
दिक्पालादि-शिवलोकान्तर-कथनम् (Account of the Dikpālas and Intervening Realms toward Śiva’s Worlds)
Dans le dialogue Hayagrīva–Agastya du Lalitopākhyāna, Hayagrīva entreprend une description technique des enceintes graduées (kakṣyā-bheda) et de l’architecture sacrée d’un complexe divin. Les vers cités mettent en relief une grande salle (mahāśālā) ornée de joyaux, des portes fortifiées et une zone centrale dominée par l’amṛta-vāpikā, le lac de nectar. L’amṛta est présenté comme un rasāyana : le boire, et même en respirer le parfum, confère siddhi, vigueur et pureté, transformant yogins et jusqu’aux oiseaux en êtres immortels. L’accès est strictement réglé : le passage n’est pas ordinaire, il requiert des barques, et l’autorité est exercée par des śakti mandatées—surtout Tārā en tant que toraṇeśvarī—avec des serviteurs traversant le lac sur des embarcations semblables à des gemmes, chantant et jouant des instruments. Sur le plan cosmologique, le chapitre code la géographie sacrée comme un espace d’initiation : pureté, permission (ājñā), garde et ambiance mantrique autour du mantra suprême de Lalitā y deviennent les « coordonnées » des mondes plus élevés.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डमहापुराणे उत्तरभागे हयग्रीवागस्त्य संवादे ललितोपाख्याने दिक्पालादिशिवलोकान्तरकथनं ना चतुस्त्रिंशो ऽध्यायः हयग्रीव उवाच अथ वापीत्र यादीनां कक्ष्याभेदान्प्रचक्ष्महे / एषां श्रवणमात्रेण जायते श्रीमहोदयः
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, section Uttara, au dialogue de Hayagrīva et d’Agastya, dans l’épisode de Lalitā, voici le trente-quatrième chapitre, relatant les mondes intermédiaires des Dikpāla et les domaines de Śiva. Hayagrīva dit : À présent, nous exposerons les distinctions des enceintes ou degrés (kakṣyā) de ceux-là ; à la seule écoute naît la grande élévation de Śrī (śrī-mahodaya).
Verse 2
सहस्रस्तम्भशालस्यातरमारुतयोजने / मनो नाम महाशालः सर्वरत्नविचित्रितः
À une yojana, dans le sens du vent depuis la salle aux mille colonnes, s’élève un grand palais nommé Mano, orné de toutes sortes de gemmes.
Verse 3
पूर्ववद्गोपुरद्वारकपाटार्गलसंयुतः / तन्मध्यकक्ष्याभागस्तु सर्वाप्यमृतवापिका
Comme précédemment, un portail en gopura s’y dresse, muni de vantaux et de verrous ; et la partie centrale de cette enceinte n’est qu’un bassin tout entier d’amṛta.
Verse 4
यत्पीत्वा योगिनः सिद्धा वज्रकाया महाबलाः / भवन्ति पुरुषाः प्राज्ञास्तदेव हि रसायनम्
En la buvant, les yogin accomplis deviennent des Siddha, au corps de vajra, d’une grande puissance et d’une claire sagesse ; cela même est le véritable rasāyana.
Verse 5
वाप्याममृतमय्यां तु वर्तते तोयतां गतम् / तद्गन्धाघ्राणमात्रेण सिद्धिकान्तापतिर्भवेत्
Dans ce bassin fait d’amṛta, l’amṛta demeure sous forme d’eau ; à la seule inhalation de son parfum, on devient l’époux de Siddhikāntā, la bien-aimée des accomplissements.
Verse 6
अस्पृशन्नपि विन्धयारे पुरुषः क्षीणकल्मषः / उभयोः शालयोः पार्श्वे सुधावापीतटद्वये
Sans même toucher, l’homme franchit le défilé du Vindhya, ses souillures éteintes ; près des deux pavillons (śālā), au bord des deux rives du bassin de sudhā, le nectar sacré.
Verse 7
अधक्रोशसमायामा अन्यास्सर्वाश्च वापिकाः / चतुर्योजनदूरं तु तलं तस्या जलान्तरे
Tous les autres bassins avaient environ un krośa de longueur ; mais le fond de celui-ci, au cœur de ses eaux, se trouvait à quatre yojanas de profondeur.
Verse 8
सोपानावलयस्तस्या नानारत्नविचित्रिताः / स्वर्णवर्णा रत्नवर्णास्तस्यां हंसाश्च सारसाः
Les couronnes d’escaliers de ce bassin étaient ornées de mille joyaux ; elles luisaient d’or et de couleurs de gemmes, et dans ses eaux vivaient des haṃsa et des sārasā.
Verse 9
आस्फोट्यते तटद्वन्द्वतरङ्गैर्मन्दचञ्चलैः / पक्षिणस्तज्जलं पीत्वा रसायनमयं नवम्
Des vagues douces, à peine frémissantes, frappaient les deux rives ; les oiseaux, en buvant cette eau, recevaient un rasāyana nouveau, tel un élixir d’immortalité.
Verse 10
अजरामरतां प्राप्तास्तत्र विन्ध्यनिषूदन / सदाकूजितलक्षेण तत्र कारण्डवद्विजाः
Ô dompteur du Vindhya ! Là, ils atteignirent l’état sans vieillesse ni mort ; et là, les oiseaux kāraṇḍava, innombrables, ne cessaient de chanter.
