
उमा-विवाहार्थ-याचनम् (Umā-vivāhārtha-yācanam)
Himavan Grants the Marriage
Within the Pulastya–Nārada narrative frame, this adhyāya foregrounds syncretic theology by presenting Rudra (Śaṅkara/Hara/Tripurāntaka) as a deity who is ritually honored by sages and whose marital union sustains cosmic order. At Mandara mountain, Śiva recalls the Saptarṣis and commissions them to approach Himavān for Umā, identified as Satī reborn after Dakṣa’s offense and her yogic self-release. The sages, accompanied by Arundhatī, travel to Himālaya, where the mountain-king’s court—populated by personified mountains and celestial beings—becomes a sacralized topographical assembly. Himavān’s humility and purification-by-contact motifs (pāda-paṅkaja sanctification) mirror tīrtha-logic, while Menā’s counsel frames the marriage as teleological: the future son will destroy demonic threats (Tāraka, Mahīṣa). The chapter culminates in consent, auspicious calendrics (Uttarāphālgunī, Maitra muhūrta), and the sages’ return to report success to Mahādeva, reinforcing dharma through ritual propriety and inter-sectarian reverence.
Verse 1
इति श्रीवामनपुराणे चतुर्विंशो ऽध्यायः पुलस्त्य उवाच मेनायाः कन्यकास्तिस्रो जाता रूपगुणान्विताः सुनाभ इति च ख्यातश्चतुर्थस्तनयो ऽभवत्
Ainsi s’achève le vingt-quatrième chapitre du Śrī Vāmana Purāṇa. Pulastya dit : À Menā naquirent trois filles pourvues de beauté et de vertus ; et un quatrième enfant, un fils, naquit, connu sous le nom de Sunābha.
Verse 2
रक्ताङ्गी रक्तनेत्रा च रक्ताम्बरविभूषिता रागिणि नाम संजाता ज्येष्ठा मेनासुता मुने
Elle avait les membres rouges, les yeux rouges, et était parée de vêtements rouges. Elle naquit sous le nom de Rāgiṇī, l’aînée des filles de Menā, ô sage.
Verse 3
शुभाङ्गी पद्मपत्राक्षी नीलकुञ्चितमूर्धजा श्वेतमाल्याम्बरधरा कुटिला नाम चापरा
Une autre avait de beaux membres, des yeux semblables aux pétales du lotus, et une chevelure sombre et bouclée; elle portait guirlandes et vêtements blancs. Elle se nommait Kuṭilā.
Verse 4
नीलाञ्चनचयप्रख्या नीलेन्दीवरलोचना रूपेणानुपमा काली जघन्या मेनकासुता
Kālī, la plus jeune fille de Menakā, était sombre comme un amas de khôl bleu; ses yeux étaient tels des lotus bleus, et sa beauté était sans égale.
Verse 5
जातास्ताः कन्यकास्तिस्रः षडब्दात् परतो मुने कर्तुं तपः प्रयातास्ता देवास्ता ददृशुः शुभाः
Ô sage, après six années, ces trois jeunes filles, une fois nées, partirent accomplir des austérités (tapas) ; alors les dieux virent ces êtres de bon augure.
Verse 6
ततो दिवाकरैः सर्वैर्वसुभिश्च तपस्विनी कुटिला ब3ह्मलोकं तु नीता शशिकरप्रभा
Alors l’ascète Kuṭilā —rayonnante comme les lueurs de la lune— fut conduite à Brahmaloka par tous les Divākaras et par les Vasus.
