Opening the text

Varāha-stutiḥ tathā Dharāṇyāḥ Praśnaḥ (Sanatkumāra-saṃvāda-prastāvaḥ)
Theological-Hymnology and Cosmological Discourse (Earth-Rescue Narrative)
L’Adhyāya 113 s’ouvre par une stuti solennelle à Varāha, la forme sanglier de Viṣṇu, agent cosmique qui soulève la Terre et rétablit l’ordre du monde. Le récit installe ensuite un cadre d’enseignement : Pṛthivī se souvient d’avoir été sauvée lors de cycles antérieurs et interroge la raison et le mécanisme de ces interventions répétées. Sanatkumāra arrive au champ sacré et demande à Pṛthivī de révéler le « guhya dharma » entendu de Viṣṇu, faisant de la Terre une transmettrice de savoir éthico-cosmologique. Pṛthivī décrit un état de crise avant la création—absence de luminaires, de vents, de feu et de régulateurs célestes—et son fardeau comme un problème d’équilibre. Elle cherche d’abord refuge auprès de Brahmā, qui la renvoie à Viṣṇu. Elle prononce alors un vaste hymne d’identification, assimilant Viṣṇu aux avatāra, aux divinités, aux mesures du temps, aux éléments et aux structures cosmiques, et conclut en promettant des fruits spirituels à la récitation.
Verse 1
अथ भगवत्स्तुतिः ॥ ॐ नमो वराहाय नमो ब्रह्मपुत्राय सनत्कुमाराय नमः ॥
Commence maintenant la louange du Bienheureux : Oṃ—hommage à Varāha ; hommage au fils de Brahmā, Sanatkumāra.
Verse 2
नमस्तस्मै वराहाय लीलयोद्धरते महीम् ॥ सुरमध्येगतो यस्य मेरुः खणखणायते ॥
Hommage à ce Varāha qui, en un jeu divin, soulève la Terre ; au milieu des dieux, même le Meru semble résonner et frémir en sa présence.
Verse 3
दंष्ट्राग्रेणोद्धृता गोरोदधिपरिवृता पर्वतैर्निम्नगाभिर्भक्तानां भीतिहानौ सुरनरकदशास्यान्तकः क्रोडरूपी ॥ विष्णुः सर्वेश्वरोऽयं यमिह हतमला लीलया प्राप्नुवन्ति त्यक्तात्मानो न पापे प्रभु भवतु मुदितारातिपक्षक्षितीशम् ॥
Soulevée sur la pointe de sa défense—entourée par l’océan de lait, avec montagnes et rivières—(se manifeste) le Seigneur en forme de sanglier, destructeur du Décaface (Rāvaṇa), dissipateur de la crainte des dévots, se mouvant parmi dieux, hommes et mondes infernaux. Ce Viṣṇu, Seigneur de tout—que les purifiés atteignent ici comme grâce de sa līlā—que le Maître soit puissant contre le péché pour ceux qui ont renoncé à l’égocentrisme ; qu’il réjouisse les souverains de la terre en apaisant l’inimitié et en réconciliant les partis adverses.
Verse 4
यस्मिन्काले क्षितिः पूर्वकल्पे वाराह मूर्तिना ॥ उद्धृता च यया भक्त्या पप्रच्छ परमेश्वरम् ॥
En ce temps-là, dans un kalpa antérieur, lorsque la Terre fut soulevée par la forme de Varāha—avec cette même dévotion, elle interrogea le Seigneur Suprême.
Verse 5
धरण्युवाच ॥ कल्पे कल्पे भवानेव मां समुद्धरते भवान् ॥ न बाहुश्चेष्टते मूर्तिर्मादृशीं गां च केशव ॥
La Terre dit : À chaque âge, toi seul me relèves. Pourtant, cette forme incarnée ne déploie pas ses bras comme les autres ; et cependant, toi, ô Keśava, tu soulèves une terre telle que moi.