Verse 11
जपन्ति ललितादेव्या मन्त्रमेव महत्तरम् / परितो वापिकाचक्रपरिवेषणभूयसा
Ils murmurent en japa le mantra très sublime de la Déesse Lalitā, tout autour du cercle de l’étang et de la vaste ceinture de ses rives.
Verse 12
न तत्र गन्तु मार्गो ऽस्ति नौकावाहनमन्तरा / आज्ञया केवलं तत्र मन्त्रिणी दण्डनाथयोः / तारा नाम महाशक्तिर्वर्तते तोरणेश्वरी
Là, nul chemin n’y mène sans une barque pour véhicule. Par l’ordre seul de Mantriṇī et de Daṇḍanātha, y demeure la Mahāśakti nommée Tārā, Toraṇeśvarī, Souveraine du portail sacré.
Verse 13
बह्व्यस्तत्रोत्पलश्यामास्तारायाः परिचारिकाः / रत्ननौकासहस्रेण खेलन्त्यो सरसीजले
Là se trouvent de nombreuses servantes de Tārā, sombres comme le lotus bleu; elles s’ébattent sur les eaux du lac avec des milliers de barques de joyaux.
Verse 14
अपरं पारमायान्ति पुनर्यान्ति परं तटम् / वीणावेणुमृदङ्गादि वादयन्त्यो मुहुर्मुहुः
Elles gagnent une rive puis retournent à l’autre; sans cesse elles font résonner la vīṇā, la flûte veṇu, le mṛdaṅga et d’autres instruments.
Verse 15
कोटिशस्तत्र ताराया नाविक्यो नवयौवनाः / मुहुर्गायन्ति नृत्यन्ति देव्याः पुण्यतमं यशः
Là se tiennent, par koṭis, les batelières de Tārā, toutes dans la fraîcheur de la jeunesse; sans cesse elles chantent et dansent, célébrant la gloire très pure de la Déesse.
Verse 16
अरित्रपाणयः काश्चित्काश्चिच्छूगाम्बुपाणयः / पिबन्त्यस्तत्सुधातोयं संचरन्त्यस्तरीशतैः
Les unes tenaient la rame, les autres portaient le vase pour puiser l’eau ; elles buvaient cette eau d’amṛta et circulaient sur des centaines de barques.
Verse 17
तासां नौकावाहिकानां शक्तीनां श्यामलत्विषाम् / प्रधानभूता तारांबा जलौघशमनक्षमा
Parmi ces śaktis qui menaient les barques, au rayonnement sombre, la principale était Tārāmbā, capable d’apaiser les flots impétueux.
Verse 18
आज्ञां विना तयोस्तारा मन्त्रिणीदण्डधारयोः / त्रिनेत्रस्यापि नो दत्ते वापिकांभसि सन्तरम्
Sans l’ordre de Tārā, la conseillère et porteuse du bâton, elle n’accorde pas même au Trinetra, le Dieu aux Trois Yeux, de traverser les eaux du bassin.
Verse 19
गायन्तीनां चलन्तीनां नौकाभिर्मणिचारुभिः / महाराज्ञी महौदार्यं पतन्तीनां पदेपदे
Chantant et avançant sur des barques splendides ornées de joyaux, la Grande Reine déployait sa haute générosité envers celles qui trébuchaient à chaque pas.
Verse 20
पिबन्तीनां मधु भृशं माणिक्यचषकोदरैः / प्रतिनौकं मणिगृहे वसन्तीनां मनोहरे
Elles buvaient largement le miel dans des coupes de rubis au creux profond ; et sur chaque barque elles demeuraient dans une demeure de joyaux, enchanteresse.
Verse 21
तारातरणिशक्तीनां समवायो ऽतिसुन्दरः / काश्चिन्नौकाः सुवर्णाढ्याः काश्चिद्रत्नकृता मुने
L’union des puissances de Tārā et du Soleil était d’une beauté incomparable. Ô muni, certaines barques regorgeaient d’or, d’autres étaient façonnées de joyaux.
Verse 22
मकराकारमापन्नाः काश्चिन्नौका मृगाननाः / काश्चित्सिंहासना नावः काश्चिद्दन्तावलाननाः
Certaines barques prenaient la forme du makara; d’autres avaient un visage de bête des bois. Certaines étaient des nefs au trône de lion; d’autres portaient une face d’éléphant aux défenses.
Verse 23
इत्थं विचित्ररूपाभिर्नौङ्काभिः परिवेष्टिता / तारांबामहतीं नौकामधिगम्य विराजते
Ainsi, entourée de barques aux formes diverses, lorsqu’elle parvient à la grande nef de la Mère Tārā, elle resplendit de splendeur.
Verse 24
अनुलोमविलोमाभ्यां सञ्चारं वापिकाजले / तन्वाना सततं तारा कक्ष्यामेनां हि रक्षति
Dans les eaux du bassin, Tārā se meut sans cesse, tantôt dans le sens, tantôt à contre-sens; et ainsi elle protège continuellement cette enceinte.
Verse 25
मनशालस्यान्तराले सप्तयोजनदूरतः / बुद्धिशाल इति ख्यातश्चतुर्योजनमुच्छ्रितः
Dans l’intervalle de Manaśāla, à une distance de sept yojanas, se dressait l’édifice nommé « Buddhiśāla », haut de quatre yojanas.
