
मन्वन्तरानुक्रमवर्णनम् (Enumeration of Manvantara Cycles) — with focus on Svārociṣa Manvantara
Cet adhyāya adopte une forme de questions-réponses : Śāṃśapāyana demande, dans l’ordre (anukramāt), les Manvantaras restants avec leurs souverains, les Indra (Śakra) associés et la direction des devas. Sūta répond par un exposé systématique des Manvantaras—passés et futurs—en distinguant clairement ce qui s’est écoulé de ce qui doit advenir, et en précisant que le récit peut être donné en abrégé (samāsa) ou en développement (vistara). Le chapitre énumère ensuite les Manus, nomme la série antérieure et annonce l’intention de décrire les huit à venir. Après avoir rappelé que le Manvantara de Svāyambhuva a déjà été traité, l’enseignement se tourne vers le Manvantara de Svārociṣa : il décrit le prajā-sarga (génération/ordonnancement des êtres) du second Manu et indique les deva-gaṇa actifs durant cet intervalle, notamment les divinités Tuṣita. Le texte poursuit en mode catalogue, listant des groupes (gaṇa) et des devas nommés comme des registres faisant autorité, servant d’index cosmologique pour relier des charges divines à un Manvantara précis. Dans l’ensemble, la valeur technique de l’adhyāya tient à la netteté de son énumération : il met en correspondance l’administration du temps (Manu) et les cohortes divines (devas/gaṇa), offrant une structure de référence réutilisable pour la cosmographie et la généalogie ultérieures.
Verse 1
इति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते पूर्वभागे द्वितीये ऽनुष्गपादे वेदव्यसनाख्यानं स्वायंभुवमन्वन्तरवर्णनं च नाम पञ्चत्रिंशत्तमो ऽध्यायः शांशपायन उवाच मन्वन्तराणि शेषाणि श्रोतुमिच्छाम्यनुक्रमात् / मन्वन्तराधिपांश्चैव शक्रदेवपुरोगमान्
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa proclamé par Vāyu, dans la partie antérieure, seconde section (mètre anuṣṭubh), le trente-cinquième chapitre intitulé « Récit du malheur des Veda et description du Manvantara de Svāyambhuva ». Śāṃśapāyana dit : Je souhaite entendre, dans l’ordre, les manvantaras restants, ainsi que leurs souverains, avec Śakra (Indra) et les dieux en tête.
Verse 2
सूत उवाच मन्वन्तराणि यानि स्युरतीतानागतानि ह / समासा द्विस्तराच्चैव ब्रुवतो मे निबोधत
Sūta dit : Les manvantaras passés et ceux à venir, je les exposerai à la fois brièvement et en détail ; écoutez avec attention mes paroles.
Verse 3
स्वायंभुवो मनुः पूर्वं मनुः स्वारोचिषस्तथा / उत्तमस्तामसश्चैव रैवतश्चाक्षुषस्तथा
D’abord fut Manu Svayambhuva, puis Manu Svarocisa. Ensuite vinrent Manu Uttama, Tamasa, Raivata et aussi Caksusa.
Verse 4
षडेते मनवो ऽतीता वक्ष्याम्यष्टावनागतान् / सावर्णिश्चैव रौच्यश्च भौत्यो वैवस्वतस्तथा
Ces six Manu sont déjà passés; je vais maintenant exposer les huit Manu à venir : Savarni, Raucya, Bhautya, ainsi que Vaivasvata, et d’autres.
Verse 5
वक्ष्याम्येतान्पुरस्तात्तु मनोर्वेवस्वतस्य च / मनवः पञ्च ये ऽतीता मानसांस्तान्निबोधत
Je dirai d’abord les Manu antérieurs à Vaivasvata ; recevez en votre esprit la connaissance des cinq Manu déjà passés.
Verse 6
मन्वन्तरं मया वो ऽध्य क्रान्तं स्वायंभुवस्य ह / अत ऊर्ध्वं प्रवक्ष्यामि मनाः स्वारोचिषस्य ह
Aujourd’hui je vous ai exposé le Manvantara de Svayambhuva ; désormais je dirai le Manvantara de Svarocisa.
Verse 7
प्रजासर्गं समासेन द्वितीयस्य महात्मनः / आसन्वै तुषिता देवा मनोः स्वारोचिषे ऽन्तरे
Voici, en bref, la création des êtres au temps du second grand Manu ; dans le Manvantara de Svarocisa se tenaient les dieux Tusita.
Verse 8
पारावताश्च विद्वांसो द्वावेव तु गणौ स्मृतौ / तुषितायां समुत्पन्नाः क्रतोः पुत्राः स्वरोचिषः
Parāvata et les sages : tels sont les deux seuls groupes mentionnés. Nés en Tuṣitā, ils sont les fils du Ṛṣi Kratu, appelés Svarociṣa.
Verse 9
पारावताश्च वासिष्ठा द्वादश द्वौ गणौ स्मृतौ / छन्दजाश्च चतुर्विंशद्देवास्ते वै तदा स्मृताः
Parāvata et Vāsiṣṭha : on les retient comme deux cohortes, douze chacune. Et les dieux Chandaja, au nombre de vingt-quatre, furent alors rappelés.
Verse 10
दिवस्पर्शो ऽथ जामित्रो गोपदो भासुरस्तथा / अजश्च भगवाश्चैव द्रविणश्य महा बलः
Divasparśa, Jāmitra, Gopada et Bhāsura ; ainsi qu’Aja, Bhagavān et Draviṇaśya, d’une grande force.
Verse 11
आयश्चापि महाबाहुर्महौजाश्चापि वीर्यवान् / चिकित्वान्विश्रुतो यस्तु चांशो यश्चैव पठ्यते
Āya aux grands bras ; Mahaujā, vaillant et puissant ; ainsi que le renommé Cikitvān, et Cāṃśa dont le nom est récité.
Verse 12
ऋतश्चद्वादशस्तेषां तुषिताः परिकीर्त्तिताः / इत्येते क्रतुपुत्रास्तु तदासन्सोमपायिनः
Parmi eux, douze, nommés Ṛta, sont célébrés comme Tuṣita. Ainsi, ces fils de Kratu étaient alors buveurs de Soma.
Verse 13
प्रचेताश्चैव यो देवो विश्वदेवस्तथैव च / समञ्जो विश्रुतो यस्तु ह्यजिह्मश्चारिमर्द्दनः
Pracetā est ce même dieu, appelé aussi Viśvadeva ; Samañja, renommé, sans détour, est le dompteur des ennemis.
Verse 14
आयुर्दानो महामानो दिव्यमानस्तथैव च / अजेयश्च महाभागो यवीयांश्च महाबलः
Āyurdāna, Mahāmāna et Divyamāna ; Ajeya l’invincible, Mahābhāga le fortuné, jeune et d’une grande puissance.
Verse 15
होता यज्वा तथा ह्येते परिक्रान्ताः परावताः / इत्येता देवता ह्यासन्मनोः स्वारोचिषान्तरे
Hotā et Yajvā—ils parcoururent des contrées lointaines ; telles furent ces divinités au temps de Manu, dans le manvantara de Svārociṣa.
Verse 16
सोमपास्तु तदा ह्येताश्चतुर्विशति देवताः / तेषामिन्द्रस्तदा ह्यासीद्विपश्चिल्लोकविश्रुतः
Alors ces vingt-quatre divinités étaient buveuses de Soma ; parmi elles, Indra était alors Vipaścit, renommé dans le monde.
Verse 17
ऊर्जा वसिष्ठपुत्रश्च स्तंबः काश्यप एव च / भार्गवश्च तधा प्राम ऋषभोंऽङ्गिरसस्तथा
Ūrjā, Vasiṣṭhaputra, Staṃbha et Kāśyapa ; ainsi Bhārgava, Prāma et Ṛṣabha, issus eux aussi de la lignée d’Aṅgiras.
Verse 18
पौलस्त्यश्चैव दत्तो ऽत्रिरात्रेयो निश्चलस्तथा / पौलहो ऽथार्वरीवांश्च एते सप्तर्षयस्तथा
Paulastya, Datta, Atriratreya et Nishcala; ainsi que Paulaha et Atharvariva : tels sont, dit-on, les Sept Rishis.
Verse 19
चैत्रः किंपुरुष श्चैव कृतान्तो विभृतो रविः / बृहदुक्थो नवः सेतुः श्रुतश्चेति नव स्मृताः
Caitra, Kimpuruṣa, Kṛtānta, Vibhṛta, Ravi, Bṛhaduktha, Nava, Setu et Śruta : tels sont les neuf, selon la Smṛti.
Verse 20
मनोः स्वारोचिषस्यैते पुत्रा वंशकराः प्रभो / पुराणे परिसंख्याता द्वितीयं वै तदन्तरम्
Ô Seigneur, voici les fils de Manu Svārociṣa, fondateurs de lignées; le Purāṇa les dénombre : c’est le second Manvantara.
Verse 21
सप्तर्षयो मनुर्देवाः पितरश्च चतुष्टयम् / मूलं मन्वन्तरस्यैते तेषां चैवान्वयाः प्रजाः
Les Saptarishis, Manu, les Devas et les quatre classes de Pitṛ : voilà la racine du Manvantara; de leur lignée naissent les êtres.