Verse 6
स तेन सान्त्वितायां वै पृथिव्यां यः समागतः ॥ सनत्कुमारस्तत्क्षेत्रे दृष्ट्वा तां संस्थितां महीम् ॥
Lorsque la Terre eut ainsi été consolée, Sanatkumāra arriva en ce lieu ; et, dans cette contrée, voyant la Terre de nouveau établie, il…
Verse 7
स्वस्ति वाच्याह पुण्याग्रे प्रत्युवाच वसुन्धराम् ॥ सनत्कुमार उवाच ॥ यं दृष्ट्वा वर्ध्धसे देवि त्वं च यस्यासि माधवि ॥
Après avoir prononcé une bénédiction au seuil sacré de ce lieu, il s’adressa à Vasundharā en réponse. Sanatkumāra dit : En voyant Celui-là, ô Déesse, tu t’épanouis ; et de Celui-là tu es l’aimée, ô Mādhavī—
Verse 8
विष्णुना धार्यमाणा च किं त्वया दृष्टमद्भुतम् ॥ एतदाचक्ष्व तत्त्वेन यत्ते हरिमुखाच्छ्रुतम् ॥
Et tandis que tu es soutenue par Viṣṇu, quelle merveille as-tu vue ? Dis-le selon la vérité : ce que tu as entendu de la propre bouche de Hari.
Verse 9
ब्रह्मपुत्रवचः श्रुत्वा पृथिवी वाक्यमब्रवीत् ॥ धरण्युवाच ॥ यद्गुह्यं स मया पृष्टो यच्च मे सम्प्रभाषितम् ॥
Ayant entendu les paroles du fils de Brahmā, la Terre prit la parole. La Terre dit : Ce secret au sujet duquel je l’ai interrogé, et ce qui m’a été dit…
Verse 10
तेन मे कथितं ह्येतत्संसारात्तु विमोक्षणम् ॥ विष्णुभक्तेन यत्कार्यं यत्क्रिया परितिष्ठता
Par lui, ceci m’a été véritablement exposé : le moyen de délivrance du saṃsāra ; ainsi que ce qu’un dévot de Viṣṇu doit accomplir, et quelle conduite et quelles pratiques doivent être maintenues avec constance.
Verse 11
उवाच परमं गुह्यं धर्माणां व्याप्तिनिश्चयम् ॥ अयं धर्मो मया ह्येतच्छ्रुते धर्मे सनातने
Il énonça le secret suprême : la compréhension décisive de la pénétration universelle du dharma. «Voici le dharma, dit-il, tel que je l’ai véritablement entendu dans le dharma éternel de la Révélation».
Verse 12
ततो महीवचः श्रुत्वा ब्रह्मपुत्रो महातपाः ॥ कोकामुखे मम क्षेत्रं जपन्तो ब्रह्मवादिनः
Alors, ayant entendu les paroles de Mahī (la Terre), le grand ascète —fils de Brahmā— évoqua les sages qui enseignent le Brahman et récitent le japa à Kokāmukha, mon lieu sacré.
Verse 13
तां सर्वानानयामास यत्र देवी व्यवस्थिताः ॥ सनत्कुमारः पूतात्मा प्रत्युवाच महीṃ प्रति
Il les amena tous au lieu où la Déesse demeurait. Alors Sanatkumāra, à l’âme purifiée, répondit à Mahī (la Terre).
Verse 14
सनत्कुमार उवाच ॥ यन्मया पूर्वमुक्तासि कथयस्व वरानने ॥ अप्रमेयगतिं चैव धर्ममाचक्ष्व तत्त्वतः
Sanatkumāra dit : «Ce que je t’ai dit auparavant, raconte-le, ô toi au beau visage. Et expose aussi, selon la réalité, ce dharma dont la voie est incommensurable».
Verse 15
ततस्तस्य वचः श्रुत्वा प्रणम्य ऋषिपुङ्गवम् ॥ उवाच परमा प्रीता धात्री मधुरया गिरा
Alors, ayant entendu ses paroles et s’étant prosternée devant le plus éminent des sages, Dhātrī (la Terre), comblée de joie, parla d’une voix douce.
