
Le chapitre s’ouvre sur Śrī Sūta, qui conduit les pèlerins de Lakṣmītīrtha vers Agnitīrtha, présenté comme un tīrtha d’un mérite suprême, capable de détruire même de lourdes fautes lorsqu’on l’approche avec bhakti. Les ṛṣis interrogent Sūta sur l’origine, l’emplacement et la puissance singulière d’Agnitīrtha. Sūta rapporte alors un épisode de Rāma : après avoir vaincu Rāvaṇa et établi Vibhīṣaṇa sur le trône de Laṅkā, Rāma chemine par la route du Setu avec Sītā, Lakṣmaṇa, les devas, les sages, les ancêtres et les vānaras. À Lakṣmītīrtha, devant une assemblée de témoins, il invoque Agni pour la justification de Sītā ; Agni se manifeste, loue la fidélité de Sītā et affirme, en termes doctrinaux, qu’elle est l’éternelle parèdre divine de Viṣṇu à travers toutes les avatāra. Le lieu où Agni surgit des eaux est dès lors nommé Agnitīrtha. Le texte prescrit ensuite l’éthique du pèlerinage : se baigner avec dévotion, jeûner, honorer des brāhmaṇa savants et faire des dons—vêtements, richesses, terres, et une jeune fille convenablement parée—avec pour fruit l’effacement des péchés et l’accès à Viṣṇu-sāyujya. Un long exemplum suit : Duṣpaṇya, fils de marchand, tue des enfants à répétition, est banni, subit la malédiction d’un sage, meurt noyé et endure une longue condition de piśāca. Le récit se tourne vers la compassion et les pratiques réparatrices (évoquant Agastya/Sutīkṣṇa cherchant délivrance par Agnitīrtha), confirmant que les rites liés au lieu sacré purifient et restaurent lorsqu’ils sont portés par une conduite juste.
Verse 1
। श्रीसूत उवाच । लक्ष्मीतीर्थे शुभे पुंसां सर्वैश्वर्यैककारणे । स्नात्वा नरस्ततो गच्छेदग्नितीर्थं द्विजोत्तमाः
Śrī Sūta dit : Après s’être baigné dans l’auspicieux Lakṣmītīrtha, cause unique de toute prospérité pour les hommes, qu’un homme se rende ensuite à Agnitīrtha, ô meilleurs des deux-fois-nés.
Verse 2
अग्नितीर्थं महापुण्यं महापातकनाशनम् । तीर्थानामुत्तमं तीर्थं सर्वाभीष्टैकसाधनम् । तत्र स्नायान्नरो भक्त्या स्वपापपरिशुद्धये
Agnitīrtha est d’un mérite suprême, destructeur des grands péchés — le plus excellent des tīrthas, l’unique moyen d’accomplir tous les vœux. Là, que l’homme se baigne avec dévotion, pour la purification totale de ses propres fautes.
Verse 3
ऋषय ऊचुः । अग्निर्तार्थमितिख्यातिः कथं तस्य मुनीश्वर
Les ṛṣis dirent : Ô seigneur parmi les munis, comment se fit-il qu’on le célèbre sous le nom d’« Agnitīrtha » ?
Verse 4
कुत्रैदमग्नितीर्थं च कीदृशं तस्य वैभवम् । एतन्नः श्रद्दधानानां विस्तराद्वक्तुमर्हसि
Où se trouve cet Agnitīrtha, et quelle est la nature de sa grandeur ? À nous qui sommes pleins de foi, il convient que tu l’exposes en détail.
Verse 5
श्रीसूत उवाच । सम्यक्पृष्टं हि युष्माभिः शृणुध्वं मुनिपुंगवाः । पुरा हि राघवो हत्वा रावणं सपरिच्छदम्
Śrī Sūta dit : Vous avez en vérité bien interrogé ; écoutez, ô les plus éminents des sages. Jadis, Rāghava, ayant tué Rāvaṇa avec toutes ses troupes et son entourage,
Verse 6
स्थापयित्वा तु लंकायां भर्तारं च विभीषणम् । सीतासौमित्रिसंयुक्तो रामो दशरथात्मजः
Et après avoir établi Vibhīṣaṇa comme souverain à Laṅkā, Rāma —fils de Daśaratha— se mit en route, accompagné de Sītā et de Saumitri (Lakṣmaṇa).
Verse 7
सिद्धचारणगंधवैर्देवैरप्सरसां गणैः । स्तूयमानो मुनिगणैः सत्याशीस्तीर्थकौतुकी
Loué par les Siddhas, les Cāraṇas, les Gandharvas, les dieux et les troupes d’Apsaras, et aussi par les assemblées de munis, lui dont les bénédictions ne défaillent point, s’avança avec ferveur vers le gué sacré (tīrtha).
Verse 8
धारयंल्लीलया चापं रामोऽसह्यपराक्रमः । आत्मनः शुद्धिमाधातुं जानकीं शोधितु तथा
Rāma, au courage irrésistible, tenait son arc comme en un jeu; et, afin d’établir sa propre renommée sans tache, il résolut de démontrer selon le rite la pureté de Jānakī.
