Adhyaya 131
Prabhasa KhandaPrabhasa Kshetra MahatmyaAdhyaya 131

Adhyaya 131

Le chapitre se présente comme un dialogue théologique : Śrī Devī demande comment le liṅga nommé « Nāleśvara » est aussi reconnu comme « Dhruveśvara ». Īśvara répond en exposant son māhātmya, le récit de son origine et de sa gloire : Dhruva, fils du roi Uttānapāda, parvient au vénérable Prabhāsa-kṣetra, accomplit de rudes austérités, établit Mahādeva et l’adore avec une bhakti ininterrompue durant mille années divines. Īśvara transmet ensuite le stotra de Dhruva, construit sur des formules répétées de refuge — « taṃ śaṃkaraṃ śaraṇadaṃ śaraṇaṃ vrajāmi » — qui célèbrent la souveraineté cosmique de Śiva et ses hauts faits mythiques. La phalaśruti affirme que la récitation de cet hymne, avec discipline mentale et pureté, mène à l’obtention de Śiva-loka. Satisfait, Śiva accorde à Dhruva la vision divine et propose des dons allant jusqu’aux grandes stations du cosmos ; mais Dhruva refuse les récompenses de prestige et ne demande que la bhakti pure et la présence permanente de Śiva dans le liṅga qu’il a installé. Īśvara confirme l’octroi, associe la « position fixe » de Dhruva à une demeure suprême, et prescrit le culte du liṅga à des dates lunaires précises (amāvāsyā de Śrāvaṇa ou paurṇamāsī de Āśvayuja), promettant un mérite égal à l’Aśvamedha et de nombreux fruits, mondains et spirituels, pour les adorateurs et les auditeurs.

Shlokas

Verse 1

श्रीदेव्युवाच । यदेतद्भवता प्रोक्तं नालेश्वरमिति श्रुतम् । ध्रुवेश्वरेति तल्लिंगं कथं वै संबभूव ह

La Déesse dit : «Ce que tu as exposé est entendu sous le nom de “Nāleśvara”. Comment ce liṅga en vint-il à être appelé “Dhruveśvara” ?»

Verse 2

ईश्वर उवाच । शृणु देवि प्रवक्ष्यामि ध्रुवेश्वरमहोदयम् । यच्छ्रुत्वा मानवो देवि मुच्यते भवबंधनात्

Īśvara dit : «Écoute, ô Devī ; je vais t’exposer la grande gloire de Dhruveśvara. En l’entendant, ô Devī, l’être humain est délivré des liens du devenir mondain.»

Verse 3

उत्तानपादनृपतेः पुत्रोऽभूद्ध्रुवसंज्ञितः । महात्मा ज्ञानसंपन्नः सर्वज्ञः प्रियदर्शनः

Du roi Uttānapāda naquit un fils nommé Dhruva : grande âme, pourvu de la vraie connaissance, sage en toutes choses et agréable à contempler.

Verse 4

स कदाचित्समासाद्य प्रभासं क्षेत्रमुत्तमम् । तताप विपुलं देवि तपः परमदारुणम्

Un jour, il parvint à Prabhāsa, le suprême lieu sacré ; là, ô Déesse, il accomplit une austérité immense, d’une rigueur extrême.

Verse 5

दिव्यं वर्षसहस्रं तु प्रतिष्ठाप्य महेश्वरम् । संपूजयति सद्भक्त्या स्तौति स्तोत्रैः पृथग्विधैः

Durant mille années divines, après avoir établi Maheśvara, il l’adora avec une dévotion authentique et le loua par des hymnes de maintes sortes.

Verse 6

तत्स्तोत्रं ते प्रवक्ष्यामि येनाहं तुष्टिमागतः

Je te proclamerai ce même hymne—par lui j’ai obtenu la satisfaction et la joie intérieure.