Verse 22
ऋषीणां देवताः पुत्राः पितरो देवसूनवः / ऋषयो देवपुत्राश्च इति शास्त्रे विनिश्चयः
Telle est la décision du śāstra : les Devas sont les fils des Rishis; les Pitṛ sont les fils des Devas; et les Rishis aussi sont dits fils des Devas.
Verse 23
मनोः क्षत्रं विशश्चैव सप्तर्षिभ्यो द्विजा तयः / एतन्मन्वन्तरं प्रोक्तं समासाच्च न विस्तरात्
De Manu naquirent les kṣatriya et les vaiśya, et des Sept Ṛṣi naquirent les deux-fois-nés (dvija). Ce manvantara est dit en abrégé, non en détail.
Verse 24
स्वायंभुवे न विस्तारो ज्ञेयः स्वारोचिषस्य च / न शक्यो विस्तरस्तस्य वक्तुं वर्षशतैरपि
L’ampleur du manvantara de Svāyambhuva, comme de celui de Svārociṣa, est difficile à connaître; même en des centaines d’années on ne pourrait en dire tout le détail.
Verse 25
पुनरुक्तबहुत्वात्तु प्रजानां वै कुलेकुले / तृतीये त्वथ पर्याये उत्तमस्यान्तरे मनोः
Mais, à cause des nombreuses répétitions concernant les êtres, clan après clan, voici maintenant, au troisième tour, le récit du temps de Manu Uttama.
Verse 26
पञ्च देवगणा प्रोक्तास्तान्वक्ष्यामि निबोधत / सुधामानश्च ये देवा ये चान्ये वशवर्त्तिनः
Cinq assemblées de dieux ont été dites; je vais les exposer, écoutez avec attention : les devas nommés Sudhāmāna et d’autres devas soumis à l’ordonnance.
Verse 27
प्रतर्दनाः शिवाः सत्यागणा द्वादशकाः स्मृताः / सत्यो धृतिर्दमो दान्तः क्षमः क्षामो ध्वनिः शुचिः
Pratardana, Śiva et les Satya-gaṇa sont rappelés comme étant douze : Satya, Dhṛti, Dama, Dānta, Kṣama, Kṣāma, Dhvani et Śuci.
Verse 28
इषोर्ज्जश्च तथा श्रेष्ठः सुपर्णो द्वादशस्तथा / इत्येते द्वादश प्रोक्ताः सुधामानस्तु नामभिः
Iṣorjja, ainsi Śreṣṭha, et Suparṇa, et de même le douzième ; ainsi ces douze sont énoncés sous les noms de Sudhāmān.
Verse 29
सहस्रधारो विश्वायुः समितारो वृहद्वसुः / विश्वधा विश्वकर्मा च मानसस्तु विराजसः
Sahasradhāra, Viśvāyu, Samitāra et Vṛhadvasu ; ainsi Viśvadhā et Viśvakarmā, et Mānas, issu de Virāja.
Verse 30
ज्योतिश्चैव विभासश्च कीर्त्तिता वंशवर्तिनः / अवध्यो ऽवरतिर्देवो वसुर्धिष्ण्यो विभावसुः
Jyoti et Vibhāsa sont célébrés comme demeurant dans la lignée ; ainsi Avadhya, Avarati-deva, Vasu, Dhiṣṇya et Vibhāvasu.
Verse 31
वित्तः क्रतुः सुधर्मा च धृतधर्मा यशस्विजः / रथोर्मिः केतुमाञ्छ्चैव कीर्त्तितास्तु प्रतर्दनाः
Vitta, Kratu, Sudharmā, Dhṛtadharmā et Yaśasvij ; ainsi Rathormi et Ketumān, sont célébrés dans la lignée de Pratardana.
Verse 32
हंसस्वारौ वदान्यौ च प्रतर्दनयशस्करौ / सुदानो वसुदानश्च सुमञ्जसविषावुभौ
Haṃsasvāra et Vadānya, qui accroissent la gloire de Pratardana ; Sudāna et Vasudāna ; et aussi Sumañjasa et Viṣāva, tous deux.
Verse 33
यमो वह्निर् यतिश्चैव सुचित्रः सुतपास्तथा / शिवा ह्येते तु विज्ञेया यज्ञिया द्वादशापराः
Yama, Vahni (Agni), Yati, Suchitra et Sutapā : ceux-ci doivent être reconnus comme de nature shivaïte ; ce sont douze autres divinités propres au yajña.
Verse 34
सत्यानामपि नामानि निबोधत यथातथम् / दिक्पतिर्वाक्पतिश्चैव विश्वः शंभुस्तथैव च
Apprenez aussi, tels qu’ils sont, les noms des Satya : Dikpati, Vākpati, Viśva et aussi Śambhu.
Verse 35
स्वमृडीको दिविश्चैव वर्चोधामा बृहद्वपुः / अश्वश्चैव सदश्वश्च क्षेमानन्दौ तथैव च
Svamṛḍīka, Divi, Varcodhāmā, Bṛhadvapu, Aśva, Sadaśva, ainsi que Kṣema et Ānanda.
Verse 36
सत्या ह्येते परिक्रान्ता यज्ञिया द्वादशापराः / इत्येता देवता ह्यासन्नौत्तमस्यान्तरे मनोः
Ce sont bien eux, les Satya, douze autres divinités du yajña ; ainsi ces dieux furent présents durant le manvantara d’Uttama Manu.
Verse 37
तेषामिन्द्रस्तु देवानां सुशान्तिर्नाम विश्रुतः / पुत्रास्त्तवङ्गिरसस्ते वै उत्तमस्य प्रजापतेः
Parmi ces dieux, leur Indra était renommé sous le nom de Suśānti ; et eux, issus de la lignée d’Aṅgiras, étaient les fils d’Uttama Prajāpati.
Verse 38
वशिष्ठपुत्राः सप्तासन्वाशिष्ठा इति विश्रुताः / सप्तर्षयस्तु ते सर्व उत्तमस्यान्तरे मनोः
Les sept fils de Vasiṣṭha furent renommés sous le nom de « Vāśiṣṭha ». Tous étaient les Sept Ṛṣi, durant le Manvantara de Manu Uttama.
Verse 39
आचश्च परशुश्चैव दिव्यो दिव्यौषधिर्नयः / देवाम्वुजश्चाप्रतिमौ महोत्साहो गजस्तथा
Āca, Paraśu, Divya, Divyauṣadhi, Naya, Devāmbuja, Apratima, Mahotsāha et Gaja : tels étaient leurs noms.
Verse 40
विनीतश्च सुकेतुश्च सुमित्रः सुमतिः श्रुतिः / उत्तमस्य मनोः पुत्रास्त्रयोदश महात्मनः
Vinīta, Suketu, Sumitra, Sumati et Śruti : ces grandes âmes comptaient parmi les treize fils du magnanime Manu Uttama.
Verse 41
एते क्षत्रप्रणेतारस्तृतीयं चैतदन्तरम् / औत्तमः परिसंख्यातः सर्गः स्वारोचिषेण तु
Ils furent les fondateurs de l’ordre des kṣatriya ; voici le troisième Manvantara. Selon Svārociṣa Manu, cette création est comptée comme l’« Auttama-sarga ».
Verse 42
विस्तरेणानुपूर्व्या च तामसस्य निबोधत / चतुर्थे त्वथ पर्याये तामसस्यातरे मनोः
À présent, comprenez au long et dans l’ordre ce qui concerne Tāmasa (Manu). Dans la quatrième succession vient le Manvantara de Manu Tāmasa.
Verse 43
सत्याः सुरूपाः सुधियो हरयश्च गणाः स्मृताः / पुलस्त्यपुत्रास्ते देवास्तामसस्यान्तरे मनोः
Satya, Surūpa, Sudhi et Hari sont rappelés comme des gaṇa, des cohortes divines. Ces dieux, fils de Pulastya, appartiennent à l’intervalle du Manu Tāmāsa.
Verse 44
गणस्तु तेषां देवानामेकैकः पञ्चविंशकः / इन्द्रियाणां प्रतीयेत ऋषयः प्रतिजानते
Chaque cohorte de ces dieux compte vingt-cinq membres. On les comprend comme les facultés des sens; ainsi l’attestent les ṛṣi.
Verse 45
सप्रमाणास्तु शीर्षण्यं मनश्चैवाष्टमं तथा / इन्द्रियाणि तथा देवा मनोस्तस्यान्तरे स्मृताः
Les sept pramāṇa avec ce qui est au sommet (śīrṣaṇya), et le huitième, le mental (manas). De même, les sens et les dieux sont dits appartenir à l’intervalle de ce Manu.
Verse 46
तेषां बभूव देवानां शिबिरिन्द्रः प्रतापवान् / सप्तर्षयोंऽतरे ये च तान्निबोधत सत्तमाः
Parmi ces dieux parut Śibirindra, plein de vaillance. Et les Sept Ṛṣi de cet intervalle, apprenez-les aussi, ô les meilleurs.