Verse 9
इंद्रादिदेववृन्दैश्च मुनिभिः पितृभिस्तथा । विभीषणेन सहितः सर्वेरपि च वानरैः
Accompagné des troupes de dieux menées par Indra, des munis et même des Pitṛs, avec Vibhīṣaṇa et tous les Vānaras, il s’avança au sein de cette grande assemblée.
Verse 10
आययौ सेतुमार्गेण गंधमादनपर्वतम् । लक्ष्मीतीर्थतटे स्थित्वा जानकीशोधनाय सः
Par la voie de Setu il parvint au mont Gandhamādana; puis, se tenant sur la rive de Lakṣmī-tīrtha, il se prépara à attester la pureté de Jānakī.
Verse 11
अग्निमावाहयामास देवर्षिपितृसन्निधौ । अथोत्तस्थौ महांभोधेर्लक्ष्मीतीर्थाद्विदूरतः
En présence des dieux, des ṛṣis et des Pitṛs, il invoqua Agni. Alors, à quelque distance de Lakṣmī-tīrtha, le Feu s’éleva du grand océan.
Verse 12
पश्यत्सु सर्वलोकेषु लिहन्नंभांसि पावकः । आताम्रलोचनः पीतवासा धनुर्धरः
Sous les regards de tous les mondes, le Feu apparut, léchant les eaux. Et là se tenait le héros porteur d’arc, aux yeux rougis comme le cuivre, vêtu de jaune.
Verse 13
सप्तभिश्चैव जिह्वाभिर्लेलिहानो दिशो दश । दृष्ट्वा रघुपतिं शूरं लीलामानुषरूपिणम्
Avec ses sept langues, léchant et flamboyant vers les dix directions, Agni contempla le vaillant Seigneur des Raghu, qui avait pris forme humaine en jeu divin.
Verse 14
जगाद वचनं रम्यं जानकीशुद्धिकारणात् । रामराम महाबाहो राक्षसानां भयावह
Afin d’établir la pureté de Jānakī, il prononça ces paroles pleines de grâce : «Rāma, Rāma, ô toi aux bras puissants, effroi des Rākṣasas !»
Verse 15
पातिव्रत्येन जानक्या रावणं हतवान्भवान् । सत्यंसत्यं पुनः सत्यं नात्र कार्या विचारणा
«C’est par le pātivratya, la fidélité d’épouse de Jānakī, que tu as pu abattre Rāvaṇa. Vrai, vrai, vrai encore : ici, nul besoin de doute ni d’examen.»
Verse 16
कमलेयं जगन्माता लीलामानुषविग्रहा । देवत्वे देवदेहेयं मनुष्यत्वे च मानुषी
«Voici la Mère du monde, née du lotus, qui a pris un corps humain en jeu divin. Dans sa divinité, elle est de forme divine ; et dans son humanité, elle apparaît humaine.»
Verse 17
विष्णोर्देहानुरूपां वै करोत्ये षात्मनस्तनुम् । यदायदा जगत्स्वामिन्देवदेव जनार्द्दन
Ô Seigneur du monde—ô Dieu des dieux, Janārdana—chaque fois que Viṣṇu revêt une forme particulière, elle façonne aussi son propre corps à l’image de cette forme, s’accordant parfaitement à sa manifestation.
Verse 18
अवतारान्करोषि त्वं तदेयं त्वत्सहायिनी । यदा त्वं भार्गवो रामस्तदाभूद्धरणी त्वियम्
Lorsque tu accomplis tes descentes (avatāra), elle devient ta compagne et ton soutien. Quand tu fus Rāma de la lignée de Bhṛgu (Paraśurāma), elle devint cette Terre même, Dharaṇī.
Verse 19
अधुना जानकी जाता भवित्री रुक्मिणी ततः । अन्येषु चावतारेषु विष्णोरेषा सहायिनी
À présent elle est née comme Jānakī (Sītā) ; ensuite elle deviendra Rukmiṇī. Dans les autres incarnations aussi, elle demeure l’inébranlable compagne et aide de Viṣṇu.
Verse 20
तस्मामद्वचनादेनां प्रति गृह्णीष्व राघव । पावकस्य तु तद्वाक्यं श्रुत्वा देवा महर्षयः
Ainsi, selon ma parole, ô Rāghava, reprends-la auprès de toi. Entendant cette déclaration de Pāvaka (le Feu), les dieux et les grands ṛṣis se tinrent pour témoins et se réjouirent.
Verse 21
विद्याधराश्च गंधर्वा मानवाः पन्नगास्तथा । अन्ये च भूतनिवहा रामं दश रथात्मजम्
Vidyādharas et Gandharvas, humains, nāgas (serpents) et autres multitudes d’êtres : tous se rassemblèrent autour de Rāma, fils de Daśaratha.
