
L’Adhyāya 48 s’ouvre sur la question de Vyāsa à Sanatkumāra au sujet de la réaction des daityas après que Rudra a « avalé » Śukra (aussi nommé Kāvya/Bhārgava), leur précepteur et pilier stratégique de leur réussite. Sanatkumāra décrit l’effondrement collectif du moral par une chaîne de comparaisons : les daityas deviennent tels des éléphants sans mains, des taureaux sans cornes, des assemblées sans tête, des brāhmanes sans étude, ou des rites privés de leur puissance opérante—montrant Śukra comme l’« organe » de leur fortune. Le récit se tourne ensuite vers la psychologie du champ de bataille : Nandin enlève Śukra, et le désespoir saisit les daityas jadis avides de combattre. Andhaka, voyant leur ardeur s’éteindre, les harangue, interprétant l’événement comme une ruse de Nandin et comme le retrait soudain de leurs ressources communes—courage, vaillance, élan, renommée, sattva, tejas et prouesse—désormais perdues avec le Bhārgava. Ce chapitre sert de charnière narrative : il explique l’affaiblissement stratégique des daityas et prépare la suite de la guerre, en établissant que leur puissance dépendait du guru et de l’assentiment divin.
Verse 1
व्यास उवाच । शुक्रे निगीर्णे रुद्रेण किमकार्षुश्च दानवाः । अंधकेशा महावीरा वद तत्त्वं महामुने
Vyāsa dit : « Lorsque Śukra fut englouti par Rudra, que firent alors les Dānava ? Ces héros, aux cheveux noirs et redoutables, dis-moi la vérité, ô grand muni. »
Verse 2
सनत्कुमार उवाच । काव्ये निगीर्णे गिरिजेश्वरेण दैत्या जयाशारहिता बभूवुः । हस्तैर्विमुक्ता इव वारणेन्द्राः शृंगैर्विहीना इव गोवृषाश्च
Sanatkumāra dit : Lorsque Girijeśvara (le Seigneur Śiva, Maître de Girijā) eut englouti Kāvyā (Śukrācārya), les Dāityas furent privés de tout espoir de victoire—tels des éléphants souverains privés de leur trompe, et tels des taureaux et des vaches privés de leurs cornes.
Verse 3
शिरो विहीना इव देवसंघा द्विजा यथा चाध्ययनेन हीनाः । निरुद्यमास्सत्त्वगणा यथा वै यथोद्यमा भाग्यविवर्जिताश्च
Les cohortes des dieux furent comme sans tête ; tels les deux-fois-nés privés de l’étude sacrée ; tels les êtres de nature sattva sans ardeur ; et tels ceux qui s’efforcent mais sont dépourvus de fortune—ainsi demeurèrent-ils, impuissants et accablés.
Verse 4
पत्या विहीनाश्च यथैव योषा यथा विपक्षाः खलु मार्गणौघाः । आयूंषि हीनानि यथैव पुण्यैर्व्रतैर्विहीनानि यथा श्रुतानि
De même qu’une femme est démunie sans son époux, et qu’une volée de flèches devient vaine lorsqu’il n’y a pas d’adversaire, ainsi la durée de la vie diminue lorsqu’elle est privée de mérites; et même l’étude sacrée devient stérile lorsqu’elle est dépourvue de vœux saints et d’observances disciplinées.
Verse 6
नन्दिना चा हृते शुक्रे गिलिते च विषादिना । विषादमगमन्दैत्या यतमानरणोत्सवाः
Lorsque Nandin leur eut ravi leur éclat et leur vigueur (śukra), et que Viṣādī l’eut englouti, ces Daityas—bien qu’ils s’efforçassent ardemment pour la fête du combat—tombèrent dans un profond désespoir.
Verse 7
तान् वीक्ष्य विगतोत्साहानंधकः प्रत्यभाषत । दैत्यांस्तुहुंडाहुंडदीन्महाधीरपराक्रमः
Voyant ces Daitya dont l’ardeur s’était éteinte, Andhaka—ferme et puissant en vaillance—leur adressa de nouveau la parole, parlant aux asura tels que Huṇḍa et Ahuṇḍa.
