
Pitṛgaṇa-Vibhāga (Classification of the Pitṛs) and the Śrāddha–Soma Nourishment Cycle
Cet Adhyāya se déploie comme un enseignement attribué à Bṛhaspati : il énumère les Pitṛgaṇa vénérés au Svarga et les distingue en mūrta (incarnés) et amūrta (désincarnés). Il promet d’exposer la liste de leurs lokas, leurs modes de manifestation (visarga) et leurs liens de parenté (filles et petits-fils), comme un registre généalogique inscrit dans la cosmographie. Les Saṃtānaka-loka sont donnés comme la demeure des Pitṛs amūrta, lumineux, fils de Prajāpati et liés à Virāj, d’où leur nom de Vairāja. Le texte décrit ensuite un échange rituel et cosmique : les offrandes de śrāddha nourrissent les Pitṛs ; les Pitṛs nourris fortifient Soma ; et Soma, fortifié, revivifie les lokas—modèle explicite par lequel les rites humains soutiennent la vitalité du cosmos. Le récit se tourne enfin vers un développement mythico-généalogique : Menā (fille née de l’esprit, liée aux Pitṛs), son lien avec Himavat et une descendance de montagnes (Maināka, Krāñca), puis les trois filles Aparṇā, Ekaparṇā et Ekapāṭalā. Leurs austérités (se nourrir d’une seule feuille ou d’un seul pāṭalā, jeûner) aboutissent à l’appellation d’Aparṇā comme Umā, fondant l’épithète divine dans le tapas, puissance créatrice qui stabilise le monde tant que la Terre demeure.
Verse 1
एति श्रीब्रह्माण्डे महापुराणे वायुप्रोक्ते मध्यभागे तृतीय उपोद्धातपादे पितृकल्पो नाम नवमो ऽध्यायः // ९// बृहस्पतिरुवाच सप्तैते जयतां श्रेष्ठाः स्वर्गे पितृगणाः स्मृताः / चत्वारो मुर्त्तिमन्तश्च त्रयस्तेषाममूर्त्तयः
Ainsi, dans le Śrī Brahmāṇḍa Mahāpurāṇa, enseigné par Vāyu, dans la partie médiane, au troisième Upoddhāta-pāda, se trouve le neuvième chapitre nommé Pitṛkalpa. Bṛhaspati dit : Au ciel, ces sept groupes de Pitṛ sont tenus pour les plus éminents parmi les victorieux ; quatre sont pourvus de forme, et trois sont sans forme.
Verse 2
तेषां लोकान्विसर्गं च कीर्त्तयिष्ये निबोधत / यावै दुहितरस्तेषां दौहित्राश्चेव ये स्मृताः
Je vais chanter et exposer l’émanation et l’extension de leurs mondes ; écoutez attentivement. Autant qu’il y a de leurs filles, ainsi que les petits-fils par les filles, tels qu’ils sont rappelés dans la Smṛti.
Verse 3
लोकाः संतानका नाम यत्र तिष्ठन्ति भास्वराः / अमूर्त्तयः पितृगणास्ते वै पुत्राः प्रजापतेः
Il est des mondes nommés Saṃtānaka, où demeurent les Pitṛs resplendissants, sans forme ; ce sont véritablement les fils de Prajāpati.
Verse 4
विराजस्य द्विजश्रेष्ठा वैराजा इति विश्रुताः / एते वै पितरस्तात योगानां योगवर्धनाः
Ô le meilleur des dvijas, ceux qui relèvent de Virāj sont connus sous le nom de Vairāja. Mon enfant, ce sont les Pitṛs, ceux qui font croître les yogas.
Verse 5
अप्याययन्ति ये नित्यं योगायोगबलेन तु / श्राद्धैराप्यायितास्ते वै सोममाप्याययन्ति च
Ceux qui comblent sans cesse par la force du yoga et du non-yoga ; rassasiés par les śrāddhas, ils comblent aussi Soma.
Verse 6
आप्यायितस्ततः सोमो लोकानाप्याययत्युत / एतेषां मानसी कन्या मेना नाम महागिरेः
Alors Soma, une fois comblé, comble à son tour les mondes. Parmi eux naquit une fille de l’esprit, nommée Menā, fille du grand mont Mahāgiri.
Verse 7
पत्नी हिमवतः पुत्रो यस्या मैनाक उच्यते / पर्वतप्रवरः सो ऽथ क्रैञ्चश्चास्य गिरेः सुतः
Le fils de l’épouse d’Himavat, nommé Mainaka, fut le plus éminent des monts; et de cette même montagne naquit aussi Krañca.
Verse 8
तिस्रः कन्यास्तु मेनायां जनयामास शैलाराट् / अपर्णामेकपर्णां च तृतीयामेकपाटलाम्
Dans le sein de Menā, le roi des montagnes engendra trois filles : Aparṇā, Ekaparṇā, et la troisième, Ekapāṭalā.
Verse 9
न्यग्रोधमे कपर्णा तु पाठलं त्वेकपाटला / आशिते द्वे अपर्णा तु ह्यनिकेता तपो ऽचरत्
Ekaparṇā prit le nyagrodha pour nourriture; Ekapāṭalā, la fleur pāṭala. Mais Aparṇā renonça aux deux et, sans refuge, accomplit l’ascèse.
Verse 10
शतं वर्षसहस्राणां दुश्चरं देवदानवैः / आहारमेकपर्णेन ह्येकपर्णा समाचरत्
Ekaparṇā accomplit durant cent mille ans une ascèse difficile même pour les dieux et les dānava, ne se nourrissant que d’une seule feuille.