Verse 47
काव्य आङ्गिरसश्चैव काश्यपः पृथुरेव च / अत्रेयस्त्वग्निरित्येव ज्योतिर्धामा च भार्गवः
Kāvya, Āṅgirasa, Kāśyapa et Pṛthu; ainsi qu’Ātreya, Agni, Jyotirdhāmā et Bhārgava : tels sont les (Saptarṣi).
Verse 48
पौलहश्चरकश्चात्र वाशिष्ठः पीवरस्तथा / चैत्रस्तथैव पौलस्त्य ऋषयस्तामसेंऽतरे
Dans le Manvantara de Tāmāsa, on se souvient ici des rishis : Paulaha, Caraka, Vāśiṣṭha, Pīvara, Caitra et Paulastya.
Verse 49
जानुजङ्घस्तथा शान्तिर्नरः ख्यातिः शुभस्तथा / प्रियभृत्यो परीक्षिच्च प्रस्थलो ऽथ दृढेषुधिः
Jānujanggha, Śānti, Nara, Khyāti et Śubha; ainsi que Priyabhṛtya, Parīkṣi, Prasthala et Dṛḍheṣudhi : tels sont les noms énumérés.
Verse 50
कृशाश्वः कृतबन्धुश्च तामसस्य मनोः सुताः / पञ्चमेत्वथ पर्याये मनोः स्वारोचिषेंऽतरे
Kṛśāśva et Kṛtabandhu sont les fils du Manu Tāmāsa; et, dans la suite du Manvantara de Svārociṣa, ceci constitue le cinquième passage.
Verse 51
गुणास्तु ये समाख्याता देवानां तान्निबोधत / अमिताभा भूतरयो वैकुण्ठाः ससुमेधसः
Sachez les qualités des devas qui ont été énoncées : Amitābha, Bhūtaraya, Vaikuṇṭha et Sasumedhasa.
Verse 52
वरिष्ठाश्च शुभाः पुत्रा वसिष्ठस्य प्रजापतेः / चतुर्दश तु चत्वारो गणास्तेषां सुभास्वराः
Les fils du Prajāpati Vasiṣṭha sont éminents et de bon augure ; il y a quatre gaṇas, quatorze chacun, à la voix douce et lumineuse.
Verse 53
उग्रः प्रज्ञो ऽग्निभावश्च प्रज्योतिश्चामृतस्तथा / सुमतिर्वा विरावश्च धामा नादः श्रवास्तथा
Ugra, le sage, à la nature de feu, Lumière éclatante et Nectar d’immortalité; ainsi encore Sumati, Virāva, Dhāma, Nāda et Śravā.
Verse 54
वृत्तिराशी च वादश्च शबरश्च चतुर्दश / अमिताभाः स्मृता ह्येते देवाः स्वारोचिषेंऽतरे
Vṛtti, Rāśi, Vāda et Śabara—ils sont quatorze; dans le Manvantara de Svārociṣa, ces dieux sont dits ‘Amitābha’.
Verse 55
मतिश्च सुमतिश्चैव ऋतसत्यौ तथैधनः / अधृतिर्विधृतिश्चैव दमो नियम एव च
Mati et Sumati, Ṛta et Satya, ainsi qu’Aidhana; puis Adhṛti et Vidhṛti, Dama et Niyama.
Verse 56
व्रतो विष्णुः सहश्चैव द्युतिमान्सुश्रवास्तथा / इत्येतानीह नामानि आभूतयसां विदुः
Vrata, Viṣṇu, Saha, Dyutimān et Suśravā—tels sont ici les noms reconnus des dieux Ābhūtaya.
Verse 57
वृषो भेत्ता जयो भीमः शुचिर्दान्तो यशो दमः / नाथो विद्वानजेयश्च कृशो गौरो ध्रुवस्तथा
Vṛṣa, Bhettā, Jaya, Bhīma, Śuci, Dānta, Yaśas, Dama; ainsi encore Nātha, Vidvān, Ajeya, Kṛśa, Gaura et Dhruva.
Verse 58
कीर्त्तितास्तु विकुण्ठा वै सुमेधांस्तु निबोधत / मेधा मेधा तिथिश्चैव सत्यमेधास्तथैव च
Les Vaikuntha ont été glorifiés; ô Sumedhas, écoutez: Medhā, Medhā, Tithi, et aussi Satyamedhā.
Verse 59
पृश्निमेधाल्पमेधाश्च भूयोमेधाश्च यः प्रभुः / दीप्तिमेधा यशोमेधा स्थिरमेधास्तथैव च
Il est un Seigneur nommé Pṛśnimedhā, Alpamedhā et Bhūyomedhā; ainsi que Dīptimedhā, Yaśomedhā et Sthiramedhā.
Verse 60
सर्वमेधा सुमेधाश्च प्रतिमेधाश्च यः स्मृतः / मेधजा मेधहन्ता च कीर्त्तितास्ते सुमेधसः
Celui dont on se souvient comme Sarvamedhā, Sumedhā et Pratimedhā; et aussi comme Medhajā et Medhahantā—ceux-là sont célébrés comme les Sumedhas.
Verse 61
विभुरिन्द्रस्तथा तेषामासीद्वि क्रान्तपौरुषः / पौलस्त्यो दवबाहुश्च सुधामा नाम काश्यपः
Parmi eux se trouvait Vibhū Indra, à la vaillance conquérante; ainsi que Paulastya, Davabāhu et le Kāśyapa nommé Sudhāmā.
Verse 62
हिरण्यरोमाङ्गिरसो वेदश्रीश्चैव भार्गवः / ऊर्ध्वबाहुश्च वाशिष्ठः पर्जन्यः पौलहस्तथा
Hiraṇyaromā, issu des Aṅgirasa; Vedaśrī, le Bhārgava; Ūrdhvabāhu, le Vāsiṣṭha; ainsi que Parjanya et Paulaha.
Verse 63
सत्यनेत्रस्तथात्रेय ऋषयो रैवतेंऽतरे / महावीर्यः सुसंभाव्यः सत्यको हरहा शुचिः
Dans le Manvantara de Raivata, on célèbre Satyanetra, le rishi Atreya, ainsi que Mahāvīrya, Susambhāvya, Satyaka, Harahā et le pur Śuci.
Verse 64
बलबन्धुर्निरामित्रः कंबुः शृगो धृतव्रतः / रैवतस्य च पुत्रास्ते पञ्चमं वै तदन्तरम्
Balabandhu, Nirāmitra, Kambu, Śṛga et Dhṛtavrata furent les fils de Raivata; cet intervalle est, en vérité, le cinquième Manvantara.
Verse 65
स्वारोचिषश्चोत्तमो ऽपि तामसो रैवतस्तथा / प्रियव्रतान्वया ह्येते चत्वारो मनवः स्मृताः
Svārociṣa, Uttama, Tāmasa et Raivata : ces quatre Manu sont tenus en mémoire comme issus de la lignée de Priyavrata.
Verse 66
षष्ठे खल्वपि पर्याये देवा ये चाक्षुषेंऽतरे / आद्याः प्रसूता भाव्यश्च पृथुकाश्च दिवौकसः
Au sixième cycle, dans le Manvantara de Cākṣuṣa, les dieux—Ādya, Prasūta, Bhāvya et Pṛthuka—furent appelés divaukasa, habitants du ciel.
Verse 67
महानुभावा लेखास्छ पञ्च देवगणाः स्मृताः / दिवौकसः सर्व एव प्रोच्यन्ते मातृनामभिः
Mahānubhāva et Lekhā sont comptés parmi cinq groupes de dieux; et tous ces divaukasa sont désignés par les noms des Mātṛ, les Mères divines.
Verse 68
अत्रेः पुत्रस्य नप्तारो ह्यारण्यस्य प्रजापतेः / गणस्तु तेषां देवानामेकैको ह्यष्टकः स्मृतः
Ils sont les petits-fils du fils d’Atri, issus du Prajāpati Āraṇya ; et, dans cette troupe de dieux, chacun est tenu pour un « Aṣṭaka » à part entière.
Verse 69
अन्तरिक्षो वसुर्हव्यो ह्यतिथिश्च प्रियव्रतः / श्रोता मन्तानुमन्ता च त्वाद्या ह्येते प्रकीर्त्तिताः
Antarikṣa, Vasu, Havya, Atithi et Priyavrata ; ainsi que Śrotā, Mantā (le méditant) et Anumantā : tels sont ceux qui sont célébrés comme les dieux premiers.
Verse 70
श्येनभद्रस्तथा चैव श्वेतचक्षुर्महायशाः / सुमनाश्च प्रचेताश्च वनेनः सुप्रचेत्सौ
S’y ajoutent Śyenabhadra, le très illustre Śvetacakṣu, Sumanā, Pracetas, Vanena et Supracetas ; eux aussi appartiennent à cette assemblée.
Verse 71
मुनिश्चैव महासत्त्वः प्रसूताः परिकीर्त्तिताः / विजयः सुजयश्चैव मनस्योदौ तथैव च
Muni et Mahāsattva sont célébrés comme des divinités nées ; de même Vijaya, Sujaya, ainsi que Manasyu et Uda.