Verse 26
तन्मध्यकक्ष्याभागे ऽस्ति सर्वाप्यानन्दवापिका / तत्र दिव्यं महामद्यं बकुलामोदमेदुरम् / प्रतप्तकनकच्छायं तज्जलत्वेन वर्त्तते
Au milieu de cette enceinte se trouve l’« Ānandavāpikā », l’étang qui répand partout la béatitude. Là se tient un grand breuvage divin, chargé du parfum de la bakulā, brillant comme l’or chauffé à blanc, et c’est lui-même qui demeure comme l’eau de l’étang.
Verse 27
आनन्दवापिकागाधाः पूर्ववत्परिकीर्त्तिताः / सोपानादिक्रमश्चैव पक्षिणास्तत्र पूर्ववत्
Les profondeurs de l’Ānandavāpikā ont été décrites comme auparavant. L’ordonnance des degrés, des escaliers et des paliers est la même; et les oiseaux qui s’y trouvent sont tels qu’il en a déjà été parlé.
Verse 28
तत्रत्यं सलिलं मद्यं पायम्पायं तटस्थिताः / विहरन्ति मदोन्मत्ताः शक्तयो मदपाटलाः
L’eau de ce lieu est un breuvage enivrant; ceux qui se tiennent sur la rive boivent, puis boivent encore. Et les Śakti, rosies par l’ivresse, transportées par le vin, s’ébattent et se divertissent là.
Verse 29
साक्षाच्च वारुणी देवी तत्र नौकाधिनायिका / यां सुधामालिनीमाहुर्यामा हुरमृतेश्वरीम्
Là se tient en personne la déesse Vāruṇī, souveraine de la barque. On la nomme « Sudhāmālinī », et on l’appelle aussi « Yāmā », la maîtresse de l’amṛta, le nectar d’immortalité.
Verse 30
सा तत्र मणिनौकास्थशक्तिसेनासमावृता / ईषदालोकमात्रेण त्रैलोक्यमददायिनी
Elle demeure là, sur une barque de pierreries, entourée d’une armée de Śakti. D’un simple regard à peine esquissé, elle répand l’ivresse sur les trois mondes.
Verse 31
तरुणादित्य सङ्काश मदारक्तकपोलभूः / पारिजातप्रसूनस्रक्परिवीतकचाचिता
Elle resplendit tel le jeune soleil; ses joues, rougies par l’ivresse; sa chevelure est ceinte et parée de guirlandes de fleurs de pārijāta.
Verse 32
वहन्ती मदिरापूर्णं चषकं लोलदुत्पलम् / पक्वं पिशितखण्डं च मणिपात्रे तथान्यके
Elle portait une coupe pleine de liqueur, avec un lotus bleu qui se balançait; et des morceaux de viande cuite dans un vase de gemmes, ainsi que dans d’autres récipients.
Verse 33
वारुणीतरणिश्रेणीनायिका तत्र राजते / साप्याज्ञयैव सर्वेषां मन्त्रिणीदण्डनाथयोः / ददाति वापीतरणं त्रिनेत्रस्यापि नान्यथा
Là resplendit la maîtresse de la cohorte solaire de Vāruṇī. C’est uniquement sur l’ordre des ministres et du seigneur du châtiment qu’elle accorde à tous le passage de l’étang; même le Trinetra, le Trois-Yeux, n’agit pas autrement.
Verse 34
अथ बुद्धिमहाशालान्तरे मारुतयोजने / अहङ्कारमहाशालः पूर्ववद्गोपुरान्वितः
Puis, dans l’intervalle du grand palais de Buddhi, à une yojana dans le domaine du vent, se dresse le grand palais d’Ahaṅkāra, comme auparavant, pourvu de gopuras.
Verse 35
तयोस्तु शालयोर्मध्ये कक्ष्याभूरखिला मुने / विमर्शवापिका नाम सौषुम्णामृतरूपिणी
Ô muni, entre ces deux salles s’étendait une vaste cour en sa plénitude. Là se trouvait un bassin nommé Vimarśa-vāpikā, ayant la forme de l’amṛta de Suṣumnā.
Verse 36
तन्महायोगिनामन्तर्मनो मारुतपूरितम् / सुषुम्णदण्डविवरे जागर्ति परमामृतम्
Au for intérieur des grands yogin, empli du souffle du prāṇa, dans l’interstice du canal Suṣumṇā, s’éveille l’Amṛta suprême, nectar d’immortalité.
Verse 37
तदेव तस्याः सलिलं वापिकायास्तपोधन / पूर्ववत्तटसोपानपक्षिनौका हि ताः स्मृताः
Ô tapodhana, c’est bien cette eau qui est celle de ce bassin; comme auparavant, on se souvient qu’il y a des rives, des degrés, des oiseaux et des barques.
Verse 38
तत्र नौकेश्वरी देवी क्लरुकुल्लेतिविश्रुता / तमालश्यामलाकारा श्यामकञ्चुकधारिणी
Là se tient la Déesse Souveraine des barques, renommée sous le nom de Klarukullē; sombre comme le tamāla, elle porte une tunique noire.