Verse 8
अंधक उवाच । कविं विक्रम्य नयता नन्दिना वंचिता वयम् । तनूर्विना कृताः प्राणास्सर्वेषामद्य नो ननु
Andhaka dit : «Nous avons été trompés par Nandin : après avoir terrassé Kavi, il l’a emporté. Aujourd’hui, en vérité, le souffle vital de nous tous est comme privé de corps, sans appui.»
Verse 9
धैर्यं वीर्यं गतिः कीर्तिस्सत्त्वं तेजः पराक्रमः । युगपन्नो हृतं सर्वमेकस्मिन् भार्गवे हृते
Avec la chute de ce seul Bhārgava, d’un seul coup nous ont été ravis la constance, la vigueur, l’élan, la renommée, la force intérieure, l’éclat et la vaillance.
Verse 10
धिगस्मान् कुलपूज्यो यैरेकोपि कुलसत्तमः । गुरुस्सर्वसमर्थश्च त्राता त्रातो न चापदि
Honte à nous ! Bien que dans notre lignée se trouve ne fût-ce qu’un seul, le plus excellent et digne de vénération, un Guru pleinement capable et véritable protecteur, pourtant en ce temps de calamité nous n’avons pas été protégés.
Verse 11
तद्यूयमविलंब्येह युध्यध्वमरिभिस्सह । वीरैस्तैः प्रमथैवीराः स्मृत्वा गुरुपदांबुजम्
Ainsi donc, héros, ne tardez pas ici. Combattez d’un même élan contre les ennemis, avec ces vaillants Pramathas. En vous souvenant des pieds de lotus du Guru, ô braves, engagez le combat.
Verse 12
गुरोः काव्यस्य सुखदौ स्मृत्वा चरणपंकजौ । सूदयिष्याम्यहं सर्वान् प्रमथान् सह नन्दिना
Me souvenant des pieds-lotus de mon guru Kāvya, dispensateurs de joie, j’abattrai tous les Pramathas, avec Nandin.
Verse 13
अद्यैतान् विवशान् हत्वा सहदेवैस्सवासवैः । भार्गवं मोचयिष्यामि जीवं योगीव कर्मतः
Aujourd’hui, après avoir tué ces impuissants avec les dieux et Indra, je délivrerai Bhārgava en le ramenant à la vie, tel un yogin qui, maître de l’action, libère l’âme incarnée des liens du karma.
Verse 14
स चापि योगी योगेन यदि नाम स्वयं प्रभुः । शरीरात्तस्य निर्गच्छेदस्माकं शेषपालिता
Et si lui—yogi accompli, véritablement souverain de lui-même—devait quitter son corps par la puissance du Yoga, que ceux d’entre nous qui demeurent soient protégés et conservés.
Verse 15
सनत्कुमार उवाच । इत्यन्धकवचः श्रुत्वा दानवा मेघनिस्स्वनाः । प्रमथान् निर्दयाः प्राहुर्मर्तव्ये कृतनिश्चयाः
Sanatkumāra dit : Ayant entendu les paroles d’Andhaka, les Dānavas—grondant comme des nuées tonnantes—s’adressèrent sans pitié aux Pramathas, résolus à les mettre à mort.
Verse 16
सत्यायुषि न नो जातु शक्तास्स्युः प्रमथा बलात् । असत्यायुपि किं गत्वा त्यक्त्वा स्वामिनमाहवे
Tant que la vie de Satya demeure, les Pramathas ne pourront jamais nous dominer par la force. Mais si la vie de Satya est mensongère, que gagnerions-nous à y aller en abandonnant notre Seigneur au cœur du combat ?
Verse 17
ये स्वामिनं विहायातो बहुमानधना जनाः । यांति ते यांति नियतमंधतामिस्रमालयम्
Ceux qui délaissent leur Seigneur et, orgueilleux de l’honneur et des richesses, se détournent de Lui—ceux-là vont assurément au séjour d’Andhatāmisra, la ténèbre aveuglante.
Verse 18
अयशस्तमसा ख्यातिं मलिनीकृत्य भूरिशः । इहामुत्रापि सुखिनो न स्युर्भग्ना रणाजिरे
Ô puissant, ceux qui, brisés et mis en déroute sur le champ de bataille, souillent grandement leur renommée par la ténèbre du déshonneur; ainsi ne sont-ils heureux ni en ce monde ni dans l’autre.