Verse 16
धरण्युवाच ॥ शृण्वन्तु ऋषयः सर्वे यत्तद्विष्णुमुखाच्छ्रुतम् ॥ बाढमित्येव तां देवी स्वस्ति ब्रूहीति सोऽब्रवीत्
Dharaṇī dit : «Que tous les ṛṣis écoutent ce qui fut entendu de la bouche de Viṣṇu.» (Ils répondirent :) «Qu’il en soit ainsi», et il dit à la Déesse : «Prononce l’auspice, la bénédiction.»
Verse 17
नष्टचन्द्रानिले लोके नष्टभास्करतारके ॥ स्तम्भिताश्च दिशः सर्वा न प्राज्ञायात किञ्चन
Dans le monde, la lune et le vent ayant disparu, le soleil et les étoiles s’étant évanouis, et toutes les directions étant comme figées, on ne pouvait rien distinguer.
Verse 18
न वाति पवनस्तत्र नैव चाग्निर्न विद्युतः ॥ न किञ्चित्तत्र विद्येत न तारा न च राशयः
Là, le vent ne soufflait pas ; il n’y avait ni feu ni éclair. Rien du tout ne s’y trouvait : ni étoiles ni constellations (rāśis).
Verse 19
अन्यद्दैवः कूर्मरूपस्त्वं समुद्रस्य मन्थने ॥ धृतवानसि कौर्मेण मन्दरं मधुसूदन
Et en une autre occasion, ô Dieu, prenant la forme d’une tortue lors du barattage de l’océan, tu soutins le mont Mandara par ta forme de tortue, ô Madhusūdana.
Verse 20
पुनर्वराहरूपेण मां गच्छन्तीं रसातले ॥ उज्जहारैकदंष्ट्रेण भवानेव महार्णवात्
De nouveau, revêtant la forme de Varāha, toi-même tu m’as soulevée du grand océan, tandis que je descendais vers Rasātala, d’une seule défense.
Verse 21
अन्यद्धिरण्यकशिपुर्वरदानेन दर्पितः ॥ असावपि नृसिंहेण वपुरास्थाय नाशितः
Et un autre ennemi, Hiraṇyakaśipu—enivré d’orgueil par une grâce—fut lui aussi détruit lorsque tu pris la forme de Narasiṃha.
Verse 22
पुनर्निःक्षत्ररूपेण त्वया अहं विकृता पुरा ॥ जामदग्न्येन रामेण त्वया दृष्टा सकृत्प्रभो
De nouveau, sous la forme qui rendit le monde « sans kṣatriya », jadis tu me transformas ; et par Rāma Jāmadagnya je fus vue une seule fois, ô Seigneur.
Verse 23
पुनश्च रावणो रक्षः क्षयितं स्वेन तेजसा ॥ बलिश्च बद्धो भगवन् त्वया वामनरूपिणा
De nouveau, Rāvaṇa le rākṣasa fut détruit par ton propre éclat ; et Bali aussi fut lié par toi, ô Bienheureux, sous la forme de Vāmana.
Verse 24
न च जानाम्यहं देव तव किंचिद्विचेष्टितम् ॥ उद्धृत्य मां कथं देव सृजसे किंच कारणम्
Et je ne comprends pas, ô Deva, aucune de tes œuvres particulières : m’ayant relevée, comment donc recrées-tu, ô Deva, et pour quelle raison ?
Verse 25
सृष्ट्वा किमादिशः सर्वां न प्राज्ञायते किंचन ॥ न वाति पवनस्तत्र न चैवाग्निर्ज्वलत्यपि
Après avoir créé, de quelle nature est donc ce monde entier ? Rien n’y est connu : là, le vent ne souffle pas, et même le feu n’y brûle point.
Verse 26
अंशवश्च न विद्यन्ते न नक्षत्रा न वा ग्रहाः ॥ न चैवाङ्गारकस्तत्र न शुक्रो न बृहस्पतिः
Il n’y a point de rayons ; il n’existe ni étoiles ni planètes. Là, il n’y a ni Aṅgāraka (Mars), ni Śukra (Vénus), ni Bṛhaspati (Jupiter).
