Adhyaya 28
Moksha Sadhana PrakaranaAdhyaya 28149 Verses

Adhyaya 28

Multi-form Manifestations, Indra–Kāma Incarnations, Pravāha, and the Twofold Buddhi (Sense-Discipline and Exclusive Refuge in Viṣṇu)

Poursuivant le dialogue entre Kṛṣṇa et Garuḍa, ce chapitre expose d’abord des identités à naissances multiples et à formes multiples (Satī renaît en Pārvatī ; Vāruṇī comme Śrī/Lakṣmī liée à Śeṣa/Balabhadra), montrant comment une unique présence divine peut se manifester par strates pour accompagner les avatāra. Garuḍa interroge ensuite les « équivalences » perçues entre certaines figures (telle Jāmbavatī), et Kṛṣṇa répond que l’« égalité » vient de la pénétration d’une présence divine supérieure, tout en conservant des degrés de puissance. Vient une théologie énumérative : sept formes d’Indra (dont Arjuna/Mantradyumna, Vāli/Purandara, Gādhi, Vikukṣi, Kuśa) et des formes de Kāma (Pradyumna, liens avec Sudarśana, Skanda, Sanatkumāra), ainsi que la double nature d’Aniruddha et la double manifestation de Rati. Le récit introduit ensuite Pravāha/Ativāha et une série de serments de vérité proclamant Viṣṇu comme le Suprême, et affirmant la réalité du jīva, d’Īśvara, de la matière et de la différence réelle. Enfin, le propos passe de la doctrine à la pratique : analyse des pouvoirs des sens (entendre/voir) et de l’appétit, critique du « bain vain » lorsqu’il s’accompagne d’illusion, et identification des « deux épouses » comme deux formes de buddhi—superstition rituelle corrompue versus intelligence pure ordonnant l’adoration de Viṣṇu seul—préparant l’histoire suivante de Pravāha et les conséquences d’un refuge juste ou erroné.

Shlokas

Verse 1

नाम सप्तविंशो ऽध्यायः या पूर्वसर्गे दक्षपुत्री सती तु रुद्रस्य पत्नी दक्षयज्ञे स्वदेहम् / विसृज्य सा मेनकायां च जज्ञे धराधराद्धेमवतो वै सकाशात्

Ainsi est nommé le « Chapitre vingt-sept » : Satī, fille de Dakṣa et épouse de Rudra dans le cycle de création antérieur, ayant abandonné son propre corps au sacrifice de Dakṣa, renaquit en Menakā, issue d’Himavat, le porteur des montagnes.

Verse 2

सा पार्वता रुद्रपत्नी खगेन्द्र या शेषपत्नी वारुणी नाम पूर्वा / सैवागता बलभद्रेण रन्तुं द्विरूपमास्थाय महापतिव्रता

Ô roi des oiseaux (Garuda), elle fut Pārvatā, épouse de Rudra ; et jadis elle se nommait aussi Vāruṇī, l’épouse de Śeṣa. Cette grande pativratā vint jouer avec Balabhadra, prenant une forme double.

Verse 3

श्रीरित्याख्या इन्दिरावेशयुक्ता तस्या द्वितीया प्रतिमा मेघरूपा / शेषण रूपेण यदा हि वीन्द्र तपश्चचार विष्णुना सार्धमेव

Elle est connue sous le nom de Śrī, habitée par la présence intérieure d’Indirā (Lakṣmī). Sa seconde manifestation est de forme nuageuse. Et lorsque Vīndra accomplit des austérités sous l’aspect de Śeṣa, il les accomplit avec Viṣṇu lui-même.

Verse 4

तदैव देवी वारुणी शेषपत्नी तपश्च क्रे इन्दिराप्रीतये च / तदा प्रीता इन्दिरा सुप्रसन्ना उवाच तां वारुणीं शेषपत्नीम्

À cet instant, la déesse Vāruṇī, épouse de Śeṣa, entreprit des austérités pour plaire à Indirā (Lakṣmī). Indirā, comblée et toute gracieuse, s’adressa alors à Vāruṇī, la femme de Śeṣa.

Verse 5

यदा रामो वैष्णवांशेन युक्तः संपत्स्यते भूतले रौहिणेयः / मय्यावेशात्संयुता त्वं तु भद्रे श्रीरित्याख्या वलभद्रस्य रन्तुम्

Lorsque Rāma — Rauhiṇeya, fils de Rohiṇī — descendra sur la terre, porteur d’une part de Viṣṇu, alors toi aussi, ô bienheureuse, unie par Ma présence intérieure, tu te manifesteras sous le nom de Śrī afin de réjouir (et d’accompagner) Balabhadra.

Verse 6

संपत्स्यसे नात्र विचार्यमस्तीत्युक्त्वा सा वै प्रययौ विष्णुलोके / श्रीलक्ष्म्यंशाच्छ्रीरितीड्यां समाख्यां लब्ध्वा लोके शेषपत्नी बभूव

Disant : «Tu l’obtiendras assurément — ici, il n’y a rien à mettre en doute», elle partit véritablement vers le séjour de Viṣṇu. Et, étant une part de Śrī-Lakṣmī, elle reçut le nom vénérable de «Śrī» et, dans le monde, devint l’épouse de Śeṣa.

Verse 7

यदाहीशो विपुलामुद्धरेच्च तदा रामः श्रीभिदासंगमे च / करोति तोषत्सर्वदा वै रमायास्तस्याप्यावेशो व्यंस्त्रितमोनसंगम्

Lorsque le Seigneur suprême soulève l’immense (la terre/le fardeau), alors Rāma aussi — au saint confluent associé à Śrī — réjouit sans cesse Ramā (Lakṣmī). Par sa seule entrée (āveśa), l’enchevêtrement du mental est dissipé et dispersé.

Verse 8

या रेवती रैवतस्यैव पुत्री सा वारुणी बलभद्रस्य पत्नी / सौपर्णनाम्नी बलपत्नी खगेन्द्र यास्तास्तिस्रः षड्विष्णोश्च स्त्रीभ्यः / द्विगुणाधमा रुद्रशेषादिकेभ्यो दशाधमा त्वं विजानीहि पौत्र

Revatī, fille de Raivata, et Vāruṇī, épouse de Balabhadra, ainsi que Sauparṇā, épouse de Bala — ô seigneur des oiseaux — ces trois-là sont comptées parmi les six épouses liées à Viṣṇu. Sache, ô petit-fils, que (leur rang) est deux fois inférieur à celui de Rudra, de Śeṣa et des autres semblables, et dix fois inférieur selon une autre mesure énoncée.

Verse 9

गरुड उवाच / रामेण रन्तुं सर्वदा वारुणी तु पुत्रीत्वमापे रेवतस्यैव सुभ्रूः / एवं त्रिरूपा वारुणी शेषपत्नी द्विरूपभूता पार्वती रुद्रपत्नी

Garuḍa dit : Désirant toujours se divertir avec Rāma, Vāruṇī — aux beaux sourcils — obtint la condition de fille du roi Revata. Ainsi Vāruṇī devint triple de forme, en tant qu’épouse de Śeṣa ; et Pārvatī, devenue double de forme, devint l’épouse de Rudra.

Verse 10

नीचाया जांबवत्याश्च शेषसाम्यं च कुत्रचित् / श्रूयते च मया कृष्ण निमित्तं ब्रूहि मे प्रभो

Ô Kṛṣṇa, j’ai entendu en certains lieux qu’il existe une certaine ressemblance entre Nīcā et Jāmbavatī, et aussi (une ressemblance) avec Śeṣa. Ô Seigneur, je t’en prie, dis-moi la cause de cela.

Verse 11

उमायाश्च तथा रुद्रः सदा बहुगुणाधिकः / एवं त्वयोक्तं भगवन्निश्चयार्थं मम प्रभो

Et Rudra, de même à l’égard d’Umā, est toujours pourvu de vertus bien plus nombreuses. Ainsi as-tu parlé, ô Seigneur Bienheureux—(je le demande) pour affermir ma certitude, ô mon Maître.

Verse 12

रेवती श्रीयुता श्रीश्च शेषरूपा च वारुणी / सौपर्णि पार्वती चैव तिस्रः शेषाशतो वराः

Revatī, Śrīyutā et Śrī ; Śeṣarūpā et Vāruṇī ; Sauparṇī et aussi Pārvatī—telles sont les trois (principales). Les autres sont d’excellentes restantes, par centaines.

Verse 13

इत्यपि श्रूयते कृष्ण कुत्रचिन्मधुसूदन / निमित्तं ब्रूहि मे कृष्ण तवशिष्याय सुव्रत

«Ainsi l’entend-on aussi, ô Kṛṣṇa—ô Madhusūdana. Dis-moi la cause, ô Kṛṣṇa, à moi, ton disciple, ô toi dont les vœux sont parfaits.»

Verse 14

श्रीकृष्ण उवाच / विज्ञाय जांबवत्याश्च तदन्येषां खगाधिप / उत्तमानां च साम्यं तु उत्तमावेशतो भवेत्

Śrī Kṛṣṇa dit : «Ô seigneur des oiseaux, ayant compris (l’état) de Jāmbavatī et des autres également, sache que l’égalité parmi les excellentes naît du fait d’être pénétrées par la Présence suprême (divine).»

Verse 15

अवराणां गुणस्यापि ह्युत्तमानामधीनता / अस्तीति द्योतनायैव शतांशाधिकमुच्यते

Même les bonnes qualités que l’on trouve chez les inférieurs demeurent dépendantes des supérieurs ; et c’est précisément pour manifester l’existence de cette dépendance que l’on énonce la mesure « cent et plus ».

Verse 16

यथा मयोच्यते वीन्द्र तथा जानीहि नान्यथा / तदनन्तरजान्वक्ष्ये शृणु काश्यपजोत्तम

Ô le meilleur des oiseaux, comprends exactement comme je l’ai dit, et non autrement. Ensuite j’expliquerai ce qui vient après; écoute, ô fils éminent de Kaśyapa.