Verse 22
जानकीं मैथिलीं चैव प्रशशंसुः पुनःपुनः । रामोऽग्निवचनात्सीतां प्रतिजग्राह निर्मलाम्
Sans cesse ils louèrent Jānakī, la Maithilī. Et Rāma—sur la parole d’Agni—reprît Sītā, purifiée et sans tache.
Verse 23
एवं सीताविशुद्ध्यर्थं रामेणाक्लिष्टकर्मणा । आवाहने कृते वह्निर्लक्ष्मीतीर्थाद्विदूरतः
Ainsi, afin d’attester la pureté de Sītā, lorsque Rāma, aux actes infatigables, accomplit l’invocation, le Feu (Vahni) fut appelé de loin, depuis Lakṣmītīrtha.
Verse 24
यतः प्रदेशादुत्तस्थावंबुधेर्द्विजसत्तमाः । अग्नितीर्थं विजानीत तं प्रदेशमनुत्तमम्
Ô le meilleur des deux-fois-nés, sachez que ce lieu sans égal—où le Feu surgit de l’océan—est appelé Agnitīrtha.
Verse 25
ततो विनिर्गमादग्नेरग्नितीर्थमितीर्यते । अत्र स्नात्वा नरो भक्त्या वह्नेस्तीर्थे विमुक्तिदे
Parce qu’Agni y apparut, on l’appelle Agnitīrtha. Celui qui s’y baigne avec dévotion, en ce tīrtha de Vahni, dispensateur de délivrance, obtient le fruit de la libération.
Verse 26
उपोष्य वेदविदुषो ब्राह्मणा नपि भोजयेत् । तेभ्यो वस्त्रं धनं भूमिं दद्यात्कन्यां च भूषिताम्
Après avoir jeûné, qu’on nourrisse aussi des brāhmaṇas savants dans les Veda. Qu’on leur donne vêtements, richesse et terres, et qu’on offre aussi une jeune fille dûment parée, selon le dharma.
Verse 27
सर्वपापविनिर्मुक्तो विष्णुसायुज्यमाप्नुयात् । अग्नितीर्थस्य कूलेस्मि न्नन्नदानं विशिष्यते
Délivré de tous les péchés, on obtient le sāyujya, l’union avec Viṣṇu. Ici, sur la rive d’Agnitīrtha, le don de nourriture (anna-dāna) est proclamé d’un mérite tout particulier.
Verse 28
अग्नितीर्थसमं तीर्थं न भूतं न भविष्यति । दुष्पण्योपि महापापो यत्र स्नानात्पिशाचताम्
Nul tīrtha égal à Agnitīrtha n’a jamais existé, et nul n’existera à l’avenir. Même Duṣpaṇya, bien que grand pécheur, en s’y baignant fut délivré de l’état de piśāca.
Verse 29
परित्यज्य महा घोरां दिव्यं रूपमवाप्तवान् । पशुमान्नाम वैश्योऽभूत्पुरा पाटलिपुत्रके
Ayant rejeté une forme des plus terribles, il obtint une apparence divine. Jadis, à Pāṭaliputra, il avait été un Vaiśya nommé Paśumān.
Verse 30
स वै धर्मपरो नित्यं ब्राह्मणाराधने रतः । कृषिं निरंतरं कुर्वन्गो रक्षां चैव सर्वदा
Toujours voué au dharma, il s’appliquait sans cesse à honorer les brāhmaṇas. Il cultivait la terre sans relâche et protégeait toujours les vaches.
Verse 31
पण्यवीथ्यां च विक्रीणन्कांचनादीनि धर्मतः । पशुमन्नामधेयस्य वणिक्छ्रेष्ठस्य तस्य वै
Dans l’allée du marché, il vendait l’or et d’autres biens selon le dharma. Ce Paśumān, ainsi nommé, était véritablement le meilleur des marchands.
Verse 32
बभूव भार्यात्रितयं पतिशुश्रूषणे रतम् । ज्येष्ठा त्रीन्सुषुवे पुत्रान्वैश्यवंशविवर्द्धनान्
Il eut trois épouses, toutes vouées au service de leur seigneur. L’aînée enfanta trois fils qui firent prospérer la lignée vaiśya.
Verse 33
सुपण्यं पण्यवतं च चारुपण्यं तथैव च । मध्यमा सुषुते पुत्रौ सुकोश बहुकोशकौ
Supāṇya, Paṇyavat, et de même Cārupāṇya : tels furent leurs noms. L’épouse du milieu enfanta deux fils, Sukōśa et Bahukōśa.
Verse 34
तृतीयायां त्रयः पुत्रास्तस्य वैश्यस्य जज्ञिरे । महापण्यो महाकोशो दुष्पण्य इति विश्रुताः
De la troisième épouse naquirent trois fils de ce vaiśya, renommés Mahāpāṇya, Mahākōśa et Duṣpāṇya.
