
Le chapitre prend la forme d’un dialogue d’enseignement où Mārkaṇḍeya instruit Yudhiṣṭhira au sujet de Bhūtīśvara, tīrtha éminent dont le simple darśana (vision dévote) réduit le pāpa. L’origine du nom est rattachée à Śiva (Śūlin), qui y accomplit l’uddhūlana, l’onction de cendre sacrée. Le propos se tourne ensuite vers la conduite rituelle : se baigner à Bhūtīśvara, surtout lors des occasions liées à Puṣya pour l’astérisme natal et au jour d’amāvāsyā, procure un vaste bénéfice pour l’élévation des ancêtres. Une suite de phala est donnée pour l’aṅga-guṇṭhana, l’application de cendre : chaque particule de cendre adhérant au corps correspond à un honneur prolongé dans le domaine de Śiva. Le texte exalte le bhasma-snāna comme purification supérieure et présente une typologie hiérarchisée des snāna : āgneya, vāruṇa, brāhmya, vāyavya et divya. Mārkaṇḍeya définit : āgneya comme bain de cendre ; vāruṇa comme immersion dans l’eau ; brāhmya par la formule « Āpo hi ṣṭhā » ; vāyavya comme bain de poussière de vache ; divya comme bain au moment où l’on aperçoit le soleil, au mérite égal à celui de l’eau du Gaṅgā. Enfin, la pratique extérieure est unie à la discipline intérieure : snāna et culte d’Īśāna donnent pureté externe et interne ; le japa purifie le péché, le dhyāna mène vers l’infini. Un stotra à Śiva résume une théologie non anthropomorphique, et le fruit de ce tīrtha est comparé au mérite d’un Aśvamedha-yajña pour celui qui s’y baigne.
Verse 1
श्रीमार्कण्डेय उवाच । भूतीश्वरं ततो गच्छेत्सर्वतीर्थेष्वनुत्तमम् । दर्शनादेव राजेन्द्र यस्य पापं प्रणश्यति
Śrī Mārkaṇḍeya dit : «Ensuite, qu’on se rende à Bhūtīśvara, sans égal parmi tous les tīrtha. Ô roi, par le seul darśana (la vision sacrée), le péché est anéanti».
Verse 2
तत्र स्थाने पुरा पार्थ देवदेवेन शूलिना । उद्धूलनं कृतं गात्रे तेन भूतीश्वरं तु तत्
«En ce lieu même, jadis, ô Pārtha, le Seigneur des dieux, porteur du trident, se couvrit le corps de cendre sacrée. C’est pourquoi ce lieu est appelé Bhūtīśvara».
Verse 3
पुष्ये वा जन्मनक्षत्रे अमावास्यां विशेषतः । भूतीश्वरे नरः स्नात्वा कुलकोटिं समुद्धरेत्
«Surtout au jour d’amāvasyā (nouvelle lune), ou en Puṣya, ou à l’astre natal : celui qui se baigne à Bhūtīśvara relève un crore de lignées familiales».
Verse 4
तत्र स्थाने तु यो भक्त्या कुरुते ह्यङ्गगुण्ठनम् । तस्य यत्फलमुद्दिष्टं तच्छृणुष्व नराधिप
En ce lieu sacré, quiconque, avec dévotion, accomplit l’onction et le recouvrement des membres avec la cendre sacrée—écoute, ô roi des hommes, le fruit proclamé pour cet acte.
Verse 5
यावन्तो भूतिकणिका गात्रे लग्नाः शिवालये । तावद्वर्षसहस्राणि शिवलोके महीयते
Autant de particules de cendre sacrée s’attachent au corps dans la demeure de Śiva, autant de milliers d’années il est honoré dans le monde de Śiva.
Verse 6
सर्वेषामेव स्नानानां भस्मस्नानं परं स्मृतम् । पुराणैरृषिभिः प्रोक्तं सर्वशास्त्रेष्वनुत्तमम्
Parmi toutes les ablutions, le bain de cendre (bhasma-snānā) est tenu pour le plus élevé; enseigné par les Purāṇa et les ṛṣi, et sans égal dans tous les śāstra.
Verse 7
एककालं द्विकालं वा त्रिकालं चापि यः सदा । स्नानं करोति चाग्नेयं पापं तस्य प्रणश्यति
Quiconque accomplit constamment le bain Āgneya—une fois, deux fois, ou même trois fois par jour—voit son péché anéanti.
Verse 8
दिव्यस्नानाद्वरं स्नानं वायव्यं भरतर्षभ । वायव्यादुत्तमं ब्राह्म्यं वरं ब्राह्म्यात्तु वारुणम्
Meilleur que le « bain divin » est le bain Vāyavya, ô taureau parmi les Bhārata. Meilleur que le Vāyavya est le bain Brāhmya; et supérieur au Brāhmya est le bain Vāruṇa.
