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Ubhayatomukhī-kapilā-godāna-hemakumbha-dāna-praśaṃsā
Ritual-Manual (Dāna, expiation, and social conduct)
L’Adhyāya 112 prend la forme d’un dialogue d’instruction : Pṛthivī demande à Varāha d’expliquer le mérite (puṇya-phala) de la vache Kapilā, surtout lorsqu’elle est donnée au moment du vêlage, ainsi que les règles de son emploi rituel. Varāha l’élève au rang de purificatrice suprême, liée à l’agnihotra et à l’économie sacrificielle ; les offrandes faites avec son ghee, son lait ou son caillé soutiennent l’ordre du rite et mènent à des destinées posthumes élevées. Le texte aborde ensuite la régulation sociale et éthique : il interdit aux brāhmaṇas d’accepter des dons liés à Kapilā provenant de śūdras et décrit des châtiments pour ceux qui vivent aux dépens de Kapilā. Vient alors une procédure détaillée de dāna (cornes d’or, sabots argentés), assimilée au don de la Terre elle-même. Le chapitre s’achève sur les fruits de la récitation, des prescriptions calendaires (notamment Kārttikī et certains tithis) et une lignée de transmission de l’enseignement purānique.
Verse 1
अथोभयतोमुखीगोदानहेमकुम्भदानपुराणप्रशंसाः ॥ होतोवाच ॥ अतः परं महाराज शृणूभयमुखीं ततः ॥ विधानं तद्वरारोहे धरण्या कथितं पुरा ॥
Voici maintenant, dans le Purāṇa, l’éloge du don appelé « Ubhayatomukhī », des dons de vaches et de l’offrande de jarres d’or. Le Hotā dit : « Ensuite, ô grand roi, écoute l’Ubhayamukhī. Ô toi aux belles hanches, son rite fut jadis exposé par Dharaṇī (la Terre) ».
Verse 2
तदहं सम्प्रवक्ष्यामि तव पुण्यफलम् महत् ॥ धरण्युवाच ॥ या त्वया कपिला प्रोक्ता पूर्वमुत्पादिता प्रभो
Je vais maintenant t’exposer le grand fruit du mérite. Pṛthivī dit : « Cette vache Kapilā que tu as auparavant décrite et fait apparaître, ô Seigneur— »
Verse 3
होमधेनुः सदा पुण्या सा ज्ञेया कपिलक्षणा ॥ कियत्यः कपिलाः प्रोक्ताः स्वयमेव स्वयम्भुवा
La homadhenu, la vache destinée aux oblations, est toujours source de mérite ; il faut la reconnaître comme portant le signe de Kapilā. Combien de Kapilā furent proclamées par Svayambhū (Brahmā) lui-même ?
Verse 4
प्रसूयमाना दानेन किं पुण्यं स्याच्च माधव ॥ एतदिच्छाम्यहं श्रोतुं विस्तरेण जगद्गुरो
Lorsqu’on la donne en dāna (don), quel mérite en résulte, ô Mādhava ? Je désire l’entendre en détail, ô maître du monde.
Verse 5
श्रीवराह उवाच ॥ शृणुष्व देवि तत्त्वेन पवित्रं पापनाशनम् ॥ यच्छ्रुत्वा सर्वपापेभ्यो मुच्यते नात्र संशयः
Śrī Varāha dit : « Écoute, ô Devī, en vérité, ce récit purifiant qui anéantit le péché ; en l’entendant, on est délivré de toutes les fautes — il n’y a là aucun doute. »
Verse 6
कपिला ह्यग्निहोत्रार्थे यज्ञार्थे च वरानने ॥ उद्धृत्य सर्वतेजोभिर्ब्रह्मणा निर्मिता पुरा
La Kapilā, ô toi au beau visage, fut jadis façonnée par Brahmā, en tirant toutes les énergies lumineuses, pour l’agnihotra et pour le sacrifice.
Verse 7
पवित्राणां पवित्रं च मङ्गलानां च मङ्गलम् ॥ पुण्यानां परमं पुण्यं कपिला च वसुन्धरे
Parmi les purificateurs, elle est la Purificatrice ; parmi les choses auspiciouses, elle est la plus auspicious. Parmi les mérites, elle est le mérite suprême — la Kapilā, ô Vasundharā.
Verse 8
तपसस्तप एवाग्र्यं व्रतानां व्रतमुत्तमम् ॥ दानानामुत्तमं दानं निधीनां ह्येतदक्षयम्
Parmi les austérités, ceci est l’austérité suprême ; parmi les vœux, le vœu le plus élevé ; parmi les dons, le meilleur don — et parmi les trésors, ceci est vraiment impérissable.