Verse 39
नौकेश्वरीभिरन्याभिस्स्वसमानाभिरावृता / रत्नारित्रकरा नित्यमुल्लसन्मदमांसला
Elle est entourée d’autres déesses souveraines des barques, ses égales; tenant des rames de joyaux, toujours rayonnante, pleine d’une ivresse de splendeur.
Verse 40
परितो भ्राम्यति मुने मणिनौकाधिरोहिणी / वापिका पयसागाधा पूर्ववत्परिकीर्तिता
Ô muni, montée sur une barque de gemmes, elle tourne tout autour; et ce bassin, comme il fut dit, est profond de lait.
Verse 41
अहङ्कारस्य शालस्यान्तरे मारुतयोजने / सूर्यबिंबमहाशालश्चतुर्योजन मुच्छ्रितः
Au sein de la salle d’Ahaṅkāra, à une yojana selon le souffle du vent, se dresse un grand pilier tel le disque du Soleil, haut de quatre yojanas.
Verse 42
सूर्यस्यापि महानासीद्यदभूदरुणोदयः / तन्मध्यकक्ष्या वसुधा खचिता कुरविन्दकैः
Même l’immense aurore rouge du Soleil, l’Aruṇa-udaya, fut grandiose ; dans son orbite médiane, la terre était incrustée de gemmes kuravindaka.
Verse 43
तत्र बालातपोद्गारे ललिता परमेश्वरी / अतितीव्रतपस्तप्त्वा सूर्यो ऽलभत तां द्युतिम्
Là, lorsque jaillissait la douce lumière naissante, Lalitā, la Parameśvarī, accomplit une ascèse d’une intensité extrême ; et le Soleil obtint cet éclat.
Verse 44
ग्रहराशिगणाः सर्वे नक्षत्राण्यपि तारकाः / ते ऽत्रेव हि तपस्तप्त्वा लोकभासकतां गताः
Tous les groupes de planètes et de signes, ainsi que les nakṣatras et les étoiles : ici même ils pratiquèrent le tapas et devinrent les luminaires des mondes.
Verse 46
मार्तण्डभैरवस्तत्र भिन्नो द्वादशधा मुने / शक्तिभिस्तैजसीभिश्च कोटिसंख्याभिरन्वितः ३५।४५ / महाप्रकाशरूपश्च मदारुणविलोचनः / कङ्कोलितरुखण्डेषु नित्यं क्रीडारसोत्सुकः / वर्तते विन्ध्यदर्पारे पारे यस्तन्मयस्थितः
Là, ô Muni, Mārtaṇḍa Bhairava se scinda en douze aspects, entouré de myriades de śaktis lumineuses, comptées par koṭis. De forme de grand éclat, aux yeux rouges d’Aruṇa comme en ivresse, il se plaît sans cesse au jeu dans les bosquets de kaṅkolita, et demeure au-delà du seuil du Vindhya, établi dans cette même essence.
Verse 47
महाप्रकाशनाम्रास्ति तस्य शक्तिर्महीयसी / चक्षुष्मत्यपराशक्तिश्छाया देवी परा स्मृता
Son nom est «Mahāprakāśa», et sa Śakti est d’une grandeur souveraine. Une autre Śakti se nomme «Cakṣuṣmatī», et «Chāyā» est tenue en mémoire comme la Déesse suprême.
Verse 48
इत्थं तिसृभि रिष्टाभिः शक्तिभिः परिवारितः / ललिताया महेशान्याः सदा विद्या हृदा जपन्
Ainsi, entouré de trois Śaktis vénérables, il récite sans cesse dans son cœur la Vidyā (mantra) de Lalitā, la Maheśānī.
Verse 49
तद्भक्तानामिन्द्रियाणि भास्वराणि प्रकाशयन् / बहिरन्तस्तमोजालं समूलमवमर्दयन्
Il illumine les sens (indriyas) de ses dévots, les rendant éclatants, et il écrase jusqu’à la racine le réseau des ténèbres, au dehors comme au dedans.
Verse 50
तत्र बालातपोद्गारे भाति मार्तण्डभैरवः / सूर्यबिम्बमहाशालान्तरे मारुतयोजने
Là, lorsque jaillit la douce clarté du soleil naissant, Mārtaṇḍa-bhairava resplendit. Dans la grande salle semblable au disque solaire, l’étendue est d’un yojana selon la course du vent.
Verse 51
चन्द्रबिम्बमयः शालश्चतुर्योजनमुच्छ्रितः / पूर्ववद्गोपुरद्वारकपाटार्गलसंयुतः
Il y a aussi une salle faite du disque de la Lune, haute de quatre yojanas. Comme auparavant, elle est pourvue d’un portail de gopura, de battants et de verrous.
Verse 52
तन्मध्यभूः समस्तापि चन्द्रिकाद्वारमुच्यते
Toute la partie centrale est appelée « la Porte de Candrikā ».
Verse 53
तत्रैव चन्द्रिकाद्वारे तपस्तप्त्वा सुदारुणम् / अत्रिनेत्रसमुत्पन्नश्चन्द्रमाः कान्तिमाययौ
Là même, à la Porte de Candrikā, Candra—né de l’œil d’Atri—accomplit une austère ascèse et obtint une splendeur enchanteresse.
Verse 54
अत्र श्रीसोमनाथाख्यो वर्तते निर्मलाकृतिः / देवस्त्रलोक्यतिमिरध्वंसी संसारवर्तकः
Ici demeure le vénérable Śrī Somanātha, à la forme immaculée ; il dissipe les ténèbres des trois mondes et fait tourner le cycle du saṃsāra.