Verse 17

चतुर्दशसु चेन्द्रेषु सप्तमो यः पुरन्दरः / वृत्रादीनां शरीरं तु पुरमित्युच्यते बुधैः

Parmi les quatorze Indra, le septième est celui qu’on nomme Purandara. Le corps de Vṛtra et des autres, disent les sages, est ce qu’on appelle un « pura », une cité ou forteresse.

Verse 18

तं दारयति वज्रेण यस्मात्तस्मात्पुरन्दरः / चतुर्दशसु चेन्द्रेषु मन्त्रद्युम्नस्तु षष्ठकः

Parce qu’il le fend avec le vajra (la foudre), on l’appelle donc Purandara, le « destructeur de forteresses ». Et parmi les quatorze Indra, Mantradyumna est le sixième.

Verse 19

मन्त्रानष्ट महावीन्द्र देवो द्योतयते यतः / मन्त्रद्युम्नस्ततो लोके उभावप्येक एव तु

Ô grand Indra, puisque le dieu resplendit lorsque le mantra n’est pas perdu (préservé et efficace), c’est pourquoi dans le monde on le connaît comme Mantradyumna ; en vérité, les deux (noms/idées) ne désignent qu’un seul et même être.

Verse 20

मन्त्रद्युम्नावतारोभूत्कुन्तीपुत्रोर्जुनो भुवि / विष्णोर्वायोरनन्तस्य चेन्द्रस्य खगसत्तम

Ô le meilleur des oiseaux, sur la terre Arjuna — fils de Kuntī — naquit comme incarnation de Mantradyumna ; et il porta aussi les puissances de Viṣṇu, de Vāyu, d’Ananta et d’Indra.

Verse 21

पार्थश्चतुर्भिः संयुक्त इन्द्र एव प्रकीर्तितः / चतुर्थेपि च वायोश्च विशेषोस्ति सदार्जुन

Ô Arjuna (Pārtha), lorsque l’être est uni à quatre principes, on le célèbre véritablement comme Indra ; et même dans le quatrième, il existe un rôle particulier et distinct de Vāyu, le dieu du Vent.

Verse 22

वालिर्नामा वानरस्तु पुरन्दर इति स्मृतः / चन्द्रवंशे समुत्पन्नो गाधिराजो विचक्षणः

Il y eut un roi des vānara nommé Vāli, dont on se souvient sous le nom de « Purandara ». Dans la dynastie lunaire naquit le sage roi Gādhi, renommé pour son discernement.

Verse 23

मन्त्रद्युम्नावतारः स विश्वामित्रपिता स्मृतः / वेदोक्तमन्त्रा गाः प्रोक्ता धिया संधारयेद्यतः

On se souvient de lui comme de l’incarnation nommée Mantradyumna, tenue pour le père de Viśvāmitra. Les mantras prescrits par les Veda et les chants sacrés sont enseignés afin qu’on les retienne fermement dans l’esprit.

Verse 24

अतो गाधिरिति प्रोक्तस्तदर्थं भूतले ह्यभूत् / इक्ष्वाकुपुत्रो वीन्द्र विकुक्षिरिति विश्रुतः

C’est pourquoi on l’appela « Gādhi » ; et pour cette raison même il advint sur la terre. Et, ô le meilleur des oiseaux (Garuda), le fils d’Ikṣvāku devint célèbre sous le nom de « Vikukṣi ».

Verse 25

स एवेन्द्रावतारोभूद्धरिसेवार्थमेव च / विशेषेण हरिं कुक्षौ विज्ञानाच्च हरिः सदा

Il devint en vérité une incarnation d’Indra, uniquement pour le service de Hari (Viṣṇu). Et plus particulièrement, ayant réalisé Hari dans le sein comme le Seigneur intérieur, il demeure à jamais voué à Hari par la vraie connaissance spirituelle.

Verse 26

अतो विकुक्षिनामासौ भूलोके विश्रुतः सदा / रामपुत्रः कुशः प्रोक्त इन्द्र एव प्रकीर्तितः

Ainsi, il fut toujours renommé dans le monde sous le nom de Vikukṣi. Et Kuśa, fils de Rāma, est proclamé n’être nul autre qu’Indra lui-même.

Verse 27

वाल्मीकिऋषिणा यस्मात्कुशेनैव विनिर्मितः / अतः कुश इति प्रोक्तो जानकीनन्दनः प्रभुः

Parce que le sage Vālmīki le façonna (le fit paraître) au moyen d’un seul brin d’herbe kuśa, ainsi le fils divin de Janakī, le prince seigneurial, fut nommé « Kuśa ».

Verse 28

इन्द्रद्युम्नः पुरेद्रस्तु गाधी वाली तथार्जुनः / विकुक्षिः कुश एवैते सप्त चेन्द्राः प्रकीर्तिताः

Indradyumna, Puredra, Gādhi, Vālī et Arjuna, avec Vikukṣi et Kuśa : tels sont proclamés les sept Indra.

Verse 29

यः कृष्णपुत्त्रः प्रद्युम्नः काम एव प्रकीर्तितः / प्रकृष्टप्रकाशरूपत्वात्प्रद्युम्न इति नामवान्

Pradyumna, fils de Kṛṣṇa, est renommé comme n’étant nul autre que Kāma, le dieu de l’amour. Et parce que sa forme est d’une splendeur suprême, il porte le nom de « Pradyumna ».

Verse 30

या रामभ्राता भरतः काम एवाभवद्भुवि / रामाज्ञां भरते यस्मात्तस्माद्भरतनामकः

Ce Bharata—frère de Rāma—devint, pour ainsi dire, l’incarnation même de la dévotion sur la terre ; et parce qu’il porta et accomplit l’ordre de Rāma, il est connu sous le nom de « Bharata ».

Verse 31

चक्राभिमानि कामस्तु सुदर्शन इति स्मृतः / ब्रह्मैव कृष्णपुत्रस्तु सांबो जाम्बवतीसुतः

Kāma, qui préside au disque et s’y identifie, est tenu pour Sudarśana ; et Brahmā lui-même se manifeste comme Sāmba, fils de Kṛṣṇa, né de Jāmbavatī.

Verse 32

कामावतारो विज्ञेयः संदेहो नात्र विद्यते / यो रुद्रपुत्रः स्कन्दस्तु काम एव प्रकीर्तितः

Sachez qu’il est une incarnation de Kāma ; il n’y a ici aucun doute. Skanda, le fils de Rudra, est bien proclamé comme Kāma lui-même.

Verse 33

रिपूनास्कं दते नित्यमतः स्कन्द इति स्मृतः / यो वा सनत्कुमारस्तु ब्रह्मपुत्रः खगाधिप / कामावतारो विज्ञेयो नात्र कार्या विचारणा

On se souvient de lui comme de « Skanda » parce qu’il abat sans cesse les ennemis. Et Sanatkumāra—ô seigneur des oiseaux—fils de Brahmā, doit être reconnu comme une incarnation de Kāma ; il n’y a pas lieu d’en débattre davantage.

Verse 34

सुदर्शनश्च परमः प्रद्युम्नः सांब एव च / सनत्कुमारः सांबश्चषडेते कामरूपकाः

Sudarśana et Parama, Pradyumna et Sāmba ; Sanatkumāra et Sāmba : ces six-là, dit-on, peuvent prendre forme à volonté (kāmarūpa).

Verse 35

ततश्च इन्द्रकामावप्युमादिभ्यो दशावरौ / तयोर्मध्ये तु गरुड काम इन्द्राधमः स्मृतः

Ensuite, ô Garuḍa, même les désirs nommés « Indra » et « Kāma » sont dits dix degrés au-dessous de ceux qui commencent avec Umā. Entre les deux, le désir appelé « Kāma » est tenu pour le plus bas, et « Indra » pour le plus élevé.

Verse 36

प्राणस्त्वहङ्कार एव अहङ्कारकसंज्ञकः / गरुत्मदंशो विज्ञेयः कामेन्द्राभ्यां दशाधमः

Le prāṇa, le souffle vital, est en vérité l’ahaṅkāra lui-même, nommé « ahaṅkāraka », le faiseur du « moi ». Il faut le comprendre comme une parcelle de Garuḍa ; et, étant le plus bas des dix, il est gouverné par kāma (le désir) et par le seigneur des sens (Indra/indriya).

Verse 37

तदनन्तरजान्वक्ष्ये शृणु वीन्द्र समाहितः / श्रवणान्मोक्षमाप्नोति महापापाद्विमुच्यते

Ensuite, j’exposerai ce qui vient après : écoute avec l’esprit recueilli, ô Vīndra (Garuḍa), le meilleur des oiseaux. En entendant cela, on obtient mokṣa (la délivrance) et l’on est libéré même des grands péchés.

Verse 38

कामपुत्रोनिरुद्धो ऽपि हरेरन्यः प्रकीर्तितः / स एवाभूद्धरेः सेवां कर्तुं रामानुजो भुवि

Aniruddha — bien qu’on le connaisse comme le fils de Kāma (Pradyumna) — est aussi célébré comme une autre manifestation de Hari. Lui-même descendit sur la terre comme le frère cadet de Rāma afin d’accomplir la sevā, le service dévotionnel, envers Hari.

Verse 39

शत्रुघ्न इति विख्यातः शत्रून्सूदयते यतः / अनिरुद्धः कृष्णपुत्रो प्रद्युम्नाद्यो ऽजनिष्ट ह

Il est renommé « Śatrughna » parce qu’il abat les ennemis. Et Aniruddha — fils de Kṛṣṇa — naquit en vérité comme le premier parmi Pradyumna et les autres.