Verse 9
पृथिव्यां यानि तीर्थानि गुह्यान्यायतनानि च ॥ पवित्राणि च पुण्यानि सर्वलोकेषु सुन्दरि
Quels que soient les tīrtha sur la Terre, et quels que soient les sanctuaires secrets et les demeures sacrées—purifiants et porteurs de mérite—dans tous les mondes, ô belle—
Verse 10
त्रिः सदावर्तनं कृत्वा पापं वर्षकृतं च यत् ॥ नश्यते तत्क्षणादेव वायुना पांसवो यथा
Après avoir accompli le sadāvartana trois fois, toute faute accumulée durant une année est détruite sur-le-champ, comme la poussière dispersée par le vent.
Verse 11
जुह्वते ह्यग्निहोत्राणि मन्त्रैश्च विविधैः सदा ॥ पूजयन्नतिथींश्चैव परां भक्तिमुपागताः
Ils offrent sans cesse l’agnihotra avec des mantras variés, et ils honorent aussi les hôtes, étant parvenus à un état de dévotion suprême.
Verse 12
ते यान्त्यादित्यवर्णैश्च विमानैर्द्विजसत्तमाः ॥ सूर्य मण्डलमध्यात्तु ब्रह्मणा निर्मिता पुरा ॥
Les meilleurs des deux-fois-nés s’avancent dans des chars célestes d’éclat solaire—des vimānas jadis façonnés par Brahmā du cœur même de l’orbe du Soleil.
Verse 13
कपिला या पिङ्गलाक्षी सूर्यसौख्यप्रदायिनी ॥ सिद्धिबुद्धिप्रदा धेनुः कपिलानन्तरूपिणी ॥
Cette vache Kapilā, aux yeux fauves, est dite dispenser la félicité associée au Soleil ; elle donne siddhi et buddhi—Kapilā aux formes sans fin.
Verse 14
पूर्वोक्ता यास्तु कपिलाः सर्वलक्षणलक्षिताः ॥ सर्वा ह्येता महाभागास्तारयन्ति न संशयः ॥
Ces vaches Kapilā décrites précédemment—marquées de tous les signes distinctifs—sont toutes véritablement très fortunées ; sans doute, on dit qu’elles font traverser (le donateur) au-delà.
Verse 15
संगमेषु प्रशस्ताश्च सर्वपापविनाशनाः ॥ अग्निपुच्छा अग्निमुखी अग्निलोमानलप्रभा ॥
Elles sont louées aux saṃgamas (confluences) et décrites comme détruisant toute faute ; elles sont « à queue de feu », « à face de feu », « à poil de feu », et rayonnent comme la flamme.
Verse 16
तथाग्नायी तथा देवी सुवर्णाख्या प्रवर्तते ॥ गृहीत्वा कपिलां शूद्रात्कामतः सदृशः पिबेत् ॥
De même, on l’appelle Agnāyī ; de même, on évoque la déesse nommée Suvarṇā. Celui qui, par désir, prend une vache Kapilā à un Śūdra devient semblable à lui (quant à la condition) et « boit » la conséquence.
Verse 17
पतितैः स हि विज्ञेयश्चाण्डालसदृशोऽधमः ॥ तस्मान्न प्रतिगृह्णीयाच्छ्रूद्राद्विप्रः प्रतिग्रहम् ॥
Il faut le reconnaître comme déchu — vil, semblable à un caṇḍāla. C’est pourquoi un vipra ne doit pas accepter un don (pratigraha) d’un Śūdra.
Verse 18
दूरात्ते परिहर्त्तव्याः श्वभिस्तुल्या इवाध्वरे ॥ पर्वकाले हि सर्वे वै वर्जिताः पितृदैवतैः ॥
Il faut les éviter de loin dans les contextes sacrificiels, comme s’ils étaient comparables à des chiens ; car aux temps de parva-kāla, tous sont en vérité écartés par les rites des ancêtres et des dieux.
Verse 19
असंभाष्याः प्रतिग्राह्या शूद्रास्ते पापकर्मणः ॥ पिबन्ति यावत्कपिलां तावत्तेषां पितामहः ॥
Ces Śūdras, aux actes fautifs, ne doivent ni être abordés en conversation ni être acceptés comme donateurs. Tant qu’ils « boivent » — c’est-à-dire qu’ils participent à ou possèdent — la vache Kapilā, durant tout ce temps leur pitāmaha (ancêtre) en subit l’effet.
Verse 20
उपजीवन्ति ये शूद्रास्तेषां गतिमतः शृणु ॥ कपिलाजीविनः शूद्राः क्रूरा गच्छन्ति रौरवम् ॥
Écoute donc la destinée de ces Śūdras qui vivent de tels moyens. Les Śūdras qui tirent leur subsistance des vaches Kapilā — qualifiés ici de cruels — vont à Raurava.