Verse 55
पिबञ्च षकसम्पूर्णं निर्मलं चन्द्रिकामृतम् / सप्तविंशतिनक्षत्रशक्तिभिः परिवारितः
Il boit l’amṛta pur de Candrikā, accompli en toutes ses parts, et il est entouré des puissances des vingt-sept Nakṣatra.
Verse 56
सदा पूर्णनिजाकारो निष्कलङ्को निजाकृतिः / तत्रैव चन्द्रिकाद्वारे वर्तते भगवाञ्छशी
Le bienheureux Śaśī, toujours parfait en sa propre forme, sans tache en son essence, demeure là même, à la Porte de Candrikā.
Verse 57
ललिताया जपैध्यानैः स्तोत्रैः पूजाशतैरपि / अश्विन्यादियुतस्तत्र कालं नयति चन्द्रमाः
Par le japa et la méditation, par les stotra et même par des centaines de pūjā offertes à la sainte Lalitā, la Lune, jointe à Aśvinī et aux autres nakṣatra, y fait s’écouler le temps.
Verse 58
अन्याश्च शक्तयस्तारानामधेयाः सहस्रशः / सन्ति तस्यैव निकटे सा कक्षा तत्प्र पूरिता
Il existe aussi d’autres śakti, par milliers, portant des noms d’étoiles ; elles se tiennent tout près d’Elle, et cette orbite (kakṣā) en est entièrement remplie.
Verse 59
अथ चन्द्रस्य शालस्यान्तरे मारुतयोजने / शृङ्गारो नाम शालो ऽस्ति चतुर्योजनमुच्छ्रितः
Puis, à l’intérieur du palais de la Lune, selon la mesure d’un māruta-yojana, se trouve un sāla nommé Śṛṅgāra, haut de quatre yojanas.
Verse 60
शृङ्गारागाररूपैस्तु कौस्तुभैरिव निर्मितः / महाशृङ्गारपरिखा तन्मध्ये वसुधाखिला
Il est façonné à la manière d’un palais de Śṛṅgāra, comme s’il était construit de joyaux Kaustubha ; en son centre s’étend un vaste fossé nommé Mahā-Śṛṅgāra, et en son sein repose la terre entière.
Verse 61
परिखावलये तत्र शृङ्गाररसपूरिते / शृङ्गारशक्तयः सन्ति नानाभूषणभासुराः
Dans l’anneau de ce fossé, rempli du rasa de Śṛṅgāra, demeurent les śakti de Śṛṅgāra, éclatantes de parures variées.
Verse 62
तत्र नौकासहस्रेण संचरन्त्यो मदोद्धताः / उपासते सदा सत्तं नौकास्थं कुसुमायुधम्
Là, des jeunes femmes, enivrés d’orgueil, vont et viennent par milliers de barques; et sans cesse elles vénèrent l’Être pur, Kusumāyudha, Celui dont l’arme est la fleur, assis sur la barque.
Verse 63
स तु संमोहयत्येव विश्वं सम्मोहनादिभिः / विशिखैरखिलांल्लोकांल्ललिताज्ञावशंवदः
Lui, certes, ensorcelle l’univers entier par des pouvoirs d’envoûtement et autres; et, par des flèches sans pointe, il soumet tous les mondes à l’obéissance de l’ordre de Lalitā.
Verse 64
तत्प्रभावेण संमूढा महापद्माटवीस्थलम् / वनितुं शुद्धवेषाश्च ललिताभक्तिनिर्भराः / सावधानेन मनसा यान्ति पद्माटदीस्थलम्
Par sa puissance, les jeunes femmes sont troublées dans la contrée de la forêt du Grand Lotus (Mahāpadma); revêtues d’un habit pur et pleines de dévotion pour Lalitā, elles vont, l’esprit vigilant, vers le lieu de Padmāṭadī.
Verse 65
न गन्तुं पारयत्येव सुरसिद्धनराः सुराः / ब्रह्मविष्णुमहेशास्तु शुद्धचित्ताः स्वभावतः / तदाज्ञया परं यान्ति महापद्माटवीस्थलम्
Ni les devas, ni les siddhas, ni les hommes ne peuvent s’y rendre; mais Brahmā, Viṣṇu et Maheśa, au mental naturellement pur, par son ordre seulement parviennent au domaine de la forêt Mahāpadma.
Verse 66
संसारिणश्च रागान्धाबहुसंकल्पकल्पनाः / महाकुलाश्च पुरुषा विकल्पज्ञानधूसराः
Ceux qui errent dans le saṃsāra, aveuglés par la passion, tissent d’innombrables desseins et imaginations; et même les hommes de haute lignée sont ternis par la poussière d’un savoir de distinctions (vikalpa).
Verse 67
प्रभूतरागगहनाः प्रौढव्यामोहदायिनीम् / महाशृङ्गारपरिखान्तरितुं न विचक्षणाः
Enfouis dans un rāga profond, face à celle qui donne un puissant égarement, les sans-discernement ne peuvent franchir le fossé du Grand Śṛṅgāra.