Verse 19
किं दानै किं तपोभिश्च किं तीर्थपरिमज्जनैः । धारातीर्थे यदि स्नानं पुनर्भवमलापहे
À quoi bon les dons, à quoi bon les austérités, et à quoi bon se plonger dans d’innombrables eaux de pèlerinage, si l’on se baigne au saint Dhārā-tīrtha, qui efface l’impureté des renaissances répétées ?
Verse 20
संप्रथार्येति तद्वाक्यं दैत्यास्ते दनुजास्तथा । ममंथुः प्रमथानाजौ रणभेरीं निनाद्य च
Entendant ces mots — «Déployez-vous, avancez en ordre !» — les Daityas et les autres démons nés de Danu se ruèrent aussitôt pour écraser les Pramathas au combat, et firent retentir sans cesse le tambour de guerre.
Verse 21
तत्र बाणासिवज्रौघैः कठिनैश्च शिलामयैः । भुशुण्डिभिंदिपालैश्च शक्ति भल्लपरश्वधैः
Là, le champ de bataille fut assailli par des torrents de flèches, d’épées et d’armes dures comme la foudre, ainsi que par des projectiles de pierre; on y lançait aussi des bhuśuṇḍī et des bhiṇḍipāla, des lances, des dards barbelés et des haches de guerre.
Verse 22
खट्वांगैः पट्टिशैश्शूलैर्लकुटैर्मुसलैरलम् । परस्परमभिघ्नंतः प्रचक्रुः कदनं महत्
Armés de khaṭvāṅga, de haches de guerre, de lances, de gourdins et de massues, ils se frappaient sans relâche les uns les autres, et causèrent ainsi un carnage immense et terrible.
Verse 23
कार्मुकाणां विकृष्टानां पततां च पतत्त्रिणाम् । भिंदिपालभुशुंडीनां क्ष्वेडितानां रवोऽभवत्
Quand les arcs étaient bandés et que les flèches fendaient l’air, un grondement retentit; avec le sifflement et le fracas des bhiṇḍipāla (javelots) et des bhuśuṇḍī (armes lourdes de jet) lancés.
Verse 24
रणतूर्य्यनिनादैश्च गजानां बहुबृंहितैः । हेषारवैर्हयानां च महान्कोलाहलोऽभवत्
Au fracas des trompettes de guerre, aux barrissements répétés des éléphants et aux hennissements retentissants des chevaux, un tumulte immense s’éleva sur le champ de bataille.
Verse 25
अस्तिस्वनैरवापूरि द्यावाभूम्योर्यदंतरम् । अभीरूणां च भीरूणां महारोमोद्गमोऽभवत्
Sous le fracas tonnant des armes, tout l’espace entre le ciel et la terre fut rempli ; et chez les intrépides comme chez les craintifs, un grand frisson fit se hérisser les poils.
Verse 26
गजवाजिमहारावस्फुटशब्दग्रहाणि च । भग्नध्वजपताकानि क्षीणप्रहरणानि च
On entendait les clameurs puissantes et distinctes des éléphants et des chevaux ; les étendards et les fanions gisaient brisés, et les armes étaient usées, à bout de force.
Verse 27
रुधिरोद्गारचित्राणि व्यश्वहस्तिरथानि च । पिपासितानि सैन्यानि मुमूर्च्छुरुभयत्र वै
Des deux côtés, le champ de bataille semblait jonché de visions sinistres de sang et de chair—chevaux, éléphants et chars réduits en décombres; et les armées, tourmentées par la soif, se mirent à défaillir sur-le-champ.
Verse 28
अथ ते प्रमथा वीरा नंदिप्रभृतयस्तदा । बलेन जघ्नुरसुरान्सर्वान्प्रापुर्जयं मुने
Alors ces héroïques Pramathas—conduits par Nandin—terrassèrent tous les asuras par la seule puissance et remportèrent la victoire, ô sage.
Verse 29
दृष्ट्वा सैन्यं च प्रमथेर्भज्यमानमितस्ततः । दुद्राव रथमास्थाय स्वयमेवांधको गणान्
Voyant son armée mise en pièces çà et là par les Pramathas, Andhaka monta lui-même sur son char et chargea droit sur les Gaṇas.