Verse 9
आग्नेयं वारुणाच्छ्रेष्ठं यस्मादुक्तं स्वयम्भुवा । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन ह्याग्नेयं स्नानमाचरेत्
Le bain Āgneya est supérieur au bain Vāruṇa, car il fut enseigné par Svayambhū (Brahmā). Aussi, avec tous ses efforts, qu’on accomplisse le bain Āgneya.
Verse 10
युधिष्ठिर उवाच । आग्नेयं वारुणं ब्राह्म्यं वायव्यं दिव्यमेव च । किमुक्तं श्रोतुमिच्छामि परं कौतूहलं हि मे
Yudhiṣṭhira dit : «Le bain Āgneya, le Vāruṇa, le Brāhmya, le Vāyavya, et aussi le bain Divin—qu’enseigne-t-on à leur sujet ? Je désire l’entendre, car ma curiosité est grande.»
Verse 11
मार्कण्डेय उवाच । आग्नेयं भस्मना स्नानमवगाह्य च वारुणम् । आपोहिष्ठेति च ब्राह्म्यं वायव्यं गोरजः स्मृतम्
Mārkaṇḍeya dit : «Le bain Āgneya se fait avec la cendre sacrée ; le bain Vāruṇa, par immersion dans l’eau. Le bain Brāhmya s’accomplit en récitant “Āpo hi ṣṭhā…”, et le bain Vāyavya est tenu pour la poussière soulevée par les sabots de la vache (gōraja).»
Verse 12
सूर्ये दृष्टे तु यत्स्नानं गङ्गातोयेन तत्समम् । तत्स्नानं पञ्चमं प्रोक्तं दिव्यं पाण्डवसत्तम
Et le bain accompli au moment où l’on contemple le Soleil est égal au bain dans les eaux du Gaṅgā. Tel est déclaré le cinquième bain, le Divin, ô le meilleur des Pāṇḍavas.
Verse 13
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन स्नात्वा भूतीश्वरे तु यः । पूजयेद्देवमीशानं स बाह्याभ्यन्तरः शुचिः
Ainsi, avec tous ses efforts, celui qui se baigne à Bhūtīśvara et vénère le Seigneur Īśāna devient pur, extérieurement et intérieurement.
Verse 14
तत्र स्थाने तु ये नित्यं ध्यायन्ति परमं पदम् । सूक्ष्मं चातीन्द्रियं नित्यं ते धन्या नात्र संशयः
Et ceux qui, en ce lieu sacré, méditent sans cesse sur l’État Suprême—subtil et au-delà des sens—sont vraiment bénis ; il n’y a là aucun doute.
Verse 15
मुक्तितीर्थं तु तत्तीर्थं सर्वतीर्थेष्वनुत्तमम् । दर्शनादेव यस्यैव पापं याति महत्क्षयम्
Ce tīrtha est véritablement nommé Muktitīrtha, sans égal parmi tous les gués sacrés. Par sa seule vision, le péché s’anéantit grandement.
Verse 16
जायते पूजया राज्यं तत्र स्तुत्वा महेश्वरम् । जपेन पापसंशुद्धिर्ध्यानेनानन्त्यमश्नुते
Par l’adoration en ce lieu naît la souveraineté ; en y louant Maheśvara, on obtient l’accomplissement propice. Par le japa vient la purification des fautes, et par la méditation on atteint l’Infini.
Verse 17
ॐ ज्योतिः स्वरूपमनादिमध्यमनुत्पाद्यमानमनुचार्यमाणाक्षरम् । सर्वभूतस्थितं शिवं सर्वयोगेश्वरं सर्वलोकेश्वरं मोहशोकहीनं महाज्ञानगम्यम्
Oṃ—j’adore Śiva dont l’essence est Lumière ; sans commencement ni milieu, non-né et impérissable ; présent en tous les êtres ; Seigneur de tous les yogas, Seigneur de tous les mondes ; exempt d’illusion et de chagrin, accessible par la grande connaissance.
Verse 18
तत्र तीर्थे तु यो गत्वा स्नानं कुर्यान्नरेश्वर । अश्वमेधस्य यज्ञस्य फलं प्राप्नोति मानवः । एवम्भूतं न जानन्ति मोक्षापेक्षणिका नराः
Ô seigneur des hommes, quiconque se rend à ce tīrtha et s’y baigne obtient le fruit du sacrifice de l’Aśvamedha. Pourtant, ceux qui aspirent à la délivrance ne reconnaissent pas une telle vérité.
Verse 177
अध्याय
« Adhyāya » — marque de chapitre, élément sacré de division dans le manuscrit.