Verse 7
अथोचुर्देवताः सर्वाः किं त्वियं जनयिष्यति पुत्रं महिषहन्तारं ब्रह्मन् व्याख्यातुमर्हसि
Alors tous les dieux dirent : « Quel fils cette femme enfantera-t-elle — le tueur du démon-Buffle ? Ô brahmane, il te convient de nous l’expliquer. »
Verse 8
ततो ऽब्रवीत् सुरपतिर्नेयं शक्ता तपस्विनी शार्वं धारयितुं तेजो वराकी मुच्यातां त्वियम्
Alors le seigneur des dieux dit : « Cette ascète n’est pas capable de porter l’ardeur flamboyante de Śārva (Śiva). La pauvre femme — qu’on la délivre de ce fardeau. »
Verse 9
ततस्तु कुटुला ऋद्धा ब्रह्माणं प्राह नारद तथा यतिष्ये भगवन् यता शार्वं सुदुर्द्धरम्
Alors Kuṭulā, comblée de prospérité, s’adressa à Brahmā — ô Nārada : « Seigneur, je m’efforcerai de telle sorte que je puisse porter l’énergie de Śārva (Śiva), si difficile à supporter. »
Verse 10
धारयिष्याम्यहं तेजस्तथैव श्रुणु सत्तम तपसाहं सुतप्तेन समाराध्य जनार्दनम्
« Je soutiendrai cette puissance ; écoute aussi, ô le meilleur. Après avoir accompli des austérités ardentes, j’apaiserai et satisferai Janārdana (Viṣṇu). »
Verse 11
यथा हरस्य मूर्धानं नमयिथ्ये पितामह तथा देव करिष्यामि सत्यं सत्यं मयोदितम्
« De même que je ferai s’incliner la tête de Hara (Śiva), ô Pitāmaha, de même, ô dieu, je le ferai. Ce que j’ai dit est vérité — vérité, en vérité. »
Verse 12
पुलस्त्य उवाच ततः पितामहः क्रुद्धः कुटिलां प्राह दारुणाम् भगवानादिकृद् ब्रह्मा सर्वेशो ऽपि महामुन्
Pulastya dit : « Alors le Grand-Père (Brahmā), courroucé, adressa à Kuṭilā des paroles dures et terribles. Ce Brahmā bienheureux—créateur depuis l’origine—bien qu’il soit le seigneur de tout, ô grand sage… »
Verse 13
ब्रह्मोवाच यस्मान्मद्वचनं पापे न क्षान्तं कुटिले त्वया तस्मान्मच्छापनिर्दग्धा सर्वा आपो भविष्यसि
Brahmā dit : « Puisque toi, ô pécheresse et tortueuse Kuṭilā, tu n’as pas accueilli avec patience ma parole, alors, consumée par ma malédiction, tu deviendras entièrement “les Eaux” (Āpaḥ). »
Verse 14
इत्येवं ब्रह्मणा शप्ता हिमवद् दुहिता मुने आपोमयी ब्रह्मलोकं प्लावयामास वेगिनी
Ainsi, ô sage, la fille de Himavat, maudite par Brahmā, devenue d’essence aqueuse, inonda rapidement le Brahmaloka.
Verse 15
तामुद्वृत्तजलां दृष्ट्वा प्रबबन्ध पितामहः ऋक्सामाथर्वयजुभिर्वाङ्मयैर्बन्धनैर्दृढम्
La voyant comme des eaux soulevées en tumulte, Pitāmaha (Brahmā) la lia solidement par des liens faits de parole : les mantras des Veda Ṛg, Sāma, Atharva et Yajus.
Verse 16
सा बद्धा सिस्थिता ब्रह्मन् तत्रैव गिरिकन्यका आपोमयी प्लावयन्ती ब्रह्मणो विमला जटाः
Ô brāhmane, cette jeune fille des montagnes fut liée et contrainte de demeurer là même ; étant d’essence aqueuse, elle inonda et détrempa les jaṭā, les tresses pures de Brahmā.
Verse 17
सापि क्रुद्धाब्रवीन्नूनं तथा तप्स्ये महत्तपः यथा मन्नामसंयुक्तो महिषघ्नो भविष्यति
Elle aussi, courroucée, déclara : «En vérité, j’accomplirai une grande austérité (tapas) de telle sorte qu’il adviendra un Mahiṣaghna, le tueur du buffle, associé à mon nom.»
Verse 18
तामप्यथाशपद् ब्रह्म सन्ध्या पापे भविष्यसि या मद्वाक्यमलङ्घ्यं वै सुरैर्लङ्घयसे बलात्
Alors Brahmā la maudit aussi : «Ô Sandhyā, tu deviendras pécheresse, car tu transgresses de force ma parole, inviolable—un ordre que même les dieux ne doivent pas enfreindre.»