Verse 27
शनैश्चरो बुधो नात्र न चेन्द्रो धनदो यमः ॥ वरुणोऽपि न विद्येत नान्ये केचिद्दिवौकसः
Là ne se trouvent ni Śanaiścara (Saturne) ni Budha (Mercure) ; ni Indra, ni Dhanada (Kubera), ni Yama. Même Varuṇa n’y existerait pas, ni aucun autre être céleste.
Verse 28
गत्वा च शरणं देवी दैन्यं वदति माधवी ॥ प्रसीद मम देवेन्द्र मग्नाहं भारपीडिता
Puis, s’étant rendue en refuge, la Déesse—Mādhavī—parle dans la détresse : «Sois-moi favorable, ô Seigneur des dieux ; j’ai sombré, accablée par le fardeau».
Verse 29
सपर्वतवनैः सार्द्धं मां तारय पितामह ॥ पृथिव्या वचनं श्रुत्वा ब्रह्मा लोकपितामहः
«Sauve-moi, avec mes montagnes et mes forêts, ô Grand-Père.» Ayant entendu les paroles de Pṛthivī, Brahmā—le Grand-Père des mondes—(répondit).
Verse 30
मुहूर्तं ध्यानमास्थाय पृथिवीं तामुवाच ह ।। नाहं तारयितुं शक्तो विषमस्थां वसुन्धरे
Après avoir médité un instant, il s’adressa à la Terre : «Ô Vasundharā, je ne suis pas capable de te délivrer tant que tu demeures en un état si périlleux.»
Verse 31
लोकनाथं सुरश्रेष्ठमादिकर्त्तारमञ्जसा ।। लोकेशं धन्विनं श्रेष्ठं याहि मायाकरण्डकम्
«Va sans délai vers le Seigneur du monde—le plus éminent des dieux, le Créateur primordial; vers le Souverain suprême, l’excellent porteur de l’arc—va à Māyākaraṇḍaka.»
Verse 32
सर्वेषामेव नः कार्यं यच्च किञ्चित्प्रवर्त्तते ।। सर्वांस्तारयितुं शक्तः कि पुनस्त्वां वसुन्धरे
«Quelle que soit l’œuvre qui s’engage pour nous tous—il a la puissance de délivrer tous les êtres; à plus forte raison te délivrera-t-il, ô Vasundharā.»
Verse 33
अनन्तशयने देवं शयानं योगशायिनम् ।। ततः कमलपत्राक्षी नानाभरणभूषिता
Alors elle vit le Dieu étendu sur Ananta, celui qui repose dans le sommeil yogique; puis la Déesse aux yeux semblables à des pétales de lotus, parée de multiples ornements, s’avança.
Verse 34
कृताञ्जलिपुटा देवी प्रसादयति माधवम् ।। धरण्युवाच ।। अहं भारसमायुक्ता ब्रह्माणं शरणङ्गता
Les mains jointes en hommage, la Déesse sollicita la grâce de Mādhava. Dharaṇī dit : «Accablée d’un lourd fardeau, j’ai pris refuge auprès de Brahmā.»
Verse 35
प्रत्याख्याता भगवता तेनाप्युक्तमिदं वचः ।। नाहं तारयितुं शक्तः सुष्रोणि व्रज माधवम्
J’ai été éconduit par le Bienheureux, et il a prononcé ces paroles : « Je n’ai pas le pouvoir de te sauver ; ô toi aux hanches gracieuses, va vers Mādhava. »
Verse 36
स त्वां तारयितुं शक्तो मग्नासि यदि सागरे ।। प्रसीद मम देवेश लोकनाथ जगत्प्रभो
Lui seul a le pouvoir de te sauver, même si tu as sombré dans l’océan. Sois favorable envers moi, ô Seigneur des dieux, Seigneur du monde, Maître de l’univers.