Verse 72
मतिः परिमतिश्चैव विचेताः प्रियनिश्चयः / भव्या ह्येते स्मृता देवाः पृथुकांश्च निबोधत
Mati, Parimati, Vicetā et Priyaniścaya : ces dieux sont tenus pour « beaux et de bon augure » ; et apprends aussi ce qui concerne les Pṛthukāṃśa.
Verse 73
ओजिष्ठः शकुनो देवो वानत्दृष्टस्तथैव च / सत्कृतः सत्यदृष्टिश्च जिगीषुर्विजयस्तथा
Ojistha, Sakuna, Deva et Vanatdrishta; de même Satkṛta, Satyadrishti, Jigishu et Vijaya—tels sont aussi les noms des devas.
Verse 74
अजितश्च महाभागः पृथुकास्ते दिवौकसः / लेशास्तथा प्रवक्ष्यामि नामतस्तान्निबोधत
Ajita aussi est grandement fortuné; ce sont des divaukasa, habitants du ciel, appelés Prithuka. À présent j’en dirai une part selon leurs noms—écoutez et retenez.
Verse 75
मनोजवः प्रघासश्च प्रचेताश्च महायशाः / ध्रुवो ध्रुवक्षितिश्चैव अत्युतश्चैव वीर्यवान्
Manojava, Praghāsa et le très illustre Praceta; ainsi que Dhruva, Dhruvakṣiti et le vaillant Atyuta—tels sont aussi ceux qui sont nommés.
Verse 76
युवना बृहस्पतिश्चैव लेखाः संपरिकीर्त्तिताः / मनोजवो महावीर्यस्तेषामिन्द्रस्तदाभवत्
Yuvanā et Bṛhaspati—ces noms dits ‘Lekhā’ sont eux aussi célébrés. Parmi eux, Manojava, d’une grande vaillance, devint alors Indra.
Verse 77
उत्तमो भार्गवश्चैव हविष्मानङ्गिरःसुतः / सुधामा काश्यपश्चैव वशिष्ठो विरजास्तथा
Uttama, Bhārgava et Havishmān, fils d’Aṅgiras; ainsi que Sudhāmā, Kāśyapa, Vasiṣṭha et Viraja—eux aussi sont des rishis vénérables.
Verse 78
अतिनामा च पौलस्त्यः सहिष्णुः पौलहस्तथा / मधुरात्रेय इत्येते सप्त वै चाक्षुषेंऽतरे
Atināmā, Paulastya, Sahiṣṇu, ainsi que Paulaha et Madhurātreya : tels sont les sept (ṛṣi) du Manvantara de Cākṣuṣa.
Verse 79
ऊरुः पुरुः शतद्युम्नस्तपस्वी सत्यवाक्कृतिः / अग्निष्टुदतिरात्रश्च सुद्युम्नशचेति ते नव
Ūru, Puru, Śatadyumna, Tapasvī, Satyavākkṛti, Agniṣṭut, Atirātra et Sudyumna : on dit qu’ils sont au nombre de neuf.
Verse 80
अभिमन्युश्च दशमो नाड्वलेया मनोः सुताः / चाक्षुषस्य सुताः ह्येते षष्ठं चैव तदन्तरम्
Le dixième est Abhimanyu ; ceux-ci sont les fils de Manu Nāḍvaleya. Tous sont fils de Cākṣuṣa ; et c’est là le sixième Manvantara.
Verse 81
वैवस्वतेन संख्यातस्तत्सर्गः सांप्रतेन तु / विस्तरेणानुपूर्व्या च चाक्षुषस्यान्तरे मनोः
Ce sarga fut dénombré brièvement par Vaivasvata (Manu) ; mais l’orateur présent décrira, dans l’ordre et en détail, le Manvantara de Manu Cākṣuṣa.
Verse 82
ऋषय ऊचुः चाक्षुषः कस्य दायादः संभूतः सक्य वान्वये / तस्यान्ववाये ये ऽप्यन्येतान्नो ब्रूहि यथातथम्
Les ṛṣi dirent : «De qui Cākṣuṣa fut-il l’héritier, et dans quelle lignée naquit-il ? Et ceux qui sont autres dans sa descendance, dis-les-nous fidèlement, tels qu’ils sont».
Verse 83
सूत उवाच चाक्षुषस्य विसर्गं तु समासाच्छृणुत द्विजाः / यस्यान्ववाये संभूतः पृथुर्वैन्यः प्रतापवान्
Sūta dit : Ô dvija, écoutez en bref le visarga de Manu Cākṣuṣa ; dans sa lignée naquit le vaillant Pṛthu Vainya, plein de puissance.
Verse 84
प्रजानां पतयश्चान्ये दक्षः प्राचेतसस्तथा / उत्तानपादं जग्राह पुत्रमत्रिप्रजापतिः
Il y eut aussi d’autres seigneurs des créatures : Dakṣa, le Prācetasa ; et le Prajāpati Atri prit Uttānapāda pour fils.
Verse 85
दत्तकः स तु पुत्रो ऽस्य राजा ह्यासीत्प्रजापतिः / स्वायंभुवेन मनुना दत्तो ऽत्रेः कारणं प्रति
Il était son fils adoptif ; et ce roi devint Prajāpati. Manu Svāyambhuva, pour une certaine raison, le remit à Atri.
Verse 86
मन्वन्तरमथासाद्य भविष्यच्चाक्षुषस्य ह / षष्ठं तदनु वक्ष्यामि उपोद्धातेन वै द्विजाः
Et maintenant, parvenu au manvantara qui suivra Cākṣuṣa, ô dvija, j’exposerai le sixième manvantara avec son prélude.
Verse 87
उत्तानपादाच्चतुरः सूनृतासूत भामिनी / धर्मस्य कन्या सुश्रोणी सूनृता नाम विश्रुता
D’Uttānapāda, la gracieuse Sūnṛtā enfanta quatre fils ; fille de Dharma, à la taille harmonieuse, elle était renommée sous le nom de Sūnṛtā.
Verse 88
उत्पन्ना जापि धर्मेम ध्रुवस्य जननी शुभा / धर्मस्य पत्न्यां लक्ष्मयां वै उत्पन्ना सा शुचिस्मिता
Bien que née en Dharma, elle, l’auspicieuse Śubhā, devint la mère de Dhruva ; et Śucismitā naquit en vérité de Lakṣmī, épouse de Dharma.
Verse 89
ध्रुवं च कीर्त्तिमन्तं च त्वायुष्मन्तं वसुं तथा / उत्तानपादो ऽजनयत्कन्ये द्वे च शुचिस्मिते
Uttānapāda engendra Dhruva, Kīrtimān, Āyuṣmān et Vasu ; et, ô Śucismite, deux filles naquirent aussi.
Verse 90
स्वरामनस्विनी चैव तयोः पुत्राः प्रकीर्त्तिताः / ध्रुवो वर्षसहस्राणि दश दिव्यानि वीर्यवान्
Svarā et Manasvinī sont célébrés comme leurs fils ; et Dhruva, plein de vaillance, accomplit l’ascèse durant dix mille années divines.
Verse 91
तपस्तेपे निराहारः प्रार्थयन्विपुलं यशः / त्रेतायुगे तु प्रथमे पौत्रः स्वायंभुवस्य तु
Jeûnant, il accomplit l’ascèse et implora une vaste renommée ; petit-fils de Svāyambhuva Manu, il fut ainsi au premier temps du Tretāyuga.
Verse 92
आत्मानं धारयन्योगान्प्रार्थयन्सुमहद्यशः / तस्मै ब्रह्मा ददौ प्रीतो ज्योतिषां स्थानमुत्तमम्
Affermissant son être dans le yoga, il implora une gloire très grande ; Brahmā, satisfait, lui accorda la demeure suprême parmi les astres lumineux.
Verse 93
आभूतसंप्लवाद्दिव्यमस्तोदयविवार्जितम् / तस्यातिमात्रामृद्धिं च महिमानं निरीक्ष्य तु
Ayant contemplé cet état divin après le pralaya, dépourvu de la distinction du couchant et du levant, et voyant son opulence sans mesure et sa majesté.
Verse 94
दैत्या सुराणामाचार्यः श्लोकमप्युशाना जगौ / अहो ऽस्य तपसो वीर्यमहो श्रुतमहो व्रतम्
Uśanā, précepteur des Daityas et des Devas, prononça aussi un śloka : « Ah ! la puissance de son ascèse ; ah ! sa śruti sacrée ; ah ! son vœu ! »
Verse 95
कृत्वा यदेनमुपरि ध्रुवं सप्तर्षयः स्थिताः / द्रुवे त्रिदिवमासक्तमीश्वरः स दिवस्पतिः
Celui qu’on établit comme Dhruva, au-dessus duquel se tinrent les Saptarṣi; et à Dhruva s’attacha le Tridiva : ce Seigneur est Divaspati.
Verse 96
ध्रुवात्सृष्टिं च भव्यं च भूमिस्तौ सुषुवे नृपौ / स्वां छायामाह वै सृष्टिर्भवनारीति तां प्रभुः
De Dhruva, Bhūmi enfanta deux rois, Sṛṣṭi et Bhavya. Le Seigneur dit à Sṛṣṭi : « Tu es mon ombre ; tu seras appelée Bhavanārī. »
Verse 97
सत्याभिव्यहृतेस्तस्य सद्यः स्त्री साभवत्तदा / दिव्यसंहनना छाया दिव्याभरणभूषिता
À la seule profération de sa parole de vérité, cette ombre devint aussitôt une femme, au corps divin et parée d’ornements célestes.