Verse 19
तामप्यथाशपद् ब्रह्म सन्ध्या पापे भविष्यसि या मद्वाक्यमलङ्घ्यं वै सुरैर्लङ्घयसे बलात्
Alors Brahmā la maudit aussi : «Ô Sandhyā, tu deviendras pécheresse, car tu transgresses de force mon ordre inviolable—un ordre auquel même les dieux doivent se soumettre.»
Verse 20
सापि जाता मुनिश्रेष्ठ सन्ध्या रागवती ततः प्रतीच्छत् कृत्तिकायोगं शैलेया विग्रहं दृढम्
Alors, ô le meilleur des sages, elle naquit elle aussi comme Sandhyā, habitée par la passion (rāga) ; puis elle accepta le Kṛttikā-yoga et revêtit une forme corporelle ferme, née de la montagne (comme de pierre).
Verse 21
ततो गते कन्यके द्वे ज्ञात्वा मेना तपस्विनी तपसो वारयमास उमेत्येवाब्रवीच्च सा
Quand les deux jeunes filles furent parties, Menā—elle-même vouée à l’austérité—comprit (leur dessein) et tenta de retenir sa fille de pratiquer le tapas ; et elle dit : «Uma !»
Verse 22
तदेव माता नामास्याश्चक्रे पितृसुता शुभा उमेत्येव हि कन्यायाः सा जगाम तपोवनम्
Ainsi, la fille de bon augure du Père-Montagne reçut de sa mère ce même nom—à savoir « Umā » ; et cette jeune fille se rendit au bois des austérités.
Verse 23
ततः सा मनसा देवं शूलपाणिं वृषध्वजम् रुद्रं चेतसि संधाय तपस्तेपे सुदुष्करम्
Puis, par l’esprit, elle fixa Rudra dans son cœur—Śūlapāṇi, le porteur du trident, et Vṛṣadhvaja, dont l’étendard est le taureau—et accomplit une austérité extrêmement difficile.
Verse 24
ततो ब्रह्माब्रवीद् देवान् गच्छध्वं हिमवत्सुताम् इहानयध्वं तां कालीं तपस्यन्तीं हिमालये
Alors Brahmā dit aux dieux : «Allez vers la fille d’Himavat. Amenez ici cette Kālī qui pratique l’austérité dans l’Himālaya».
Verse 25
ततो देवाः समाजग्मुर्ददृशुपः शैलनन्दिनीम् तेजसा विजितास्तस्या न शेकुरुपसर्पितुम्
Alors les dieux se rassemblèrent et virent Śailanandinī, la fille de la montagne. Vaincus par son éclat, ils ne purent s’en approcher.
Verse 26
इन्द्रो ऽमरगणैः सार्द्धं निर्द्धूतस्तेजसा तया ब्रह्मणो ऽधिकतेजो ऽस्या विनिवेद्य प्रतिष्ठितः
Indra, avec les cohortes des immortels, fut repoussé par son éclat ; il rapporta à Brahmā que la splendeur d’elle était plus grande (même) que celle de Brahmā, puis demeura là (ou se retira et resta debout).
Verse 27
ततो ब्रह्माब्रवीत् सा दि ध्रवं शङ्करवल्लभा यूयं यत्तेजसा नूनं विक्षिप्तास्तु हतप्रभाः
Alors Brahmā déclara : «Ô bien-aimée de Śaṅkara, en vérité vous avez été dispersés par sa seule radiance ; votre splendeur a été terrassée.»
Verse 28
तस्माद् भजध्वं स्व स्वं हि स्थानं भो विगतज्वराः सतारकं हि महिषं विदध्वं निहतं रणे
«C’est pourquoi retournez chacun à votre place légitime, ô vous dont la fièvre (l’agitation) s’est apaisée. Sachez que le démon-buffle, avec Tāraka, a été tué au combat.»
Verse 29
इत्येवमुक्ता देवेन ब्रह्मणा सेन्द्रकाः सुराः जग्मुः स्वान्येव धिष्ण्यानि सद्यो वै विगतज्वराः
Ainsi, après avoir été ainsi admonestés par le dieu Brahmā, les dieux, avec Indra, gagnèrent aussitôt leurs demeures, leur agitation s’évanouissant sur-le-champ.