Verse 11
पाटलेनैव चैकेन व्यदधादेकपाटला / पूर्णे वर्षसहस्रे द्वे चाहारं वै प्रजक्रतुः
Ekapāṭalā ne se nourrit que d’une seule fleur pāṭala; et lorsque deux mille ans furent accomplis, toutes deux renoncèrent même à la nourriture.
Verse 12
एका तत्र निराहारा तां माता प्रत्यभाषत / निषेधयन्ती सोमेति मातृस्रेहेन दुःखिता
Là, une jeune fille demeurait sans nourriture; alors sa mère lui parla—attristée par l’amour maternel, la retenant en disant : « Ô Somé ! »
Verse 13
सा तथोक्ता तदापर्णा देवी दुश्चरचारिणी / उमेति हि महाभागा त्रिषु लोकेषु विश्रुता
Ainsi interpellée, la Déesse qui pratiquait une austérité difficile fut alors appelée « Aparṇā » ; et cette Bienheureuse est renommée dans les trois mondes sous le nom d’« Umā » aussi.
Verse 14
तथैव नाम्ना तेनासौ निरुक्तोक्तेन कर्मणा / एतत्तु त्रिकुमारीकं जगत्स्थावरजङ्ग मम्
Ainsi, en raison de cet acte expliqué selon le Nirukta, ce même nom lui fut attribué. Cet épisode des « Trois Jeunes Filles » est célèbre dans tout l’univers, parmi l’immobile et le mobile.
Verse 15
एतासां तपसा सृष्टं यावद्भूमिर्द्धरिष्यति / तपःशरीरास्ताः सर्वास्थिस्रो योगबलान्विताः
Ce qui fut créé par l’austérité de ces jeunes filles subsistera tant que la terre le portera. Toutes avaient l’ascèse pour corps, réduites aux os, et dotées de la force du yoga.
Verse 16
सर्वास्ताः सुमहाभागाः सर्वाश्च स्थिरयौवनाः / सर्वाश्च ब्रह्मवादिन्यः सर्वाश्चैवोर्ध्वरेतसः
Toutes étaient éminemment bienheureuses; toutes possédaient une jeunesse inébranlable. Toutes étaient des annonciatrices de Brahman, et toutes étaient « ūrdhva-retas », parfaitement continentées.
Verse 17
उमा तासां वरिष्ठा च श्रेष्ठा च वरवर्णिनी / महायोगबलोपेता महादेवमुपस्थिता
Parmi elles toutes, Umā était la plus éminente et la meilleure, au teint splendide ; pourvue de la force du Grand Yoga, elle se tint auprès de Mahādeva en service dévot.
Verse 18
दत्तकश्चोशान्स्तस्याः पुत्रो वै भृगुनन्दनः / असितस्यैकपर्णा तु पत्नी साध्वी पतिव्रता
Son fils, Uśān (Śukra), cher aux Bhṛgu, fut connu sous le nom de « Dattaka » ; et Ekaparṇā, épouse d’Asita, était une femme sainte, fidèle à son vœu d’épouse.
Verse 19
दत्ता हिमवता तस्मै योगाचार्याय धीमते / देवलं सुषुवे सा तु ब्रह्मिष्ठं ज्ञानसंयुता
Himavān la donna à ce maître de yoga plein de sagesse ; et elle, riche de connaissance, enfanta Devala, établi dans le Brahman.
Verse 20
या वै तासां कुमारीणां तृतीया चैकपाटला / पुत्रं शतशलाकस्य जैगीषव्यमुपस्थिता
Parmi ces jeunes filles, la troisième était Ekapāṭalā ; elle se tint auprès de Jaigīṣavya, fils de Śataśalāka, pour le servir avec dévotion.
Verse 21
तस्यापि शङ्खलिशितौ स्मृतौ पुत्रावयोनिजौ / इत्येता वै महाभागाः कन्या हिमवतः शुभाः
Lui aussi eut deux fils, dits nés sans matrice : Śaṅkhali et Śita ; telles furent ces filles auspiciées et grandement fortunées d’Himavān.
Verse 22
रुद्राणी सा तु प्रवरा स्वैर्गुणैरतिरिच्यते / अन्योन्यप्रीतमनसोरुमाशङ्करयोरथ
Rudrani était la plus éminente ; par ses propres vertus elle surpassait encore. Alors les cœurs d’Uma et de Shankara étaient comblés d’un amour réciproque.
Verse 23
श्लेषं संसक्तयोर्ज्ञात्वा शङ्कितः किल वृत्रहा / ताभ्यां मैथुनशक्ताभ्यामपत्योद्भवभीरुणा
Ayant appris leur étreinte étroite, Vṛtrahā (Indra) fut réellement inquiet ; car tous deux avaient la puissance de l’union, et il redoutait la naissance d’une descendance.
Verse 24
तयोः सकाशमिन्द्रेण प्रेषितो हव्यवाहनः / अनायो रतिविघ्नं च त्वमाचर हुताशन
Havyavāhana (Agni), envoyé par Indra, s’approcha d’eux. (Indra dit :) « Ô Hutāśana, sans tarder, suscite un empêchement à leur union amoureuse. »
Verse 25
सर्वत्र गत एव त्वं न दोषो विद्यते तव / इत्येवमुक्ते तु तदा वह्निना च तथा कृतम्
Tu vas partout ; il n’y a aucune faute en toi. Ainsi parlé, alors Vahni (Agni) fit exactement de la sorte.
Verse 26
उमां देवः समुत्सृज्य शुक्रं भूमौ व्यसर्जयत् / ततो रुषितया सद्यः शप्तो ऽग्निरुमया तया
Le Deva (Shankara) se détacha d’Uma et répandit son śukra sur la terre. Alors Uma, irritée, maudit aussitôt Agni.
