Uttara BhagaAdhyaya 4658 Verses

The Greatness of Offering Piṇḍas at Viṣṇvādipada (Viṣṇupada) — Gayā Śrāddha Procedure and Fruits

Dans le Gayā-māhātmya, Vasu enseigne à Mohinī le rite du troisième jour, qui accorde à la fois bhoga et mokṣa et vaut le mérite d’être lié à Gayā. Le déroulement commence par le bain à Brahma-saras/Brahma-tīrtha, puis le sapinda-śrāddha, le piṇḍa-dāna et le tarpaṇa dans des micro-lieux hautement sacrés (entre un puits et un yūpa ; au yūpa de Brahmā). La délivrance des ancêtres est renforcée en arrosant les manguiers établis par Brahmā, ainsi que par la circumambulation et l’hommage à Brahmā. Le chapitre prescrit le yama-bali et des bali offerts selon les directions (y compris des oblats pour le chien et le corbeau), avec mantras et conduite maîtrisée. L’itinéraire se poursuit vers Phalgu-tīrtha, Gayāśiras et Viṣṇupada, et culmine dans la sapiṇḍīkaraṇa ; voir, toucher ou adorer Viṣṇupada est dit détruire les péchés et libérer les pitṛs. Des exemples (le doute de Bhāradvāja sur l’identité du père, le śrāddha de Bhīṣma, l’offrande de Rāma à Daśaratha) illustrent les modes justes et fautifs (dans la main ou sur le sol) et la puissance du lieu. De nombreux sites pāda (Rudra, Brahmā, Sūrya, Kārtikeya, Agastya, etc.) sont classés selon des équivalences avec de grands sacrifices (Vājapeya, Rājasūya, Jyotiṣṭoma), et des étiologies locales expliquent Gadālolā et Krauñca-pāda. La conclusion promet Brahmaloka, voire le Viṣṇu-sāyujya, pour de nombreuses générations lorsque les śilā-tīrthas et le sapinda-śrāddha sont accomplis.

Shlokas

Verse 1

वसुरुवाच । अथ ते संप्रवक्ष्यामि भुक्तिमुक्तिप्रदायकम् । तृतीयदिवसे कृत्यं गयासंगफलप्रदम् ॥ १ ॥

Vasu dit : À présent, je vais t’exposer clairement le rite à accomplir le troisième jour, celui qui accorde à la fois la jouissance en ce monde et la délivrance, et qui confère le mérite né de l’association avec Gayā.

Verse 2

स्नात्वा तु ब्रह्मसरसि श्राद्धं कुर्यात्सपिंडकम् । स्नानं करोमि तीर्थेऽस्मिन्नृणत्रयविमुक्तये ॥ २ ॥

Après s’être baigné dans le Lac de Brahmā (Brahma-saras), qu’on accomplisse le śrāddha avec des offrandes aux sapinda, les parents du même lignage. En récitant : « Je me baigne en ce tīrtha afin d’être délivré des trois dettes », qu’on accomplisse le bain en ce lieu saint.

Verse 3

श्राद्धाय पिंडदानाय तर्पणायार्थसिद्धये । तत्कूपयूपयोर्मध्ये कुर्वंस्तारयते पितॄन् ॥ ३ ॥

Pour accomplir le śrāddha, offrir le piṇḍa-dāna (boules de riz) et faire le tarpaṇa (libations) afin que le rite porte son fruit—celui qui les accomplit entre ce puits et le poteau sacrificiel (yūpa) délivre et élève les Pitṛs, les ancêtres.

Verse 4

स्नानं कृत्वच्छ्रितो यूपो ब्रह्मणो यूप इत्युत । कृत्वा ब्रह्मसरः श्राद्धं ब्रह्मलोकं नयेत्पितॄन् ॥ ४ ॥

Après s’être baigné, qu’on prenne refuge auprès du poteau sacrificiel nommé « le Yūpa de Brahmā ». Et en accomplissant le śrāddha au Brahma-saras, le lac sacré de Brahmā, on mène ses Pitṛs au Brahma-loka, le monde de Brahmā.

Verse 5

गोप्रचार समीपस्था आम्रा ब्रह्मप्रकल्पिताः । तेषां सेचनमात्रेण पितरो मोक्षगामिनः ॥ ५ ॥

Près du pâturage des vaches se dressent des manguiers établis par Brahmā. Par le seul fait de les arroser, les ancêtres s’acheminent vers la mokṣa, la délivrance.

Verse 6

आम्रं ब्रह्मसरोद्भूतं सर्वदेवमयं विभुम् । विष्णुरूपं प्रसिंचामि पितॄणां चैव मुक्तये ॥ ६ ॥

Je répands en offrande l’eau sur ce manguier, né du Brahma-saras, empli de la présence de tous les dieux, le Tout-Puissant, de la forme de Viṣṇu, pour la délivrance même des Pitṛs, les ancêtres.

Verse 7

एको मुनिः कुम्भकुशाग्रहस्त आम्रस्य मूले सलिलं ददाति । आम्राश्च सिक्ताः पितरश्च तृप्ता एका क्रिया व्द्यर्थकरीप्रसिद्धा । आचम्य मूले सलिलं ददानो नोपेक्षणीयो विबुधैर्मनुष्यः ॥ ७ ॥

Un sage solitaire, tenant une cruche d’eau et les pointes de l’herbe kuśa, verse l’eau au pied du manguier. Le manguier est arrosé et les Pitṛs sont rassasiés : un seul rite est renommé pour accomplir un double but. Celui qui fait l’ācamana puis offre l’eau à la racine ne doit pas être méprisé par les sages.