Verse 30
शरावारप्रयुक्तैस्तैर्वज्रपातैर्नगा इव । प्रमथा नेशिरे चास्त्रैर्निस्तोया इव तोयदाः
Frappés par ces coups, tels des foudres lancées en salves, les Pramathas ne purent soutenir l’assaut des armes—comme des montagnes battues par l’éclair, ou comme des nuées de pluie vidées de leurs eaux.
Verse 31
यांतमायांतमालोक्य दूरस्थं निकटस्थितम् । प्रत्येकं रोमसंख्याभिर्विव्याधेषुभिरन्धकः
Le voyant—tantôt avancer, tantôt reculer, parfois au loin, parfois tout près—Andhaka le perça de salves de flèches, aussi nombreuses que les poils du corps, chacune visée séparément.
Verse 32
दृष्ट्वा सैन्यं भज्यमानमंधकेन बलीयसा । स्कंदो विनायको नंदी सोमनंद्यादयः परे
Voyant l’armée mise en pièces par le puissant Andhaka, Skanda, Vināyaka (Gaṇeśa), Nandī, ainsi que Somanandī et les autres, s’avancèrent pour l’affronter.
Verse 33
प्रमथा प्रबला वीराश्शंकरस्य गणा निजाः । चुक्रुधुस्समरं चक्रुर्विचित्रं च महाबलाः
Alors les Pramathas — héros puissants, véritables gaṇas personnels de Śaṅkara — s’embrasèrent de colère et, forts d’une grande puissance, engagèrent un combat farouche et prodigieux.
Verse 34
विनायकेन स्कंदेन नंदिना सोमनंदिना । वीरेण नैगमेयेन वैशाखेन बलीयसा
Avec Vināyaka (Gaṇeśa), Skanda (Kārttikeya), Nandin, Somanandin, le vaillant Naigameya et le puissant Vaiśākha—tous se rassemblèrent/s’avancèrent ensemble dans l’ordre de bataille.
Verse 35
इत्याद्यैस्तु गणैरुग्रैरंधकोप्यधकीकृतः । त्रिशूलशक्तिबाणौघधारासंपातपातिभिः
Ainsi, par ces gaṇas farouches, même Andhaka fut terrassé et rabaissé—frappé par l’assaut, tel une pluie battante, de volées fracassantes de tridents, de lances et d’innombrables flèches.
Verse 36
ततः कोलाहलो जातः प्रमथासुरसैन्ययोः । तेन शब्देन महता शुक्रश्शंभूदरे स्थ्ग्तिः
Alors s’éleva un grand tumulte entre les armées des Pramathas et des Asuras. Par ce rugissement immense, Śukra fut accablé—sa maîtrise fut arrêtée dans la sphère de puissance de Śambhu (Śiva).
Verse 37
छिद्रान्वेषी भ्रमन्सोथ विनिकेतो यथानिलः । सप्तलोकान्सपातालान्रुद्रदेहे व्यलोकयत्
Puis, cherchant une brèche et errant sans repos tel un vent sans demeure, il vit, dans le propre corps de Rudra, les sept mondes avec les Pātālas, les régions souterraines.
Verse 38
ब्रह्मनारायणेन्द्राणां सादित्याप्सरसां तथा । भुवनानि विचित्राणि युद्धं च प्रमथासुरम्
Il contempla les mondes merveilleux de Brahmā, de Nārāyaṇa et d’Indra, ainsi que ceux des Ādityas et des Apsaras ; et il vit aussi la bataille entre les Pramathas (les troupes de Śiva) et les Asuras.
Verse 39
स वर्षाणां शतं कुक्षौ भवस्य परितो भ्रमन् । न तस्य ददृशे रन्ध्रं शुचे रंध्रं खलो यथा
Pendant cent ans, il erra de toutes parts dans le ventre de Bhava (Śiva) ; pourtant il n’y trouva pas la moindre ouverture, tel l’homme mauvais qui, rongé d’inquiétude, ne découvre aucune faille chez l’être irréprochable et vigilant.
Verse 40
शांभवेनाथ योगेन शुक्ररूपेण भार्गवः । इमं मंत्रवरं जप्त्वा शंभोर्जठरपंजरात्
Alors Bhārgava (Śukra), par le yoga Śāmbhava, prenant la forme de śukra (semence), récita ce mantra excellent et, ainsi, sortit du ventre de Śambhu (le Seigneur Śiva), pareil à une cage.