Verse 7

ध्रुव उवाच । कैलासतुंगशिखरं प्रविकम्प्यमानं कैलासशृंगसदृशेन दशाननेन । यः पादपद्मपरिपीडनया दधार तं शंकरं शरणदं शरणं व्रजामि

Dhruva dit : Lorsque le sommet élevé du Kailāsa fut ébranlé par le Décaface, pareil à une cime de montagne, Celui qui le retint par la pression de son pied-lotus—vers ce Śaṅkara, dispensateur d’asile, je prends refuge.

Verse 8

येनासुराश्चापि दनोश्च पुत्रा विद्याधरोरगगणैश्च वृताः समग्राः । संयोजिता न तु फलं फलमूलमुक्तास्तं शंकरं शरणदं शरणं व्रजामि

Celui qui, même les Asuras—fils de Danu—avec les troupes de Vidyādharas et de Nāgas, les rassembla sous la discipline; mais ne les délivra pas des fruits du karma, faute d’abandonner le « fruit et la racine » du désir—vers ce Śaṅkara, dispensateur d’asile, je prends refuge.

Verse 9

यस्याखिलं जगदिदं वशवर्ति नित्यं योऽष्टाभिरेव तनुभिर्भुवनानि भुंक्ते । यत्कारणं परमकारणकारणानां तं शंकरं शरणदं शरणं व्रजामि

Celui sous la puissance duquel demeure à jamais cet univers tout entier; qui, par ses huit formes, pénètre et gouverne les mondes; qui est la Cause, la Cause suprême de toutes les causes—vers ce Śaṅkara, dispensateur d’asile, je prends refuge.

Verse 10

यः सव्यपाणिकमलाग्रनखेन देवस्तत्पंचमं च सहसैव पुरातिरुष्टः । ब्राह्मं शिरस्तरुणपद्मनिभं चकर्त तं शंकरं शरणदं शरणं व्रजामि

Le Dieu qui, jadis courroucé, du bout de l’ongle de sa main gauche semblable au lotus, trancha aussitôt ce « cinquième »—la tête pareille à celle de Brahmā, telle un lotus naissant—vers ce Śaṅkara, dispensateur d’asile, je prends refuge.

Verse 11

यस्य प्रणम्य चरणौ वरदस्य भक्त्या श्रुत्वा च वाग्भिरमलाभिरतंद्रिताभिः । दीप्तस्तमांसि नुदति स्वकरैर्विवस्वांस्तं शंकरं शरणदं शरणं व्रजामि

Je prends refuge en Śaṅkara, dispensateur d’asile : lui dont les pieds, qui accordent les grâces, lorsqu’on s’y prosterne avec bhakti, et dont on entend le Nom par des paroles de louange pures et infatigables, chasse les ténèbres comme le soleil éclatant par ses rayons.

Verse 12

यः पठेत्स्तवमिदं रुचिरार्थं मानवो ध्रुवकृतं नियतात्मा । विप्रसंसदि सदा शुचिसिद्धः स प्रयाति शिवलोकमनादिम्

Celui qui, maître de lui-même, récite cet hymne au sens gracieux composé par Dhruva—toujours pur et accompli au sein de l’assemblée des savants—parvient au monde de Śiva, sans commencement.

Verse 13

तस्यैवं स्तुवतो देवि तुष्टोऽहं भावितात्मनः । पूर्णे वर्षसहस्रांते ध्रुवस्याह महात्मनः

Ô Déesse, ainsi loué par cet être à l’âme purifiée, je fus comblé de satisfaction. Quand mille années entières se furent écoulées, je m’adressai à Dhruva, le grand d’âme.

Verse 14

पुत्र तुष्टोऽस्मि भद्रं ते जातस्त्वं निर्मलोऽधुना । दिव्यं ददामि ते चक्षुः पश्य मां विगतज्वरः

«Mon enfant, je suis satisfait—que le bien t’échoie. À présent tu es devenu pur. Je t’accorde la vision divine ; contemple-moi, délivré de l’ardeur de la souffrance.»