Verse 30
उमामपि तपस्यन्तीं हिमवान् पर्वतेश्वरः निवर्त्य तपसस्तस्मात् सदारो ह्यनयद्गृहान्
Himavān, seigneur des montagnes, même lorsque Umā pratiquait l’austérité, la détourna de cette pénitence et, avec son épouse, la ramena à la demeure.
Verse 31
देवो ऽप्याश्रित्य तद्रौद्रं व्रतं नाम्ना निराश्रयम् विचचार महाशैलान् सेरुप्राग्र्यान् महामतिः
Ce dieu aussi, adoptant cette observance farouche nommée « Nirāśraya » (« sans refuge/sans appui »), l’âme magnanime erra parmi les grandes montagnes et les sommets les plus éminents.
Verse 32
स कदाचिन्महाशैलं हिमवन्तं समागतः तेनार्चितः श्रद्धयासौ तां रात्रिमवसद्धरः
Un jour, il parvint à la grande montagne Himavān. L’ayant honorée avec foi, ce Soutien du monde y demeura pour cette nuit-là.
Verse 33
द्वितीये ऽह्नि गिरीशेन महादेवो नमन्त्रितः इहैव तिष्ठस्व विभो तपःसाधनाकारणात्
Le deuxième jour, Girīśa s’adressa à Mahādeva : «Demeure ici même, ô Seigneur, afin d’accomplir les austérités (tapas).»
Verse 34
इत्येवमुक्तो गिरिणा हरश्चक्रे मतिं च ताम् तस्थावाश्रममाश्रित्य त्यक्त्वा वासं निराश्रयम्
Ainsi interpellé par le seigneur de la montagne, Hara adopta cette même résolution ; prenant refuge dans un āśrama, il y demeura, ayant quitté une demeure sans soutien.
Verse 35
वसतो ऽप्याश्रमे तस्य देवदेवस्य शूलिनः तं देशमगमत् काली गिरिराजसुता शुभा
Tandis que Devadeva, le Porteur du trident (Śūlin), demeurait dans cet āśrama, Kāli —l’auspicieuse fille du roi des montagnes— vint en ce lieu.
Verse 36
तामागतां हरो दृष्ट्वा भूयो जातां प्रियां सतीम् स्वागतेनाभिसंपूज्य तस्थौ योगरतो हरः
Voyant Satī, sa bien-aimée, revenue une fois encore, Hara l’accueillit et l’honora selon les égards dus ; puis Hara demeura absorbé dans le yoga.
Verse 37
सा चाभ्येत्य वरारोहा कृताञ्जपरिग्रहा ववन्दे चरणौ शौवौ सखीभिः सह भामिनी
Alors elle, la dame aux belles hanches, s’approcha les mains jointes en signe de vénération; et, avec ses compagnes, la gracieuse femme se prosterna aux pieds de Śiva.
Verse 38
ततस्तु सुचिराच्छर्वः समीक्ष्य गिरिकन्यकाम् न युक्तं चैवमुक्त्वाथ सगणो ऽन्तर्दधे ततः
Puis, après un long moment, Śarva considéra la jeune fille née de la montagne; disant : «Cela n’est pas convenable», il disparut aussitôt, avec sa suite.
Verse 39
सापि शर्ववचो रौद्रं श्रुत्वा ज्ञानसमन्विता अन्तर्दुःखेन दह्यन्ती पितरं प्राह पार्वती
Elle aussi, douée de compréhension, ayant entendu les paroles farouches de Śarva et brûlant intérieurement de chagrin, Pārvatī s’adressa à son père.
Verse 40
तात यास्ये महारण्ये तप्तुं घोरं महत्तपः आराधनाय देवस्य शङ्करस्य पिनाकिनः
«Père, j’irai dans la grande forêt accomplir une austérité terrible et immense, afin d’adorer le dieu Śaṅkara, porteur de l’arc Pināka.»
Verse 41
तथेत्युक्तं वचः पित्रा पादे तस्यैव विस्तृते ललिताख्या तपस्तेपे हराराधनाकाम्यया
Lorsque son père eut dit : «Qu’il en soit ainsi», et qu’il eut étendu ses pieds pour recevoir son hommage, elle accomplit l’austérité appelée «Lalitā», désireuse d’adorer Hara et d’obtenir sa grâce.