Verse 21
रौरवे तु महारौद्रे वर्षकोटिशतं धरे ॥ ततो विमुक्ताः कालेन शुनो योनिं व्रजन्ति हि ॥
Dans Raurava, ce domaine extrêmement terrifiant, ils demeurent cent crores d’années. Délivrés de là au temps voulu, ils entrent en vérité dans le sein — ou l’espèce — des chiens.
Verse 22
शुनो योन्या विमुक्तास्तु विष्ठाभुक्कृमयस्ततः ॥ विष्ठास्थानेषु पापिष्ठः सुदुर्गन्धिषु नित्यशः ॥
Délivrés du sein d’une chienne, ils deviennent ensuite des vers se nourrissant d’excréments ; les plus pécheurs demeurent sans cesse dans des lieux d’ordure, perpétuellement fétides.
Verse 23
भूयोभूयो जायमानस्तथोत्तारं न विन्दति ॥ ब्राह्मणश्चैव यो विद्वान्कुर्यात्तेषां प्रतिग्रहम् ॥
Né encore et encore, il ne trouve pas la délivrance ; et même un brāhmaṇa savant, s’il acceptait des dons de telles personnes, encourt le blâme.
Verse 24
ततः प्रभृत्यमेध्यान्तः पितरस्तस्य शेरते ॥ न तं विप्रं तु सम्भाषेन्न चैवैकासनं विशेत् ॥
Dès lors, on dit que ses ancêtres gisent dans l’impureté ; on ne doit pas s’entretenir avec ce brāhmaṇa, ni partager avec lui le même siège.
Verse 25
स नित्यं वर्जनीयो हि दूरात्तु ब्राह्मणैर्धरे ॥ यस्तेन सह सम्भाषेत्तथा चैकाासनं व्रजेत् ॥
Il doit être évité constamment—oui, même de loin—par les brāhmaṇas sur la terre ; et quiconque lui parle, et de même partage un siège avec lui, s’en trouve aussi entaché.
Verse 26
प्राजापत्यं चरेत्कृच्छ्रं तेन शुष्यति स द्विजः ॥ एकस्य गोप्रदानस्य सहस्रांशेन पूर्यते ॥
Qu’il accomplisse la pénitence du kṛcchra Prājāpatya ; par elle, ce «deux-fois-né» est ‘asséché’, c’est-à-dire purifié et sa faute amoindrie. Pourtant, cela est accompli par le millième d’un seul don d’une vache.
Verse 27
किमन्यैर्बहुभिर्दानैः कोटिसंख्यानविस्तरैः ॥ श्रोत्रियाय दरिद्राय सुवृत्तायाहिताग्नये ॥
À quoi bon tant d’autres dons, fût-ce jusqu’à des crores en nombre, lorsque l’on donne à un śrotriya pauvre, de bonne conduite, et qui entretient les feux sacrés ?
Verse 28
आसन्नप्रसवां धेनुं दानार्थं प्रतिपालयेत ॥ कपिलार्द्धप्रसूता वै दातव्या च द्विजन्मने ॥
On doit prendre soin d’une vache proche de mettre bas en vue de la donner en dāna ; et une vache kapilā, fauve, ayant récemment vêlé, doit assurément être donnée à un dvija (deux-fois-né).
Verse 29
धेन्वा यावन्ति रोमाणि सवत्साया वसुन्धरे ॥ तावत्यो वर्षकोट्यस्तु ब्रह्मवादिभिरर्चिताः ॥
Ô Vasundharā, autant il y a de poils sur une vache avec son veau, autant de crores d’années les donateurs sont honorés par ceux qui proclament Brahman.
Verse 30
वसन्ति ब्रह्मलोके वै ये नित्यं कपिलाप्रदाः ॥ सुवर्णशृङ्गीं यः कृत्वा रौप्ययुक्तखुरां तथा ॥
En vérité, ceux qui donnent régulièrement des vaches kapilā demeurent en Brahmaloka ; et celui qui, ayant paré (la vache) de cornes d’or et, de même, de sabots garnis d’argent…
Verse 31
ब्राह्मणस्य करे दत्त्वा सुवर्णं रौप्यमेव च ॥ कपिलायास्तदा पुच्छं ब्राह्मणस्य करे न्यसेत् ॥
Après avoir placé de l’or et aussi de l’argent dans la main du brāhmaṇa, on doit alors déposer la queue de la vache kapilā dans la main du brāhmaṇa, comme acte rituel de transfert.