Verse 15

यच्च ते मनसा किञ्चित्कांक्षितं फलमुत्तमम् । तत्सर्वं ते प्रदास्यामि ब्रूहि शीघ्रं ममाग्रतः

«Quel que soit le don suprême que tu as désiré en ton cœur, dis-le vite devant moi ; je te l’accorderai tout entier.»

Verse 16

ब्राह्म्यं वा वैष्णवं शाक्रं पदमन्यत्सुदुर्लभम् । ददामि नात्र संदेहो भक्त्या संप्रीणितस्तव

«Qu’il s’agisse du rang de Brahmā, de celui de Viṣṇu, ou de celui d’Indra—ou de tout autre état très difficile à atteindre—je te l’accorde; il n’y a nul doute, car ta dévotion me réjouit.»

Verse 17

ध्रुव उवाच । ब्राह्म्यं वैष्णवं माहेन्द्रं पदमावृत्तिलक्षणम् । विदितं मम तत्सर्वं मनसाऽपि न कामये

Dhruva dit : «Les domaines de Brahmā, de Viṣṇu et du grand Indra—des états marqués par le retour (à la renaissance)—je les connais tous; je ne les désire même pas en mon esprit.»

Verse 18

यदि तुष्टोऽसि मे देव भक्तिं देहि सुनिर्मलाम् । अस्मिंल्लिंगे सदा वासं कुरु देव वृषध्वज

«Si Tu es satisfait de moi, ô Seigneur, accorde-moi une bhakti parfaitement pure. Et, ô Dieu au drapeau du Taureau, fais de ce Liṅga Ta demeure à jamais.»

Verse 19

ईश्वर उवाच । इति यत्प्रार्थितं सर्वं तद्दत्तं सर्वमेव हि । स्थानं च तस्य तद्ध्रौव्यं तद्विष्णोः परमं पदम्

Īśvara dit : «Ainsi, tout ce qui a été demandé a bel et bien été accordé en totalité. Et cette demeure inébranlable qui est la sienne—“Dhrauvya”—est le séjour suprême de Viṣṇu.»

Verse 20

श्रावणस्य त्वमावास्यां यस्तल्लिंगं प्रपूजयेत् । आश्वयुक्पौर्णमास्यां वा सोऽश्वमेधफलं लभेत्

Quiconque vénère ce Liṅga au jour de nouvelle lune de Śrāvaṇa, ou au jour de pleine lune d’Āśvayuja, obtient un mérite égal à celui du sacrifice Aśvamedha.

Verse 21

अपुत्रो लभते पुत्रं धनार्थी लभते धनम् । रूपवान्सुभगो भोगी सर्वशास्त्रविशारदः । हंसयुक्तविमानेन रुद्रलोके महीयते

Celui qui est sans enfant obtient un fils; celui qui cherche la richesse obtient la richesse. On devient beau, fortuné, joyeux dans les jouissances et versé dans tous les śāstra; et, porté sur un vimāna céleste attelé de cygnes, on est honoré dans le monde de Rudra.

Verse 22

असुरसुरगणानां पूजितस्य ध्रुवस्य कथयति कमनीयां कीर्तिमेतां शृणोति । सकलसुखनिधानरुद्रलोकं सुशांतः सुरगणदनुनाथैरर्चितं यात्यनंतम्

Quiconque raconte ou écoute cette belle renommée de Dhruva—honoré par les troupes des dieux et des asuras—devient profondément paisible et atteint l’infini Rudra-loka, trésor de toutes les joies, vénéré par les seigneurs des dieux et de la lignée des Danu.

Verse 131

इति श्रीस्कांदे महापुराण एका शीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे प्रथमे प्रभासक्षेत्रमाहात्म्ये ध्रुवेश्वरमाहात्म्यवर्णनंनामैकत्रिंशदुत्तरशततमो ऽध्यायः

Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—se trouve le cent trente et unième chapitre, dans le septième livre nommé Prabhāsa Khaṇḍa, dans la première section intitulée « Māhātmya de Prabhāsa-kṣetra », appelée « Description de la grandeur de Dhruveśvara ».