Verse 68
यस्मादजेयसैन्दर्यस्त्रैलोक्यजनमोहनः / महाशृङ्गारपरिखाधिकारी वर्तते स्मरः
Car Smara (Kāmadeva), à la beauté invincible, qui ensorcelle les êtres des trois mondes, est le maître du fossé du Grand Śṛṅgāra.
Verse 69
तस्य सर्वमतिक्रम्य महतामपि मोहनम् / महापद्माटवीं गन्तुं न को ऽपि भवति क्षमः
Après avoir franchi son enchantement, qui séduit même les grands, nul n’est capable d’atteindre la forêt de Mahāpadmāṭavī.
Verse 70
अथ शृङ्गारशालस्यान्तराले सप्तयोजने / चिन्तामणिगृहं नाम चक्रराजमहालयः
Puis, dans l’intervalle du palais de Śṛṅgāra, à sept yojanas, se trouve la demeure nommée Cintāmaṇi-gṛha, la grande résidence de Cakrarāja.
Verse 71
तन्मध्यभूः समस्तापि परितो रत्नभूषिता / महापद्माटवी नाम सर्वसौभाग्यदायिनी
Toute la terre en son centre est ornée de joyaux tout autour ; elle se nomme Mahāpadmāṭavī, dispensatrice de toute bonne fortune.
Verse 72
शृङ्गाराख्यामहाकालपर्यन्तं गोपुरं मुने / चतुर्दिक्ष्वप्येवमेव गोपुराणां व्यवस्थितिः
Ô muni, le gopura nommé «Śṛṅgāra» s’étend jusqu’à «Mahākāla» ; et dans les quatre directions, l’ordonnance des gopuras est de même nature.
Verse 73
सर्वदिक्षु तदुक्तानि गोपुराणिशत मुने / शालास्तु विंशतिः प्रोक्ताः पञ्चसंख्याधिकाः शुभाः
Ô muni, dans toutes les directions se trouvent cent gopuras, ainsi qu’il a été dit. Quant aux śālā (salles), on en énonce vingt, plus cinq encore, toutes de bon augure.
Verse 74
सर्वेषामपि शालानां मूलं योजनसंमितम् / पद्माटवीस्थलं वक्ष्ये सावधानो मुने शृणु
La base de toutes les śālā mesure une yojana. À présent je décrirai le lieu nommé «Padmāṭavī» ; écoute avec vigilance, ô muni.
Verse 75
समस्तरत्नखचिते तत्र षड्योजनान्तरे / परितस्थलपद्मानि महाकाण्डानि संति वै
Là, tout incrusté de joyaux, à l’intervalle de six yojanas, des lotus couvrent le sol tout autour, et il s’y trouve en vérité de grands et puissants pédoncules.
Verse 76
काण्डास्तु योजनायामा मृदुभिः कण्टकैर्वृताः / पत्राणि तालदशकमात्रायामानि संति वै
Ces tiges ont une yojana de longueur et sont entourées d’épines douces. Leurs feuilles, en vérité, atteignent une longueur de dix tāla.
Verse 77
केसराश्च सरोजानां पञ्चतालसमायताः / दशतालसमुन्नम्रः कर्णिकाः परिकीर्तिताः
Les étamines (kesara) des lotus s’étendent sur cinq tāla ; et la karṇikā, le cœur de la fleur, est dite s’élever jusqu’à dix tāla.
Verse 78
अत्यन्तकोमलान्यत्र सदा विकसितानि च / नवसौरभहृद्यानि विशङ्कटदलानि च / बहुशः संति पद्मानि कोडीनामपि कोडिशः
Là, les lotus sont d’une extrême douceur et demeurent toujours épanouis ; leur parfum neuf réjouit le cœur, et leurs pétales, larges, ne sont point resserrés. Les lotus y abondent, par koṭi et encore koṭi.
Verse 79
महापद्माडवीकक्ष्यापूर्वभागे घटोद्भव / क्रोशोन्नतो वह्निरूपो वर्तुलाकारसंस्थितः
Ô Kumbhasambhava (Agastya), dans la partie orientale du bois du Grand Lotus se tient une forme de feu, de contour circulaire, établie en rondeur, haute d’un krośa.
Verse 80
अर्द्धयोजनविस्तारः कलाभिर्दशभिर्युतः / अर्घ्यपात्रमहाधारो वर्तते कुम्भसम्भव
Ô Kumbhasambhava, il a une largeur d’un demi-yojana et se trouve pourvu de dix kalā ; tel un grand support pour le vase d’arghya (eau d’offrande), il demeure là.
Verse 81
तदाधारस्य परितः शक्तयोदीप्तविग्रहाः / धूम्रार्चिःप्रमुखा भान्ति कला दश विभावसोः
Autour de ce support resplendissent les Śakti aux formes embrasées ; les dix kalā de Vibhāvasu (le Feu), menées par Dhūmrārci, y rayonnent.
Verse 82
दीप्ततारुण्यलक्ष्मीका नानालङ्कारभूषिताः / आधाररूपं श्रीमन्तं भगवन्तं हविर्भुजम् / परिष्वज्यैव परितो वर्तन्ते मन्मथालसाः
Rayonnantes de la splendeur de la jeunesse et parées d’ornements variés, elles enlacent le Bienheureux Havirbhuj (Agni), le Seigneur prospère qui est le support; puis, tout autour, elles demeurent, alanguies par Manmatha.