Verse 37
वासवो वरुणश्चासि ह्यग्निर्मारुत एव च ।। अक्षरश्च क्षरश्चासि त्वं दिशो विदिशो भवान्
Tu es Vāsava (Indra) et Varuṇa ; tu es Agni et aussi Māruta (Vāyu). Tu es l’impérissable et le périssable ; tu es les directions et les directions intermédiaires.
Verse 38
मत्स्यः कूर्म्मो वराहश्च नरसिंहोऽसि वामनः ।। रामो रामश्च कृष्णश्च बुद्धः कल्की महात्मवान्
Tu es Matsya, Kūrma et Varāha ; tu es Narasiṃha et Vāmana. Tu es Rāma et (Paraśu-)Rāma, et Kṛṣṇa ; (tu es) Buddha et Kalkī, le magnanime.
Verse 39
एवं पश्यसि योगेन श्रूयते त्वं महायशाः ।। युगायुग सहस्राणि व्यतीतान्यसि संस्थितः
Ainsi tu vois par le yoga, et l’on parle de toi comme d’une gloire immense. Durant des milliers et des milliers d’âges, tu demeures établi, tandis que les ères se sont écoulées.
Verse 40
पृथिवी वायुराकाशमापोज्योतिश्च पञ्चमम्॥ शब्दस्पर्शस्वरूपोऽसि रसो गन्धोऽसि नो भवान्
Tu es la terre, le vent, l’éther, les eaux et, comme cinquième, la lumière. Tu es de la nature du son et du toucher ; pour nous, tu es la saveur et le parfum.
Verse 41
सग्रहाणि च ऋक्षाणि कलाकाष्ठामुहूर्त्तकाः
Et les planètes, et les constellations ; et les mesures du temps : kalā, kāṣṭhā et muhūrta.
Verse 42
सग्रहा ये च नक्षत्रा कला कालमुहूर्त्तकाः॥ ज्योतिष्चक्रं ध्रुवश्चासि सर्वेषु द्योतते भवान्
Ces planètes et ces étoiles/astérismes, les divisions du temps—kalā, le temps et muhūrta : tu es la roue des lumières, et tu es Dhruva ; en tout cela tu resplendis.
Verse 43
मासः पक्षमहोरात्रमृतुः संवत्सराण्यपि
Tu es le mois, la quinzaine, le jour et la nuit, la saison ; et même les années (saṃvatsara).
Verse 44
कला काष्ठापि षण्मासाः षड्रसाश्चापि संयमः॥ सरितः सागराश्च त्वं पर्वताश्च महोरगाः
Tu es kalā et kāṣṭhā, et aussi les demi-années ; les six saveurs, et aussi la maîtrise de soi (saṃyama). Tu es les rivières et les océans ; tu es les montagnes et les grands serpents.
Verse 45
त्वं मेरुर्मन्दरो विन्ध्यो मलयो दर्दुरो भवान्॥ हिमवान्निषधश्चासि सचक्रोऽसि वरायुधः
Tu es Meru, Mandara, Vindhya, Malaya et Dardura. Tu es Himavān et Niṣadha ; tu es Celui qui porte le disque, muni d’armes sublimes.
Verse 46
संक्षिप्तश्चैव विस्तारो गोप्ता यज्ञश्च शाश्वतः॥ यज्ञानां च महायज्ञो यूपानामसि संस्थितः
Tu es la forme concise et aussi la forme déployée ; le Protecteur ; et le yajña éternel. Parmi les sacrifices, tu es le grand sacrifice ; parmi les yūpa, tu es Celui qui demeure établi comme leur base.
Verse 47
वेदानां सामवेदोऽसि साङ्गोपाङ्गो महाव्रतः॥ गर्जनं वर्षणं चासि त्वं वेधा अनृतानृते
Parmi les Veda, tu es le Sāmaveda, complet avec ses aṅga et upāṅga, tenu pour une grande observance. Tu es le tonnerre et tu es la pluie ; tu es l’Ordonnateur (Vedhā) — le vrai et le non-vrai.