Verse 98
छायायां सृष्टिराधत्त पञ्च पुत्रानकल्मषान् / प्राजीनगर्भं वृषभं वृकञ्च वृकलं धृतिम्
De Chāyā naquit une création de cinq fils sans souillure : Prājīnagarbha, Vṛṣabha, Vṛka, Vṛkala et Dhṛti.
Verse 99
पत्नी प्राचीनगर्भस्य सुवर्चा सुषुवे नुपम् / नाम्नोदारधियं पुत्रमिन्द्रो यः पूर्वजन्मनि
Suvarcā, épouse de Prājīnagarbha, enfanta un fils éminent nommé Udāradhī, qui dans une naissance antérieure fut Indra.
Verse 100
संवत्सरसहस्रान्ते सकृदाहारमाहरन् / एवं मन्वन्तरं युक्त इन्द्रत्वं प्राप्तवान्प्रभुः
Au terme de mille ans, il ne prenait nourriture qu’une seule fois ; ainsi, demeurant dans la règle durant tout un manvantara, le Seigneur obtint la dignité d’Indra.
Verse 101
उदारधेः सुतं भद्राजनयत्सा दिवञ्जयम् / रिपुं रिपुञ्जयाज्जज्ञे वराङ्गी तु दिवञ्जयात्
D’Udāradhī, Bhadrā enfanta un fils nommé Divañjaya ; de Divañjaya, Varāṅgī enfanta Ripuñjaya, et de Ripuñjaya naquit Ripu.
Verse 102
रिपोराधत्त बृहती वक्षुषं सर्वतेजसम् / तस्य पुत्रो मनुर्विद्वान् ब्रह्मक्षत्त्रप्रवत्तकः / व्यजीजनत्पुष्करिणी वारुणी चाक्षुषं मनुम्
De Ripu, Bṛhatī enfanta Vakṣuṣa, rayonnant de toutes les splendeurs. Son fils fut le sage Manu, promoteur du dharma des brāhmanes et des kṣatriya. Puṣkariṇī et Vāruṇī donnèrent naissance à Cākṣuṣa Manu.
Verse 103
ऋषय ऊचुः प्रजापतेः सुता कस्माद्वारुणी प्रोच्यते ऽनघ / एतदाचक्ष्व तत्वेन कुशलो ह्यसि विस्तरे
Les rishis dirent—Ô toi sans faute, pourquoi la fille de Prajāpati est-elle appelée « Vāruṇī » ? Expose cela selon la vérité et en détail, car tu es habile dans le récit.
Verse 104
सूत उवाच अरण्यस्योदकः पुत्रो वरुणत्वमुपागतः / तेन सा वारुणी ज्ञेया भ्रात्रा ख्यातिमुपागता
Sūta dit : « Udaka, fils d’Araṇya, parvint à la dignité de Varuṇa ; c’est pourquoi elle doit être connue comme “Vāruṇī”, et par son frère elle acquit la renommée. »
Verse 105
मनोरजायन्त दश नड्वलायां सुताः शुभाः / कन्यायां सुमहावीर्या विरजस्य प्रजापतेः
De Naḍvalā naquirent à Manu dix fils de bon augure ; et de Kanyā naquirent au Prajāpati Viraja des fils d’une très grande vaillance.
Verse 106
ऊरुः पुरुः शतद्युम्नस्तपस्वी सत्यवाक्कृतिः / अग्निष्टुदतिरात्रश्च सुद्युम्नश्चेति वै नव
Ūru, Puru, Śatadyumna, Tapasvī, Satyavākkṛti, Agniṣṭut, Atirātra et Sudyumna : tels sont, en vérité, les neuf (fils) énumérés.
Verse 107
अभिमन्युश्च दशमो नड्वलायां मनोः सुताः / ऊरोरजनयत्पुत्रान्षडाग्नेयी महाप्रभान्
Abhimanyu fut le dixième fils de Manu né de Naḍvalā ; et par Ūru, Āgneyī enfanta six fils d’un éclat majestueux.
Verse 108
अङ्गं सुमनसं ख्यातिङ्गयं शुक्रं व्रजाजिनौ / अङ्गात्सुनीथापत्यंवै वेनमेकं व्यजायत
Parmi Anga, Sumanasa, Khyātiṅgaya, Śukra, Vraja et Ajina; d’Anga, dans le sein de Sunīthā, naquit un fils unique nommé Vena.
Verse 109
तस्यापराधाद्वेनस्य प्रकोपस्तु महानभूत् / प्रजार्थमृषयो यस्यममन्थुर्दक्षिणां करम्
Par la faute de Vena s’éleva une grande colère; pour le bien des sujets, les ṛṣi barattèrent sa main droite.
Verse 110
जनितस्तस्य पाणौ तु मथिते रूपवान्पृथुः / जनयित्वा सुतं तस्य पृथुं प्रथितपौरुषम्
Quand sa main fut barattée, naquit Pṛthu, beau de forme; et ainsi se manifesta le fils Pṛthu, renommé pour sa vaillance.
Verse 111
अब्रु वंस्त्वेष वो राजा ऋषयो मुदिताः प्रजाः / स धन्वी कवची जज्ञे तेजसा निर्दहन्निव
Ils dirent : «Voici votre roi»; les ṛṣi et le peuple se réjouirent. Il naquit portant arc et cuirasse, comme s’il brûlait de sa splendeur.
Verse 112
वृत्तीनामेष वो दाता भविष्यति नराधिपः / पृथुर्वैन्यस्तदा लोकान्ररक्ष क्षत्रपूर्वजः
Ce souverain sera le dispensateur de vos moyens d’existence; alors Pṛthu Vainya, ancêtre des kṣatriya, protégea les mondes.
Verse 113
राजसूयाभिषिक्तानामाद्यस्स वसुधाधिपः / तस्य स्तवार्थमुत्पन्नौ निपुणौ सूतमागधौ
Parmi les rois consacrés par le Rājasūya, il fut le premier, souverain de la terre. Pour chanter sa louange naquirent les habiles Sūta et Māgadha.
Verse 114
तेनेयं गौर्महाराज्ञा दुग्धा सस्यानि धीमता / प्रजानां वृत्तिकामानां देवैश्चर्षिगणैः सह
Ce grand roi, plein de sagesse, « trayait » cette terre en forme de vache ; les moissons jaillirent pour la subsistance des peuples, avec les dieux et les rishis.
Verse 115
पितृभिर् दानवैश्चैव गन्धर्वैश्चाप्सरोगणैः / सर्पैः पुण्यजनैश्चैव पर्वतैर्वृक्षवीरुधैः
Aussi par les Pitri, les Dānava, les Gandharva et les troupes d’Apsaras ; par les serpents, les Punyajana, et par les montagnes, les arbres et les lianes.
Verse 116
तेषु तेषु तु पात्रेषु दुह्यमाना वसुंधरा / प्रादाद्यथेप्सि तं क्षीरं तेन प्राणानधारयन्
Quand Vasundharā était traitée dans tel ou tel récipient, elle donnait le lait souhaité ; par ce lait ils soutenaient leur souffle vital.
Verse 117
शांशपायन उवाच विस्तरेण पृथोर्जन्म कीर्त्तयस्व महाव्रत / यथा महात्मना तेन पूर्वं दुग्धा वसुंधरा
Śāṃśapāyana dit : Ô toi au grand vœu, raconte en détail la naissance de Prithu, comme ce grand être jadis trait Vasundharā.
Verse 118
यथा देवैश्च नागैश्च यथा ब्रह्मर्षिभिः सह / यक्षै राक्षसगन्धर्वैरप्सरोभिर्यथा पुरा
Comme ce fut avec les dieux et les nāga, ainsi aussi avec les brahmarṣi; et comme jadis avec les yakṣa, rākṣasa, gandharva et apsarā.
Verse 119
यथा यथा च वै सूत विधिना येन येन च / तेषां पात्रविशेषांश्च दोग्धारं क्षीरमेव च
Ô Sūta, selon la manière et le rite par lesquels cela advint, dis-nous les récipients propres à chacun, le trayeur, et le lait lui-même.
Verse 120
तथा वत्सविशेषांश्च त्वंनः प्रब्रूहि पृच्छताम् / यथा क्षीरविशेषांश्च सर्वानेवानुपूर्वशः
De même, nous te prions: dis-nous les différentes progénitures (vatsa) et, pareillement, expose dans l’ordre toutes les variétés du lait.
Verse 121
यस्मिंश्च कारणे पाणिर्वनस्य मथितः पुरा / कुद्धैर्महर्षिभिः पूर्वैः कारणं ब्रूहि तद्धि नः
Et pour quelle raison, jadis, les mahārṣi courroucés ont baratté la forêt afin d’en tirer l’essence: dis-nous cette cause, assurément.