Verse 40

संकर्षणादिरूपैस्तु त्रिभिराविष्ट एव सः / एवं द्विरूपो विज्ञेयो ह्यनिरुद्धो महामतिः

Aniruddha, le magnanime, est en vérité pénétré par les trois formes commençant par Saṅkarṣaṇa. Ainsi doit-on comprendre qu’Aniruddha possède une nature double.

Verse 41

कामभार्या रतिर्या तु द्विरूपा संप्रकीर्तिता / रुग्मपुत्री रुग्मवती कामभार्या प्रकीर्तिता

Rati, l’épouse de Kāma, est décrite comme possédant une nature double. On la dit aussi fille de Rugma et nommée Rugmavatī ; ainsi est-elle célébrée comme l’épouse de Kāma.

Verse 42

अतिप्रकाशयुक्तत्वात्तस्माद्रुग्मवती स्मृता / दुर्योधनस्य या पुत्री लक्षणा सा रतिः स्मृता

Parce qu’elle est pourvue d’une splendeur exceptionnelle, on se souvient d’elle sous le nom de Rugmavatī. Et la fille de Duryodhana, nommée Lakṣaṇā, est elle aussi tenue pour Rati.

Verse 43

काष्ठा सांबस्य भार्या सा लक्षणं संयुनक्त्यतः / लक्षणाभिधयाभूमौ दुष्ट वीर्योद्भवा ह्यपि

Kāṣṭhā, l’épouse de Sāmba, s’unit alors à Lakṣaṇā. En la contrée appelée Lakṣaṇābhidhā-bhūmi, un être naquit en vérité d’une semence corrompue.

Verse 44

एवं द्विरूपा विज्ञेया कामभार्या रतिः स्मृता / स्वायंभुवो ब्रह्मपुत्रो मनुस्त्वाद्यो गुरौ समः / राजधर्मेण विष्णोश्च जातः प्रीणयितुं हरेः

Ainsi, Rati, l’épouse de Kāma, doit être comprise comme ayant une nature double. Et Svāyambhuva Manu —le premier Manu, fils de Brahmā— fut l’égal de son maître ; et, par la pratique du dharma royal, il naquit comme une part de Viṣṇu afin de réjouir Hari.

Verse 45

बृहस्पतिर्देवागुरुर्महात्मा तस्यावतारास्त्रय आसन् खगेन्द्र / रामावतारे भरताख्यो बभूव ह्यंभोजजावेशयुतो बृहस्पतिः

Bṛhaspati, le précepteur des dieux au grand esprit —ô Roi des Oiseaux— eut trois incarnations. Dans l’incarnation liée à Rāma, il fut connu sous le nom de Bharata ; en vérité, Bṛhaspati était investi de l’āveśa, l’influx intérieur, de Brahmā le Né du Lotus.

Verse 46

देवावतारान्वानरांस्तारयित्वा श्रीरामदिव्याऽचरितान्यवादीत् / अतो ह्यसौ नारनामा बभूव ह्यङ्गत्वमाप्तुं रामदेवस्य भूम्याम्

Après avoir délivré les incarnations divines parmi les Vānaras, il proclama les actes sacrés de Śrī Rāma. C’est pourquoi il fut connu sous le nom de Nāra, afin d’obtenir sur la terre le rang d’aṅga, membre intégral du Seigneur Rāma.

Verse 47

कृष्णावतारे द्रोणनामा बभूव अंभोजजावेशयुतो बृहस्यपतिः / यस्माद्दोणात्संभभूव गुरुश्च तस्मादसौ द्रोणसंज्ञो बभूव

À l’époque de l’avatāra de Kṛṣṇa, Bṛhaspati—pourvu de l’āveśa, la puissance immanente d’Ambhojajā—fut connu sous le nom de Droṇa. Et puisque le maître (guru) naquit d’un droṇa, un vase, il fut ainsi appelé Droṇa.

Verse 48

भूभारभूताद्युद्धृतौ ह्यङ्गभूतो विष्णोः सेवां कर्तुमेवास भूमौ / बृहस्पतिः पवनावेशपुक्ता स उद्धवश्चेत्यमिधानमाप

Afin d’aider à soulever le fardeau de la terre, il devint comme un aṅga de Viṣṇu et vécut ici-bas uniquement pour Le servir. Ce Bṛhaspati, animé par l’inspiration de Vāyu, reçut le nom d’« Uddhava ».

Verse 49

यस्मादुत्कृष्टो हरिरत्र सम्यगतो ह्यसौ बुधवन्नाम चाप / सखा ह्यभूत्कृष्णदेवस्य नित्यं महामतिः सर्वलोकेषु पुज्वः

Parce que Hari est suprême et s’est manifesté ici de manière juste, il est aussi connu sous le nom de « Budhavan ». Il devint l’ami constant de Kṛṣṇadeva, grand d’esprit et vénéré dans tous les mondes.

Verse 50

दक्षिणाङ्गुष्ठजो दक्षो ब्रह्मपुत्रो महामतिः / कन्यां सृष्ट्वा हरेः प्रीणन्नास भूमा प्रजापतिः / पुत्रानुदपादयद्दक्षस्त्वतो दक्ष इति स्मृतः

Dakṣa—né du pouce droit, fils magnanime de Brahmā—créa une fille et, en réjouissant Hari (Viṣṇu), devint sur la terre un puissant Prajāpati. Comme il engendra des fils, il est donc rappelé sous le nom de « Dakṣa », le capable.

Verse 51

शचीं भर्यां देवराजस्य विद्धि तस्या ह्यवतारं शृणु सम्यक् खगेन्द्र / रामावतारे नाम तारा बभूव सा वालिपत्नी शचीसजका च

Sache que Śacī est l’épouse du roi des dieux, Indra. Écoute attentivement, ô Khagendra (Garuḍa), son incarnation : lors de l’avatāra de Rāma, elle devint Tārā de nom, l’épouse de Vāli, née comme une descendance liée à Śacī.

Verse 52

रामान्मृते वालिसंज्ञे पतौ हि सुग्रीवसंगं सा चकाराथ तारा / अतो नागात्स्वर्गलोकं च तारा क्व वा यायादन्तरिक्षे न पापा

Lorsque son époux—nommé Vāli—fut tué par Rāma, Tārā s’unit alors à Sugrīva. Ainsi Tārā atteignit le monde céleste ; car comment celle qui n’est pas pécheresse pourrait-elle errer dans la région intermédiaire (antarikṣa) ?

Verse 53

कृष्णावतारे सैव तारा च वीन्द्र बभूव भूमौ विजयस्य पत्नी / पिशङ्गदेति ह्यभिधा स्याच्च तस्याः सामीप्यमस्यास्त्वजुंनवेव चासीत्

À l’époque de l’avatāra de Kṛṣṇa, cette même femme devint Tārā sur la terre, épouse de Vijaya. On la connaissait aussi sous le nom de Piśaṅgadā ; et elle eut également une proche association avec Arjuna.

Verse 54

उत्पादयित्वा बभ्रुवाहं च पुत्रं तस्यां त्यक्त्वा ह्यर्जुनो वै महात्मा / अतश्चोभे वारचित्राङ्गदे च शचीरूपे नात्र विवार्यमस्ति

Après avoir engendré en elle un fils nommé Babruvāha, Arjuna, à l’âme grande, quitta ce lieu. Ainsi, Vārā et Citrāṅgadā doivent toutes deux être comprises comme portant la forme de Śacī ; il n’y a là aucun doute.

Verse 55

पुलोमजा मन्त्रद्युम्नस्य भार्या या काशिका गाधिराजस्य भार्या / विकुक्षिभार्या सुमतिश्चेति संज्ञा कुशस्य पत्नी कान्तिमतीति संज्ञा

Pulomajā fut l’épouse de Mantradyumna ; Kāśikā fut l’épouse du roi Gādhi ; Sumati était le nom de l’épouse de Vikukṣi ; et l’épouse de Kuśa était renommée sous le nom de Kāntimatī.

Verse 56

एता हि सप्त ह्यवराश्च शच्या जानीहि वै नास्ति विचारणात्र / शची रतिश्चानिरुद्धो मनुर्दक्षो बृहस्पतिः / षडन्योन्यसमाः प्रोक्ता अहङ्काराद्दशाधमाः

Sache que ceux-ci sont les sept inférieurs; et ici il n’y a point place pour davantage de controverse. Śacī, Rati, Aniruddha, Manu, Dakṣa et Bṛhaspati—ces six sont déclarés égaux les uns aux autres. De l’ahaṅkāra (l’orgueil du moi) naissent dix classes inférieures.

Verse 57

स वायुषु महानद्य स वै कोणाधिपस्तथा

Il est présent parmi les vents tel un fleuve immense; et, en vérité, il est aussi le seigneur qui préside aux quartiers (aux directions).

Verse 58

नासिकासु स एवोक्तो भौतिकस्तुल्य एव च / अतिवाहः स एवोक्तः यतो गम्यो मुमुक्षुभिः

Ce même passage est dit se trouver dans les narines, et il est aussi décrit comme comparable à la voie physique. Ce même chemin est appelé Ativāha, par lequel ceux qui aspirent à la délivrance (mumuṣu) peuvent progresser.

Verse 59

दक्षादिभ्यः पञ्चगुणादधमः संप्रकीर्तितः / गरुड उवाच / प्रवहश्चेति संज्ञां स किमर्थं प्राप तद्वद

Par rapport à Dakṣa et aux autres, il est proclamé inférieur selon une mesure quintuple. Garuḍa dit : Pourquoi a-t-il reçu l’appellation « Pravaha » ? Dis-le-moi donc.

Verse 60

अर्थः कश्चास्ति तन्नाम्नः प्रतीतस्तं वदस्व मे / गरुडेनैवमुक्तस्तु भगवान्देवकीसुतः / उवाच परमप्रीतः संस्तूय गरुडं हरिः

«Si ce nom implique quelque sens, dis-le-moi.» Ainsi sollicité par Garuḍa, le Seigneur Bienheureux—Hari, fils de Devakī—tout réjoui, loua Garuḍa et prit la parole.

