
Le chapitre 270 présente une théologie procédurale de l’expiation (prāyaścitta) pour celui qui a commis du pāpa par ignorance, négligence, désir ou immaturité, sans avoir accompli les pénitences ordinaires. Ānarta demande une méthode capable de détruire le démérite et d’apporter un soulagement immédiat; Bhartṛyajña expose alors le rite du don d’un “pāpa-piṇḍa” d’or, une masse d’or de vingt-cinq palas. Le rituel s’inscrit dans l’apara-pakṣa (quinzaine décroissante) et requiert une préparation de pureté: snāna (bain), vêtements propres, et aménagement du maṇḍapa/vedi (pavillon et autel). Le donateur accomplit l’adoration selon un schéma cosmologique, vénérant une suite de tattvas à partir de la terre, puis les éléments et l’appareil sensoriel, au moyen d’invocations de type mantra. On accueille ensuite un brāhmaṇa savant (instruit des Veda et des Vedāṅga), on l’honore en lui lavant les pieds, en lui offrant vêtements et ornements, puis on lui remet une mūrti/effigie correspondante. Par un mantra solennel de transfert, le donateur déclare que les pāpa antérieurs sont déposés sur la forme donnée; le brāhmaṇa récite le mantra de réception (pratigraha), puis l’on offre la dakṣiṇā et on le congédie avec respect. Le chapitre mentionne des signes d’expérience—légèreté du corps, accroissement de l’éclat, rêves favorables—et affirme que l’écoute même de la procédure purifie. Il ajoute que l’efficacité est accrue dans le contexte de Kāpāleśvara et recommande un homa accompli avec la Gāyatrī.
Verse 1
आनर्त उवाच । मूर्खत्वाद्वा प्रमादाद्वा कामाद्बालस्यतोऽपि वा । यो नरः कुरुते पापं प्रायश्चित्तं करोति न
Ānarta dit : «Que ce soit par sottise, par négligence, par désir, ou même par puérilité—si un homme commet un péché et n’accomplit pas l’expiation (prāyaścitta)…»
Verse 2
तस्य पापक्षयकरं पुण्यं ब्रूहि द्विजोत्तम । येन मुक्तिर्भवेत्सद्यो यदि तुष्टोऽसि मे प्रभो
«Dis-moi, ô le meilleur des brāhmanes, le mérite qui consume ses péchés—par lequel la délivrance (mokṣa) naîtrait aussitôt—si tu es satisfait de moi, ô seigneur.»
Verse 3
लोभमोहपरो योऽसौ पापपिंडं महामुने । प्रददाति विधिं ब्रूहि येन यच्छाम्यहं द्रुतम्
Ô grand sage, dis-moi la règle juste par laquelle cet homme—vaincu par l’avidité et l’illusion—pourra offrir le « piṇḍa qui incarne le péché » ; par ce moyen je souhaite l’accomplir promptement.
Verse 4
भर्तृयज्ञ उवाच । दद्यात्स्वपिंडं सौवर्णं पंचविंशत्पलात्मकम्
Bhartṛyajña dit : «Qu’on donne un piṇḍa d’or, pesant vingt-cinq palas.»
Verse 5
विधायापरपक्षे तु स्नापयित्वा विधानतः । मंडपाद्यं च प्राक्कृत्वा स्नात्वा धौतांबरः शुचिः
Ensuite, durant la quinzaine sombre (apakṣa), après avoir tout disposé et accompli, selon la règle, le rite du bain (snāpana)—ayant d’abord préparé le pavillon (maṇḍapa) et les autres requis—qu’il se baigne, revête des vêtements lavés et demeure pur.
Verse 6
तदा स्वरूपं पृथ्व्यादि पूजयेत्पापकृन्नरः । तथा स मुच्यते पापात्तत्कृताद्धि न संशयः
Alors le pécheur doit vénérer les formes véritables, en commençant par la Terre et les autres; ainsi il est délivré des fautes qu’il a commises—sans aucun doute.
Verse 7
चतुर्विंशतितत्त्वानि पृथिव्यादीनि यानि च । तेषां नामभिस्तत्पिंडं पूजयेतन्नराधिपः
Les vingt-quatre principes—à commencer par la Terre et les autres—doivent être invoqués par leurs noms; par ces noms, le roi doit vénérer ce piṇḍa.
Verse 8
ॐ पृथिव्यै नमः । ॐ अद्भ्यो नमः । ॐ तेजसे नमः । ॐ वायवे नमः । ॐ आकाशाय नमः । ॐ घ्राणाय नमः । ॐ जिह्वायै नमः । ॐ चक्षुषे नमः । ॐ त्वचे नमः । ॐ श्रोत्राय नमः । ॐ गन्धाय नमः । ॐ रसाय नमः । ॐ रूपाय नमः । ॐ स्पर्शाय नमः । ॐ शब्दाय नमः । ॐ वाचे नमः । ॐ पाणिभ्यां नमः । ॐ पादाभ्यां नमः । ॐ पायवे नमः । ॐ उपस्थाय नमः । ॐ मनसे नमः । ॐ बुद्ध्यै नमः । ॐ चित्ताय नमः । ॐ अहंकाराय नमः । ॐ क्षेत्रात्मने नमः । ॐ परमात्मने नमः । धूपं धूरसि मंत्रेण अग्निर्ज्योतीति दीपकम् । युवा सुवासेति च ततो वासांसि परिधापयेत्
Qu’on vénère en récitant : « Om, salutations à la Terre; aux Eaux; au Feu; au Vent; à l’Éther; à l’Odorat (le nez); à la Langue; à l’Œil; à la Peau; à l’Oreille; à l’Odeur; à la Saveur; à la Forme; au Toucher; au Son; à la Parole; aux Mains; aux Pieds; à l’Anus; à l’Organe générateur; au Mental; à l’Intellect; au Citta (substance mentale); à l’Ego; au Kṣetrātman (soi individuel); et au Paramātman (Soi suprême). » Ensuite, avec le mantra « dhūr asi », qu’on offre l’encens; avec « agnir jyotiḥ », qu’on offre la lampe; avec « yuvā suvāsaḥ », qu’on présente des vêtements à revêtir.