Verse 42
तस्याः सख्यस्तदा देव्याः परिचर्या तु कुर्वते समित्कुशफलं चापि मूलाहरणमादितः
Alors, les compagnes de la Déesse lui rendirent service : elles apportèrent des bûchettes pour le feu, de l’herbe kuśa, des fruits, et recueillirent aussi des racines et d’autres choses dès le commencement.
Verse 43
विनोदनार्थं पार्वत्या मृन्मयः शूलधृग् हरः कृतस्तु तेजसा युक्तो भद्रमस्त्विति साब्रवीत्
Pour se divertir, Pārvatī façonna en argile une effigie de Hara, le porteur du trident ; elle fut dotée d’éclat, et elle dit : « Qu’il soit de bon augure ».
Verse 44
पूजां करोति तस्यैव तं पश्यति मुहुर्मुहुः ततो ऽस्यास्तुष्टिमगमच्छ्रद्धया त्रिपुरान्तकृत्
Elle lui rendit un culte à lui seul et le contempla maintes et maintes fois ; alors, par sa foi, le Destructeur de Tripura fut satisfait d’elle.
Verse 45
बटुरूपं समाधाय आषाढी मुञ्जमेखली यज्ञोपवीती छत्री च मृगाजिनधरस्तथा
Prenant la forme d’un jeune brahmacārin, vêtu de l’habit prescrit pour Āṣāḍha, ceint d’une corde de muñja, portant le cordon sacré, muni d’un parasol, et revêtu aussi d’une peau de daim.
Verse 46
कमण्डलुव्यग्रकरो भस्मारुणितविग्रहः प्रत्याश्रमं पर्यटन् स तं काल्याश्रममागतः
La main occupée à tenir le kamaṇḍalu (vase à eau), le corps rougi et couvert de cendre, errant d’un āśrama à l’autre, il parvint à cet āśrama de Kālī.
Verse 47
तमुत्थाय तदा काली सखीभिः सह नारद पूजयित्वा यथान्यायं पर्यपृच्छदिदं ततः
Alors Kālī, se levantant avec ses compagnes—ô Nārada—l’ayant honoré comme il convient selon la règle, lui posa ensuite cette question.
Verse 48
उमोवाच कस्मादागम्यते भिक्षो कुत्र स्थाने तवाश्रमः क्व च त्वं प्रतिगन्तासि मम शीघ्रं निवेदय
Umā dit : «D’où viens-tu, ô mendiant ? En quel lieu se trouve ton ermitage ? Et où vas-tu ? Dis-le-moi sans tarder.»
Verse 49
भिक्षुरुवाच/ ममाश्रमपदं बाले वाराणस्यां शुचिव्रते अथातस्तीर्थयात्रायां गमिष्यामि पृथूदकम्
Le mendiant dit : «Mon ermitage, ô jeune fille aux vœux purs, se trouve à Vārāṇasī. À présent, en pèlerinage vers les tīrtha, je me rendrai à Pṛthūdaka.»
Verse 50
देव्युवाच किं पुण्यं तत्र विप्रेन्द्र लब्धासि त्वं पृथूदके पथि स्नानेन च फलं केषु किं लब्दवानसि
La Déesse dit : «Quel mérite obtient-on là, ô le meilleur des brahmanes, à Pṛthūdaka ? Et quel est le fruit du bain accompli en chemin ? En quels points, et quoi, as-tu प्राप्त ?»
Verse 51
भिक्षुरुवाच मया स्नानं प्रयागे तु कृतं प्रथममेव हि ततो ऽथ तीर्थे कुब्जाम्रे जयन्ते चण्डिकेश्वरे
Le mendiant dit : «J’ai d’abord accompli le bain sacré à Prayāga. Ensuite je me suis baigné au tīrtha de Kubjāmra, à Jayanta, et à Caṇḍikeśvara.»
Verse 52
बन्धुवृन्दे च कर्कन्धे तीर्थे कनखले तथा सरस्वत्यामग्निकुण्डे भद्रायां तु त्रिविष्टपे
Je me baignai à Bandhuvṛnda, à Karkandha, et aussi au tīrtha de Kanakhala ; à l’Agnikuṇḍa sur la Sarasvatī ; et à Bhadrā, en Triviṣṭapa (le séjour des dieux).