Verse 61

कृष्ण उवाच / प्रहर्षेण हरेस्तुल्यान्सर्वदा वहते यतः / अतः प्रवहनामासौ कीर्तितः पक्षिसत्तम

Krishna dit : Parce que, dans une joyeuse ardeur, il porte toujours ceux qui sont égaux à Hari, le plus excellent des oiseaux est donc célébré sous le nom de « Pravaha ».

Verse 62

सर्वोत्तमो विष्णुरेवास्ति नाम्ना ब्रह्मादयस्तदधीनाः सदापि / मयोक्तमेतत्तु सत्यं न मिथ्या गृह्णामि हस्तेनोरगं कोपयुक्तम्

Le Suprême est bien Vishnou de nom ; même Brahmā et les autres dieux dépendent de Lui en tout temps. Ce que j’ai dit est vérité, non mensonge. Dans la colère, je saisis le serpent de ma main.

Verse 63

सर्वं नु सत्यं यदि मिथ्या भवेत्तु तदा त्वसौ मां दशतुह्यहीन्द्रः / एवं ब्रुवन्नुरगं कोपयुक्तं समग्रहीन्नादशत्सोप्युरङ्गः

«Si tout cela est vraiment vrai—et si pourtant cela devait être faux—que le seigneur des serpents me morde !» Ainsi parlant, il saisit le serpent empli de colère ; mais même ce serpent ne mordit pas.

Verse 64

एतस्य संधारणादेव वीन्द्र स वायुपुत्रः प्रवहेत्याप संज्ञाम् / यो वा लोके विष्णुमूर्तिं विहाय दैत्यस्वरूपा रेणुकाद्याः कुदेवाः

Ô le meilleur des Indra : par le seul fait de soutenir cela, le fils de Vāyu reçut le nom de « Pravaha » (le Fluant). Mais quiconque, en ce monde, délaisse la forme de Vishnou et se tourne vers de faux dieux—tels Reṇukā et d’autres—de nature démoniaque, s’égare.

Verse 65

तेषां तथा मत्पितॄणां च पूजा व्यर्था सत्यं सत्यमेतद्ब्रवीमि / एतत्सर्वं यदि मिथ्या भवेत्तु तदा त्वसौ मां दशतु ह्यहीन्द्रः

En vérité, le culte rendu à ceux-là—et même le culte rendu à mes propres ancêtres—serait vain. Je dis la vérité, oui, la vérité. Si tout cela était faux, que le seigneur des serpents me morde.

Verse 66

पित्र्यं नयामि प्रविहायैव ये तु पित्रुद्देशात्केवलं यः करोति / स पापात्मा नरकान्वै प्रयातीत्येतद्वाक्यं सत्यमेतद्ब्रवीमि

Je ne conduis pas un tel homme au séjour des Pitṛs. Mais celui qui n’accomplit les rites qu’en apparence—seulement « au nom des ancêtres », en abandonnant le devoir véritable—cette âme pécheresse va certes aux enfers. Cette parole est vraie ; ainsi je le proclame.

Verse 67

न श्रीः स्वतन्त्रा नापि विधिः स्वतन्त्रो न वायुदेवो नापि शिवः स्वतन्त्रः / तदन्ये नो गौरिपुलोम जाद्याः किं वक्तव्यं नात्र लोके स्वतन्त्रः

Même Śrī (Lakṣmī) n’est pas indépendante ; Vidhi (Brahmā) ne l’est pas non plus. Vāyu-deva n’est pas indépendant, et Śiva n’est pas indépendant. Que dire alors des autres—Gaurī (Pārvatī), Pulomajā (Śacī/Indrāṇī) et les autres ? En ce monde, nul n’est véritablement indépendant.

Verse 68

ब्रवीमि सत्यं पुरुषो विष्णुरेव सत्यं सत्य भुजमुद्धृत्य सत्यम् / एतत्सर्वं यदि मिथ्या भवेत्तु तदा त्वसौ मां दशतु ह्यहीन्द्र

Je proclame la vérité : le Purusha suprême est bien Viṣṇu. Vérité—levant mon bras porteur de vérité, j’atteste la vérité. Si tout cela devait être mensonge, que le roi des serpents me morde.

Verse 69

जीवश्च सत्यः परमात्मा च सत्यस्तयोर्भेदः सत्ये ए तत्सदापि / जडश्चसत्यो जीवजडयोश्च भेदो भेदः सत्यः किं च जडैशयोर्भिदा

Le jīva (l’âme individuelle) est réel, et le Paramātmā est réel aussi ; et la distinction entre eux est réelle—et demeure ainsi à jamais. La jaḍa (la matière insensible) est réelle également ; et la différence entre l’âme et la matière est réelle. La différence elle-même est réelle—dès lors, quelle « différence » signifiante pourrait-il y avoir entre l’insensible et le Seigneur ?

Verse 70

भेदः सत्यः सर्वजीवेषु नित्यं सत्या जडानां च भेदा सदापि / एतत्सर्वं यदि मिथ्या भवेत्तु तदा त्वसौ दशतु मां ह्यहीन्द्रः

La différence est réelle et éternelle parmi tous les jīvas ; et les distinctions au sein de la jaḍa (l’insensible) sont elles aussi toujours réelles. Si tout cela devait être faux, que ce roi des serpents me morde vraiment.

Verse 71

एवं ब्रुवन्नुरगं कोपयुक्तं समग्रहीन्नादशत्सोप्युरङ्गः / एतस्य संधारणादेववीद्रे सा वायुपुत्रः प्रवहेत्याप संज्ञाम्

Ainsi parlant, il saisit le serpent empli de colère, et le serpent lui aussi rugit. Pour l’avoir maintenu fermement, ô sage, le fils de Vāyu fut dès lors connu sous le nom de « Pravaha », celui qui porte et qui pousse le courant.

Verse 72

द्वयं स्वरूपं प्रविदित्वैव पूर्वं त्वं स्वीकुरुष्व द्वयमेव नित्यम् / स्नानादिकं च प्रकरोति नित्यं पापी स आत्मा नैव मोक्षं प्रयाति

Comprends d’abord la nature double (du réel et du soi), puis adopte sans cesse cette discipline double. Même s’il accomplit chaque jour le bain rituel et des rites semblables, l’homme pécheur n’atteint pas la délivrance (moksha).

Verse 73

तस्माद्द्वयं प्रविचार्यैव नित्यं सुखी भवेन्नात्र विचार्यमस्ति / एतत्सर्वं यदि मिथ्या भवेत्तु तदा त्वसौ मां दशतु ह्यहीन्द्रः

Ainsi, après avoir médité sans cesse ces deux points, que l’on demeure en paix : il n’y a plus rien à examiner ici. Si tout cela était mensonge, alors que le roi des serpents me morde, oui, qu’il me morde vraiment.

Verse 74

गरुड उवाच / किं तद्द्वयं देवदेवेश किं वा तत्कारणं कीदृशं मे वदस्व / द्वयोस्त्यागं कीदृशं मे वदस्व त्यागात्सुखं कीदृशं मे वदस्व

Garuḍa dit : Ô Seigneur des seigneurs, quel est ce « couple », ces deux choses ? Et quelle en est la cause ? Dis-le-moi clairement. Dis-moi en quoi consiste le renoncement à ces deux; et quelle sorte de bonheur naît d’un tel renoncement.

Verse 75

श्रीकृष्ण उवाच / द्वयं चाहुस्त्विन्द्रिये द्वे बलिष्ठे देहे ह्यस्मिञ् श्रोत्रनेत्रे सुसृष्टे / अवान्तरे श्रोत्रनेत्रे खगेन्द्र द्वयं चाहुस्तत्स्वरूपं च वक्ष्ये

Śrī Kṛṣṇa dit : Dans ce corps, on dit que deux puissances des sens sont les plus fortes : l’ouïe et la vue, bien façonnées comme l’oreille et l’œil. Ô Khagendra, roi des oiseaux, au sein même de ces deux se trouve encore une autre dualité ; j’en exposerai aussi la vraie nature.

Verse 76

श्रोत्रस्वभावो लोक वार्ताश्रुतौ च ह्यतीव मोदस्त्वादरास्वादनेन / हरेर्वार्ताश्रवणे दुः खजालं श्रोत्रस्वभावो जडता दमश्च

L’oreille, par sa nature même, se réjouit grandement d’entendre les propos du monde, les goûtant avec un zèle avide. Mais en écoutant le récit de Hari, elle y trouve un filet de «souffrance» ; telle est l’habitude de l’oreille : lourdeur et besoin de maîtrise.

Verse 77

नेत्रस्वभावो दर्शने स्त्रीनराणां ह्यत्यादरान्नास्ति निद्रादिकं च / हरेर्भक्तानां दर्शने दुः खरूपो विष्णोः पूजादर्शने दुः खजालम्

La nature des yeux est d’être attirés vers la vue des femmes et des hommes ; par attachement excessif, le sommeil et le reste s’en trouvent perdus. Mais pour les dévots de Hari, ce «voir» devient souffrance ; et, en contemplant l’adoration de Viṣṇu, tout le réseau de peine est tranché.

Verse 78

तयोः स्वरूपं प्रविदित्वैव पूर्वं पुनः पुनः स्वीकरोत्येव मूढः / शिश्रं मौर्ख्याच्चैव कुत्रापि योनौ प्रवेशयेत्सर्वदा ह्यादरेण

Même après avoir d’abord reconnu leur vraie nature, l’égaré les reprend encore et encore. Et, par pure sottise, il ne cesse d’introduire son organe de génération dans tel ou tel sein maternel, toujours avec un attachement empressé.