Verse 35
एवं पशुमतस्तस्य वैश्यस्य द्विजसत्तमाः । बभूवुरष्टौ तनयास्तासु स्त्रीषु तिसृष्वपि
Ainsi, ô le meilleur des deux-fois-nés, ce vaiśya nommé Paśumān eut huit fils, issus en vérité de ces trois épouses.
Verse 36
ते सुपण्यमुखाः सर्वे पुत्रा ववृधिरे क्रमात । धूलिकेलिं वितन्वन्तः पित रौ तोषयंति ते
Tous ces fils, à commencer par Supāṇya, grandirent peu à peu. Jouant dans la poussière en jeux d’enfants, ils réjouissaient leur père et leur mère.
Verse 37
पंचहायनतां प्राप्ताः क्रमात्ते वैश्यनंदनाः । पशुमानपि वैश्येंद्रः सर्वानपि च तान्सुतान्
Avec le temps, ces fils du vaiśya atteignirent l’âge de cinq ans. Alors l’éminent vaiśya Paśumān, portant son regard sur tous ses fils, se mit à les conduire sur la voie de l’accomplissement.
Verse 38
बाल्यमारभ्य सततं स्वकृत्येषु व्यशिक्षयत् । कृषिगोत्राणवाणिज्यकर्मसु क्रमशिक्षिताः
Dès leur enfance, il les forma sans relâche à leurs devoirs propres ; et, pas à pas, ils furent instruits dans l’agriculture, l’élevage du bétail et les œuvres du négoce.
Verse 39
सुपण्यमुख्याः सप्तैव पितृवाक्यमशृण्वत । पशुमान्वक्ति यत्कार्यं तत्क्ष णान्निरवर्तयन्
Sept d’entre eux—les premiers parmi les bien élevés—écoutaient la parole de leur père. Toute tâche que Paśumān leur prescrivait, ils l’accomplissaient sur-le-champ.
Verse 40
नैपुण्यं प्रापुरत्यंतं ते सुवर्णक्रियास्वपि । दुष्पण्यस्त्वष्टमः पुत्रो बाल्यमारभ्य संततम्
Ils acquirent une habileté exceptionnelle jusque dans l’art de travailler l’or. Mais le huitième fils, Duṣpaṇya, dès l’enfance, avait une nature différente.
Verse 41
दुर्मार्गनिरतो भूत्वा नाशृणोत्पितृभा षितम् । धूलिकेलिं समारभ्य दुर्मार्गनिरतोऽभवत्
S’étant voué à une voie mauvaise, il n’écoutait pas les paroles de son père. S’adonnant aux jeux d’enfant dans la poussière, il s’attacha toujours davantage à l’égarement.
Verse 42
स बाल एव सन्पुत्रो बालानन्यानबाधत । दुष्कर्मनिरतं दृष्ट्वा तं पिता पशुमांस्तथा
Bien qu’il fût encore enfant, ce fils tourmentait les autres enfants. Voyant qu’il s’adonnait aux actes mauvais, son père Paśumān le remarqua aussi.
Verse 43
उपेक्षा मेवकृतवान्बालिशोऽयमितीरयन् । अथाष्टावपि वैश्यस्य प्रापुर्यौवनमात्मजाः
Disant : « Celui-ci n’est qu’un sot », il ne fit que l’ignorer. Puis, en son temps, les huit fils du vaiśya parvinrent à la jeunesse.
Verse 44
ततोऽयमष्टमः पुत्रो दुष्णयो बलिनां वरः । गृहीत्वा पाणियु गलेबालान्नगरवर्तिनः
Alors ce huitième fils, Duṣṇaya, le plus puissant des puissants, saisissait à deux mains les enfants qui demeuraient dans la ville.
Verse 45
निचिक्षेप स कूपेषु सरित्सु च सरःस्वपि । न कोऽपि तस्य जानाति दुश्चरित्रमिदं जनः
Il les jetait dans des puits, dans des rivières, et même dans des lacs. Pourtant, nul parmi le peuple ne connut cette conduite infâme.
Verse 46
यावन्म्रियंते ते बालास्तावन्निक्षिप्तवाञ्जले । तेषां मृतानां बालानां पितरो मातरस्तथा
Tant que ces enfants agonisaient, il ne cessait de les jeter dans l’eau. Et pour ces enfants morts, leurs pères et leurs mères demeurèrent dans la douleur et la confusion.
Verse 47
गवेषयंति तान्सर्वान्नगरेषु हि सर्वशः । तान् दृष्ट्वा च मृतान्पुत्रान्के वलं प्रारुदञ्जनाः
Ils les cherchèrent partout, dans toutes les cités. Mais, voyant leurs fils gisant morts, ils ne purent que pleurer et se lamenter.
Verse 48
जलेष्वथ शवान्दृष्ट्वा जनाश्चक्रुर्यथोचितम् । एवं प्रतिदिनं बालान्दुष्पण्यो मारयन्पुरे
Puis, voyant les cadavres dans les eaux, les gens accomplirent les rites convenables. Ainsi, jour après jour, cet être au cœur mauvais continuait de tuer les enfants dans la cité.