Verse 83
धूम्रार्चिरुष्णा ज्वलिनी ज्वालिनी विस्फुलिङ्गिनी / सुश्रीःसुरूपा कपिला हव्यकव्यवहेतिच / एता दशकलाः प्रोक्ता वह्नेराधाररूपिणः
Dhūmrārci-ruṣṇā, Jvalinī, Jvālinī, Visphuliṅginī, Suśrī, Surūpā, Kapilā, Havyakavyavahā : telles sont dites les dix kalā, les formes-support de Vahni, le Feu.
Verse 84
तत्राधारे स्थितो देवः पात्ररूपं समाश्रितः / सूर्यस्त्रिलोकीतिमिरप्रध्वंसप्रथितोदयः
Là, sur ce support, le Deva demeure, ayant pris la forme d’un vase ; c’est Sūrya, dont l’aurore renommée dissipe les ténèbres des trois mondes.
Verse 85
सूर्यात्मकं तु तत्पात्रं सार्द्धयोजनमुन्नतम् / योजनायामविस्तारं महाज्योतिः प्रकाशितम्
Ce vase est de nature solaire : haut d’une yojana et demie, large d’une yojana ; il se révèle comme une grande lumière éclatante.
Verse 86
तत्पात्रात्परितः सक्तवपुषः पुत्रिका इव / वर्तन्ते द्वादश कला अतिभास्वररोचिषः
Autour de ce vase, attachées à son corps comme des filles, se déploient les douze kalā, d’un éclat éblouissant.
Verse 87
तपिनी तापिनी धूम्रा मरीचिर्ज्वलिनी रुचिः / सुषुम्णा भोगदा विश्वा बोधिनी धारिणी क्षमा
Tapinī, Tāpinī, Dhūmrā, Marīci, Jvalinī, Ruci; Suṣumṇā, Bhogadā, Viśvā, Bodhinī, Dhāriṇī, Kṣamā.
Verse 88
तस्मिन्पात्रे परानन्दकारणं परमामृतम् / सर्वौंषधि रसाढ्यं च हृद्यसौरभसंयुतम्
Dans ce vase se trouvait l’Amṛta suprême, cause de la béatitude transcendante; riche de l’essence de toutes les plantes médicinales, et accompagné d’un parfum doux au cœur.
Verse 89
नीलोत्पलैश्च कह्लारैरम्लानैरतिसौरभैः / वास्यमानं सदा हृद्यं शीतलं लघु निर्मलम्
Toujours embaumé de lotus bleus et de kahlāras, non flétris et d’un parfum intense; à jamais agréable au cœur, frais, léger et pur.
Verse 90
चलद्वीचिशतोदारं ललिताब्यर्चनोचितम् / सदा शब्दायमानं च भासतेर्ऽचनकारणम्
Magnifique, aux centaines de vagues mouvantes, digne du culte de Lalitā; résonnant sans cesse et resplendissant, il devient l’occasion du rite d’arcanā.
Verse 91
तदर्घ्यममृतं प्रोक्तं निशाकरकलामयम् / तस्मिंस्तनीयसीर्नौङ्का मणिकॢप्ताः समास्थिताः / निशाकरकला हृद्याः क्रीडन्ति नवयौवनाः
Cet Amṛta est dit arghya, composé des kalās du Seigneur-Lune; en lui se tiennent de petites barques serties de joyaux; les kalās lunaires, si chères au cœur, s’ébattent telles de jeunes filles en l’éclat d’une jeunesse nouvelle.
Verse 92
अमृता मानदा पूष्णा तुष्टिः पुष्टी रतिर्धृतिः / शशिनी चन्द्रिका कान्तिर्ज्योत्स्ना श्रीः प्रीतिरङ्गदा
Amṛtā, Mānadā (qui confère l’honneur), Pūṣṇā, Tuṣṭi (contentement), Puṣṭi (nourrissement), Rati et Dhṛti; Śaśinī, Candrikā, Kānti, Jyotsnā (clarté lunaire), Śrī et Prīti-Aṅgadā.
Verse 93
पूर्णा पूर्णामृता चेति कलाः पीयूष रोचिषः / नवयौवनसंपूर्णाः सदा प्रहसिताननाः
« Pūrṇā » (plénitude) et « Pūrṇāmṛtā » (plénitude d’amṛta) : telles sont les kalā, lumineuses comme un nectar; comblées d’une jeunesse toujours neuve, le visage sans cesse souriant.
Verse 94
पुष्टिरृद्धिः स्थितिर्मेधा कान्तिर्लक्ष्मीर्द्युतिर्धृतिः / जरा सिद्धिरिति प्रोक्ताः क्रीडन्ति ब्रह्मणः कलाः
Puṣṭi (nourrissement), Ṛddhi (prospérité), Sthiti (stabilité), Medhā (intelligence), Kānti (éclat), Lakṣmī (fortune sacrée), Dyuti (rayonnement), Dhṛti (constance); et encore Jarā (vieillesse) et Siddhi (accomplissement) : telles sont dites les kalā de Brahmā, qui là se déploient en jeu.
Verse 95
स्थितिश्च पालिनी शान्तिश्चेश्वरी ततिकामिके / वरदाह्लादिनी प्रीतिर्दीर्घा चेति हरेः कलाः
Sthiti et Pālinī (la Protectrice), Śānti (paix) et Īśvarī (la Souveraine), Tatikāmike; Varadā (dispensatrice de grâces), Āhlādinī (celle qui réjouit), Prīti (amour) et Dīrghā (longue durée) : telles sont les kalā de Hari (Viṣṇu).