Verse 41
निष्क्रांतं लिंगमार्गेण प्रणनाम ततश्शिवम् । गौर्य्या गृहीतः पुत्रार्थं तदविघ्नेश्वरीकृतः
Étant sorti par la voie du Liṅga, il se prosterna ensuite devant le Seigneur Śiva. La Déesse Gaurī, désirant un fils, le reçut ; et ainsi fut-il établi comme Avighneśvarī, la puissance divine qui ôte les obstacles.
Verse 42
अथ काव्यं विनिष्क्रातं शुक्रमार्गेण भार्गवम् । दृष्ट्वोवाच महेशानो विहस्य करुणानिधिः
Alors, voyant Bhārgava Kāvya sortir par la voie de Śukra, Maheśa—océan de compassion—sourit et prit la parole.
Verse 43
महेश्वर उवाच । शुक्रवन्निस्सृतो यस्माल्लिंगान्मे भृगुनन्दन । कर्मणा तेन शुक्लत्वं मम पुत्रोसि गम्यताम्
Maheśvara (Śiva) dit : « Ô fils de Bhṛgu, puisque tu es sorti de mon Liṅga tel le śukra, par cet acte même tu as obtenu la blancheur (la pureté). Tu es mon fils—va, et poursuis selon l’ordonnance. »
Verse 44
सनत्कुमार उवाच । इत्येवमुक्तो देवेन शुक्रोर्कसदृशद्युतिः । प्रणनाम शिवं भूयस्तुष्टाव विहितांजलिः
Sanatkumāra dit : Ainsi interpellé par le Seigneur, Śukra—rayonnant comme le soleil—se prosterna de nouveau devant Śiva et, les paumes jointes en révérence, Le loua.
Verse 45
शुक्र उवाच । अनंतपादस्त्वमनंतमूर्तिरनंतमूर्द्धांतकरश्शिवश्च । अनंतबाहुः कथमीदृशं त्वां स्तोष्ये ह नुत्यं प्रणिपत्य मूर्ध्ना
Śukra dit : «Tu es Celui aux pieds infinis ; Ta forme est infinie. Ô Śiva, dont les têtes et les mains sont sans fin ! Aux bras innombrables, comment pourrais-je, la tête inclinée en prosternation, Te louer et T’exalter, Toi qui es véritablement au-delà de toute mesure ?»
Verse 46
त्वमष्टमूर्तिस्त्वमनंतमूर्तिस्त्वमिष्टदस्सर्वसुरासुराणाम् । अनिष्टदृष्टश्च विमर्दकश्च स्तोष्ये ह नुत्यं कथमीदृशं त्वाम्
«Tu es le Seigneur des huit manifestations (Aṣṭamūrti) et Tu es d’infinies formes. Tu accordes le désiré à tous—dieux comme asuras—; et pourtant Tu vois l’indésirable et Tu l’écrases. Comment, en un tel état, pourrais-je Te louer comme il se doit par des hymnes et des salutations ?»
Verse 47
सनत्कुमार उवाच । इति स्तुत्वा शिवं शुक्रः पुनर्नत्वा शिवाज्ञया । विवेश दानवानीकं मेघमालां यथा शशी
Sanatkumāra dit : «Après avoir ainsi loué Śiva, Śukra se prosterna encore une fois et, sur l’ordre de Śiva, entra dans l’armée des Dānavas, tel la lune se glissant dans une nappe de nuages.»
Verse 48
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्र संहितायां पञ्चमे युद्धखंडे शुक्रनिगीर्णनं नामाष्टचत्वारिंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa — au sein de la deuxième division, la Rudra Saṃhitā, dans la cinquième section appelée Yuddha-khaṇḍa — se termine le quarante-huitième chapitre intitulé « Śukranigīrṇana », l'épisode où Śukra est avalé.
Rudra’s swallowing/neutralization of Śukra (Kāvya/Bhārgava), followed by the daityas’ loss of confidence and Andhaka’s attempt to rally them after Nandin’s intervention.
Śukra symbolizes enabling intelligence/ritual efficacy behind demonic success; his removal signifies withdrawal of sustaining śakti, showing that power without dharmic alignment is contingent and reversible.
Śiva as Girijeśvara exercising sovereign control; Nandin as Śiva’s operative agent; Andhaka as the daitya leader articulating the crisis of lost tejas, sattva, and parākrama.