Verse 9
ततो ब्राह्मणमानीय वेदवेदांगपारगम् । प्रक्षाल्य चरणौ तस्य वासांसि परिधापयेत्
Ensuite, faisant venir un brāhmaṇa versé dans les Veda et les Vedāṅga, qu’on lui lave les pieds et qu’on le revête de vêtements.
Verse 10
केयूरैः कंकणैश्चैव अंगुलीयकभूषणैः
Avec des bracelets de bras (keyūra), des bracelets (kaṅkaṇa) et des ornements d’anneaux aux doigts également,
Verse 11
भूषयित्वा तनुं तस्य ततो मूर्तिं समानयेत् । मंत्रेणानेन राजेंद्र ब्राह्मणाय निवेदयेत्
Après avoir paré son corps, qu’on fasse ensuite venir l’effigie d’or ; et par ce mantra, ô meilleur des rois, qu’on la présente au brāhmane.
Verse 12
एष आत्मा मया दत्तस्तव हेममयो द्विज । यत्किंचिद्विहितं पापं पूर्वं भूयात्तवाखिलम्
«Ô deux-fois-né, ce “soi” je te l’ai donné sous forme d’or. Quelque péché commis auparavant, que tout cela devienne tien».
Verse 13
इति दानमंत्रः । ततस्तु ब्राह्मणो राजन्मंत्रमेतं समुच्चरेत्
«Ainsi s’achève le mantra du don». Ensuite, ô Roi, le brāhmane doit, comme il se doit, réciter ce mantra à haute voix.
Verse 14
यत्किंचिद्विहितं पापं त्वया पूर्वंमया हि तत् । गृहीतं मूर्तिरूपं तत्ततस्त्वं पापवर्जितः । इति प्रतिग्रहमंत्रः
«Quelque péché que tu aies commis auparavant—en vérité, je l’ai pris, en revêtant une forme incarnée. Ainsi, te voilà désormais exempt de péché». Tel est le mantra de l’acceptation du don.
Verse 15
एवं दत्त्वा विधानेन ततो विप्रं विसर्जयेत् । एवं कृते ततो राजंस्तस्मै दत्त्वाथ दक्षिणाम्
Ayant ainsi donné selon le rite prescrit, qu’on congédie ensuite le brāhmane avec respect. Cela fait, ô Roi, qu’on lui donne aussi la dakṣiṇā, l’honoraire sacrificiel.
Verse 16
यथा तुष्टिं समभ्येति ततः पापं नयत्यसौ । तस्मिन्कृते महाराज प्रत्ययस्तत्क्षणाद्भवेत्
Lorsque le brāhmane (le récipiendaire) est satisfait, alors il emporte le péché. Cela accompli, ô grand Roi, la certitude de l’effet du rite naît sur-le-champ.
Verse 17
शरीरं लघुतामेति तेजोवृद्धिश्च जायते । स्वप्ने च वीक्षते रात्रौ संतुष्टमनसः स्थितान्
Le corps devient léger et un accroissement d’éclat naît. Et la nuit, en rêve, on voit des êtres demeurant debout, l’esprit comblé.
Verse 18
नरान्स्त्रियः सितैर्वस्त्रैः श्वेतमाल्यानुलेपनैः । श्वेतान्गोवृषभानश्वांस्तीर्थानि विविधानि च
On voit des hommes et des femmes vêtus de blanc, ornés de guirlandes blanches et d’onguents blancs. On voit aussi des vaches, des taureaux et des chevaux blancs, ainsi que divers tīrtha, gués sacrés.
Verse 19
एतत्ते सर्वमाख्यातं पापपिंडस्य दापनम् । श्रवणादपि राजेंद्र यस्य पापैः प्रमुच्यते
Tout cela t’a été exposé : la manière d’offrir le ‘pāpapiṇḍa’, la « masse de péché ». Rien qu’en l’entendant, ô seigneur des rois, on est délivré des fautes.
Verse 20
अन्यत्रापि महादानं पापपिण्डो हरेन्नृप
Même ailleurs, ô Roi, ce grand don — le pāpapiṇḍa — enlève le péché.
Verse 21
एकजन्मकृतं पापं निजकायेन निर्मितम् । कपालेश्वरदेवस्य सहस्रगुणितं हरेत्
Le péché commis en une seule existence, façonné par son propre corps—Kapāleśvara Deva l’efface au millième degré.
Verse 22
पूर्ववच्चैव कर्तव्यो वेदिमंडपयोर्विधिः । परं होमः प्रकर्तव्यो गायत्र्या केवलं नृप
Comme auparavant, il faut accomplir le rite prescrit pour l’autel (vedi) et le pavillon (maṇḍapa). Ensuite, on doit faire le homa—uniquement avec la Gāyatrī, ô Roi.
Verse 270
इति श्रीस्कान्दे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये कपालेश्वरक्षेत्रमाहात्म्यप्रसंगेन पापपिंडप्रदानविधानवर्णनंनाम सप्तत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः
Ainsi s’achève le chapitre 270, intitulé « Description du rite d’offrande des piṇḍa qui ôtent le péché », dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers, dans le Sixième—Nāgara Khaṇḍa—sous la glorification du tīrtha de la région sacrée de Hāṭakeśvara, dans le contexte du Māhātmya de la région sacrée de Kapāleśvara.