Verse 32
उदकं च करे दत्त्वा वाचयेच्छुद्धया गिरा ॥ ससमुद्रवना तेन सशैलवनकानना
Après avoir déposé de l’eau dans la main, qu’on fasse réciter (la formule) d’une voix purifiée ; par cet acte, la terre est comprise, avec les océans et les forêts, avec les montagnes, les bois et les bosquets.
Verse 33
रत्नपूर्णा भवेद्दत्ता पृथिवी नात्र संशयः ॥ पृथिवीदानतुल्येन दानेनैतेन वै नरः
La terre, remplie de joyaux, est tenue pour donnée : là-dessus, point de doute. Par ce don, dit équivalent au don de la terre, l’homme acquiert du mérite.
Verse 34
नन्दितो याति पितृभिर्विष्ण्वाख्यं परमं पदम् ॥ ब्रह्मस्वहारी गोघ्नो वा भ्रूणहा पापदेहकः
Dans la joie, accompagné des ancêtres, on gagne la demeure suprême appelée celle de Viṣṇu. Même celui qui s’est emparé de biens brahmaniques, ou qui a tué une vache, ou qui a tué un embryon—incarné dans la faute—(est ici visé).
Verse 35
महापातकयुक्तोऽपि वञ्चको ब्रह्मदूषकः ॥ निन्दको ब्राह्मणानां च तथा कर्मावदूषकः
Même celui qui porte de grands forfaits—le trompeur, celui qui souille le savoir sacré, celui qui blâme les brāhmaṇas, et pareillement celui qui dénigre les actes rituels—(est inclus).
Verse 36
महापातकयुक्तोऽपि गवां दानेन शुध्यति ॥ यश्चोभयमुखीं दद्यात्रभूतकनकान्विताम्
Même celui qui est lié à de grands forfaits se purifie par le don de vaches. Et quiconque donne une « obhayamukhī »—vache à double marque—pourvue d’or en abondance, (obtient le fruit énoncé).
Verse 37
तद्दिनं पायसाहारं पयसा वापि वा भवेत् ॥ सुवर्णस्य सहस्रेण तदर्धेनापि भामिनि
En ce jour-là, la nourriture peut être le pāyasa (riz au lait) ou, à défaut, du lait seul. Avec mille (unités) d’or —ou même la moitié, ô dame— le rite est dit efficace.
Verse 38
इमां गृह्णोभयमुखीमुभयत्र शमोऽस्तु वै ॥ ददे वंशविवृद्ध्यर्थं सदा स्वस्तिकरी भव
(Le donateur dit :) «Reçois cette obhayamukhī (vache) ; qu’il y ait vraiment le bien-être dans les deux mondes. Je la donne pour l’accroissement de la lignée ; sois toujours celle qui fait naître l’auspice.»
Verse 39
प्रतिगृह्णामि त्वां धेनो कुटुम्बार्थे विशेषतः ॥ शुभं भवतु मे नित्यं देवधात्रि नमोऽस्तु ते
(Le récipiendaire dit :) «Je t’accepte, ô vache, tout spécialement pour le soutien de la maisonnée. Que l’auspice soit mien à jamais ; ô nourricière divine, hommage à toi.»
Verse 40
मे नित्यं स्वस्ति भवतु रुद्राङ्गेति नमोनमः ॥ ॐ द्योस्त्वा ददातु पृथिवी त्वा प्रति गृह्णतु
«Que le bien-être soit mien à jamais ; “rudrāṅga” : hommage, hommage.» «Oṃ : que le Ciel te donne ; que la Terre te reçoive.»
Verse 41
क इदं कस्मा अदादिति जपित्वा वै वसुन्धरे ॥ विसृज्य ब्राह्मणं देवि तां धेनुं तद्गृहं नयेत
Après avoir récité : «Qui a donné ceci, et à qui cela a-t-il été donné ?», ô Vasundharā, et après avoir congédié avec respect le brāhmaṇa, ô déesse, on doit mener cette vache à sa demeure.
Verse 42
एवं प्रसूयमानां यो गां ददाति वसुंधरे ॥ पृथिवी तेन दत्ता स्यात्सप्तद्वीपा न संशयः ॥
Ô Vasundharā, quiconque donne une vache au moment où elle met bas est tenu pour avoir donné la Terre elle-même, avec ses sept dvīpa (continents), sans aucun doute.
Verse 43
वदन्ति तां चन्द्रसमानवक्त्रां प्रतप्तजाम्बूनदतुल्यवर्णाम् ॥ महासितत्त्वां तनुवृत्तमध्यां सेवन्त्यजस्रं कुलिता हि देवाः ॥
On la décrit au visage pareil à la lune, au teint semblable à l’or raffiné de Jāmbūnada; douée d’une grande essence de bon augure et d’une taille fine et bien formée. Les dieux, en vérité, la servent sans relâche.