Verse 27
इदं चोक्तवती वह्निं रोषगद्गदया गिरा / यस्मान्नाववितृप्ताभ्यां रतिविघ्नं हुताशन
Alors elle s’adressa au Feu d’une voix tremblante de colère : « Ô Hutāśana ! alors que nous n’étions pas rassasiés, tu as fait obstacle à l’union d’amour. »
Verse 28
कृतवानस्य कर्त्तव्यं तस्मात्त्वमसि दुर्मतिः / यदेवं विगतं गर्भं रौद्रं शुक्रं महाप्रभम्
Tu as fait ce qu’il fallait faire ; c’est pourquoi tu es de mauvais esprit : car cette semence, farouche et d’un grand éclat, a chuté du sein.
Verse 29
गर्भे त्वं धारयस्वैवमेषा ते दण्डधारणा / स शापदोषाद्रुद्राण्या अन्तर्गर्भो हुताशनः
Ainsi, porte-le dans ton sein : telle est pour toi la charge du châtiment. Par la faute née de la malédiction de Rudrāṇī, Hutāśana devint porteur d’un germe en lui.
Verse 30
बहून्वर्षगणान्गर्भं धारयामास वै द्विज / स गङ्गामभिगम्याह श्रूयतां सरिदुत्तमे
Ô dvija ! Durant de longues années il porta cet embryon. Puis il s’approcha de la Gaṅgā et dit : « Écoute, ô la plus haute des rivières. »
Verse 31
सुमहान्परिखेदो मे जायते गर्भधारणात् / मद्धितार्थ मथो गर्भमिमं धारय निम्नगे
Porter cette grossesse m’accable d’une fatigue immense. Pour mon bien, ô Nimnagā, prends et porte cet embryon.
Verse 32
मत्प्रसादाच्च तनयो वरदस्ते भविष्यति / तथेत्युक्त्वा तदा सा तु संप्रत्दृष्टा महानदी
Par ma grâce, tu auras un fils dispensateur de bienfaits. Elle répondit : « Qu’il en soit ainsi », et alors le Grand Fleuve (la Gaṅgā) apparut au grand jour.
Verse 33
तं गर्भं धारयामास दह्यमानेन चेतसा / सापि कृच्छ्रेण महता खिद्यमाना महानदी
Le cœur comme brûlant, elle porta ce fœtus; et le Grand Fleuve aussi, accablé d’une immense épreuve, se trouvait tourmenté.
Verse 34
प्रकृष्टं व्यसृजद्गर्भं दीप्यमान मिवानलम् / रुद्राग्निगङ्गातनयस्तत्र जातो ऽरुणप्रभः
Elle rejeta ce germe d’exception, flamboyant tel un feu. Là naquit Aruṇaprabha, fils de Rudra, d’Agni et de la Gaṅgā.
Verse 35
आदित्यशतसंकाशो महातेजाः प्रतापवान् / तस्मिञ्जाते महाभागे कुमारे जाह्नवीसुते
Il brillait comme cent soleils, doté d’une grande splendeur et d’une vaillance souveraine. Quand naquit ce prince très fortuné, fils de Jāhnavī (la Gaṅgā),
Verse 36
विमानयानैराकाशं पतत्र्रिभिरिवावृतम् / देवदुन्दुभयो नेदुराकाशे मधुरस्वनाः
Par les vimānas, le ciel sembla couvert comme d’oiseaux. Dans les hauteurs, les tambours des dieux retentirent d’un son suave.
Verse 37
मुमुचुः पुष्पवर्षं च खेचराः सिद्धचारणाः / जगुर्गन्धर्वमुख्याश्च सर्वशस्तत्र तत्र ह
Les khecaras, les siddhas et les cāraṇas répandirent une pluie de fleurs. Et les gandharvas éminents chantèrent partout, en maints lieux.
Verse 38
यक्षा विद्याधराः सिद्धाः किन्नराश्चैव सर्वशः / महानागसहस्राणि प्रवराश्च पतत्र्रिणः
Yakshas, vidyādharas, siddhas et kinnaras affluèrent de toutes parts. Des milliers de grands nāgas et d’oiseaux éminents vinrent aussi.
Verse 39
उपतस्थुर्महाभागमाग्नेयं शङ्करात्मजम् / प्रभावेण हतास्तेन दैत्यवानरराक्षसाः
Ils s’avancèrent pour servir l’illustre Agneya, fils de Śaṅkara. Par sa puissance, daityas, vānara et rākṣasas avaient été terrassés.
Verse 40
स हि सप्तर्षिभार्याभिरारादेवाग्निसंभवः / अभिषेकप्रयाताभिर्दृष्टो वर्ज्य त्वरुन्धतीम्
Ce dieu né d’Agni fut aperçu de loin par les épouses des Sept ṛṣis, lorsqu’elles allaient pour l’abhiṣeka—à l’exception d’Arundhatī.
Verse 41
ताभिः स बालार्कनिभो रौद्रः परिवृतः प्रभुः / स्निह्यमानाभिरत्यर्थं स्वकभिरिव मातृभिः
Entouré par elles, le Seigneur resplendissait tel un jeune soleil, dans une majesté raudra. Elles l’aimaient d’un amour profond, comme leurs propres fils, telles des mères.
Verse 42
युगपत्सर्वदेवीभिर्दिधित्सुर्जाह्नवीं सुतः / षण्मुखान्यसृजच्छ्रीमांस्तेनायं षण्मुखः स्मृतः
Le fils de Jāhnavī, désirant être porté d’un seul élan par toutes les Déesses, créa six visages splendides; c’est pourquoi on se souvient de lui comme de Ṣaṇmukha, « aux six faces ».
