
Le chapitre désigne un lieu sacré sur la rive de la Devikā où l’on doit venir contempler Bhūdhara, et en explique le nom par une justification à la fois mythique et rituelle. Varāha, le Sanglier divin qui releva la Terre, y est invoqué, et le site est interprété comme une vaste allégorie du sacrifice (yajña). Une suite d’épithètes fait correspondre le corps de Varāha aux éléments du rite védique : les Veda comme pieds, le yūpa comme défenses, la sruva/sruc comme bouche et visage, Agni comme langue, l’herbe darbha comme chevelure, le Brahman comme tête—discours théologique unissant cosmologie et structure du yajña. La seconde partie prescrit une procédure de śrāddha tournée vers les Pitṛs selon des repères calendaires (mois de Puṣya, amāvāsyā, ekādaśī, contexte saisonnier et entrée du Soleil en Kanyā/Vierge) : offrandes de pāyasa et de havis au jaggery, invocations de consécration, mantras pour le ghee, le caillé, le lait et d’autres mets, puis repas offert à des vipras savants et piṇḍa-dāna. Le phala affirme qu’un śrāddha accompli correctement ici comble les ancêtres pour une longue durée cosmique et procure le fruit du Gayā-śrāddha sans aller à Gayā, magnifiant la puissance salvatrice du tīrtha local.
Verse 1
तत्रैव संस्थितं पश्येद्भूधरंनाम नामतः । उद्धृत्य पृथिवीं यस्माद्दंष्ट्राग्रेण दधार सः
Là même, l’on doit contempler la sainte présence nommée Bhūdhara ; car c’est lui qui, ayant soulevé la Terre, la porta sur la pointe de sa défense.
Verse 2
भूधरस्तेन चाख्यातो देविकातटसंस्थितः । वेदपादो यूपदंष्ट्रः क्रतुदन्तः स्रुचीमुखः
C’est pourquoi il est renommé Bhūdhara, demeurant sur la rive de Devikā : dont les pieds sont les Veda, dont les défenses sont les yūpa (pieux sacrificiels), dont les dents sont les kratu (rites), et dont la bouche est la srucī (cuiller d’offrande).
Verse 3
अग्निजिह्वो दर्भरोमा ब्रह्मशीर्षो महातपाः । अहोरात्रेक्षणपरो वेदांगश्रुतिभूषणः
Sa langue est Feu, ses poils sont l’herbe darbha, sa tête est Brahmā. D’une austérité immense, il veille jour et nuit, paré des Śruti et des Vedāṅga.
Verse 4
आद्यनासः स्रुवतुंडः सामघोषस्वनो महान् । प्राग्वंशकायो द्युतिमा न्नानादीक्षाविराजितः
Son nez est primordial; son museau est tel la sruva, la louche d’offrande; son puissant son est le chant du Sāman. Son corps est l’ossature de bambou de l’enceinte sacrificielle, rayonnant et splendide de multiples dīkṣā.
Verse 5
दक्षिणाहृदयो योगी महासत्रशयो महान् । उपाकर्मोष्ठरुचकः प्रवर्ग्यावर्तभूषणः
Il est un yogin dont le cœur est le rite du Sud (Dakṣiṇā) ; grand en vérité, il repose tel le vaste sacrifice satra. Ses lèvres brillent comme l’Upākarma, et il est orné du tourbillon du rite Pravargya.
Verse 6
नानाच्छन्दोगतिपथो ब्रह्मोक्तक्रमविक्रमः । भूत्वा यज्ञवराहोऽसौ तत्र स्थाने स्थितोऽभवत्
Sa course suit les multiples voies des mètres védiques ; ses pas et ses enjambées suivent l’ordre énoncé par Brahmā. Devenu Yajñavarāha, le Sanglier du Sacrifice, il demeura établi en ce lieu même.
Verse 7
पुष्यमासे ह्यमावास्यामेकादश्यामथापि वा । प्राप्ते प्रावृषि काले च ज्ञात्वा कन्यागतं रविम्
Au mois de Puṣya — le jour d’Amāvāsyā (nouvelle lune), ou même à l’Ekādaśī — et lorsque la saison des pluies est venue, sachant que le Soleil est entré en Kanyā (la Vierge)…
Verse 8
पायसं गुडसंयुक्तं हविष्यं च गुडप्लुतम् । नमो वः पितरो रसाय अन्नाद्यमभिमंत्रयेत्
Qu’on consacre les offrandes de nourriture—le payasa (riz au lait) adouci de jaggery, et le haviṣya imprégné de jaggery—en récitant : «Hommage à vous, ô Pitṛs (Pères ancestraux), pour l’octroi du rasa, l’essence nourricière.»
Verse 9
तेजोऽसिशुक्रमित्याज्यं दधिक्राव्णेन वै दधि । क्षीरमाज्याय मन्त्रेण व्यञ्जनानि च यानि तु
Pour le ghee, qu’on récite le mantra «tejo ’si śukram» ; pour le caillé (dadhi), «dadhikrāvaṇa» ; pour le lait, le mantra «ājya»—et de même pour tous les autres accompagnements (vyañjana) qui s’y trouvent.
Verse 10
भक्ष्यभोज्यानि सर्वाणि महानिन्द्रेण दापयेत् । संवत्स रोनियो मंत्रं जप्त्वा तेनोदकं द्विजः
Qu’on fasse offrir toutes sortes de mets et de délicatesses avec une grande révérence. Après avoir récité le mantra «Saṃvatsara-roniya», le brāhmane doit ensuite employer cette eau consacrée par le mantra.
Verse 11
एवं संभोज्य वै विप्रान्पिण्डदानं तु दापयेत् । इत्यनेन विधानेन यस्तत्र श्राद्धकृद्भवेत्
Ainsi, après avoir nourri comme il se doit les brāhmanes, qu’on fasse accomplir l’offrande des piṇḍas (boules de riz). Quiconque accomplit là le śrāddha selon cette règle—
Verse 12
तस्य तृप्तास्तु पितरो यावदिंद्राश्चतुर्द्दश । गयाश्राद्धं विनापीह गयाश्राद्धफलं लभेत्
Ses Pitṛs (ancêtres) demeurent comblés aussi longtemps que durent les quatorze Indra. Même sans accomplir le Gayā-śrāddha, il obtient ici le fruit même du Gayā-śrāddha.
Verse 277
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां सहितायां सप्तमे प्रभासखंडे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये देविकामाहात्म्ये भूधरयज्ञवराहमाहात्म्यवर्णनंनाम सप्तसप्तत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le deux-cent-soixante-dix-septième chapitre, intitulé « Description de la grandeur du Bhūdhara-yajña et de Varāha », dans le Devikā Māhātmya, au sein du Prabhāsakṣetra Māhātmya, dans le septième livre—le Prabhāsa Khaṇḍa—du vénérable Skanda Mahāpurāṇa, compilation de quatre-vingt-un mille ślokas.