Verse 79

भयं च लज्जा नैव चास्ते वधूनां तथा नृणां वनितानां यतीनाम् / स्वसारं ते ह्यविदित्वा दिनेपि सुवाम यज्ञेन स्वाभावश्च वीन्द्र

La crainte et la honte ne demeurent plus chez les épouses, ni chez les hommes, ni chez les femmes, ni même chez les ascètes. En vérité, sans reconnaître ce qui est vraiment leur bien propre (la nature intérieure), même en plein jour, ils poursuivent le yajña et ses fruits ; telle est leur tendance innée, ô meilleur des rois.

Verse 80

रसास्वभावो भक्षणे सर्वदापि ह्यनर्पितस्यान्नभक्ष्यस्य विष्णोः / तथो पहारस्य च तत्स्वभावः अभक्ष्याणां भक्षणे तत्स्वभावः

La tendance naturelle du goût est toujours de manger ; pourtant, pour celui qui est voué à Viṣṇu, la nourriture non offerte n’est pas digne d’être consommée. De même, la nature de prendre ce qui n’est pas donné est de manger ce qui ne doit pas être mangé : telle est sa marque innée.

Verse 81

अलेह्यलेहस्य च तत्स्वभावः पातुं त्वपेयस्य च तत्स्वभावः / द्वयोः स्वरूपं च विहाय मूढः पुनः पुनः स्वीकरोत्येव नित्यम्

Ce qui ne doit pas être léché, par sa propre nature ne doit pas être léché; et ce qui ne doit pas être bu, par sa propre nature ne doit pas être bu. Pourtant l’âme égarée, renonçant au discernement de la vraie nature des deux, les reprend sans cesse, encore et encore.

Verse 82

तस्य स्नानं व्यर्थमाहुश्च यस्मात्तस्मात्त्याज्यं न द्वयोः कार्यमेव / अभिप्रायं ह्येतमेवं खगेन्द्र जानीहि त्वं प्रहस्यैव नित्यम्

Puisqu’on dit que son bain est vain, il faut donc l’abandonner : nul besoin de faire les deux. Comprends ainsi cette intention, ô Roi des Oiseaux ; sache-le toujours, avec un doux sourire.

Verse 83

भार्याद्वयं ह्यविदित्वा स्वरूपं स्वीकृत्य चैकां प्रविहायैव चैकाम् / स्नानादिकं कुरुते मूढबूद्धिः व्यर्थं चाहुर्मोक्षभोगौ च नैव / एतत्सर्वं यदि मिथ्या भवेत्तु तदा त्वसौ मां दशतु ह्यहीन्द्रः

Sans connaître la vraie nature des « deux épouses », l’esprit égaré en prend une et délaisse l’autre. Avec une intelligence confuse, il accomplit bain et autres rites selon cette erreur ; on dit donc que c’est vain : il n’en vient ni délivrance (mokṣa) ni jouissance. Si tout cela était mensonge, que le roi des serpents me morde.

Verse 84

गरुड उवाच / भार्याद्वयं किं वद त्वं ममापि तयोः स्वरूपं किं वद त्वं मुरारे / तयोर्मध्ये ग्राह्यभार्यां वद त्वमग्राह्यभार्यां चापि सम्यग्वद त्वम्

Garuḍa dit : «Dis-moi : que sont les “deux épouses” ? Explique-moi aussi leur nature, ô Murāri. Parmi elles, dis clairement quelle épouse doit être acceptée et quelle épouse ne doit pas l’être».

Verse 85

श्रीकृष्ण उवाच / बुद्धिः पत्नी सा द्विरूपा खगेन्द्र दुष्टा चैका त्वपरा सुष्ठुरूपा / तयोर्मध्ये दुष्टरूपा कनिष्ठा ज्येष्ठा तु या सुष्ठुबुद्धिस्वरूपा

Śrī Kṛṣṇa dit : Ô Roi des Oiseaux, la Buddhi (l’intellect) est dite épouse à double forme : l’une est corrompue, l’autre belle et pure. Entre les deux, la forme corrompue est la cadette ; l’aînée, elle, est la nature même de la compréhension juste et noble.

Verse 86

कनिष्ठया नष्टतां याति जीवः सुतिष्ठन्त्या याति योग्यां प्रतिष्ठाम् / कनिष्ठायाः शृणु वक्ष्ये स्वरूपं श्रुत्वा तस्यास्त्यागबुद्धिं कुरुष्व

Par l’état « inférieur » (kaniṣṭhā), le jīva court à la ruine ; par l’état ferme et bien établi (sutiṣṭhantī), il obtient une demeure juste et convenable. Écoute : je vais exposer la vraie nature de cette kaniṣṭhā ; l’ayant entendue, fais naître en toi la résolution de l’abandonner.

Verse 87

जीवं यं वै प्रेरयन्ती कनिष्ठा काम्यं धर्मं कुरुते सर्वदापि / क्व ब्राह्मणाः क्व च विष्णुर्महात्मा क्व वै कथा क्व च यज्ञाः क्वगावः

Poussé par la kaniṣṭhā — l’élan inférieur du mental — le jīva accomplit sans cesse un « dharma » mû par le désir. Où sont donc les véritables brāhmaṇas ? Où est Viṣṇu, l’Âme magnanime ? Où est la parole sacrée ? Où sont les yajñas — et où sont les vaches dignes de protection et de don ?

Verse 88

क्व चाश्वत्थः क्व च स्नानं क्व शौचमेतत्सर्वं नाम नाशं करोति / मूढं पतिं रेणुकां पूजयस्व मायादेव्या दीपदानं कुरुष्व

« Qu’a donc à voir l’aśvattha ? Qu’a donc à voir le bain, et qu’a donc à voir la pureté ? » Tout cela, dit-on, détruit jusqu’au « nom » même du vrai but. Ô mari insensé, adore Reṇukā et fais l’offrande de lampes (dīpa-dāna) à la déesse Māyā.

Verse 89

सुभैरवादीन् भज मूढ त्वमन्ध हारिद्रचूर्णन्धारयेः सर्वदापि / ज्येष्ठाष्टम्यां ज्येष्ठदेवीं भजस्व भक्त्या सूत्रं गलबन्धं कुरुष्व

« Ô aveugle égaré ! Adore Subhairava et les semblables ; garde sur toi, en tout temps, de la poudre de curcuma. Au jour de Jyeṣṭhāṣṭamī, vénère avec bhakti la déesse Jyeṣṭhā et noue à ton cou un fil de protection. »

Verse 90

मरिगन्धाष्टम्यां मरिगन्धं भजस्व तथा सूत्रं स्वगले धारयस्व / दीपस्तंभं सुदिने पूजयस्व तत्सूत्रमेव स्वगले धारयस्व

Au jour de Marigandhāṣṭamī, vénère (l’observance nommée) Marigandha, et porte de même le fil sacré à ton cou. En un jour faste, adore le pilier-lampe (dīpa-stambha) ; et ce même fil, oui, qu’il soit porté à ton cou.

Verse 91

महालक्ष्मीं चाद्यलक्ष्मीं च सम्यक् पूजां कुरु त्वं हि भक्त्याथ जीव / लक्ष्मीसूत्रं स्वागले धारयस्व महालक्ष्मीवान् भवसीत्युत्तरत्र

Adore avec bhakti Mahālakṣmī et aussi Ādyalakṣmī, selon le rite juste, puis vis dans la prospérité. Porte à ton cou le fil de Lakṣmī ; ainsi, par la suite, tu seras comblé de la grande Lakṣmī, abondance et auspice.

Verse 92

विहाय मौञ्जीदिवसे भाग्यकामः सुगुग्गुलान्धारयस्वातिभक्त्या / सुवासिनीः पूजयस्वाशु भक्त्या गन्धैः पुष्पैर्धूपदीपैः प्रतोष्य

Sauf le jour du Mañjī (rite du cordon sacré/initiation), celui qui désire la bonne fortune doit, avec une bhakti profonde, porter du guggulu de qualité (résine aromatique). Puis, promptement et avec dévotion, honore les suvāsinī—femmes mariées de bon augure—en les comblant de parfums, fleurs, encens et lampes.

Verse 93

वरार्तिक्यं कांस्यपात्रे निधाय कुर्वार्तिक्यं देवतादेवतानाम् / पिचुमन्दपत्राणि वितत्य भूमौ नमस्व त्वं क्षम्यतां चेति चोक्त्वा

Dépose les éléments auspices de l’ārati dans un vase de bronze, puis accomplis l’ārati pour les dieux et les êtres divins. Ensuite, étends au sol des feuilles de picumanda (neem), prosterne-toi et dis : «Salutations à vous ; qu’il me soit accordé pardon.»

Verse 94

महादेवीं पूजयस्वाद्य भक्त्या सद्वैष्णवानां मा ददस्वाप्यथान्नम् / सद्वैष्णवानां यदि वान्नं ददासि भाग्यं च ते पश्यतो नाशमेति

Aujourd’hui, vénère la Grande Déesse (Mahādevī) avec bhakti ; ne donne pas de nourriture aux faux vaiṣṇavas, hypocrites et usurpateurs. Si tu nourris de tels vaiṣṇavas mensongers, ta bonne fortune se verra périr sous tes yeux.

Verse 95

स्ववामहस्ते वेणुपात्रे निधाय दीपं धृत्वा सव्यहस्ते पते त्वम् / उत्तिष्ठ भोः पञ्चगृहेषु भिक्षां कुरुष्व सम्यक् प्रविहायैव लज्जाम्

Plaçant dans ta main gauche le bol d’aumône en bambou et tenant dans la droite une lampe, ô époux, lève-toi ! Va quêter comme il se doit dans cinq maisons, en rejetant toute honte.

Verse 96

आदौ गृहे षड्रसान्नं च कुत्वा जगद्गोप्यं भोजनं त्वं कुरुष्व / तच्छेषान्नं भोजयित्वा पते त्वं तासां च रे शरणं त्वं कुरुष्व

D’abord, dans ta demeure, prépare un repas aux six saveurs et prends-le dans le recueillement, comme une nourriture à garder secrète. Puis, après avoir nourri d’autres avec ce qui en demeure, ô époux, deviens aussi pour ces femmes un refuge et un protecteur.