Verse 43
तेन जातेन महाता देवानामसहिष्णवः / स्कन्दिता दानवगणास्तस्मात्स्कन्दः प्रतापवान्
Par la naissance de ce Grand Être, les troupes des Dānava, incapables de supporter les Deva, furent ébranlées et dispersées; ainsi est-il nommé Skanda, le vaillant en puissance.
Verse 44
कृत्तिकाभिस्तु यस्मात्स वर्द्धितो हि पुरातनः / कार्त्तिकेय इति ख्यातस्तस्मादसुरसूदनः
Puisque ce dieu ancien fut élevé par les Kṛttikā, il devint célèbre sous le nom de Kārttikeya, le pourfendeur des Asura.
Verse 45
जृंभतस्तस्य दैत्यारेर्ज्वाला मालाकुला तदा / मुखाद्विनिर्गता तस्य स्वशक्तिरपराजिता
Quand l’ennemi des Daitya bâilla, une guirlande de flammes se déploya; de sa bouche jaillit sa propre Śakti, invaincue.
Verse 46
क्रीडार्थं चैव स्कन्दस्य विष्णुना प्रभविष्णुना / गरुडादतिसृष्टौ हि पक्षिणौ द्वौ प्रभद्रकौ
Pour le divertissement de Skanda, le puissant Viṣṇu créa deux oiseaux nommés Prabhadraka, supérieurs même à Garuḍa.
Verse 47
मयूरः कुक्कुटश्चैव पताका चैव वायुना / यस्य दत्ता सरस्वत्या महावीणा महास्वना
Le paon, le coq et l’étendard accordé par Vāyu; et la grande Vīṇā au son majestueux donnée par Sarasvatī—appartiennent à celui-là.
Verse 48
अजः स्वयंभुवा दत्तो मेषो दत्तश्च शंभुना / मायाविहरणे विप्र गिरौ क्रैञ्चे निपातिते
Svayambhū donna la chèvre, et Śambhu donna le bélier; ô brahmane, lors du jeu de la Māyā, sur le mont Krañca il fut précipité.
Verse 49
तारके चासुरवरे समुदीर्णे निपातिते / सेंद्रोपेन्द्रैर्महाभागैर्देवैरग्निसुतः प्रभुः
Quand Tāraka, le plus noble des asuras, se souleva et fut abattu, les dieux bienheureux, avec Indra et Upendra, exaltèrent le Seigneur, fils d’Agni.
Verse 50
सेनापत्येन दैत्यारिरभिषिक्तः प्रतापवान् / देवसेनापतिस्त्वेष पठ्यते सुरनायकः
Le vaillant ennemi des daityas fut oint comme commandant en chef; on le récite comme Devasenāpati, chef des suras.
Verse 51
देवारिस्कन्दनः स्कन्दः सर्वलोकेश्वरः प्रभुः / प्रमथैर्विधैर्देवस्तथा भूतगणैरपि
Skanda, qui écrase les ennemis des dieux, est le Seigneur de tous les mondes; il est entouré et servi par divers pramathas ainsi que par les troupes de bhūtas.
Verse 52
मातृभिर्विविधाभिश्च विनायकगणैस्ततः / लोकाः सोमपदा नाम मरीचेर्यत्र वै सुताः
Ensuite se trouvent les mondes nommés Somapadā, avec les diverses Mātṛ et les troupes de Vināyaka ; là demeurent, en vérité, les fils de Marīci.
Verse 53
तत्र ते दिवि वर्त्तन्ते देवास्तान्पूजयन्त्युत / श्रुता बर्हिषदो नाम पितरः सोमपास्तु ते
Là, ils demeurent au ciel, et les dieux aussi les honorent. Les Pitṛ connus sous le nom de Barhiṣada sont des buveurs de Soma.
Verse 54
एतेषां मानसी कन्या अच्छोदा नाम निम्नगा / अच्छौदं नाम तद्दिव्यं सरो यस्मात्समुत्थिता
Leur fille née de la pensée est la rivière nommée Acchodā ; et le lac divin d’où elle surgit porte le nom d’Acchauda.
Verse 55
तथा न दृष्टपूर्वास्तु वितरस्ते कदाचन / संभूता मानसी तेषां पितॄन्स्वान्नाभिजानती
De même, ces Pitṛ Vitar ne l’avaient jamais vue auparavant ; et elle, née de la pensée, ne reconnaissait pas ses propres pères ancestraux.
Verse 56
सा त्वन्यं पितरं वव्रे तानतिक्रम्य वै पितॄन् / अमावसुमिति ख्यातमैलपुत्रं नभश्चरम्
Laissant ces Pitṛ derrière elle, elle choisit un autre père : le célèbre Amāvasu, fils d’Aila, voyageur des cieux.
Verse 57
अद्रिकाप्सरसा युक्तं विमानाधिष्ठितं दिवि / सा तेन व्यभिचारेण गगने नाप्रजारिणी
Unie à l’apsarā Adrikā, elle siégeait au ciel sur un vimāna; mais par cette faute d’inconduite, même dans l’azur elle ne put enfanter.
Verse 58
पितरं प्रार्थयित्वान्यं योगभ्रष्टा पपात ह / त्रीण्यवश्यद्विमानानि पतन्ती सा दिवश्च्युता
Après avoir imploré un autre Pitṛ, déchue de son yoga, elle tomba; chassée du ciel, en chutant elle contraignit trois vimānas.
Verse 59
त्रसरेणुप्रमाणानि तेषु चावस्थितान्पितॄन् / सुसूक्ष्मानपरिव्यक्तानग्नीनग्निष्विवाहितान्
Là se tenaient les Pitṛ, de la mesure d’un trasareṇu : infiniment subtils et inmanifestes, tels un feu porté au sein des feux.