Verse 48
त्वं च कालश्च मृत्युश्च त्वं भूतो भूतभावनः॥ आदिमध्यान्त रूपोऽसि मेधा बुद्धिः स्मृतिर्भवान्
Tu es le temps et tu es la mort ; tu es l’Être, Celui qui fait advenir les êtres. Tu as la forme du commencement, du milieu et de la fin ; tu es l’intelligence (medhā), la compréhension (buddhi) et la mémoire (smṛti).
Verse 49
अमृतं सृजसे विष्णो येन लोकानधारयत्॥ त्वं प्रीतिस्त्वं परा प्रीतिः पुराणः पुरुषो भवान्
Tu engendres l’amṛta, ô Viṣṇu, par lequel les mondes sont soutenus. Tu es l’affection ; tu es l’affection suprême ; tu es le Puruṣa primordial.
Verse 50
ध्येयाधेयं जगत्सर्वं यच्च किंचित् प्रवर्तते ॥ सप्तानामपि लोकानां त्वं नाथस्त्वमसंग्रहः ॥
Tu es à la fois l’objet de la contemplation et le fondement de tout ce qui est à contempler : cet univers entier et tout ce qui, de quelque manière, se met en mouvement. Pour les sept mondes, Tu es le Seigneur ; Tu es sans attachement et sans appropriation.
Verse 51
आदित्यस्त्वं युगावर्तास्त्वं तपस्वी महातपाः ॥ अप्रमानः प्रमेयोऽसि ऋषीणां च महानृषिः ॥
Tu es le Soleil ; Tu es le tournant des âges. Tu es l’ascète, le grand pratiquant des austérités. Tu es au-delà de toute mesure, et pourtant connaissable comme objet d’une connaissance valide ; parmi les ṛṣi, Tu es le grand ṛṣi.
Verse 52
अनन्तश्चासि नागानां सर्पाणामसि तक्षकः ॥ उद्वहः प्रवहश्चासि वरुणो वारुणो भवान् ॥
Parmi les Nāga, Tu es Ananta ; parmi les serpents, Tu es Takṣaka. Tu es le courant qui porte vers le haut et celui qui s’écoule vers l’avant ; Tu es Varuṇa—oui, Tu es la puissance même associée à Varuṇa.
Verse 53
क्रीडाविक्षेपणश्चासि गृहेषु गृहदेवताः ॥ सर्वात्मकः सर्वगतो वर्ध्धनो मन एव च ॥
Tu es le jeu et la diversion ; dans les demeures, Tu es la divinité du foyer. Tu es l’âme de tout et Tu es partout ; Tu es celui qui fait croître, et Tu es aussi l’esprit lui-même.
Verse 54
साङ्गस्त्वं विद्युतिनां च वैद्युतानां महाद्युतिः ॥ युगे मन्वन्तरे चापि वृक्षाणां च वनस्पतिः ॥
Toi qui as une forme, Tu es parmi les éclairs ; parmi les splendeurs électriques, Tu es la grande radiance. En chaque yuga et aussi en chaque manvantara, parmi les arbres Tu es le seigneur de la forêt (vanaspati).
Verse 55
गरुडोऽसि महात्मानं वहसि त्वं परायणः ॥ दुन्दुभिर्नेमिघोषैश्च आकाशममलो भवान् ॥
Tu es Garuḍa ; en tant que refuge suprême, tu portes le Seigneur à la grande âme. Tu es le tambour et le grondement du rebord de la roue ; tu es le ciel sans tache.
Verse 56
जयश्च विजयश्चासि गृहेषु गृहदेवताः ॥ सर्वात्मकः सर्वगतश्चेतनो मन एव च ॥
Tu es Victoire et Triomphe ; dans les maisons tu es la divinité du foyer. Tu es l’essence de tout et tu es partout ; tu es la conscience — et tu es aussi l’esprit lui-même.
Verse 57
भगस्त्वं विषलिङ्गश्च परस्त्वं परमात्मकः ॥ सर्वभूतनमस्कार्यो नमो देव नमो नमः ॥
Tu es Bhaga ; tu es aussi Viṣaliṅga. Tu es le Suprême, de la nature du Soi le plus élevé. Tu es digne de vénération de la part de tous les êtres. Hommage à toi, ô Deva ; hommage encore et encore.