Verse 53
कोनटे कोटितीर्थे च कुब्जके च कृसोदरि निथ्कामेन कृतं स्नानं ततो ऽभ्यागां तवाश्रमम्
À Konaṭa, à Koṭitīrtha et aussi à Kubjaka, ô toi à la taille fine, j’accomplis les bains sans désir ; puis je vins à ton āśrama (ermitage).
Verse 54
इहस्थां त्वां समाभाष्य गमिष्यामि पृथूदकम् पृच्छामि यदहं त्वां वै तत्र न क्रोद्धुमर्हसि
Après m’être entretenu avec toi ici, j’irai à Pṛthūdaka. Là, je te poserai une question ; pour cela, tu ne dois pas te mettre en colère contre moi.
Verse 55
अहं यत्तपसात्मानं शोषयामि कृशोदरि बाल्ये ऽपि संयततनुस्तत्तु श्लाघ्यं द्विजन्मनाम्
Ô toi à la taille fine, en ce que je dessèche (mortifie) mon corps par le tapas, bien que je sois encore dans l’enfance, une telle maîtrise du corps est vraiment louable parmi les dvija, les « deux-fois-nés ».
Verse 56
किमर्थं भवती रौद्रं प्रथमे वयसि स्थिता तपः समाश्रिता भीरु संशयः प्रतिभाति मे
Pour quelle raison, ô timide, alors que tu es au premier âge de la jeunesse, as-tu pris refuge dans une austérité si âpre ? Un doute s’élève dans mon esprit.
Verse 57
प्रथमे वयसि स्त्रीणां सह भर्त्रा विलासिनि सुभोगा भोगिताः काले व्रजन्ति स्थिरयौवने
Ô dame enjouée : au premier âge de la vie des femmes, les plaisirs sont goûtés avec l’époux ; en temps voulu, ces plaisirs bien savourés s’évanouissent, et l’on parvient à une jeunesse stable.
Verse 58
तपसा वाञ्छयन्तीह गिरिजे सचराचराः रूपाभिजनमैश्वर्यं तच्च ते विद्यते बहु
Ô Girijā : en ce monde, tous les êtres—mobiles et immobiles—recherchent par l’austérité la beauté, la noblesse de naissance et la souveraineté ; mais toi, tu possèdes déjà tout cela en abondance.
Verse 59
तत् किमर्थमपास्यैतानलङ्काराञ् जटा धृताः चीनांशुकं परित्यज्य किं त्वं वल्कलधारिणी
Alors, pour quelle raison, ayant rejeté ces ornements, as-tu porté les jaṭā, les mèches emmêlées ? Pourquoi, délaissant de beaux vêtements, es-tu devenue porteuse d’un habit d’écorce ?
Verse 60
पुलस्त्य उवाच ततस्तु तपसा वृद्धा देव्याः सोमप्रभा सखी भिक्षवे कथयामास यथावत् सा हि नारद
Pulastya dit : Alors Somaprabhā, la compagne de la Déesse, mûrie par l’austérité, exposa correctement toute l’affaire au mendiant ; ainsi parla-t-elle en vérité, ô Nārada.
Verse 61
सोमप्रभोवाच तपश्चर्या द्विजश्रेष्ठ पार्वत्या येन हेतुना तं शृणुष्व त्वियं काली हरं भर्तारमिच्छति
Somaprabhā dit : Ô le meilleur des deux-fois-nés, écoute la raison pour laquelle Pārvatī pratique l’austérité : cette Kāli désire Hara (Śiva) pour époux.
Verse 62
पुलस्त्य उवाच सोमप्रभाया वचनं श्रुत्वा संकम्प्य वै शिरः विहस्य च महाहासं भिक्षुराह वचस्त्विदम्
Pulastya dit : Ayant entendu les paroles de Somaprabhā, le mendiant secoua la tête ; puis, éclatant d’un grand rire, il prononça ces mots.