Verse 60
त्रायध्वमित्युवाचार्ता पतती चाप्यवाक्शिराः / तैरुका सा तु मा भैषी रित्यतो ऽधिष्ठिताभवत्
Tombant, la tête en bas, elle s’écria dans la détresse : «Sauvez-moi !» Eux dirent : «Ne crains rien», et dès lors elle fut soutenue.
Verse 61
ततः प्रसादयत्सा वै सीदन्ती त्वनया गिरा / ऊचुस्ते पितरः कन्यां भ्रष्टैश्वर्यां व्यतिक्रमात्
Alors, bien qu’elle défaillît, par ces paroles elle chercha à les apaiser; et les Pitṛ dirent à la jeune fille : «Par ta transgression, ta splendeur souveraine est déchue».
Verse 62
भ्रष्टैश्वर्यां स्वदोषेण पतसि त्वं शुचिस्मिते / यैराचरन्ति कर्मणि शरीरैरिह देवताः
Ô toi au sourire pur, par ta propre faute tu déchois, privée de souveraineté; par ces corps mêmes les dieux accomplissent ici leurs actes.
Verse 63
तैरेव तत्कर्मभलं प्राप्नुवन्ति सदा स्म ह / सद्यः फलन्ति कर्माणि देवत्वे प्रेत्य मानुषे
Par ces mêmes corps ils obtiennent toujours le fruit de cet acte; les actions portent aussitôt leur fruit, dans l’état divin comme, après la mort, dans l’état humain.
Verse 64
तस्मात्स्वतपसः पुत्रि प्रेत्य संप्राप्स्यसे फलम् / इत्युक्तया तु पितरः पुनस्ते तु प्रसादिताः
Ainsi, ô fille de ta propre austérité, après la mort tu obtiendras le fruit; à ces mots, tes Pitṛ redevinrent apaisés envers toi.
Verse 65
ध्यात्वा प्रसादं ते चक्रुस्तस्यास्तदनुकंपया / अवश्यं भाविनं दृष्ट्वा ह्यर्थमूचुस्तदा तु ताम्
Par compassion, ils lui accordèrent leur grâce; voyant ce qui devait advenir inévitablement, ils lui en dirent alors le sens.
Verse 66
सोमपाः पितरः कन्यां रज्ञो ऽस्यैव त्वमावसोः / उत्पन्नस्य पृथिव्यां तु मानुषेषु महात्मनः
Les Pitṛ buveurs de Soma dirent : «Ô jeune fille, tu appartiendras à ce roi même, Āvasu, le grand d’âme qui naîtra sur la terre parmi les humains».
Verse 67
कन्या भूत्वा त्विमांल्लोकान्पुनः प्राप्स्यसि भामिनि / अष्टाविंशे भवित्री त्वं द्वापरे मत्स्ययोनिजा
Ô Bhāminī, devenue jeune fille, tu retrouveras de nouveau ces mondes. Au vingt-huitième Dvāpara, tu naîtras d’une lignée issue du poisson (matsya-yoni).
Verse 68
अस्यैव राज्ञो दुहिता ह्यद्रिकायाममावसोः / पराशरस्य दायादमृषिं त्वं जनयिष्यसि
Tu seras la fille de ce même roi; sur la rive d’Adrīkā, au jour d’amāvasyā (nouvelle lune), tu enfanteras un ṛṣi, héritier de Parāśara.
Verse 69
स वेदमेकं ब्रह्मर्षि श्चतुर्द्धा विभजिष्यति / महाभिषस्य पुत्रौ द्वौ शन्तनोः कीर्त्तिवर्द्धनौ
Ce brahmarṣi partagera l’unique Veda en quatre parties. Les deux fils de Mahābhiṣa—Śantanu—accroîtront la renommée.
Verse 70
विचित्रवीर्यं धर्मज्ञं त्वमेवोत्पादयिष्यसि / चित्राङ्गदं च राजानं सर्वसत्त्वबलान्वितम्
C’est toi qui enfanteras Vicitravīrya, connaisseur du dharma, et aussi le roi Citrāṅgada, pourvu de la force de tous les êtres.
Verse 71
एतानुत्पादयित्वाथ पुनर्लोकानवा प्स्यसि / व्यभिचारात्पितॄणां त्वं प्राप्स्यसे जन्म कुत्सितम्
Après les avoir engendrés, tu atteindras de nouveau les mondes; mais, pour la faute envers les Pitṛ (ancêtres), tu recevras aussi une naissance blâmable.
Verse 72
तस्यैव राज्ञस्त्वं कन्या अद्रिकायां भविष्यसि / कन्या भूत्वा ततश्च त्वमिमांल्लोकानवाप्स्यसि
Tu deviendras la fille de ce même roi et tu naîtras en Adrikā. Devenue jeune fille, tu atteindras ensuite ces mondes.
Verse 73
एवमुकत्वा तु दाशेयी जाता सत्यवती तु सा / अद्रिकायाः सुता मत्स्या सुता जाता ह्यमावसोः
Ainsi dit, la femme du peuple des pêcheurs naquit sous le nom de Satyavatī. Elle était la fille d’Adrikā, appelée Matsyā, née la nuit d’amāvasyā.
Verse 74
अदिकामत्स्यसंभूता गङ्गायमुनसंगमे / तस्या राज्ञो हि सा कन्या राज्ञो वीर्येण चैव हि
Née d’Adrikā et de Matsyā, elle se trouvait au confluent du Gange et de la Yamunā. Elle était bien la fille de ce roi, engendrée par la vigueur du roi.