Verse 49
जनैरप्यपरिज्ञातश्चिरमेवमवर्तत । म्रियमाणेषु बालेषु वैश्यपुत्रस्य कर्मणा
Bien que les gens ne s’en aperçussent pas, cela se poursuivit longtemps : les enfants mouraient sans cesse à cause de l’acte du fils d’un marchand.
Verse 50
प्रजानां वृद्धिराहित्याच्छून्यप्रायमभूत्पुरम् । ततः समेत्य पौरास्तद्वृत्तं राज्ञे न्यवेद यन्
Comme l’accroissement du peuple cessa, la cité devint presque déserte. Alors les habitants s’assemblèrent et rapportèrent au roi toute cette affaire.
Verse 51
श्रुत्वा नृपस्तद्वचनमाहूय ग्रामपालकान् । कारणं बालमरणे चिंत्यतामिति सोऽन्वशात्
Entendant leurs paroles, le roi fit appeler les gardiens des villages et ordonna : «Qu’on recherche la cause de la mort de ces enfants».
Verse 52
ग्रामपालास्तथेत्युक्त्वा तत्र तत्र व्यवस्थिताः । सम्यग्गवेषयामासुः कारणं बालमारणे
Disant : « Qu’il en soit ainsi », les gardiens du village se postèrent çà et là, et recherchèrent avec soin la cause du meurtre des enfants.
Verse 53
ते वै गवेषंयतोऽपि नाविंदन्बालमारकम् । ते पुनर्नृपमासाद्य भीता वाक्यमथाब्रु वन्
Bien qu’ils eussent cherché, ils ne trouvèrent pas le meurtrier des enfants. Puis, s’approchant de nouveau du roi, ils parlèrent avec crainte.
Verse 54
गवेषयंतोऽपि वयं तन्न विंदामहे नृप । यो बालान्नगरे स्थित्वा सततं मारयत्यपि
« Bien que nous cherchions, ô Roi, nous ne le trouvons pas : celui qui, demeurant dans la cité, tue sans cesse les enfants. »
Verse 55
पुनश्च नागराः सर्वे राजानं प्राप्य दुःखिताः । पुनः प्रजानां मरणमब्रुवन्वाष्पसंकुलाः
De nouveau, tous les citadins, accablés de douleur, s’approchèrent du roi ; et encore, les yeux pleins de larmes, ils parlèrent des morts parmi le peuple.
Verse 56
राजा तत्कारणाज्ञानात्तूष्णीमास्ते विचिंत्य तु । कदाचिद्वैश्यपुत्रोयं पंचभिर्बा लकैः सह
Ne connaissant pas la cause, le roi demeura silencieux, plongé dans la réflexion. Or, un jour, on vit ce fils de marchand avec cinq garçons.
Verse 57
तटाकांतिकमापेदे पंकजाहरणच्छलात् । बलाद्गृहीत्वा तान्बालान्दुष्पण्यः क्रोशतस्तदा
Sous prétexte de cueillir des lotus, Duṣpaṇya s’approcha de l’étang ; puis, les saisissant de force, il fit aussitôt pousser à ces enfants des cris de détresse.
Verse 58
क्रूरात्मा मज्जयामास कंठ दघ्ने सरोजले । मृतान्मत्वा च ताञ्छीघ्रं दुष्पण्यः स्वगृहं ययौ
Cet homme au cœur cruel les enfonça dans l’eau aux lotus, haute jusqu’au cou ; puis, les croyant morts, Duṣpaṇya regagna vite sa demeure.
Verse 59
पञ्चानां पितरस्तेषां मार्गयंतः सुतान्पुरे । तेषु वै मार्गमाणेषु पंच तेना तिबालकाः
Les pères de ces cinq-là cherchèrent leurs fils dans toute la cité ; tandis qu’ils les cherchaient, les cinq enfants, encore tout jeunes, demeuraient là, invisibles.
Verse 60
निक्षिप्ता अपि तोयेषु नाम्रियंत यदृच्छया । ते शनैः कूलमासाद्य पंचापि क्लिन्नमौलयः
Bien que jetés dans les eaux, par la grâce du destin ils ne moururent pas ; gagnant lentement la rive, tous les cinq, les cheveux ruisselants, furent sauvés.
Verse 61
अशक्ता नगरं गंतुं बाल्यात्तत्रैव बभ्रमुः । दूरादुच्चार्यमाणानि स्वनामानि स्वबंधुभिः
Trop jeunes pour regagner la ville, ils errèrent sur place ; et de loin ils entendaient leurs propres noms, appelés à haute voix par leurs proches.
Verse 62
श्रुत्वा पंचापि ते बालाः प्रतिशब्दमकुर्वत । ततस्तत्पितरः श्रुत्वा तत्रागत्यसरस्तटे
Ayant entendu l’appel de leurs noms, les cinq garçons répondirent en retour ; puis leurs pères, entendant ces réponses, vinrent là, au bord du lac.