Verse 44
प्रातरुत्थाय यो मर्त्यः कल्पं छेदं समाहितः ॥ जितेन्द्रियः शुचिर्भूत्वा पठेद्भक्त्या समन्वितः ॥
Le mortel qui se lève de bon matin, recueilli et attentif, maître de ses sens et purifié, doit réciter ceci avec dévotion et intention concentrée.
Verse 45
श्राद्धकाले पठेद्यस्तु इदं पावनमुत्तमम् ॥ तस्याऽन्नं संस्कृतं तद्धि पितरोऽश्नन्ति धीमतः ॥
Mais quiconque récite ce purificateur suprême au moment du śrāddha, alors l’offrande de nourriture, dûment consacrée, est comme consommée par les ancêtres de ce sage.
Verse 46
यश्चैतच्छृणुयान्नित्यं तद्गतेनान्तरात्मना ॥ संवत्सरकृतं पापं तत्क्षणादेव नश्यति ॥
Et quiconque l’écoute chaque jour, l’âme intérieure absorbée en cela, le péché accumulé durant une année est détruit à l’instant même.
Verse 47
होतोवाच ॥ इदं रहस्यं राजेन्द्र वराहेण पुरातनम् ॥ धरण्यै कथितं राजन् धेनुमाहात्म्यमुत्तमम् ॥
Le Hotṛ dit : Ô seigneur des rois, ce secret ancien — le récit suprême de la grandeur de la vache — fut enseigné par Varāha à Dharaṇī (la Terre), ô roi.
Verse 48
मया ते कथितं सर्वं सर्वपापप्रणाशनम् ॥ द्वादश्यां माघमासस्य शुक्लायां तिलधेनुदः ॥
Je t’ai tout exposé, ce qui détruit toute faute. Le douzième jour de la quinzaine claire du mois de Māgha, on doit offrir une tiladhenu, la « vache de sésame ».
Verse 49
सर्वकामसमृद्धार्थो वैष्णवं पदमाप्नुयात् ॥ द्वादश्यां श्रावणे मासि शुक्लायां राजसत्तम ॥
Ayant accompli tous les buts désirés, on peut atteindre l’état vaiṣṇava. Le douzième jour de la quinzaine claire du mois de Śrāvaṇa, ô meilleur des rois—
Verse 50
धेनूनां फलमुद्दिश्य सर्वकामप्रदं नृणाम् ॥ अथवा पीड्यसेऽत्यन्तं क्षुधया पार्थिवोत्तम ॥
Dans le but d’énoncer les fruits des dons de vaches—qui accordent aux hommes tous les buts désirés—ou bien, ô meilleur des rois, si tu es cruellement tourmenté par la faim—
Verse 51
इदानीं कार्त्तिकी चेयं वर्त्तते च नराधिप ॥ ब्रह्माण्डं सर्वसम्पन्नं भूतरत्नौषधैर्युतम् ॥
À présent se déroule la période/observance de Kārttikī, ô souverain des hommes ; le brahmāṇḍa, l’œuf cosmique, est entièrement comblé, pourvu d’êtres, de joyaux et d’herbes médicinales.
Verse 52
देवदानवयक्षैस्तु युक्तमेतत्सदा विभो ॥ एतद्धेममयं कृत्वा सर्वबीजरसान्वितम्
Ô Tout-Puissant, ceci est tenu pour juste en tout temps parmi les dieux, les Dānavas et les Yakṣas : qu’on fasse cette offrande d’or, pourvue des essences de toutes les semences.
Verse 53
पुरोहिताय गुरवे दद्याद्भक्तिसमन्वितः ॥ ब्रह्माण्डोदरवर्तीनि यानि भूतानि पार्थिव
Animé de dévotion, qu’on le donne au prêtre officiant (purohita), à son maître spirituel. Ô roi, quels que soient les êtres demeurant à l’intérieur de l’œuf cosmique (brahmāṇḍa)—
Verse 54
तानि दत्तानि तेन स्युः समासात्कथितं तव ॥ यो यज्ञे यजते राजन् सहस्रशतदक्षिणैः
Par ce don, ceux-là (les êtres et contenus symbolisés) sont tenus pour donnés. Je te l’ai exposé en bref. Ô roi, celui qui accomplit un yajña avec des dakṣiṇā au nombre de cent mille—
Verse 55
सैकदेशो यजेत्तस्य ब्रह्माण्डस्य विशेषतः ॥ यः पुनः सकलं छेदं ब्रह्माण्डं यजते नरः
Cela reviendrait à n’adorer qu’une seule portion de ce brahmāṇḍa, en particulier. Mais celui qui, de nouveau, adore le brahmāṇḍa dans sa totalité, avec toutes ses divisions—
Verse 56
तेन चेष्टं हुतं दत्तं पठितं कीर्त्तितं भवेत् ॥ एवं श्रुत्वा ततो राजा हेमकुम्भप्रकल्पितम्
Par cela, ce qui est entrepris, offert au feu, donné, récité et célébré se trouve accompli, comme si tout avait été réalisé. Ayant entendu cela, le roi prépara un brahmāṇḍa façonné en jarre d’or—
Verse 57
ब्रह्माण्डमृषये प्रादात्सविधानं च तत्क्षणात् ॥ सर्वकामैः सुसंवीतो ययौ स्वर्गं नराधिपः
Aussitôt, selon le rite prescrit, il remit le brahmāṇḍa à un ṛṣi. Pourvu de tous les buts désirés, le seigneur des hommes s’en alla au ciel.