Verse 77
विरजानाम ते लोका दिवि रोचन्ति ते गणाः / अग्निष्वात्ताः स्मृतास्तत्र पितरो भास्करप्रभाः पुलहस्य प्रजापतेः / एतेषां मानसी कन्या पीवरी नाम विश्रुता
Les mondes nommés Virajā resplendissent au ciel, et leurs cohortes y brillent. Là sont honorés les Pitṛ Agniṣvātta, d’un éclat semblable au soleil, appartenant au Prajāpati Pulaha. Leur fille née de la pensée est célèbre sous le nom de Pīvarī.
Verse 78
योगिनी योगपत्नी च योगमाता तथैव च / भविता द्वापरं प्राप्य अष्टाविंशतिमेव तु
Elle sera yoginī, épouse du yogin et aussi mère du yoga ; et, parvenue au yuga Dvāpara, elle sera la vingt-huitième.
Verse 79
श्रीमान्व्यासो महायोगी योगस्तस्मिन्द्विजोत्तमाः / व्यासादरण्यां संभूतो विधूम इव पावकः
Le vénérable Vyāsa, grand yogin—ô meilleurs des deux-fois-nés—portait en lui le Yoga établi. De Vyāsa, dans la forêt, il naquit tel un feu sans fumée.
Verse 80
पराशरकुलोद्भूतः शुको नाम महातपाः / स तस्यां पितृकन्यायां पीवर्यां जनयद्विभुः
Issu de la lignée de Parāśara, le grand ascète se nommait Śuka. Le Seigneur tout-puissant l’engendra dans Pīvarī, la fille des Pitṛs.
Verse 81
पुत्रान्पञ्च योगचर्यापरिबुर्णान्परिश्रुतान् / कृष्णा गौरं प्रभुं शंभुं तथा भूरिश्रुतं च वै
Il eut cinq fils, accomplis dans la conduite du yoga et renommés : Kṛṣṇa, Gaura, Prabhu, Śambhu et Bhūriśruta.
Verse 82
कन्यां कीर्तिमतीं चैव योगिनीं योगमातरम् / ब्रह्मदत्तस्य चननी महिषी त्वणुहस्य सा
Il eut aussi une fille, Kīrtimatī, yoginī honorée comme « Mère du Yoga ». Elle fut la mère de Brahmadatta et l’épouse royale d’Aṇuha.
Verse 83
आदित्यकिरणोपेतमपुनर्मार्गमास्थितः / सर्वव्यापी विनिर्मुक्तो भविष्यति महामुनिः
Revêtu des rayons d’Āditya, il prit la voie sans retour. Ce grand muni deviendra omniprésent et totalement délivré.
Verse 84
त्रय एते गाणाः प्रोक्ताश्चतुः शेषान्निबोधत / तान्वक्ष्यामि द्विजश्रेष्ठाः प्रभामूर्त्तिमतो गणान्
Ces trois troupes ont été énoncées ; écoutez maintenant les quatre restantes. Ô meilleurs des deux-fois-nés, je décrirai les cohortes à la forme de splendeur.
Verse 85
उत्पन्नास्तु स्वधायां ते काव्या ह्यग्नेः कवेः सुताः / पितरो देवलोकेषु ज्योतिर्भासिषु भास्वराः
Ils sont les Kāvya nés de Svadhā, fils d’Agni le poète. Les Pitṛs, dans les mondes des dieux, brillent au sein des clartés de lumière.
Verse 86
सर्वकामसमृद्धेषु द्विजास्तान्भावयन्त्युत / एतेषां मानसी कन्या योगोत्पत्तिरितिश्रुता
Dans les mondes comblés de tous les désirs, les deux-fois-nés les contemplent avec ferveur. On dit que leur fille née de l’esprit se nomme ‘Yogotpatti’.
Verse 87
दत्ता सनत्कुमारेण शुक्रस्य महिषी तु या / एकशृङ्गेति विख्याता भृगूणां कीर्तिवर्द्धिनी
Celle que Sanatkumāra donna pour épouse à Śukra est renommée ‘Ekaśṛṅgī’, celle qui accroît la gloire des Bhṛgu.
Verse 88
मरीचि गर्भास्ते लोकाः समावृत्य दिवि स्थिताः / एते ह्यङ्गिरसः पुत्राः साध्यैः संवर्द्धिताः पुरा
Ces mondes, conçus dans le sein de Marīci, se déploient et demeurent au ciel. Ils sont les fils d’Aṅgiras, jadis élevés par les Sādhya.
Verse 89
उपहूताः स्मृतास्ते वै पितरो भास्वरा दिवि / तान्क्षत्रियगणाः सप्त भावयन्ति फलार्थिनः
Ces Pitṛs, resplendissants au ciel, sont connus sous le nom d’« Upahūta ». Désireux de fruits méritoires, sept groupes de kṣatriyas les honorent avec dévotion.
Verse 90
एतेषां मानसी कन्या यशोदा नाम विश्रुता / मता या जननी देवी खट्वाङ्गस्य महात्मनः
D’eux naquit une fille de l’esprit, célèbre sous le nom de Yaśodā ; c’est elle, la Déesse, que l’on tient pour la mère du magnanime Khaṭvāṅga.
Verse 91
यज्ञे यस्य पुरा गीता गाथागीतैर्महर्षिभिः / अग्नेर्जन्म तदा दृष्ट्वा शाण्डिल्यस्य महात्मनः
Dans son sacrifice, jadis les grands ṛṣis chantèrent des gāthā en hymnes; alors le magnanime Śāṇḍilya vit la naissance d’Agni.