Verse 97

तासं हस्तं पुस्तके स्तापयित्वा त्राहित्येवं तन्मुखैर्वाचयस्व / त्वं खड्गदेवं पूजयस्वाद्यभर्तस्तत्सेवकान्पूजयस्वाद्य सम्यक्

Fais poser leurs mains sur le livre sacré et qu’elles récitent de leur propre bouche ces mots : « Protège(-nous) ! ». De même, ô maître, adore aujourd’hui la Divinité de l’Épée et honore comme il se doit ses serviteurs.

Verse 98

तैः सार्धं त्वं श्वानशब्दं कुरुष्व हरिद्राचूर्णंसर्वदा त्वं दधस्व / कुरुष्व त्वं भीमसेनस्य पूजां पञ्चामृतैः षोडशभिश्चोपचारैः

Avec elles, fais le cri du chien ; et garde toujours (ou applique) de la poudre de curcuma. Accomplis le culte de Bhīmasena avec le pañcāmṛta et les seize offrandes rituelles (ṣoḍaśopacāra).

Verse 99

तत्कौपीनं रौप्यजं कारयित्वा समर्पयित्वा दीपमालां कुरुष्व / तद्दासवर्यान् भोजयस्वाद्य भक्त्या गर्जस्व त्वं भीमभीमेति सुष्ठु

Fais confectionner un kaupīna (pagne) d’argent et, après l’avoir offert comme il convient, dispose une guirlande de lampes en rangée. Puis, avec dévotion, nourris les meilleurs de ses serviteurs et proclame d’une voix forte et assurée : « Bhīma ! Bhīma ! ».

Verse 100

तद्दासवर्यान्मोदयस्व स्ववस्त्रैर्मद्यैर्मांसद्रव्यजालेन नित्यम् / महादेवं पूजयस्वाद्य सम्यग् महारुद्रैरतिरुद्रैश्च सम्यक्

Ainsi, chaque jour, réjouis et honore les meilleurs de ses serviteurs avec tes propres vêtements, avec des liqueurs et avec une variété d’offrandes de viande. Puis, aujourd’hui, adore Mahādeva comme il se doit, pleinement et correctement, en récitant selon la règle les hymnes Mahārudra et Atirudra.

Verse 101

हरेत्युक्त्वा जङ्गमान्पूजयस्वशैवागमे निपुणाञ्छूद्रजातान् / शाकंभरीं विविसः सर्वशाकान्सुपाचयित्वा च गृहे गृहे च

Après avoir prononcé « Hara », rends un culte aux êtres vivants en mouvement—aux Śūdra experts dans la tradition Śaiva. En entrant dans le sanctuaire de Śākambarī, fais bien cuire toutes sortes de légumes, et accomplis cela de maison en maison.

Verse 102

ददस्व भक्त्या परमादरेण स्वलङ्कृत्य प्रास्तुवंस्तद्गुणांश्च / कुलादेवं पूजयस्वाद्य भक्त्या त्वं दृग्भ्यां वै तद्दिने शंभुबुद्ध्या

Donne ton offrande avec dévotion et la plus haute révérence; pare-toi, récite des louanges et rappelle-toi Ses vertus. Aujourd’hui, adore avec bhakti la divinité protectrice de ton lignage; et ce jour-là, contemple de tes propres yeux, comprenant qu’Il est Śambhu (Śiva).

Verse 103

तद्भक्तवर्यान्पूजयस्वाद्य सम्यक् तत्पादमूले वन्दनं त्वं कुरुष्व / सुपञ्चम्यां मृन्मयीं शेषमूर्तिं पूजां कुरुष्व क्षीरलाजादिकैश्च

Aujourd’hui, honore comme il se doit les meilleurs parmi Ses dévots, et fais ta prosternation au pied du Seigneur. Au jour sacré de Supañcamī, adore une image d’argile de Śeṣa, en offrant du lait, du lajā (grain grillé) et autres offrandes.

Verse 104

सुनागपाशं हि गले च बद्ध्वा तच्छेषान्नं भोजयेर्भोः पुनस्त्वम् / दिने चतुर्थे भोज यस्वाद्य भक्त्या नैवेद्यान्नं भोजयस्वाद्य सुष्ठु

Après avoir noué au cou le « sunāga-pāśa » (lien/cordon rituel), nourris de nouveau avec la nourriture restante de cette offrande. Puis, le quatrième jour, avec dévotion, accomplis correctement le repas rituel—en donnant la nourriture d’abord offerte en naivedya.

Verse 105

इत्यादिकं प्रेरयित्वा पतिं सा जीवेन नष्टं प्रिकरोत्येव नित्यम् / तस्याः संगाज्जीवरूपः पतिस्त्वां सम्यग्दष्टामिहलोके परत्र

Ainsi, en l’incitant sans cesse de multiples manières, elle mène continuellement son époux à la ruine, jusque dans sa force vitale même. Par sa fréquentation, cet époux—dont la vraie nature est le jīva, l’âme individuelle—ne parvient pas à Te voir avec justesse, ni en ce monde ni dans l’autre.

Verse 106

तस्याः संगं सुविदूरं विसृज्यचेष्ट्वा समग्रं कुरु सर्वदा त्वम् / सुबुद्धिरूपा त्वीरयन्ती जगाद भजस्व विष्णुं परमादरेण

Rejette sa compagnie au plus loin et rends toujours ta conduite parfaitement droite. Alors, comme incarnant la juste intelligence, elle t’exhorta et dit : «Adore Vishnu avec la plus haute révérence».

Verse 107

हरिं विनान्यं न भजस्व नित्यं सा रेणुका त्वां तु न पालयिष्यति / अदृष्टनामा हरिरिवे हि नित्यं फलप्रदो यदि न स्यात्खगेन्द्र

Ô Khagendra, roi des oiseaux, n’adore jamais nul autre que Hari ; cette Renukā ne te protégera pas. Car si Hari—bien qu’invisible et connu seulement par le Nom—n’était pas à jamais le dispensateur des fruits, alors aucun culte ne porterait de fruit.

Verse 108

जुगुप्सितां श्रुत्यनुक्तां च देवीं पतिद्रुहां सर्वदा सेवयित्वा / तस्याः प्रसादात्कुष्ठभगन्दराद्यैर्भुक्त्वा दुः खं संयमिनीं प्रयाहि

Ayant sans cesse servi une déesse répugnante—non approuvée par les Veda—et ayant trahi son époux, par sa « faveur » on doit endurer la misère par des maux tels que la lèpre et la fistule, puis partir vers Saṃyaminī, la cité de Yama.

Verse 109

तदा कुदवी कुत्र गता वदस्वमे ह्यतः पते त्वं न भजस्व देवीम् / पते भज त्वं ब्राह्मणान्वैष्णवांश्च संसारदुः खात्तारन्सुष्ठुरूपान्

Alors elle dit : «Dis-moi, où est partie cette femme perverse ? C’est pourquoi, ô époux, n’adore pas la déesse. Ô époux, adore plutôt les brāhmaṇa et les vaiṣṇava—d’une conduite excellente et d’une noble apparence—qui ôtent les souffrances du saṃsāra».

Verse 110

सेवादिकं प्रवीहायैव स्वच्छं मायादेव्या भजनात्किं वदस्व / ज्येष्ठाष्टम्यां ज्येष्ठदेवीं ह्यलक्ष्मीं लक्ष्मीति बुद्ध्या पूजयित्वा च सम्यक्

Tu as délaissé le service et autres devoirs, et tu te dis « pur » : que peut-on vraiment dire d’un culte rendu à la déesse Māyā ? Et lors de l’observance de Jyeṣṭhāṣṭamī, après avoir correctement vénéré la déesse Jyeṣṭhā—qui est en vérité Alakṣmī (malchance)—en la prenant pour Lakṣmī (fortune), qu’obtient-on réellement ?

Verse 111

तस्याः सूत्रं गलबद्धं च कृत्वा नानादुः खं ह्यनुभूयाः पते त्वम् / यदा पते यमादूतैश्च पाशैर्बद्ध्वा च सम्यक् ताड्यमानैः कशाभिः

En attachant une corde autour de votre cou, vous éprouverez en effet de nombreuses souffrances, ô époux, lorsque les messagers de Yama vous lieront avec des nœuds coulants et vous battront sévèrement avec des fouets.

Verse 112

तदा ह्यलक्ष्मीः कुत्र पलायते ऽसावतो मूलं विष्णुपादं भजस्व / पते भज त्वं सर्वदा वायुतत्त्वं न चाश्रयेस्त्वं सूक्ष्मस्कन्दं च मूढ

Alors, en effet, où l'infortune (Alakṣmī) peut-elle fuir ? Allez à la racine même : cherchez refuge aux pieds de Vishnu. Ô seigneur, adorez toujours le principe de Vāyu ; et ne cherchez pas, ô égaré, asile dans le « tronc subtil ».

Verse 113

तद्वत्तं त्वं नवनीतं च भक्त्या तदुच्छिष्टं भक्षयित्वा पते हि / तस्याश्च सूत्रं गलबद्धं च कृत्वा इहैव दुः खान्यनुभूयाः पते त्वम्

De même, vous, ayant mangé avec dévotion le beurre qui était son reste, vous tomberez en effet. Et après avoir attaché sa corde autour de votre cou, vous éprouverez ces mêmes souffrances ici même, ô déchu.