Verse 63
पुत्रान्दृष्ट्वा तु सप्राणान्प्रहर्षमतुलं गताः । किमेतदिति पित्राद्यैः पृष्टास्ते बालकास्तदा
Voyant leurs fils en vie, ils furent saisis d’une joie sans mesure. Alors les garçons furent interrogés par leurs pères et les anciens : «Qu’est-ce donc ? Que s’est-il passé ?»
Verse 64
दुष्पण्यस्याथ दुष्कृत्यं बन्धुभ्यस्ते न्यवेदयन् । ततो विदितवृत्तांता राजानं प्राप्य नागराः
Ils rapportèrent ensuite à leurs proches le méfait de Duṣpaṇya. Puis les gens de la cité, connaissant désormais toute l’affaire, allèrent trouver le roi.
Verse 65
पंचभिः कथितं वृत्तं दुष्पण्यस्य न्यवेदयन् । ततो राजा समाहूय पशुमंतं वणिग्वरम् । पौरेष्वपि च शृण्वत्सु वाक्यमेतदभाषत
Ils exposèrent au roi l’événement, tel que les cinq l’avaient raconté, au sujet de Duṣpaṇya. Alors le roi fit venir ce riche possesseur de bétail, l’éminent marchand ; et, tandis que les citoyens écoutaient, il prononça ces paroles.
Verse 66
राजोवाच । दुष्पण्यनामा पशुमन्बहुप्रजमिदं पुरम्
Le roi dit : «Toi, nommé Duṣpaṇya, homme riche en bétail : cette cité est peuplée de nombreux habitants et demeure sous ma protection…».
Verse 67
शून्यप्रायं कृतं पश्य त्वत्पुत्रेण दुरात्मना । इदानीं बालिशानेतान्मज्जयामास वै जले
«Vois : ce lieu a été rendu presque désert par ton fils au cœur mauvais. À l’instant même, il a encore fait noyer dans l’eau ces gens simples et innocents.»
Verse 68
यदृच्छया च सप्राणाः पुनरप्या गताः पुरम् । अस्मिन्नित्थं गते कार्ये किं कर्तव्यं वदाधुना
«Par pur hasard, ils sont revenus à la cité encore en vie. Maintenant que les choses en sont là, dis-moi : que faut-il faire sur-le-champ ?»
Verse 69
अद्य त्वामेव पृच्छामि यतस्त्वं धर्मतत्परः । इत्युक्तः पशुमान्राज्ञा धर्मज्ञो युक्तमब्रवीत्
«Aujourd’hui, c’est toi seul que j’interroge, car tu es voué au dharma.» Ainsi sollicité par le roi, Paśumān—connaisseur du dharma—répondit comme il convenait.
Verse 70
पशुमानुवाच । पुरं निःशेषितं येन वधमेवायमर्हति । न ह्यत्र विषये किंचित्प्रष्टव्यं विद्यते नृप
Paśumān dit : «Celui par qui la cité a été entièrement dévastée ne mérite que la mise à mort. En cette affaire, ô roi, il n’y a vraiment plus rien à demander.»
Verse 71
न ह्ययं मम पुत्रः स्याच्छत्रुरेवातिपापकृत् । न ह्यस्य निष्कृतिं पश्ये येन निःशेषितं पुरम्
«Il ne peut être mon fils : c’est un ennemi, auteur de fautes très graves. Je ne vois pour lui aucune expiation, puisqu’il a réduit la cité en ruines.»
Verse 72
वध्यतामेव दुष्टात्मा सत्यमेव ब्रवीम्यहम् । श्रुत्वा पशुमतो वाक्यं नागराः सर्व एव हि
«Que l’homme à l’âme perverse soit mis à mort : telle est la vérité que je dis.» Entendant les paroles de Paśumān, tous les gens de la cité répondirent en effet.
Verse 73
वणिग्वरं श्लाघमाना राजानमिदमूचिरे । न वध्यतामयं दुष्टस्तूष्णीं निर्वास्यतां पुरात्
Louant le plus éminent des marchands, les citoyens dirent au roi : «Que ce méchant ne soit pas mis à mort ; qu’on le bannisse en silence de la cité».
Verse 74
ततः स राजा दुष्पण्यं समाहूयेदमब्रवीत् । अस्माद्देशाद्भवाञ्छीघ्रं दुष्टात्मन्गच्छ सांप्रतम्
Alors le roi fit appeler Duṣpaṇya et lui dit : «Quitte au plus vite ce pays, ô esprit pervers, à l’instant même».
Verse 75
यदि तिष्ठेस्त्वमत्रैव दण्डयेयं वधेन वै । इति राज्ञा विनिर्भर्त्स्य दूतैर्निर्वासितः पुरात्
«Si tu demeures ici, je te châtierai par la mort.» Ainsi réprimandé par le roi, il fut chassé de la cité par les messagers royaux.
Verse 76
दुष्पण्यस्त्वथ तं देशं परित्यज्य भयान्वितः । मुनिमंडलसंबाधं वनमेव ययौ तदा
Alors Duṣpaṇya, saisi de peur, quitta ce pays et gagna la forêt, encombrée de cercles de munis et de sages.