Verse 58
तस्मात्त्वमपि राजेन्द्र तद्दत्त्वा तु सुखी भव ॥ एवमुक्तो वसिष्ठेन सोऽप्येवमकरोन्नृपः
Ainsi, toi aussi, ô meilleur des rois : après l’avoir donné, sois heureux. Ainsi interpellé par Vasiṣṭha, ce roi fit de même.
Verse 59
जगाम परमां सिद्धिं यत्र गत्वा न शोचति ॥ श्रीवराह उवाच ॥ इयं ते कथिता देवि संहिता सर्वकामिका
Il atteignit la siddhi suprême, étant allé là où l’on ne s’afflige pas. Śrī Varāha dit : « Déesse, je t’ai exposé cette Saṃhitā, qui accomplit tous les buts ».
Verse 60
वराहाख्या वरारोहे सर्वपातकनाशिनी ॥ सर्वज्ञादुत्थिता चेयं ततो ब्रह्मा बुबोध ह
Ô toi aux belles hanches, elle est appelée « Varāhā » et l’on dit qu’elle détruit toutes les fautes. Cet enseignement est issu de l’Omniscient ; ensuite, Brahmā le comprit.
Verse 61
ब्रह्मा स्वसूनवे प्रादात्पुलस्त्याय महात्मने ॥ सोऽपि रामाय च प्रादाद्भार्गवाय महात्मने
Brahmā le donna à son propre fils, le magnanime Pulastya. Celui-ci, à son tour, le donna à Rāma, et aussi au magnanime Bhārgava.
Verse 62
सम्बन्धः पूर्वकल्पीयो द्वितीयं शृणु साम्प्रतम् ॥ सर्वज्ञाल्लब्धवानस्मि त्वं च मत्तो धराधरे
Le lien (entre ces enseignements) relève d’un kalpa antérieur ; écoute maintenant le second récit. De l’Omniscient j’ai obtenu cette connaissance, et toi aussi, ô Soutien de la Terre, tu l’as reçue de moi.
Verse 63
त्वत्तश्च तपसा सिद्धा वेत्स्यन्ते कपिलादयः ॥ क्रमेण यावद्व्यासेन ज्ञातमेतद्भविष्यति
Et de toi, rendu parfait par l’ascèse (tapas), Kapila et d’autres viendront à connaître cela. Selon l’ordre établi, jusqu’au temps de Vyāsa, ceci sera connu.
Verse 64
तस्यापि शिष्यॊ भविता नाम्ना वै रोमहार्षणिः ॥ असौ शुनकपुत्राय कथयिष्यति नान्यथा
Et lui aussi aura un disciple nommé Romaharṣaṇi ; il le racontera au fils de Śunaka, ainsi et non autrement.
Verse 65
अष्टादश पुराणानि वेद द्वैपायनो गुरुः ॥ ब्राह्मं पाद्मं वैष्णवं च शैवं भागवतं तथा
Le maître Dvaipāyana (Vyāsa) connaît les dix-huit Purāṇa : le Brāhma, le Pādma, le Vaiṣṇava, le Śaiva, et de même le Bhāgavata.
Verse 66
तथान्यं नारदीयं च मार्कण्डेयं च सप्तमम् ॥ आग्नेयमष्टमं प्रोक्तं भविष्यं नवमं तथा
Et aussi le Nāradiya, et le Mārkaṇḍeya comme le septième. L’Āgneya est déclaré le huitième, et le Bhaviṣya de même le neuvième.
Verse 67
दशमं ब्रह्मवैवर्त्त लैङ्गमेकादशं स्मृतम् ॥ वाराहं द्वादशं प्रोक्तं स्कन्दं चापि त्रयोदशम्
Le dixième est le Brahmavaivarta ; le Liṅga est tenu pour le onzième. Le Vārāha est proclamé le douzième, et le Skanda aussi le treizième.