Verse 96
तीक्ष्णा रौद्री भया निद्रा तन्द्रा क्षुत्क्रोधिनी त्रपा / उत्कारी मृत्युरप्येता रोद्ध्र्यस्तत्र स्थिताः कालाः
Tīkṣṇā (l’âpreté) et Raudrī (la fureur), Bhayā (la peur), Nidrā (le sommeil) et Tandrā (l’assoupissement), Kṣut-krodhinī (la faim qui attise la colère), Trapā (la pudeur), Utkārī (celle qui presse), et même Mṛtyu (la mort) : ces kālā, comme puissances d’entrave, demeurent là.
Verse 97
ईश्वरस्य कलाः पीताः श्वेताश्चैवारुणाः सिताः / चतस्रेव प्रोक्तास्तु शङ्करस्य कला अथ
Les kalā du Seigneur Īśvara sont jaunes, blanches et aruna, rouge de l’aurore. Ainsi est-il enseigné que les kalā de Śaṅkara sont au nombre de quatre.
Verse 98
निवृत्तिश्च प्रतिष्ठा च त्रिद्या शान्तिस्तथैव च / इन्दिरा दीपिका चैव रेचिका चैव मोचिका
Nivṛtti et Pratiṣṭhā, Tridyā, ainsi que Śānti; puis encore Indirā, Dīpikā, Recikā et Mocikā.
Verse 99
परा सूक्ष्मा च विन्ध्यारे तथा सूक्ष्मामृता कला / ज्ञानामृता व्याधिनी च व्यापिनी व्योमरूपिका / एतां षोडश संप्रोक्तास्तत्र क्रीडन्ति शक्तयः
Il y a Parā et Sūkṣmā, Vindhyāre et la kalā Sūkṣmāmṛtā; Jñānāmṛtā, Vyādhinī, Vyāpinī et Vyomarūpikā. On les dit au nombre de seize kalā; là, les Śakti se meuvent en jeu sacré.
Verse 100
रुद्रनौकासमारूढास्ततश्चेतश्च चञ्चलाः / शक्तिरुपेण खेलन्ति तत्र विद्याः सहस्रशः
Montées sur la nef de Rudra, l’esprit devient ensuite frémissant et mobile. Là, des milliers de Vidyā jouent sous la forme de Śakti.
Verse 101
अर्घ्यसंशोधनार्थाय कल्पिताः परमेष्ठिना / तदर्घ्यममृतं पीत्वा सदा माद्यन्ति शक्तयः
Cela fut ordonné par Parameṣṭhin pour la purification de l’arghya. Ayant bu cet arghya, qui est amṛta, les Śakti s’enivrent sans cesse de béatitude.
Verse 102
महापद्माटवीवासा महाचक्रस्थिता अपि / मुहुर्मुहुर्नवनवं मुहुस्चाबद्धसौरभम्
Elle demeure dans la forêt du Grand Lotus ; bien qu’établie sur le Grand Cercle, sans cesse elle se renouvelle, et sans cesse s’attache un parfum sacré, ininterrompu.
Verse 103
रत्नकुम्भसहस्रैश्च सुवर्णघटकोटिभिः / आपूर्यापूर्य सततं तदर्घ्यममृतं महत्
Par des milliers de jarres de joyaux et des myriades de vases d’or, on remplit et l’on remplit encore, sans cesse, cette offrande d’arghya : le grand amṛta, nectar d’immortalité.
Verse 104
चिन्तामणिगृहस्थानां परिचारकशक्तयः / अणिमादिकशक्तीनामर्घ्ययन्ति मदोद्धताः
Les śaktis servantes qui résident dans le palais de Cintāmaṇi, exaltées d’une fierté ardente, offrent l’arghya aux pouvoirs d’Aṇimā et aux autres siddhis.
Verse 105
महापद्माटवीकक्ष्यापूर्वभागेर्ऽघ्यकल्पनम् / इत्थ समीरितं पश्चात्तत्रान्यदपि कथ्यते
Ainsi a été décrite la préparation de l’arghya dans la partie antérieure de l’enceinte de la forêt du Grand Lotus ; ensuite, là même, il sera dit encore d’autres choses.
No royal or sage vaṃśa is cataloged in the sampled scope of Adhyāya 35. The chapter is primarily a cosmographic and initiatory-topological description (kakṣyā-bheda, halls, lakes, guardianship) within Lalitopākhyāna, serving as spatial metadata rather than dynastic enumeration.
The sample gives architectural and spatial measures rather than planetary distances: e.g., other vāpikās described as roughly a krośa in extent, and the lake-bed depth indicated as four yojanas. These numbers function as sacral scale-markers for divine space rather than empirical astronomy.
The chapter foregrounds mantra-governed access and Śakti-mediated thresholds rather than a named yantra. Lalitā’s “mahattara mantra” is portrayed as the ambient power around the amṛta-vāpikā, while Tārā’s role as toraṇeśvarī encodes the Śākta principle that higher realms are entered through authorization, mantra, and guardianship—symbolizing inner ascent (siddhi, purification, and immortality as rasāyana).