Verse 114

यदा पते यमदूतैश्च पाशैर्बद्ध्वा च सम्यक् ताड्यमानः कशाभिः / तदा स्कन्दः कुत्र पलायते ऽसावतो मूलं विष्णुपादं भजस्व

Lorsque vous tomberez entre les mains des messagers de Yama – étroitement lié par des nœuds coulants et frappé à maintes reprises par des fouets – où Skanda courra-t-il pour vous protéger ? Par conséquent, cherchez refuge à la racine même : les pieds de Vishnu.

Verse 115

दीपस्तंभं दापयित्वा पते त्वं सूत्रं च बद्ध्वा स्वगले च भक्त्या / तदा बद्ध्वा यमदूतैश्च पाशैर्दीपस्तंभैस्ताड्यमानस्तु सम्यक्

Ô époux, après avoir fait donner un porte-lampe, puis – par une dévotion apparente – avoir attaché un fil sacré autour de votre propre cou, vous êtes ensuite lié par les messagers de Yama avec leurs nœuds coulants et battu sévèrement avec des lampadaires.

Verse 116

दीपस्तंभः कुत्र पलायितोभूदतो मूलं विष्णुपादं भजस्व / लक्ष्मीदिने पूजयित्वा च लक्ष्मीं सूत्रं तस्याः स्वगले धारय त्वम्

Où donc s’est enfui le pilier de la lampe ? C’est pourquoi réfugie-toi dans la racine même : aux pieds de Viṣṇu. Au jour sacré de Lakṣmī, vénère Lakṣmī, puis porte à ton cou son fil (amulette).

Verse 117

यदा पते यमदूतैश्च पाशैर्बध्वा सम्यक् ताड्यमानः कशाभिः / तदा लक्ष्मीः कुत्र पलायते ऽसावतो मूलं विष्णुपादं भजस्व

Quand un homme tombe aux mains de Yama et que les messagers de Yama le lient de leurs lacets et le frappent durement de leurs fouets, où s’enfuit alors cette Lakṣmī, la fortune mondaine ? C’est pourquoi réfugie-toi dans la racine même : adore les pieds de Viṣṇu.

Verse 118

विवाहमैञ्जीदिवसे मूढबुद्धे जुगुसितान्धारयित्वा सुभक्त्या / वरारार्तिकं कांस्यपात्रे निधाय कृत्वार्तिक्यं उदौदैति शब्दम्

Ô esprit insensé : au jour des noces ou au jour du rite du cordon sacré, si l’on saisit avec une dévotion mal avisée ce qui est blâmable et que, déposant l’ārati nuptial dans un vase de bronze, on accomplit l’ārati, alors s’élève un grand fracas.

Verse 119

तथैव दष्ट्वा पिचुमन्दस्य पत्रं सुनर्तयित्वा परमादरेण / यदा तदा यमदूतैश्च पाशैर्बद्ध्वाबद्ध्वा ताड्यमानश्च सम्यक्

De même, après avoir mordu la feuille du picumanda et l’avoir fait s’agiter comme en danse avec un effort extrême, il est, encore et encore, lié par les lacets des messagers de Yama, relâché, puis battu cruellement.

Verse 120

तव स्वामिन्कुलदेवो महात्मन्पलायितः कुत्र मे तद्वदस्व / स्वदेहानां पूजयित्वा च सम्यक्कण्ठाभरणैर्विधुराणां च केशैः

Ô grand être, dis-moi : où s’est enfuie la divinité familiale (kuladeva) de ton maître ? Après avoir dûment adoré leurs propres corps, ils se parent de colliers et d’ornements, et même des cheveux des veuves.

Verse 121

संतिष्ठमाने यमदूता बलिष्ठा संताड्यमाने मुसलैर्भिन्दिपालैः / यदा तदा कुत्र पलायिता सा केशैर्विहीना लंबकर्णं च कृत्वा

Quand les puissants messagers de Yama se tiennent prêts, et qu'elle est battue avec des massues et des gourdins, où pourrait-elle fuir ? Dépouillée de ses cheveux et les oreilles pendantes, elle est laissée totalement impuissante.

Verse 122

स्ववामहस्ते वेणुपात्रं निधाय दीपं धृत्वा सव्यहस्ते च मूढः / गृहेगृहे भैक्षचर्यां च कृत्वा संतिष्ठमाने स्वगृहं चैव देवी

Plaçant un bol à aumônes en bambou dans sa main gauche et tenant une lampe dans sa main droite, l'homme égaré va de maison en maison en vivant d'aumônes ; pourtant la Déesse (le Destin) le maintient lié même à sa propre maison.

Verse 123

यदा तदा यमदूतैश्च मूढ दीपैः सहस्रैर्दह्यमानश्च सम्यक् / निर्नासिका रेणुका मूढबुद्धे पलायिता कुत्र सा मे वदस्व

Maintes et maintes fois, il est complètement brûlé par les messagers de Yama avec des milliers de lampes flamboyantes. Ô fou à l'esprit égaré, dis-moi : où s'est enfuie cette Renuka sans nez ?

Verse 124

सदा मूढं खड्गदेवं च भक्त्या तं भक्तवत्पूजयित्वा च सम्यक् / तैः सार्धं त्वं श्वानवद्गर्जयित्वा संतिष्ठमाने स्वगृहे चैव नित्यम्

Toujours dans l'illusion, vous adorez la « Divinité de l'Épée » avec dévotion, l'honorant comme s'il s'agissait d'un véritable objet de bhakti. Alors, avec de tels compagnons, vous aboyez et rugissez comme un chien, restant constamment dans votre propre maison.

Verse 125

यदा तदा यमदूतैश्च सम्यक् संताड्यमानस्तत्र शब्दं प्रकुर्वन् / संतिष्ठमाने भक्तवर्यं विहाय तदा देवः कुत्र पलायितोभूत्

Alors, alors qu'il était roué de coups par les messagers de Yama, il cria fort là-bas. Abandonnant ce dévot de premier plan qui restait ferme, où son « dieu » s'est-il enfui à ce moment-là ?

Verse 126

स पार्थक्याद्भीमसेनप्रतीकं पञ्चामृतैः पूजयित्वा च सम्यक् / सुव्यञ्जने चान्नकौपीनमेव दत्त्वा मूढस्तिष्ठमाने स्वगेहे

Par une différenciation égarée, il vénère dûment une image semblable à Bhīmasena avec le pañcāmṛta; puis il offre de fins assaisonnements, de la nourriture cuite et même un pagne—tandis que le véritable bénéficiaire (le défunt) demeure impuissant dans son propre état—et il agit ainsi dans l’illusion.

Verse 127

यदा तदा यमदूतैश्च सम्यक् संताड्यमाने यममार्गे च मूढः / भीमः स वै कुत्र पलायितोभूतो मूलं विष्णुपादं भजस्व

Quand, à tout moment, les messagers de Yama te frappent durement et que tu demeures hébété sur la route de Yama, où donc pourrais-tu fuir, toi que la peur saisit? C’est pourquoi prends refuge à la racine même : aux pieds du Seigneur Viṣṇu (Viṣṇupāda).

Verse 128

महादेवं पूजयित्वा च सम्यक् हरेत्युक्त्वा स्वगृहे विद्यमाने / यदा गृहं दह्यते वह्निना तु तदा हरः कुत्र पलायितोभूत्

Même après avoir vénéré dûment Mahādeva et répété « Hara » tout en demeurant dans sa propre maison—lorsque cette maison est consumée par le feu, où donc ce « Hara » s’est-il enfui ?

Verse 129

शाकं भरीदिवसे सर्वमेव शाकंभरी सा च देवी महात्मन् / पलायिता कुत्र मे त्वं वदस्व कुलालदेवं पूजयित्वा च भक्त्या

«Au jour sacré de Śākambharī, tout ici fut consacré en offrandes de śāka, de végétaux; et cette même Déesse Śākambharī—ô grande âme—s’est enfuie. Dis-moi, où es-tu ? Ayant aussi vénéré avec bhakti Kulāladeva, la divinité des potiers…»

Verse 131

यदा पञ्चम्यां मृन्मयीं शेषमूर्तिं संपूज्य भक्त्या विद्यमाने स्वगेहे / तदा बद्ध्वा यमदूताश्च सम्यक् संनह्यमाने नागपाशैश्चबद्ध्वा

Lorsque, au jour de Pañcamī (cinquième jour lunaire), on vénère avec bhakti, dans sa propre demeure, une effigie de Śeṣa façonnée d’argile, alors, même si les messagers de Yama cherchent à saisir et à lier, leur pouvoir d’entrave est comme brisé : celui qu’on attache est, pour ainsi dire, gardé par le lacet du serpent (nāga-pāśa) sous la protection de Śeṣa.

Verse 132

स्वभक्तवर्यं प्रविहाय नागः पलायितः कुत्र वै संवद त्वम् / दूर्वाङ्कुरैर्मोदकैः पूजयित्वा विनायकं पञ्चखाद्यैस्तथैव

Délaissant son plus éminent dévot, le serpent s’enfuit—dis-moi, où donc es-tu allé vraiment ? Après avoir honoré Vināyaka avec des brins de dūrvā et des modakas, et de même avec les cinq sortes d’offrandes à manger, dis la vérité.

Verse 133

संतिष्ठंमाने यमदूतैश्च सम्यक् संताड्यमाने तप्तदण्डैश्च मूढ / दन्तं विहायैव च विघ्नराजः पलायितः कुत्र मे तं वदत्वम्

« Alors qu’il était solidement entravé par les messagers de Yama et cruellement frappé de bâtons chauffés à blanc—ô insensé !—Vighnarāja s’enfuit aussitôt, abandonnant même sa propre dent. Dis-moi : où est-il maintenant ? »

Verse 134

विवाहकाले पिष्टदेवीं सुभक्त्या संपूजयित्वा विद्यमानो गृहे स्वे / यदा तदा यमदूतैश्च बद्ध्वा संपीड्यमानो यममार्गे स मूढः

Même si, au temps des noces, demeurant encore dans sa propre maison, il vénère avec grande bhakti la Piṣṭa-devī, lorsque son heure vient, cet homme égaré est saisi et lié par les messagers de Yama et, tourmenté, est poussé sur la voie qui mène à Yama.