Verse 68
चतुर्दशं वामनकं कौर्मं पञ्चदशं स्मृतम् ॥ मात्स्यं च गारुडं चैव ब्रह्माण्डं च ततः परम्
Le quatorzième est le Vāmana ; le Kaurma est tenu pour le quinzième. Puis viennent le Mātsya, et certes le Gāruḍa, et ensuite le Brahmāṇḍa.
Verse 69
य एतत्पाठयेद्भक्त्या कार्तिक्यां द्वादशीदिने ॥ तस्य नूनं भवेत्पुत्रो ह्यपुत्रस्यापि धारिणि
Quiconque récite ceci avec dévotion le douzième jour lunaire du mois de Kārtika, pour lui, assurément, naîtra un fils, même s’il est sans progéniture, ô Porteuse (de la terre).
Verse 70
यस्येदं तिष्ठते गेहे लिखितं पूज्यते सदा ॥ तस्य नारायणो देवः स्वयं तिष्ठति धारिणि
Dans la maison de celui chez qui ceci demeure—mis par écrit et honoré sans cesse—là, Nārāyaṇa lui-même, le Dieu divin, réside, ô Porteuse (de la terre).
Verse 71
श्रुत्वा तु पूजयेत्शास्त्रं तथा विष्णुं सनातनम् ॥ गन्धैः पुष्पैस्तथा वस्त्रैर्ब्राह्मणानां च तर्पणैः
Et après avoir écouté, on doit honorer le śāstra, et de même Viṣṇu, l’Éternel : par des parfums, des fleurs, ainsi que des vêtements, et par des offrandes de satisfaction aux brāhmaṇas.
Verse 72
यथाशक्त्या नृपो ग्रामैः पूजयेद्वत्सकं धरे ॥ सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुसायुज्यमाप्नुयात् ॥
Ô Terre, selon ses moyens, le roi doit honorer un veau par le don de villages. Délivré de tous les péchés, il obtient l’union avec Viṣṇu.
Verse 73
प्रत्यक्षधेनुर्दातव्या सहिरण्या नृपोत्तम ॥ सर्वदा सर्वधेनूनां प्रदानं राजसत्तम ॥
Ô meilleur des rois, qu’on donne une vache vivante, avec de l’or. Ô roi très vertueux, le don de toutes sortes de vaches est loué comme pratique constante.
Verse 74
सर्वपापप्रशमनं भुक्तिमुक्तिप्रदायकम् ॥ एतत्ते सर्वमाख्यातं समासाद्बहुविस्तरम् ॥
Cela apaise tous les péchés et accorde la jouissance du monde ainsi que la délivrance. Ainsi, tout t’a été exposé, en bref comme en détail.
Verse 75
होतव्यान्यग्निहोत्राणि सायं प्रातर्द्विजातिभिः ॥ कपिलाया घृतेनेह दध्ना क्षीरेण वा पुनः ॥
Les offrandes d’Agnihotra doivent être accomplies par les deux-fois-nés le soir et le matin, ici avec le ghee d’une vache kapilā (fauve), ou bien avec du caillé ou du lait.
Verse 76
भूमेर्मलं समश्नन्ति जायन्ते विड्भुजश्चिरम् ॥ तासां क्षीरं घृतं वापि नवनीतमथापि वा ॥
Ils mangent les impuretés de la terre et, longtemps, renaissent comme mangeurs d’excréments. Pourtant, leur lait, ou leur ghee, ou encore leur beurre—
Verse 77
जायमानस्य वत्सस्य मुखं योन्यां प्रदृश्यते ॥ तावत्सा पृथिवी ज्ञेया यावद्गर्भं न मुञ्चति ॥
Quand un veau vient au monde, son visage se voit dans le sein maternel. Tant qu’elle ne relâche pas l’embryon, on doit la comprendre comme la « Terre » (Pṛthivī).
Verse 78
तस्याप्यर्द्धशतेनाथ पञ्चाशच्च ततोऽर्द्धकम् ॥ यथाशक्त्या प्रदातव्या वित्तशाठ्यं विवर्जयेत् ॥
De cela, on peut donner même un demi-cent; ou cinquante; ou la moitié de cela. Qu’on donne selon ses moyens, en évitant toute tromperie concernant les biens.
Verse 79
अमायां वाथ यः कश्चिद्द्विजानामग्रतः पठेत् ॥ पितरस्तस्य तृप्यन्ति वर्षाणां शतमेव च ॥
Et quiconque, au jour de nouvelle lune, récite ceci en présence des dvija (les « deux fois nés »), ses ancêtres sont comblés pendant cent années entières.