Verse 58
मां त्वं मग्नामसि त्रातुं लोकनाथ इहार्हसि ॥ आदिकालात्मकः कृष्णः सर्वलोकात्मको विभुः ॥
Puisque je suis englouti dans la détresse, il te convient de me sauver ici, ô Seigneur du monde. Tu es Kṛṣṇa, dont la nature est le temps primordial, le Puissant qui est le Soi même de tous les mondes.
Verse 59
य इदं पठते स्तोत्रं केशवस्य दृढव्रतः ॥ व्याधितो मुच्यते रोगाद्बद्धो मुच्येत बन्धनात् ॥
Quiconque, ferme dans son vœu, récite cet hymne de Keśava : s’il est malade, il est délivré de la maladie ; s’il est lié, qu’il soit délivré de ses liens.
Verse 60
अपुत्रो लभते पुत्रं दरिद्रो धनमाप्नुयात् ॥ अभार्यो लभते भार्यामपतिः पतिमाप्नुयात् ॥
Celui qui est sans fils obtient un fils ; le pauvre peut acquérir la richesse. Celle qui est sans épouse obtient une épouse ; et celle qui est sans époux peut obtenir un époux.
Verse 61
उभे सन्ध्ये पठेत्स्तोत्रं माधवस्य महात्मनः ॥ स गच्छेद्विष्णुलोकं च नात्र कार्या विचारणा ॥
Si l’on récite l’hymne au magnanime Mādhava aux deux sandhyās (à l’aube et au crépuscule), on parvient au monde de Viṣṇu ; sur ce point, il n’y a rien à discuter.
Verse 62
एवं तु अक्षरोक्तोऽपि भवेत् तु परिकल्पना ॥ तावद्वर्षसहस्राणि स्वर्गलोके महीयते ॥
Ainsi, même si l’on l’énonce syllabe par syllabe, cela peut être tenu pour une pratique accomplie ; et durant tant de milliers d’années, on est honoré dans le monde céleste.
Verse 63
शृणु तत्त्वेन विप्रेन्द्र गुह्यं धर्मं महौजसम् ॥ भगवत्प्रोक्तधर्मेषु यद्गुह्यं कथयाम्यहम् ॥
Écoute selon la vérité, ô le meilleur des brahmanes, le dharma secret et d’une grande puissance. Parmi les dharmas enseignés par le Seigneur Bienheureux, je vais exposer ce qui est confidentiel.
Verse 64
वेदेषु चैव नष्टेषु मत्स्यो भूत्वा रसातलम् ॥ प्रविश्य तानथोत्कृष्य ब्रह्मणे दत्तवानसि ॥
Lorsque les Védas furent perdus, devenu Poisson tu entras dans Rasātala ; puis, les ayant récupérés, tu les remis à Brahmā.
Verse 65
वर्जयित्वात्र त्रीन्देवान् ब्रह्मविष्णुमहेश्वरान् ॥ पृथिवी भारसन्तप्ता ब्रह्माणं शरणं गता ॥
Laissant ici de côté les trois dieux—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara—la Terre, accablée par le fardeau, alla vers Brahmā pour y chercher refuge.
Verse 66
भक्त्या त्वां शरणं यामि प्रसीद मम माधव ॥ त्वमादित्यश्च चन्द्रश्च त्वं यमो धनदस्तु वै ॥
Avec dévotion je viens à toi pour refuge ; sois-moi favorable, ô Mādhava. Tu es le Soleil et la Lune ; tu es Yama, et tu es en vérité Dhanada (Kubera).
Verse 67
धनुषां च पिनाकोऽसि साङ्ख्ययोगोऽसि चोत्तमः ॥ परम्परोऽसि लोकानां नारायणः परायणः ॥
Parmi les arcs, tu es Pināka ; et tu es le Sāṃkhya et le Yoga suprêmes. Tu es la continuité qui soutient l’ordre des mondes ; tu es Nārāyaṇa, le refuge suprême.