Verse 92
यजमानं दिलीपं ये पश्यन्त्यत्र समाहिताः / सत्यव्रतं महात्मानं ते ऽपि स्वर्गजितो नराः
Ceux qui, ici, l’esprit recueilli, contemplent Dilīpa l’officiant, le magnanime au vœu de vérité, ces hommes aussi remportent le ciel.
Verse 93
आज्यपा नाम पितरः कर्दमस्य प्रजा पतेः / समुत्पन्नस्य पुलहादुत्पन्नास्तस्य ते सुताः
Les Pitṛs nommés Ājyapā relèvent du Prajāpati Kardama ; nés de Pulaha, on dit qu’ils sont ses fils.
Verse 94
लकिषु तेषु वैवर्ताः कामगोषु विहङ्गमाः / एतान्वैश्यगणाः श्राद्धे भाव यन्ति फलार्थिनः
Parmi ces Lakṣi se trouvent les Vaivarta, et parmi les Kāmagōṣu les Vihangama ; les Vaiśya, en quête de mérite, les honorent avec ferveur lors du śrāddha.
Verse 95
एतेषां मानसी कन्या विरजा नाम विश्रुता / ययातेर्जननी साध्वी पत्नी सा नहुषस्य च
Leur fille née de l’esprit est célèbre sous le nom de Virajā ; femme sainte, elle fut la mère de Yayāti et aussi l’épouse de Nahuṣa.
Verse 96
सुकाला नाम पितरो वसिष्ठस्य महात्मनः / हैरण्यगर्भस्य सुताः शूद्रास्तां भावयन्त्युत
Les Pitara du magnanime Vasiṣṭha portent le nom de Sukālā ; et même les Śūdra, fils d’Hiraṇyagarbha, la vénèrent avec ferveur.
Verse 97
मानसा नाम ते लोका वर्तन्ते यत्र ते दिवि / एतेषां मानसी कन्या नर्मदा सरितां वरा
Dans le ciel, les mondes où ils demeurent portent le nom de Mānasā ; leur fille née de l’esprit est Narmadā, la plus excellente des rivières.
Verse 98
सा भावयति भूतानि दक्षिणापथगामिनी / जननी सात्रसद्दस्योः पुरुकुत्सपरिग्रहः
Elle (Narmadā), qui s’écoule vers la voie du Sud, nourrit tous les êtres ; elle est la mère de Sātrasaddasyu et l’épouse de Purukutsa.
Verse 99
एतेषामभ्युपगमान्मनुर्मन्वन्तरेश्वरः / मन्वन्तरादौ श्राद्धानि प्रवर्तयति सर्वशः
Ayant accueilli ces prescriptions, Manu, seigneur du Manvantara, au commencement du Manvantara institue partout les rites de Śrāddha.
Verse 100
पितॄणामानुपूर्व्येण सर्वेषां द्विजसत्तमाः / तस्मादेतत्स्वधर्मेण देयं श्राद्धं च श्रद्धया
Ô dvijas éminents, selon l’ordre successif de tous les ancêtres; ainsi, conformément à son devoir, on doit offrir le Śrāddha avec une foi recueillie.
Verse 101
सर्वेषां राजतैः पात्रैरपि वा रजतान्वितैः / दत्तं स्वधां पुरोधाय श्राद्धं प्रीणाति वै पितॄन्
Pour tous, le Śrāddha offert dans des vases d’argent, ou ornés d’argent, en plaçant d’abord l’invocation « svadhā », réjouit assurément les Pitṛs.
Verse 102
सौम्यायने वाग्रयणे ह्यश्वमेधं तदप्नुयात् / सोमश्चाप्यायनं कृत्वा ह्यगनेर्वेवस्वतस्य च
Lors de Saumyāyana ou de Vāgrayaṇa, il obtient le mérite de l’Aśvamedha; et, accomplissant l’āpyāyana, il fortifie aussi Soma et l’Agni Vaivasvata.
Verse 103
पितॄन्प्रीणाति यो वंश्यः पितरः प्रीणयन्ति तम् / पितरः पुष्टिकामस्य प्रजाकामस्य वा पुनः
Le descendant qui réjouit les Pitṛs, les Pitṛs le réjouissent à leur tour; surtout celui qui désire vigueur et prospérité, ou celui qui aspire à une descendance.
Verse 104
पुष्टिं प्रजास्तथा स्वर्गं प्रयच्छन्ति न संशयः / देवकार्यादपि सदा पितृकार्यं विशिष्यते
Ils accordent sans doute prospérité, descendance et séjour céleste. Même par rapport au service des dieux, le devoir envers les Pitṛs est toujours plus éminent.
Verse 105
देवताभ्यः पितॄणां हि पूर्वमाप्यायनं स्मृतम् / न हि योग गतिः सूक्ष्मा पितॄणां न पितृक्षयः
On se souvient qu’avant les dieux, il faut d’abord nourrir et satisfaire les Pitṛs. Leur voie est subtile; il n’y a pas de déclin des Pitṛs.
Verse 106
तपसा विप्रसिद्धेन दृश्यते मासचक्षुषा / इत्येते पितरश्चैव लोका दुहितरश्च वै
Par l’ascèse renommée des brahmanes, on le voit avec le « regard du mois » : voici les Pitṛs, et ces mondes sont véritablement leurs filles.
Verse 107
दौहित्रा यजमानाश्च प्रोक्ता ये भावयन्ति यान् / चत्वारो मूर्तिमन्तस्तु त्रयस्तेषाममूर्तयः
Les dauhitras (petits-fils par la fille) et les yajamānas sont dits ceux qui soutiennent et vivifient. Parmi eux, quatre sont pourvus de forme, et trois sont sans forme.