Verse 122
सूत उवाच कथयिष्यामि वो विप्राः पृथोर्वैन्यस्य संभवम् / एकाग्राः प्रयताश्चैव शुश्रूषध्वं द्विजोत्तमाः
Sūta dit : Ô vipra, je vous raconterai l’avènement de Pṛthu Vainya. Ô plus nobles des deux-fois-nés, écoutez avec esprit concentré et discipline.
Verse 123
नाशुद्धाय न पापाय नाशिष्यायाहिताय च / वर्त्तनीयमिदं ब्रह्म नाव्रताय कथञ्चन
Cette parole de Brahman ne doit pas être transmise à l’impur, au pécheur, à celui qui n’est pas disciple ni à l’homme malfaisant; et jamais à qui ne garde pas de vœu.
Verse 124
धन्यं यशस्यमायुष्यं पुण्यं वेदैश्च संमितम् / रहस्यमृषिभिः प्रोक्तं शृणुयाद्यो ऽनसूयकः
Ce récit est béni, donne la renommée, accroît la longévité, est méritoire et conforme aux Veda; ce secret énoncé par les rishis, que l’entende celui qui est sans jalousie.
Verse 125
यश्चैवं श्रावयेन्मर्त्यः पृथोर्वैन्यस्य संभवम् / ब्राह्मणेभ्यो नमस्कृत्य न स शोचेत्कृताकृतम्
Celui qui, après s’être incliné devant les brahmanes, fait ainsi réciter l’origine de Prithu Vainya, ne s’affligera ni de ce qui est fait ni de ce qui ne l’est pas.
Verse 126
गोप्ता धर्मस्य राजासौ बभूवात्रिसमः प्रभुः / अत्रिवंशसमुत्पन्नो ह्यङ्गो नाम प्रजापतिः
Ce roi fut le gardien du Dharma, un souverain semblable à Atri; de la lignée d’Atri naquit le Prajapati nommé Anga.
Verse 127
तस्य पुत्रो ऽभवद्वेनो नात्यर्थं धार्मिकस्तथा / जातो मृत्युसुतायां वै सुनीथायां प्रजापतिः
Son fils fut Vena, qui n’était pas d’une grande droiture; ce Prajapati naquit de Sunitha, fille de Mrityu, le Seigneur de la Mort.
Verse 128
स मातामहदोषेण वेनः कालात्म जात्मजः / स धर्मं वृष्ठतः कृत्वा कामाल्लोकेष्वर्तत
Par la faute de son aïeul maternel, Véna, fils de Kālātmaja, relégua le Dharma derrière lui et, soumis au désir, se conduisit dans les mondes.
Verse 129
स्थापनां स्थापयामास धर्मायेतां स पार्थिवः / वेदशास्त्राण्यतिक्रम्य सो ऽधर्मे निरतो ऽभवत्
Ce roi établit une ordonnance prétendument pour le Dharma; mais, transgressant les Veda et les śāstra, il s’adonna à l’adharma.
Verse 130
निःस्वाध्यायवष्ट्कारे तस्मिन्राज्यं प्रशासति / न पिबन्ति तदा सोमं महायज्ञेषु देवताः
Lorsqu’il régnait, il n’y eut plus ni svādhyāya ni cri de vaṣaṭ; alors les dieux ne burent pas le soma dans les grands yajñas.
Verse 131
न यष्टव्यं न दातव्यमिति तस्य प्रजापतेः / आसीत्प्रतिज्ञा क्रूरेयं विनाशे प्रत्युपस्थिते
Le vœu cruel de ce Prajāpati fut : « point de yajña, point de dāna » ; et la destruction s’approchait déjà.
Verse 132
अहमीज्यश्च पूज्यश्च यज्ञे देवद्विजातिभिः / मयि यज्ञा विधातव्या मयि होतव्यमित्यपि
Il déclara : « Dans le yajña, dieux et dvija doivent m’adorer et me sacrifier; que les yajñas soient ordonnés pour moi, et que les oblations me soient offertes ».
Verse 133
तमतिक्रान्तमर्यादमवदानसुसंवृतम् / ऊचुर्महर्षयः सर्वे मरीचिप्रमुखास्तदा
Alors tous les grands ṛṣi, avec Marīci à leur tête, voyant celui qui avait franchi les bornes et se trouvait enveloppé de faute, dirent :
Verse 134
वयं दीक्षां प्रवेक्ष्यामः संवत्सरशतं नृप / त्वं मा कार्षीरधर्मं वै नैष धर्मः सनातनः
Ô roi, nous entrerons en dīkṣā pour cent années ; ne commets pas l’adharma, car ceci n’est pas le Dharma éternel.
Verse 135
निधने संप्रसूतस्त्वं प्रजापतिरसंशयः / पालयिष्ये प्रजाश्चेति पूर्वं ते समयः कृतः
Tu es né au temps de la ruine ; sans doute tu es Prajāpati. Jadis tu as pris l’engagement : «Je protégerai les créatures».
Verse 136
तां स्तथा वादिनः सर्वान्ब्रह्मर्षीनब्रवीत्तदा / वेनः प्रहस्य दुर्बुद्धिर्विदितेन च कोविदः
À tous ces brahmarṣi qui parlaient ainsi, Vena, à l’esprit dévoyé, se mit à rire et, se donnant des airs de savant, répondit.
Verse 137
स्रष्टा धर्मस्य कश्चान्यः श्रोतव्यं कस्य वा मया / वीर्यण तपसा सत्यैर्मया वा कः समो भुवि
Qui donc, sinon moi, est le créateur du Dharma ? Qui devrais-je écouter ? En vaillance, en ascèse et en vérité, qui sur terre m’égale ?
Verse 138
मन्दात्मानो न नूनं मां यूयं जानीत तत्त्वतः / प्रभवं सर्वलोकानां धर्माणां च विशेषतः
Ô âmes engourdies, vous ne me connaissez certes pas selon la vérité; je suis la source de tous les mondes et, tout particulièrement, des dharmas.
Verse 139
इच्छन्दहेयं पृथिवीं प्लावयेयं जलेन वा / सृजेयं वा ग्रसेयं वा नात्र कार्या विचारणा
Si je le veux, je puis brûler la terre ou la submerger d’eau; je puis créer ou engloutir : nul besoin ici de délibération.
Verse 140
यदा न शक्यते स्तंभादानार्य्यभृशसंहितः / अनुनेतुं तदा वेनस्ततः क्रुद्धा महर्षयः
Lorsqu’il fut impossible d’amadouer Véna, raide comme un pilier, non-aryen et d’une cruauté extrême, alors les grands rishis s’irritèrent.
Verse 141
निगृह्य तं च बाहुभ्यां विस्फुरन्तं महा बलम् / ततो ऽस्य वामहस्तं ते ममन्थुर्भृशकोपिताः
Le maîtrisant de leurs deux bras, lui qui se débattait avec grande force, ils pétrirent alors sa main gauche, saisis d’une colère farouche.
Verse 142
तस्मात्प्रमथ्यमानाद्वै जज्ञ पूर्वमिति श्रुतिः / ह्रस्वो ऽतिमात्रं पुरुषः कृष्णश्चापि बभूव ह
Selon la śruti, de ce pétrissage naquit d’abord un homme : il était petit, aux membres démesurés, et de teint noir.
Verse 143
स भीतः प्राञ्जलिश्चैव तस्थिवानाकुलेन्द्रियः / तमार्त्तं विह्वलं दृष्ट्वा निषीदेत्यब्रुवन्किल
Effrayé, il demeura debout, les mains jointes, les sens troublés. Le voyant accablé et chancelant, ils dirent : «Assieds-toi».
Verse 144
निषादवंशकर्तासौ बभूवानन्तविक्रमः / धीवरानसृजच्चापि वेनकल्मषसंभवान्
Il devint le fondateur de la lignée des Niṣāda, à la vaillance sans limite ; et il engendra aussi les dhīvara (pêcheurs) issus de la souillure de Vena.
Verse 145
ये चान्ये विन्ध्यनिलयास्तंबुरास्तुबुराः खशाः / अधर्मरुचयश्चापि विद्धि तान्वेनकल्मषान्
Et les autres habitants des Vindhya—Tambura, Tubura, Khaśa—ainsi que ceux qui goûtent l’adharma : sache qu’ils sont tous issus de la souillure de Vena.
Verse 146
पुनर्महर्षयस्तस्य पाणिं वेनस्य दक्षिणम् / अरणीमिव संरब्धा ममन्थुर्जातमन्यवः
Puis les grands ṛṣi, saisis de colère, barattèrent la main droite de Vena comme une araṇi, le bois à feu que l’on frotte.
Verse 147
पृथुस्तस्मात्समुत्पन्नः कराज्जलजसन्निभात् / पृथोः करतलाद्वापि यस्माज्जातः पृषुस्ततः
De cette main semblable au lotus naquit Pṛthu ; et puisque Pṛṣu naquit de la paume de Pṛthu, il fut donc nommé Pṛṣu.
Verse 148
दीप्यमानश्च वपुषा साक्षादग्निरिव ज्वलन् / आद्यमाजगवं नाम धनुर्गृह्य महारवम्
Il resplendissait de tout son corps, flamboyant tel le feu en personne; puis, saisissant l’arc primordial nommé Ājagava, il poussa un grand rugissement.