Verse 135

विष्ठादेवी पीड्यमानं च भक्तं विहाय सा कुत्र पलायिताभूत् / विवाहकाले रजकस्य गेहं गत्वा सम्यक् प्रार्थयित्वा च मूढः

Quand le dévot était tourmenté par Viṣṭhādevī, elle l’abandonna—où s’enfuit-elle donc ? Au temps des noces, l’homme insensé alla chez le blanchisseur (rajaka) et, après avoir supplié comme il se doit, obtint cela, tout en demeurant dans la folie.

Verse 136

यस्तंभसूत्रं कलशे परीत्य पूजां कृत्वा विद्यमानो गृहे स्वे / यदा तदा यमदूतश्च सम्यक् तं स्तंभसूत्रं तस्य मुखे निधाय

Celui qui, demeurant encore dans sa propre maison, fait la circumambulation du kalaśa consacré et du fil du pilier (taṃbha-sūtra) puis accomplit la pūjā—au moment fixé, le messager de Yama dépose correctement ce même fil du pilier dans sa bouche.

Verse 137

संताड्यमाने संतभसूत्रस्थदेवी पलायिता कुत्र मे संवदस्व / विवाहकाले पूजयित्वा च सम्यक् चण्डालदेवीं भक्तवश्यां च तस्याः

Quand j’étais frappé, la déesse qui demeure dans le fil sacré s’est enfuie—dis-moi, où est-elle partie ? Et au temps du mariage, il faut vénérer correctement Caṇḍāla-devī, car par la dévotion elle devient docile.

Verse 138

तद्भक्तवर्यैः शूर्पमध्ये च तीरे संसेवयित्वा विद्यमानो गृहेस्वे / यदा तदा यमदूतैश्च बद्ध्वा संताड्यमानो यममार्गे महद्भिः

Même en demeurant dans sa propre maison, s’il fréquente les plus vils dévots (des voies dévoyées) au milieu du van et sur la rive du fleuve—tôt ou tard les messagers de Yama le lient, le frappent cruellement et le poussent sur la grande route vers Yama.

Verse 139

चूलेदवी क्व पलायिताभूत्सुमूढबुद्धे विष्णुपादं भजस्व / ज्वरादिभिः पीड्यमाने स्वपुत्रे गृहे स्थितं ब्रह्मदेवं च सम्यक्

Où la déesse Cūledavī s’est-elle enfuie ? Ô toi dont l’intelligence est totalement égarée, réfugie-toi aux pieds de Viṣṇu. Quand ton propre fils est tourmenté par la fièvre et d’autres douleurs, vénère correctement, dans ta maison même, Brahmā, le Seigneur divin qui y demeure.

Verse 140

धूर्पैर्दीपैर्भक्ष्यभोज्यैश्च पुष्पैः पूजां कृत्वा विद्यमानश्च गेहे / यदा तदा यमदूतैश्च बद्ध्वा संताड्यमाने वेणुपाशादिभिश्च

Même encore dans sa maison—après avoir accompli la pūjā avec encens, lampes, offrandes de nourriture et fleurs—à un moment ou à un autre les messagers de Yama le lient et le frappent avec des lacets de bambou et d’autres nœuds semblables.

Verse 141

स ब्रह्मदेवः क्व पलायितोभूत्सुमूढबुद्धे विष्णुपादं भजस्व / सन्तानार्थं बृहतीं पूजयित्वा गलेन बद्ध्वा बृहतीं वै फलं च

Où donc s’est enfui le dieu Brahmā ? Ô toi dont l’esprit est profondément égaré, réfugie-toi aux pieds de Viṣṇu. Pour obtenir une descendance, vénère la plante bṛhatī, puis noue son fruit à ton cou.

Verse 142

संतिष्ठमाने यमदूतैश्च बद्ध्वा संताड्यमाने बृहतीकण्टकैश्च / तदा देवी बृहती मूढबुद्धे पलायिता कुत्र मे तद्वद त्वम्

Quand tu fus saisi et ligoté par les messagers de Yama, et frappé par de grands fouets épineux, alors—ô égaré—où s’enfuit la déesse Bṛhatī ? De même, où fuiras-tu maintenant ?

Verse 143

भजस्व मूढ परदैवतं च नारायणं तारकं सर्वदुः खात् / सुक्षुद्रदेवेषु मतिं च मा कुरु न च शृणु त्वं फल्गुवाक्यं तथैव

Ô insensé, adore la Divinité suprême—Nārāyaṇa—le Sauveur qui fait traverser le saṃsāra et délivre de toute peine. Ne tourne pas ton esprit vers de petits dieux, et n’écoute pas des paroles vaines et sans fruit.

Verse 144

सुक्षुद्रदेवान् भिन्दिपाले निधाय विसर्जयित्वा दूरदेशे महात्मन् / संधार्य त्वं स्वकुलाचारधर्मं संपातने नरकं हेतुभूतम्

Ô noble âme, après avoir déposé les petits dieux dans un récipient comme de simples gages et les avoir abandonnés en un pays lointain, tu continues pourtant à soutenir le dharma des usages de ton lignage ; mais cette hypocrisie devient cause de chute en enfer.

Verse 145

पुनीहि गात्रं सर्वदा मूढबुद्धे मन्त्राष्टकैर्जन्मतीर्थे पवित्रे / हृदि स्थितांमारैर्व्यमुद्रां विहाय कृत्वाभूषां विष्णुमुद्राभिरग्र्याम्

Ô esprit obtus, purifie sans cesse ton corps au tīrtha sacré de ta naissance au moyen des huit mantras. Abandonne la Yama-mudrā tenue dans le cœur, et pare-toi plutôt des Viṣṇu-mudrās suprêmes.

Verse 146

सदा मूढो हरिवार्तां भजस्व ह्यायुर्गतं व्यर्थमेवं कुबुद्ध्या / सद्वैष्णवानां संगमो दुर्लभश्च क्षुब्धं ज्ञानं तारतम्यस्वरूपम्

Ô égaré, réfugie-toi sans cesse dans la parole sacrée et la mémoire de Hari ; car la vie s’écoule, gaspillée ainsi par une intelligence dévoyée. La compagnie des véritables vaiṣṇavas est vraiment rare ; lorsque la connaissance est troublée, elle ne se montre plus que comme une hiérarchie et des différences déformées.

Verse 147

हरिं गुरुं ह्यनुसृत्यैव सत्यं गतिं स्वकीयां तेन जानीहि मूढ / दग्ध्वा दुष्टां बुद्धिमेवं च मूढ सुबुद्धिरूपं मा भजस्वैव नित्यम्

En suivant Hari (Viṣṇu) et le Guru véritable, et eux seuls, sache—ô égaré—ta propre destination réelle. Après avoir brûlé cette intelligence mauvaise et déformée, ne retourne pas sans cesse te réfugier dans le masque d’une « bonne raison » tout en demeurant dans l’illusion.

Verse 148

मया सार्धं सद्गुरुं प्राप्य सम्यग्वैराग्यपूर्वं तत्त्वमात्रं विदित्वा / तेनैव मोक्षं प्राप्नुमो नार्जवैर्यत्तार्या विष्णोः संप्रसादाच्च लक्ष्म्याः

Ayant, avec moi, obtenu un Sadguru véritable, et ayant connu avec justesse la Réalité seule—précédée d’un vairāgya authentique—par cette connaissance même nous atteignons la délivrance ; cela advient par la grâce bienveillante de Viṣṇu et aussi de Lakṣmī.

Verse 149

इत्याशयं मनसा सन्निधाय तथा चोक्तं भक्तवर्यो मदीयः / अतो भक्तः प्रवहेत्येव संज्ञामवाप वीन्द्र प्रकृतं तं शृणु त्वम्

Ainsi, ayant établi nettement cette intention dans son esprit, mon plus éminent dévot parla en conséquence. C’est pourquoi, ô Garuḍa, le meilleur des rois des oiseaux, ce dévot fut connu sous le nom même de « Pravāha ». Écoute de moi le récit qui le concerne.

Verse 1130

कार्पासं वै तेन दत्तं गृहीत्वा संतिष्ठमाने यमदूतैश्च सम्यक् / संहन्यमानस्तीक्षणधारैः कुठारैः कुलालदेवं च सुदंष्ट्रनेत्रम् / विहाय वै कुत्र पलायितोभून्न ज्ञायते ऽन्वेषणाच्चापि केन

Ayant pris le coton qu’il avait donné, il demeura là tandis que les messagers de Yama l’encerclaient de toutes parts. Frappé par des haches aux tranchants acérés, il abandonna Kulāladeva—la divinité des potiers, aux crocs et au regard farouche—et s’enfuit; mais nul ne sut où il était parti, même après l’avoir cherché.

Frequently Asked Questions

The lists function as an avatāra-taxonomy: the same cosmic offices/powers (Indra, Kāma) can appear through different historical agents for dharma-restoration and service to Hari. The identifications also support the chapter’s thesis that apparent equality among great figures can arise from āveśa (divine permeation), while still preserving graded dependence on Viṣṇu.

Ativāha is described as an inner channel associated with the nostrils/breath, linked to Vāyu’s function, by which seekers oriented to mokṣa ‘proceed.’ In the chapter’s logic, breath-discipline and inner orientation must be joined to true knowledge and Viṣṇu-refuge; external rites alone are declared insufficient.

Corrupt buddhi (the ‘younger wife’) drives desire-based dharma and superstition—ritual tokens, amulets, and worship of petty or demonic-natured deities—while neglecting Hari-bhakti and genuine discernment. The text dramatizes the karmic consequence as vulnerability on Yama’s road, where such substitutes cannot protect, whereas Viṣṇu-refuge is portrayed as the true root-security.