Verse 80
सरत्नं पुरुषः कृत्वा कार्त्तिक्यां द्वादशी दिने ॥ अथवा पञ्चदश्यां च कार्त्तिकस्य विशेषतः ॥
Après avoir préparé un « homme avec des joyaux » (une effigie/offrande parée de gemmes), le douzième jour de Kārttika — ou aussi le quinzième, surtout durant le mois de Kārttika —
Verse 81
असावपि स्वशिष्याय प्रादादुग्राय धारिणि ॥ उग्रोऽपि मनवे प्रादादेष वः कीर्तितो मया ॥
Celui-là aussi le donna à son propre disciple, à Ugra, ô Porteuse (la Terre). Et Ugra, lui aussi, le donna à Manu : voilà ce que je vous ai rapporté.
Verse 82
यश्चैतच्छृणुयाद्भक्त्या नैरन्तर्येण मानवः ॥ श्रुत्वा तु पूजयेद्यस्तु शास्त्रं वाराहसंज्ञितम् ॥
Et celui qui écoute ceci avec dévotion, sans discontinuer—et qui, l’ayant entendu, rend aussi hommage au traité nommé Varāha (Purāṇa)…
Pṛthivī questions Varāha about the kapilā cow’s unique purificatory power, especially the puṇya of donating her at prasava-kāla (the liminal moment of calving), and asks for the governing rules (vidhi) and consequences tied to her ritual use and gifting.
Varāha expounds kapilā-dhenu-māhātmya by linking her milk-products (ghṛta, kṣīra, dadhi) to agnihotra and the sacrificial economy, then pivots to dharma-regulation: who may give/receive kapilā-related gifts, what constitutes improper livelihood from kapilā, and how such acts affect purity, status, and post-mortem destiny.
The discourse culminates in a detailed godāna-vidhi: the kapilā cow is to be gifted with ritual embellishments (suvarṇa-śṛṅga, raupya-khura) and proper water/mantra acts, with the gift declared equivalent to donating the Earth in its totality (with oceans, forests, and mountains), thereby neutralizing grave sins and securing ascent to higher lokas (Sūrya-maṇḍala, Brahmaloka, and ultimately Viṣṇu’s supreme abode).
The chapter closes by prescribing auspicious calendrical windows (notably Kārttika-dvādaśī; also Kārttika-paṃcadaśī, Māgha-śukla-dvādaśī, Śrāvaṇa-śukla-dvādaśī; plus śrāddha-kāla and amāvāsyā contexts) and by asserting pāṭha-śravaṇa-phala (merit of recitation/hearing), reinforced through a named transmission lineage (Brahmā → Pulastya → Rāma → Bhārgava → Ugra → Manu, with later custodians such as Romaharṣaṇi and Śaunaka’s son).
No specific terrestrial toponyms (cities, rivers, or forests) are named in the provided passage. The chapter uses cosmological/ritual geographies instead: Pṛthivī (Earth, including saptadvīpa imagery), Sūrya-maṇḍala (solar sphere), Brahmaloka, and Viṣṇu’s supreme abode (Viṣṇvākhyam paramaṃ padam) as destinations and symbolic regions.
The chapter frames dāna (especially kapilā-godāna) as a mechanism for ritual purity and social order, while also regulating conduct through rules about who may give or receive such gifts (pratigraha). It presents donation as both a moral economy (supporting sacrifice and hospitality) and a form of expiation, and it symbolically equates the properly performed gift with safeguarding or “donating” Pṛthivī (Earth) as an integrated whole.
The text highlights Kārttikī observance, especially Kārttika-dvādaśī (and also mentions Kārttika-paṃcadaśī as a special option). It additionally references Māgha-śukla-dvādaśī and Śrāvaṇa-śukla-dvādaśī for specific gifting practices. It also notes recitation contexts such as śrāddha-kāla and amāvāsyā, indicating lunar-phase timing for ritual reading.
Pṛthivī functions as the dialogic anchor: the donation of a cow at the liminal moment of birth is described as equivalent to gifting the Earth with its oceans, forests, and mountains (sasamudravanā, saśailavanakānanā). This frames terrestrial integrity as a total system, where correct ritual exchange and restraint in acquisition/consumption are presented as preserving purity and stability in the human–Earth relationship.
The chapter includes a transmission lineage of the teaching: Brahmā transmits to Pulastya, then to Rāma, then to Bhārgava, then to Ugra, and then to Manu; it also anticipates Romaharṣaṇi and Śaunaka’s son as later transmitters. Royal and priestly figures appear in narrative exempla (a king instructed by Vasiṣṭha), and the chapter lists the aṣṭādaśa purāṇas, situating the Vārāha tradition within a broader textual canon.
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