Verse 149
शारांश्च बिभ्रद्रक्षार्थ कवचं च महाप्रभम् / तस्मिञ्जा ते ऽथ भूतानि संप्रहृष्टानि सर्वशः
Pour la protection, il portait des flèches et une cuirasse d’un éclat immense; à sa naissance, tous les êtres, partout, furent transportés de joie.
Verse 150
समापेतुर्महाराजं वेनश्च त्रिदिवं गतः / समुत्पन्नेन राजर्षिः सत्पुत्रेण महात्मना
Tous se rassemblèrent auprès du grand roi; et Véna gagna Tridiva, le ciel. Par l’avènement de ce fils vertueux, grand d’âme, l’œuvre du rajarṣi s’accomplit.
Verse 151
त्रातः स पुरुषव्याघ्रः पुन्नाम्नो नरकात्तदा / तं नद्यश्च समुद्राश्च रत्नान्यादाय सर्वशः
Alors ce tigre parmi les hommes fut délivré de l’enfer nommé Punnāma. Fleuves et océans, de toutes parts, apportèrent des joyaux vers lui.
Verse 152
अभिषेकाय तोयं च सर्व एवोपत स्थिरे / पितामहश्च भगवानङ्गिरोभिः सहामरैः
Pour l’abhiṣeka, tous se tinrent prêts, portant l’eau du rite. Et le vénérable Pitāmaha, Brahmā, vint aussi avec les Aṅgiras et les dieux.
Verse 153
स्थावराणि च भूतानि जङ्गमानि च सर्वशः / समागम्य तदा वैन्यमभ्य षिञ्चन्नराधिपम्
Alors tous les êtres, immobiles et mobiles de partout, se rassemblèrent et procédèrent à l’onction sacrée du roi Vainya.
Verse 154
महता राजराजेन प्रजापालं महाद्युतिम् / सो ऽभिषिक्तो महाराजो देवैरङ्गिरसः सुतैः
Le grand Roi des rois fit accomplir par les dieux, fils d’Aṅgirasa, l’onction sacrée du Mahārāja, éclatant protecteur des sujets.
Verse 155
आदि राजो महाभागः पृथुर्वैन्यः प्रतापवान् / पित्रापरञ्जितास्तस्य प्रजास्तेनानुरञ्जिताः
Pṛthu Vainya, roi primordial, fut fortuné et puissant ; ses sujets furent comblés par son père, et lui-même sut gagner le cœur du peuple.
Verse 156
ततो राजेति नामास्य ह्यनुरागादजायत / आपस्तस्तंभिरे तस्य समुद्रमभियास्यतः
Alors, par attachement, naquit pour lui le nom de « Roi » ; et lorsqu’il s’avança vers l’océan, les eaux se figèrent pour lui.
Verse 157
पर्वताश्चावदीर्यन्त ध्वजभङ्गश्च नाभवत् / अकृष्टपच्या पृथिवी सिद्ध्यन्त्यन्नानि चिन्तया
Les montagnes se fendirent, mais l’étendard ne se brisa point ; la terre mûrit sans labour, et par la seule pensée la nourriture s’accomplissait.
Verse 158
सर्वकामदुघा गावः पृटके पुटके मधु / एतस्मिन्नेव काले तु यजतस्तस्य वै मखे
Les vaches exauçaient tous les désirs; dans corbeilles et récipients se trouvait du miel. En ce même temps, le yajamāna accomplissait son sacrifice sacré.
Verse 159
सोमे सुते समु त्पन्नः सूतः सौत्ये तदाहनि / तस्मिन्नेवं समुत्पन्ने पुनर्जज्ञे ऽथ मागधः
Le jour où l’on pressa le Soma, lors du rite sautya naquit le Sūta; et lorsqu’il naquit ainsi, ensuite naquit de nouveau le Māgadha.
Verse 160
सामगेषु च गायत्सु शुभाण्डे वैश्वदेविके / समागते समुत्पन्नस्तस्मान्मागध उच्यते
Tandis que les chanteurs du Sāma chantaient et que tous étaient rassemblés pour l’auspicieux rite Vaiśvadevika, il apparut; c’est pourquoi on l’appelle Māgadha.
Verse 161
ऐन्द्रेण हविषा चापि हविः पृक्तं बृहस्पतेः / जुहावेन्द्राय दैवेन ततः सूतो व्यजायत
Avec l’oblation destinée à Indra se mêla aussi celle de Bṛhaspati; par décret divin on l’offrit à Indra, et alors naquit le Sūta.
Verse 162
प्रमादस्तत्र संजज्ञ प्रायश्चित्तं च कर्मसु / शिष्यहव्येन यत्पृक्तमभिभूतं गुरोर्हविः
Là survint une inadvertance, et dans les rites il fallut accomplir le prāyaścitta (expiation); car l’oblation du maître fut éclipsée en se mêlant à celle du disciple.
Verse 163
अधरोत्तरचारेण जज्ञे तद्वर्णवैकृतम् / यच्च क्षत्रात्समभवद्ब्राह्मण्यां हीनयोनितः
Par une conduite mêlant le bas et le haut naquit l’altération de ce varna ; et celui qui vint d’un kshatriya en une brahmani, d’origine inférieure, naquit ainsi.
Verse 164
सूतः पूर्वेण साधर्म्यात्तुल्यधर्मः प्रकीर्त्तितः / मध्यमो ह्येष सूतस्य धर्मः क्षेत्रोपजीवनम्
Le sūta est proclamé de dharma semblable, par affinité avec le varna précédent ; le dharma médian du sūta est de vivre des champs, c’est-à-dire de l’agriculture.
Verse 165
रथनागाश्वचरितं जघन्यं च चिकित्सितम् / पृथुस्तवार्थं तौ तत्र समाहूतौ महर्षिभिः
Sont mentionnés la conduite du char, de l’éléphant et du cheval, ainsi que la médecine, tenue pour un office inférieur ; afin de louer Prithu, ces deux-là furent convoqués là par les grands rishis.
Verse 166
तावूचुर्मुनयः सर्वे स्तूयतामेष पार्थिवः / कर्मैतदनुरूपं च पात्रं चायं नराधिपः
Alors tous les munis dirent : «Qu’on loue ce roi de la terre ; cet acte est conforme au devoir, et ce seigneur des hommes est un réceptacle digne».
Verse 167
तावूचतुस्ततः सर्वांस्तानृषीन्सूतमागधौ / आवां देवानृषींश्चैव प्रीणयावः स्वकर्मतः
Puis le sūta et le māgadha dirent à tous ces rishis : «Par notre propre office, nous réjouirons les devas et les rishis».
Verse 168
न चास्य विद्वो वै कर्म न तथा लक्षणं यशः / स्तोत्रं येनास्य कुर्याव प्रोचुस्तेजस्विनो द्विजाः
Les sages ne connaissaient pas encore pleinement ses actes, ses signes et sa renommée; alors les brahmanes rayonnants dirent : par quel hymne le louerons-nous ?
Verse 169
एष कर्मरतो नित्यं सत्यवाक्संयतेन्द्रियः / ज्ञानशीलो वदान्यश्च संग्रामेष्वपरजितः
Il demeure sans cesse voué à l’action juste, véridique et maître de ses sens; sage, généreux, et invaincu dans les combats.
Verse 170
ऋषिभिस्तौ नियुक्तौ तु भविष्यैः स्तूयतामिति / यानि कर्माणि कृतवान् पृथुः पश्चान्महाबलः
Les rishis les chargèrent tous deux : «Qu’il soit loué par les générations futures»; puis vinrent toutes les actions accomplies ensuite par Prithu, le très puissant.
Verse 171
तानि गीतनिबद्धानि ह्यस्तुतां सूतमागधौ / ततस्तवान्ते सुप्रीतः पृथुः प्रादात्प्रजेश्वरः
Ces actes furent tissés en chant, et le Sûta ainsi que le Mâgadha les célébrèrent; à la fin de l’hymne, Prithu, seigneur des peuples, pleinement satisfait, leur accorda des dons.
Verse 172
अनूपदेशं सूताय मगधं मागधाय च / तदादि पृथिवीपालाः स्तूयन्ते सूतमागधैः
Prithu donna l’Anûpadeśa au Sûta et le pays de Magadha au Mâgadha; dès lors, les souverains de la terre sont loués par les Sûta et les Mâgadha.
Verse 173
आशीर्वादैः प्रबोध्यन्ते सूतमागधबन्दिभिः / तं दृष्ट्वा परमप्रीताः प्रजा ऊचुर्महर्षयः
Les sūta, les māgadha et les bardes l’éveillaient par des bénédictions. En le voyant, le peuple et les grands ṛṣi, comblés de joie, dirent :
Verse 174
एष वृत्तिप्रदो वैन्यो भविष्यति नराधिपः / ततो वैन्यं महाभागं प्रजाः समभिदुद्रुवुः
Ce Vainya sera le souverain qui donnera les moyens de subsistance au peuple. Alors les sujets accoururent vers le bienheureux Vainya.
Verse 175
त्वं नो वृत्तिं विधत्स्वेति महार्षिवच नात्तदा / सो ऽभिद्रुतः प्रजाभिस्तु प्रजाहितचिकीर्षया
« Assure notre subsistance », dirent les grands ṛṣi, mais il ne l’accepta pas alors. Pourtant, voulant le bien du peuple, il fut entouré par les sujets accourus vers lui.