Verse ["Shiva", "Parvati"]
भिक्षुरुवाच/ वदामि ते पार्वति वाक्�Vamana Purana
ພິກຂຸກ່າວວ່າ: «ຂ້າພະເຈົ້າຈະບອກເຈົ້າ ໂອ ປາຣະວະຕີ—ປັນຍານີ້ໃຜເປັນຜູ້ມອບໃຫ້ເຈົ້າ? ມືຂອງເຈົ້າທີ່ນຸ່ມອ່ອນດັ່ງໃບອ່ອນ ຈະໄປປະສານກັບມືຂອງ ສາຣະວະ (ຮຣະ) ຜູ້ມີງູຕິດຕາມ ໄດ້ແນວໃດ?»
Verse 69
भूत्वोवाच प्रिये गच्छ स्वमेव भवनं पितुः तवार्थाय प्रहेष्यामि महर्षिन् हिमवद्गृहे
“Having (thus) become (manifest), he said: ‘Beloved, go to your father’s own house. For your sake I shall dispatch a great sage to the house of Himavat.’”
Verse 72
इत्येवमुक्ता देवेन गिरिराजसुता मुने जगामाम्बरमाविश्य स्वमेव भवनं पितुः
«Ainsi, après avoir été ainsi adressée par le Deva, ô sage, la fille du roi des montagnes entra dans le ciel et se rendit à la demeure même de son père.»
Verse 73
शङ्करो ऽपि महातेजा विसृज्य किरिकन्यकाम् पृथूदकं जगामाथ स्नानं चक्रे विधानतः
Même Śaṅkara, d’une grande splendeur, après avoir laissé Kirikanyakā, se rendit à Pṛthūdaka et accomplit le bain rituel selon la règle prescrite.
Verse 74
ततस्तु देवप्रवरो महेश्वरः पृथूदके स्नानमपास्तकल्मषः कृत्वा सनन्दिः सगणः सवाहनो महागिरिं मन्दरमाजगाम
Alors Maheśvara, le plus éminent des dieux, après s’être baigné à Pṛthūdaka et avoir dissipé toute souillure, partit avec Nandin, avec ses gaṇas et avec sa monture, et parvint à la grande montagne Mandara.
Verse 75
आयाति त्रिपुरान्तके सह गणैर्ब्रह्मर्षिभिः सप्तभिरारोहत्पुलको बभौ गिरिवरः संहृष्टतित्तः क्षणात् चक्रे दिव्यफलैर्जलेन शुचिना मूलैश्च कन्दादिभिः पूजां सर्वगणेश्वरैः सह विभोरद्रिस्त्रिनेत्रस्य तु
Lorsque Tripurāntaka arriva avec ses gaṇas et les sept brahmarṣi, la montagne d’élite parut aussitôt frémir d’allégresse, l’esprit ravi. Alors la montagne, avec tous les gaṇeśvara, rendit un culte au Seigneur puissant aux trois yeux, en offrant des fruits divins, de l’eau pure, ainsi que des racines, des tubercules et autres semblables.
Although the episode is Shaiva in plot (Śiva seeking Umā), the chapter embeds a syncretic Purāṇic court: Brahmā and Viṣṇu appear among the devas who come to see Hara, and the sages’ ritual protocols (arghya, vinaya, mantra) present Śiva as universally venerable rather than sect-exclusive. The Pulastya narration frames this as dharma-maintenance, aligning Śaiva devotion with broader Purāṇic cosmology.
The chapter sacralizes landscape through personified mountains and purification-by-contact motifs: Mandara becomes the ritual stage where Śiva receives sages, and Himālaya is depicted as a sanctified royal space where Himavān declares himself ‘dhūtapāpa’ (sins washed away) by the sages’ foot-contact and presence—an explicit tīrtha logic applied to terrain. The extensive roll-call of mountains (Meru, Kailāsa, Vindhya, Malaya, Pāriyātra, etc.) functions as a geographic catalogue that maps a pan-Indic sacred topography.
The Saptarṣis formally request Umā (identified as Satī reborn) for Śiva; Himavān, advised by the mountain-assembly and Menā, grants the marriage. The chapter also fixes auspicious timing (Uttarāphālgunī yoga and Maitra muhūrta) and introduces the teleological promise that the union will produce a son who destroys major asuric threats (notably Tāraka and Mahīṣa).