Verse 108
तेभ्यः श्राद्धानि सत्कृत्य देवाः कुर्वन्ति यत्नतः / भक्त्या प्राञ्जलयः सर्वेसेंद्रास्तद्गतमानसाः
Pour eux, même les dieux accomplissent avec soin les śrāddhas en leur rendant hommage. Tous, avec Indra, joignent les mains avec dévotion et fixent leur esprit sur eux.
Verse 109
विश्वे च सिकताश्चैव पृश्निजाः शृङ्गिणस्तथा / कृष्णाः श्वेतांबुजाश्चैव विधिव त्पूजयन्त्युत
Les Viśve, les Sikatā, les Pṛśnija et les Śṛṅgi; de même les Kṛṣṇa et les Śvetāmbuja les honorent selon le rite prescrit.
Verse 110
प्रशस्ता वातरसना दिवाकृत्यास्तथैव च / मेघाश्च मरुतश्चैव ब्रह्माद्याश्च दिवौकसः
Les vénérables Vātarasanā et Divākṛtyā; ainsi que les nuées, les Marut, et Brahmā et les autres habitants du ciel (y sont présents).
Verse 111
अत्रिभृग्वङ्गिराद्याश्च ऋषयः सर्व एव ते / यक्षा नागाः सुपर्णाश्च किन्नरा राक्षसैः सह
Tous les Ṛṣi, tels Atri, Bhṛgu et Aṅgiras; ainsi que les Yakṣa, Nāga, Suparṇa, Kinnara avec les Rākṣasa (s’y trouvent).
Verse 112
पितॄंस्ते ऽपूजयन्सर्वे नित्यमेव फलार्थिनः / एवमेते महात्मानः श्राद्धे सत्कृत्य पूजिताः
Désireux du fruit du mérite, tous rendaient sans cesse un culte aux Pitṛ; ainsi, lors du śrāddha, ces grandes âmes sont honorées et vénérées avec égards.
Verse 113
सर्वान्कामान्प्रयच्छन्ति शतशो ऽथ सहस्रशः / हित्वा त्रैलोक्यसंसारं जरामृत्युमयं तथा
Ils accordent tous les désirs, par centaines et par milliers; et font délaisser le saṃsāra des trois mondes, empli de vieillesse et de mort.
Verse 114
मोक्षं योगमथैश्वर्यं सूक्ष्मदेहमदेहिनाम् / कृत्स्नं वैराग्यमानन्त्यं प्रयच्छन्ति पितामहाः
Les Pitāmahas (vénérables ancêtres) accordent aux êtres incarnés : la moksha, le yoga, la souveraineté divine, le corps subtil, le détachement total et l’infinité.
Verse 115
एश्वर्यं विहितं योगमेश्वर्यं योग उच्यते / योगैश्वर्यमृते मोक्षः कथञ्चिन्नोपपद्यते
Le yoga établi avec la souveraineté divine est appelé « yoga » ; sans le yoga-aisvarya, la moksha ne peut en aucune manière s’accomplir.
Verse 116
अपक्षस्येव गमनं गगने पक्षिणो यथा / वरिष्ठः सर्वधर्माणां मोक्षधर्मः सनातनः
Comme un oiseau sans ailes ne peut aller dans le ciel, ainsi, parmi tous les dharmas, le dharma éternel de la moksha est le plus élevé.
Verse 117
पितॄणां हि प्रसादेन प्राप्यते स महात्मनाम् / मुक्तावैडूर्यवासांसि वाजिनागायुतानि च
Par la grâce des Pitris, les grandes âmes obtiennent ce fruit : des vêtements ornés de perles et de vaidūrya, ainsi que des chevaux et des éléphants par ayutas (dizaines de milliers).
Verse 119
किङ्किणीजालनद्धानि सदा पुष्पफलानि च / विमानानां सहस्राणि युक्तान्यप्सरसां गणैः
Il y a des milliers de vimānas, ceints de réseaux de clochettes kinkiṇī, toujours remplis de fleurs et de fruits, et accompagnés de troupes d’apsarās.
Verse 120
सर्वकामसमृद्धानि प्रयच्छन्ति पितामहाः / प्रजां पुष्टिं स्मृतिं मेधां राज्यमारोग्यमेव च / प्रीता नित्यं प्रयच्छन्ति मानुषाणां पितामहाः
Les Pitāmaha (ancêtres), lorsqu’ils sont satisfaits, accordent sans cesse aux humains l’abondance de tous les désirs : descendance, vigueur, mémoire, intelligence, royauté et santé.
Verse 1118
कोटिशश्चापि रत्नानिप्रयच्छन्ति पितामहाः / हंसबर्हिणयुक्तनि मुक्तावैढूर्यवन्ति च
Les Pitāmaha accordent des myriades de joyaux : ornés de plumes de cygne et de paon, et pourvus aussi de perles et de vaiḍūrya (œil-de-chat).
A Pitṛ-centered genealogy: amūrta Pitṛs are described as sons of Prajāpati (Vairājāḥ, linked to Virāj), and a downstream mythic lineage is introduced via Menā and Himavat, including their mountainous progeny and the three daughters Aparṇā/Ekaparṇā/Ekapāṭalā.
A ritual-cosmic supply chain: śrāddha offerings nourish the Pitṛs; nourished Pitṛs empower Soma; Soma then nourishes and revitalizes the lokas—presenting cosmic stability as dependent on ritual and ancestral mediation.
Through nirukti-style etymology: the mother’s prohibitive address (“u mā”—do not, dear) to the fasting ascetic is linked to Aparṇā’s identity, making ‘Umā’ a name grounded in tapas, maternal speech, and narrative causality.