Verse 176
धनुर्गृहीत्वा बाणांश्च वसुधामाद्रवद्बली / ततो वैन्यभयत्रस्ता गौर्भूत्वा प्राद्रवन्मही
Le vaillant saisit l’arc et les flèches et se lança à la poursuite de la Terre. Alors la Terre, terrifiée par la crainte de Vainya, prit la forme d’une vache et s’enfuit.
Verse 177
तां पृथुर्धनुरादाय द्रवन्तीमन्वधावत / सा लोकान्ब्रह्मलोकादीन्गत्वा वैन्यभयात्तदा
Pṛthu, prenant son arc, poursuivit la Terre en fuite. Elle, par crainte de Vainya, parvint alors aux mondes, начиная par le Brahmaloka.
Verse 178
संददर्शाग्रतो वैन्यं कार्मुकोद्यतपाणिकम् / ज्वलद्भिर्निशितैर्बाणैर्दीप्ततेजसमच्युतम्
Elle vit devant elle Vainya, la main levée tenant l’arc, rayonnant d’un tejas semblable à celui d’Acyuta, avec des flèches acérées et flamboyantes.
Verse 179
महायोगं महात्मानं दुर्द्धर्षममरैरपि / अलबन्ती तु सा त्राणं वैन्यमेवान्वपद्यत
C’était un grand yogin, une grande âme, redoutable même pour les Immortels; ne trouvant point de protection, elle se réfugia auprès de Vainya seul.
Verse 180
कृताञ्जलिपुटा देवी पूज्या लोकैस्त्रिभिः सादा / उवाच वैनं नाधर्मः स्त्रीवधे परिपश्यति
Les mains jointes, la Déesse, toujours vénérée dans les trois mondes, dit à Vainya : «Dans le meurtre d’une femme, nul dharma ne se manifeste».
Verse 181
कथं धारयिता चासि प्रजा या वर्द्धिता मया / मयि लोकाः स्थिता राजन्मयेदं धार्यते जगत्
Ô roi, comment soutiendras-tu les sujets que j’ai fait croître? Les mondes demeurent en moi; c’est par moi que cet univers est porté.
Verse 182
मत्कृते न विनश्येयुः प्रजाः पार्थिव वर्द्धिताः / स मां नर्हसि वै हन्तुं श्रेयस्त्वं च चिकीर्षसि
Ô souverain, que ne périssent pas les sujets qui ont prospéré grâce à moi; ainsi, si tu veux le bien, tu ne dois pas me tuer.
Verse 183
प्रजानां पृथिवीपाल शृणु चेदं वचो मम / उपायतः समारब्धा सर्वे सिद्ध्यन्त्युपक्रमाः
Ô gardien de la terre, écoute ma parole pour le bien des sujets; toute entreprise commencée avec juste moyen s’accomplit.
Verse 184
हत्वापि मां न शक्तस्त्वं प्रजानां पालने नृप / अन्तर्भूता भविष्यामि जहि कोपं महाद्युते
Ô roi, même si tu me tues, tu ne pourras pas protéger les sujets; je disparaîtrai—ô toi de grand éclat, renonce à la colère.
Verse 185
अवध्यश्च स्त्रियः प्राहुस्तिर्यग्योनिगतेष्वपि / सत्त्वषु पृथिवीपाल धम न त्यक्तुमर्हसि
On dit que les femmes sont inviolables, même nées en matrice animale; ô gardien de la terre, ne renonce pas au dharma envers les êtres.
Verse 186
एवं बहुविधं वाक्यं श्रुत्वा तस्या महामनाः / क्रोधं निगृह्य धर्मात्मा वसुधामिदमब्रवीत्
Ayant entendu ses paroles de maintes sortes, le magnanime, l’âme établie dans le dharma, réprima sa colère et dit ceci à Vasudhā, la Terre.
Verse 187
एकस्यार्थाय यो हन्यादात्मनो वा परस्य च / एकं प्राणी बहून्वापि कर्म तस्यास्ति पातकम्
Celui qui, pour l’intérêt d’un seul—le sien ou celui d’autrui—tue un être ou même plusieurs, cet acte est pour lui un péché.
Verse 188
यस्मिंस्तु निहते भद्रे जीवन्ते बहवः सुखम् / तस्मिन्हते नास्ति शुभे पातकं चोपपातकम्
Ô toi qui es auspicieuse, si la mort d'un seul permet à beaucoup de vivre heureux, alors il n'y a aucun péché, majeur ou mineur, à le tuer.
Verse 189
सो ऽहं प्रजानिमित्तं त्वां हनिष्यामि वसुन्धरे / यदि मे वचनं नाद्य करिष्यसि जगद्धितम्
C'est pourquoi, ô Vasundhara, je te tuerai pour le bien de mes sujets si tu n'exécutes pas aujourd'hui mon ordre pour le bien-être du monde.
Verse 190
त्वां निहत्याशु बाणेन मच्छासनपराङ्मुखीम् / आत्मानं प्रथयित्वेह प्रजा धारयिता स्वयम्
T'ayant rapidement tuée d'une flèche pour t'être détournée de mon ordre, je m'étendrai moi-même ici et soutiendrai les sujets.
Verse 191
सा त्वं वचनमास्थाय मम धर्मभृतां वरे / संजीवय प्रजा नित्यं शक्ता ह्यसि न संशयः
C'est pourquoi, ô la meilleure de ceux qui soutiennent le Dharma, fie-toi à ma parole et fais vivre constamment les sujets ; car tu en es capable, nul doute.
Verse 192
दुहितृत्वं च मे गच्छ चैवमेतमहं शरम् / नियच्छेयं त्वद्वधार्थमुद्यन्तं घोरदर्शनम्
Accepte le statut de ma fille. Ainsi, je retiendrai cette flèche à l'aspect terrible levée pour ta destruction.
Verse 193
प्रत्युवाच ततो वैन्यमेवमुक्ता सती मही / सर्वमेतदहं राजन्विधास्यामि न संशयः
Alors la Déesse Terre répondit à Vainya : « Ô roi, tout cela, je l’accomplirai ; il n’y a aucun doute. »
Verse 194
वत्सं तु मम तं पश्य क्षरेयं येन वत्सला / समां च कुरु सर्वत्र मां त्वं धर्म्मभृतां वर / यथा विस्पन्दमानं मे क्षीरं सर्वत्र भावयेत्
« Vois mon veau ; grâce à lui, je répandrai le lait avec tendresse maternelle. Ô le meilleur des porteurs du dharma, rends-moi égale partout, afin que mon lait frémissant se répande en tous lieux. »
Verse 195
सूत उवाच तत उत्सारयामास शिलाजालनि सर्वशः / धनुष्कोट्या तथा वैन्यस्तेन शैला विवर्द्धिताः
Sūta dit : alors Vainya repoussa de toutes parts les amas de pierres ; et, de la pointe de son arc, il fit grandir les montagnes.
Verse 196
मन्वन्तरेष्वतीतेषु विषमासीद्वसुन्धरा / स्वभावेना भवत्तस्याः समानि विषमाणि च
Dans les manvantaras révolus, Vasundharā était inégale ; par sa nature même, elle avait des parties planes et des parties accidentées.
Verse 197
न हि पूर्वनिसर्गे वै विषमे पृथिवीतले / प्रविभागः पुराणां वा ग्रामाणां वापि विद्यते
Car, dans la création ancienne, lorsque la surface de la terre était inégale, il n’existait ni partage des cités ni partage des villages.
Verse 198
न सस्यानि न गोरक्षं न कृषिर्न वणिक्पथः / चाक्षुषस्यान्तरे पूर्वमासीदेतत्पुरा किल
Avant le manvantara de Cākṣuṣa, jadis —dit-on— il n’y avait ni récoltes, ni protection des vaches, ni agriculture, ni voies de négoce.
Verse 199
वैवस्वतेंऽतरे तस्मिन्सर्व स्यैतस्य संभवः / समत्वं यत्र यत्रासीद्भूमेः कस्मिंश्चिदेव हि
C’est dans ce manvantara de Vaivasvata que tout cela prit naissance; là où, en quelque endroit, la terre était plane, là cela devint possible.
Verse 200
तत्र तत्र प्रजास्ता वै निवसंति च सर्वशः / आहारः फल मूले तु प्रजानामभवत्किल
Ici et là, les êtres vivaient de toutes parts; leur nourriture —dit-on— n’était que fruits et racines.
The narrative shifts from the already-covered Svāyambhuva Manvantara to the Svārociṣa Manvantara, signaled by the statement that Svāyambhuva has been ‘crossed/covered’ and that the next exposition will be of Svārociṣa.
Administrative cosmology: it preserves structured rosters—Manu sequence and the deva-gaṇas (notably Tuṣitas) assigned to a given Manvantara—serving as an index for time-cycle governance rather than terrestrial measurements.
Because Purāṇic chronology ties each Manvantara to a specific divine administration; detailed lists function as identifiers for that age, allowing later sections to anchor events, rites, and lineages to a precise temporal regime.