Verse 77
तत्राप्येकं मुनिसुतं स तोयेषु न्यमज्जयत् । केल्यर्थमागता दृष्ट्वा मुनिपुत्रा मृतं शिशुम्
Là encore, il plongea dans les eaux le jeune fils d’un sage. Quand les filles du sage vinrent seulement pour s’ébattre, elles virent l’enfant gisant sans vie.
Verse 78
तत्पित्रे कथयामासुरभ्येत्य भृशदुःखिताः । तत उग्रश्रवाः श्रुत्वा तेभ्यः पुत्रं जले मृतम्
Accablées de chagrin, elles allèrent le rapporter au père de l’enfant. Alors Ugraśravā, apprenant d’elles que son fils était mort dans l’eau, fut saisi de douleur.
Verse 79
तपोमहिम्ना दुष्प ण्यचरितं तदमन्यत । उग्रश्रवाः शशापैनं दुष्पण्यं वैश्यनंदनम्
Par la puissance de son ascèse, il reconnut que cet acte était le fait de Duṣpaṇya. Alors Ugraśravā maudit Duṣpaṇya, le fils du marchand.
Verse 80
उग्रश्रवा उवाच । मत्सुतं पयसि क्षिप्य यत्त्वं मारि तवानसि । तवापि मरणं भूयाज्जल एव निमज्जनात्
Ugraśravā dit : «Puisque, ô scélérat, tu as jeté mon fils dans l’eau et l’as tué, que ta mort advienne de même : par noyade dans l’eau.»
Verse 81
मृतश्च सुचिरं कालं पिशाचस्त्वं भविष्यसि । इति शापे श्रुते सद्यो दुष्पण्यः खिन्नमानसः
«Et après la mort, durant très longtemps tu deviendras un piśāca.» À l’écoute de cette malédiction, Duṣpaṇya fut aussitôt le cœur abattu.
Verse 82
तद्वै वनं परित्यज्य घोरमन्यद्वनं ययौ । सिंहादिक्रूरसत्वाढ्यं तस्मिन्प्राप्ते वनांतरम्
Ayant quitté cette forêt, il gagna une autre forêt, redoutable, peuplée de lions et d’autres bêtes féroces. Lorsqu’il parvint à ce bois différent, le péril l’environna.
Verse 83
पांसुवर्षं मह्द्वर्षन्वृक्षानामोटय न्मुहुः । वज्रघातसमस्पर्शो ववौ झंझानिलो महान्
Un violent orage se leva : il pleuvait des torrents de poussière et, sans cesse, il tordait et arrachait les arbres. Ce grand vent, au toucher pareil au coup de la foudre, mugissait dans la forêt.
Verse 84
वेगेन गात्रं भिंदन्ती वृष्टिश्चासीत्सुदुःसहा । तद्दृष्ट्वा स तु दुष्पण्यश्चिंतयन्भृशदुः खितः
Et il y eut une pluie insupportable, frappant son corps avec une telle violence qu’elle semblait lui fendre les membres. Voyant cela, Duṣpaṇya, rongé d’inquiétude, fut accablé de chagrin.
Verse 85
मृतं शुष्कं महाकायं गजमेकमपश्यत । महावातं महावर्षं तदा सोढुमशक्नुवन्
Il aperçut un éléphant au corps immense, mort et desséché. Ne pouvant alors supporter le grand vent et la grande pluie, il chercha un abri.
Verse 86
गजास्यविवरेणैव विवेशोदरगह्वरम् । तस्मिन्प्रविष्टमात्रे तु वृष्टिरासीत्सुभूयसी
Par la seule ouverture de la bouche de l’éléphant, il pénétra dans la caverne creuse de son ventre. Mais à peine y fut-il entré que la pluie redoubla d’intensité.
Verse 87
ततो वर्षजलैः सर्वैः प्रवाहः सुमहानभूत् । स प्रवाहो वने तस्मिन्नदी काचिदजायत
Alors, de toutes les eaux de pluie s’éleva un torrent immense ; et dans cette même forêt, ce torrent devint un fleuve.
Verse 88
अथ तैर्वर्षसलिलैः स गजः पूरितोदरः । प्लवमानो महापूरे नीरंध्रः समजायत
Puis, par ces eaux de pluie, le ventre de cet éléphant fut rempli ; et, flottant dans le grand déluge, il se trouva obstrué, sans issue.
Verse 89
ततो निर्विवरस्यास्य जलपूर्णोदरस्य च । गजस्य जठरात्सोऽयं निर्गंतु न शशाक ह
Ainsi, comme cet éléphant n’avait aucune ouverture et que son ventre était plein d’eau, celui-ci ne put sortir de l’estomac de l’éléphant.
