogic frames.