Verse 68
श्रद्धासि त्वं च देवेश दोषहन्तासि माधव ॥ अण्डजोद्भिज्जस्वेदानां जरायूनां च माधव ॥
Tu es la foi (śraddhā), ô Seigneur des dieux ; tu es le destructeur des fautes, ô Mādhava. Tu soutiens aussi les êtres nés de l’œuf, du germe, de la sueur et du ventre, ô Mādhava.
The adhyāya begins with a formal stuti to Varāha—Viṣṇu in boar-form—celebrated as the cosmic rescuer who lifts and steadies the Earth, restoring terrestrial order and dharmic balance.
Pṛthivī (Dharā), remembering her rescue in earlier cycles, raises an inquiry about the rationale and mechanism of repeated divine interventions. Sanatkumāra arrives at the sacred field and asks Pṛthivī to disclose the “guhya dharma” she heard directly from Viṣṇu, establishing Earth as a transmitter of esoteric ethical-cosmological teaching.
Pṛthivī narrates a crisis/pre-creation-like disorder: absence of luminaries and regulators (jyotiṣ-cakra), and lack of wind, fire, and stabilizing cosmic administration. Burdened and overwhelmed, she seeks refuge first with Brahmā, who redirects her to Viṣṇu. The resolution is articulated through an expansive identification hymn: Viṣṇu is equated with avatāras, deities, time-measures, elements, directions, rivers, mountains, and cosmic structures—an integrative ontology that grounds restoration in Viṣṇu as the sustaining totality.
A recitation-benefit is promised: the hymn’s japa/stotra—especially at both sandhyās—confers protective merit, stabilizing auspiciousness and aligning the reciter with Viṣṇu’s sustaining order (dharma and cosmic balance).
Kokāmukha (kṣetra; mentioned as a ritual/japa locus); Meru; Mandara; Vindhya; Malaya; Dardura; Himavān; Niṣadha; Mahārṇava / Sāgara (cosmic ocean setting).
The chapter frames Earth’s “burden” (bhāra-pīḍā) as a problem of cosmic-terrestrial balance and presents restoration as dependent on a higher sustaining principle identified with Viṣṇu/Varāha. The text also models knowledge transmission: Pṛthivī is positioned as a witness who relays “guhya dharma” heard from Viṣṇu to Sanatkumāra and assembled sages, implying that dharma includes maintaining conditions that allow ordered life (light, time, and regulation) and that terrestrial stability is a legitimate subject of inquiry and instruction.
No explicit tithi, nakṣatra-based ritual calendar, or seasonal injunction is prescribed. Time is invoked conceptually through units and cycles (kalā, kāṣṭhā, muhūrta, māsā, pakṣa, ahorātra, ṛtu, saṃvatsara; and kalpa/manvantara/yuga references). The recitation practice is timed only by daily rhythm: the hymn is said to be recited at both sandhyās (ubhe sandhye).
Pṛthivī describes herself as magnā (submerged/overwhelmed) and bhāra-santaptā (afflicted by burden), linking terrestrial distress to a broader collapse of regulating forces—absence of wind, fire, luminaries, and celestial order. The narrative’s solution is not technical land-management but a cosmological re-stabilization: Earth seeks refuge through hierarchical governance (Brahmā → Viṣṇu), and Viṣṇu is praised as identical with elements, time, rivers, mountains, and directions—an integrative ontology that frames environmental stability as inseparable from ethical-cosmic order.
The chapter references mythic-cosmological figures rather than human dynastic lineages: Sanatkumāra (brahma-putra), Brahmā (lokapitāmaha), and Viṣṇu’s avatāra figures (Matsya, Kūrma, Varāha, Narasiṃha, Vāmana; plus Rāma, Kṛṣṇa, Buddha, Kalkin). It also names deities functioning as cosmic administrators (Indra/Vāsava, Varuṇa, Yama, Kubera/Dhanada, Agni, Māruta), and cosmic locations/mountains (Meru, Mandara, etc.) as part of the cultural-cosmological map.
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