Verse 90
ततश्च वृष्टितोयानां प्रवाहो भीमवेगवान् । उदरस्थितदुष्पण्यं समुद्रं प्रापयद्गजम्
Et alors le torrent des eaux de pluie, lancé d’une vitesse terrible, emporta l’éléphant—dans le ventre duquel demeurait Duṣpaṇya—jusqu’à l’océan.
Verse 91
दुष्पण्यः सलिले मग्नः क्षणात्प्राणैर्व्ययुज्यत । मृत एव स दुष्पण्यः पिशाचत्वमवाप्तवान्
Duṣpaṇya, englouti dans les eaux, fut séparé de son souffle vital en un instant ; et, mort, ce même Duṣpaṇya atteignit l’état de piśāca.
Verse 92
पीडितः क्षुत्पिपासाभ्यां दुर्गमं वनमाश्रितः । घोरेषु घर्मकालेषु समाक्रोशन्भयानकम्
Accablé par la faim et la soif, il se réfugia dans une forêt inabordable ; et, durant les saisons terribles de chaleur brûlante, il poussa des cris de terreur.
Verse 93
अतिष्ठद्गहनेऽरण्ये दुःखान्यनुभवन्बहु । कल्पकोटिसहस्राणि कल्पकोटिशतानि च
Il demeura dans l’épaisseur de la forêt sauvage, endurant d’innombrables souffrances—durant des milliers de crores de kalpas, et même des centaines de crores de kalpas.
Verse 94
स पिशाचो महादुःखी न्यवसद्घोरकानने । वनाद्वनांतरं धावन्देशाद्देशाद्देशांतरं तथा
Ce piśāca, plongé dans une grande détresse, demeura dans une forêt terrible—courant de bois en bois, et de contrée en contrée, d’une région à l’autre.
Verse 95
सर्वत्रानुभवन्दुःखमाययौ दण्डकान्क्रमात् । अगस्त्यादाश्रमात्पुण्यान्नातिदूरे स संचरन्
Éprouvant la peine en tout lieu, il parvint peu à peu aux forêts de Daṇḍaka ; et, errant, il ne s’éloigna guère du saint āśrama d’Agastya.
Verse 96
नदन्भैरवनादं च वाक्यमुच्चैरभाषत । भोभोस्तपोधनाः सर्वे शृणुध्वं मामकं वचः
Poussant un cri terrible et effrayant, il parla d’une voix forte : «Ho ! Ho ! Vous tous, riches en tapas, écoutez ma parole !»
Verse 97
भवन्तो हि कृपावन्तः सर्वभूतहिते रताः । कृपादृष्ट्यानुगृह्णीत मां दुःखैरतिपीडितम्
Vous êtes assurément pleins de compassion, voués au bien de tous les êtres. D’un regard de miséricorde, daignez me bénir et me protéger, moi que la douleur accable cruellement.
Verse 98
पुरा दुष्पण्यनामाहं वैश्यः पाटलिपुत्रके । पुत्रः पशु मतश्चापि बहून्बालानमारयम्
Autrefois, j’étais un vaiśya à Pāṭaliputra, nommé Duṣpaṇya. Livré à une pensée bestiale, j’allai jusqu’à tuer de nombreux enfants.
Verse 99
ततो विवासितो राज्ञा तस्माद्देशाद्वनं गतः । अमारयं जले पुत्रं तत्रोग्रश्रवसो मुनेः
Puis, banni par le roi, je quittai ce pays et gagnai la forêt. Là, dans l’eau, je tuai le fils du sage Ugraśravas.
Verse 100
स मुनिर्दत्त वाञ्छापं ममापि मरणं जले । पिशाचतां च मे घोरां दत्तवान्दुःखभूयसीम्
Ce sage, accomplissant sa malédiction, décréta que moi aussi je mourrais dans l’eau ; et il m’imposa un terrible état de piśāca, surabondant de souffrance.
Verse 101
कल्पकोटिसहस्राणि कल्पकोटिशतान्यपि । पिशाच तानुभूतेयं शून्यकाननभूमिषु
Durant des milliers de crores de kalpas — et même des centaines de crores de kalpas — j’ai enduré cette existence de piśāca dans des contrées forestières désertes.
Verse 102
नाहं सोढुं समर्थोऽस्मि पिपासां क्षुधमेव च । रक्षध्वं कृपया यूयमतो मां बहुदुःखिनम्
Je ne puis supporter cette soif ni cette faim. Aussi, par compassion, protégez-moi, moi que la misère accable cruellement.
Verse 110
अगस्त्येनैवमुक्तस्तु सुतीक्ष्णो गन्धमादनम् । प्राप्याग्नितीर्थे संकल्प्य पिशाचार्थं कृपानिधिः
Ainsi exhorté par Agastya, le sage compatissant Sutīkṣṇa atteignit Gandhamādana ; et, à Agni-tīrtha, il prit une résolution sacrée pour le salut de ce piśāca.
Verse 119
इह भुक्त्वा महाभोगान्परत्रापि सुखं लभेत्
Après avoir joui ici de grandes bienfaits, on obtient aussi la félicité dans l’au-delà.