Verse 8

यूपं प्रदक्षिणीकृत्य वाजपेयफलं लभेत् । ब्रह्माणं च नमस्कृत्य पितॄन् ब्रह्मपुरं नयेत् ॥ ८ ॥

En faisant la circumambulation du poteau sacrificiel (yūpa), on obtient le mérite du sacrifice Vājapeya. Et en se prosternant devant Brahmā, on conduit les Pitṛs (ancêtres) vers la cité céleste de Brahmapura.

Verse 9

ॐ नमो ब्रह्मणेऽजाय जगज्जन्मादिकारिणे । भक्तानां च पितॄणां च तरकाय नमोनमः ॥ ९ ॥

Om—hommage à Brahman, l’Inengendré (Ajā), Celui qui ordonne la naissance et tous les processus de l’univers. Hommage, hommage encore, à Celui qui délivre les dévots et les Pitṛs (ancêtres).

Verse 10

ततो यमबलिं क्षिप्त्वा मन्त्रेणानेन संयतः । यमराजधर्मराजौ निश्चलार्था इति स्थितौ ॥ १० ॥

Puis, après avoir jeté l’offrande destinée à Yama (yama-bali) et, maître de soi, récité ce mantra, qu’on demeure ferme dans l’intention en proclamant : « Yamarāja et Dharmarāja — qu’ils restent inébranlables dans leur dessein. »

Verse 11

ताभ्यां बलिं प्रयच्छामि पितॄणां मुक्तिहेतवे । ततः श्वानबलिं कृत्वा पूर्वमन्त्रेण मोहिनि ॥ ११ ॥

«Par ces offrandes, je présente un bali afin d’être la cause de la délivrance des Pitṛs. Puis, ô Mohinī, après avoir fait l’offrande destinée aux chiens, qu’on la fasse selon le mantra énoncé plus haut.»

Verse 12

ततः काकबलिं कुर्यान्मन्त्रेणानेन संयतः । ऐंद्रवारुणवायव्या याम्या वैनैऋतास्तथा ॥ १२ ॥

Ensuite, dans la maîtrise de soi, qu’on offre le « bali aux corbeaux » (kāka-bali) avec ce même mantra, en le déposant vers les directions d’Indra (est), de Varuṇa (ouest), de Vāyu (nord-ouest), de Yama (sud) et aussi de Nirṛti (sud-ouest).

Verse 13

वायसाः प्रतिगृह्णन्तु भूमौ पिंडं मयार्पितम् । ततः स्नानं प्रकुर्वीत ब्रह्मतीर्थे कुशान्वितः ॥ १३ ॥

Que les corbeaux acceptent le piṇḍa, la boule de riz que j’ai offerte sur la terre. Ensuite, qu’on prenne le bain rituel au Brahmatīrtha, en tenant l’herbe sacrée kuśa.

Verse 14

एवं तृतीयदिवसे समाप्य नियमं सुधीः । नत्वा गदाधरं देवं ब्रह्मचर्यपरो भवेत् ॥ १४ ॥

Ainsi, le troisième jour, le sage—ayant achevé l’observance prescrite—doit se prosterner devant le Seigneur Gadādhara et, dès lors, demeurer voué au brahmacarya, la chasteté et la maîtrise de soi.

Verse 15

फल्गुतीर्थे चतुर्थे च स्नानादिकमथाचरेत् । गयाशिरस्यथो श्राद्धं पदे कुर्यात्सपिंडकम् ॥ १५ ॥

Ensuite, au Phalgu-tīrtha et au quatrième lieu sacré, qu’on accomplisse le bain et les rites qui s’y rattachent. Puis, à Gayāśiras, qu’on célèbre le śrāddha ; et à l’Empreinte (de Viṣṇu), le rite de sapiṇḍīkaraṇa.

Verse 16

साक्षाद्गयाशिरस्तत्र फल्गुतीर्थाश्रयं कृतम् । क्रौंचपादात्फल्गुतीर्थँ यावत्साक्षाद्गयाशिरः ॥ १६ ॥

Là, Gayāśiras lui-même est établi directement comme refuge du gué sacré de Phalgu. De Kraunca-pāda jusqu’au Phalgu-tīrtha s’étend ce Gayāśiras, manifesté en toute évidence.

Verse 17

गयाशिरे नगाद्याश्च साक्षात्तत्फलगुतीर्थकम् । मुखं गयासुरस्यैतत्स्नात्वा श्राद्धं समाचरेत् ॥ १७ ॥

À Gayāśira et dans les autres lieux sacrés voisins, voici manifestement le gué saint nommé Phalgu-tīrtha ; on dit que c’est le visage même de l’asura Gayāsura. Après s’y être baigné, qu’on accomplisse dûment les rites de śrāddha.

Verse 18

आद्यो गदाधरो देवो व्यक्ताव्यक्तार्थमास्थितः । विष्ण्वादिपदरूपेण पितॄणां मुक्तिहेतवे ॥ १८ ॥

Le Seigneur primordial, le divin Porteur de la massue, demeure comme le sens du manifeste et de l’inmanifesté ; prenant la forme de désignations sacrées telles que « Viṣṇu », il devient la cause de la délivrance des Pitṛ (ancêtres).

Verse 19

तत्र विष्णुपदं दिव्यं दर्शनात्पापनाशनम् । स्पर्शनात्पूजनाच्चापि पितॄणां मोक्षदायकम् ॥ १९ ॥

Là, le « Viṣṇupada » divin — rien qu’en le contemplant — détruit les péchés ; et en le touchant comme en l’adorant, il devient donateur de mokṣa pour les Pitṛ (ancêtres).

Verse 20

श्राद्धं सपिंडकं कृत्वा सहस्रकुलमात्मनः । विष्णुलोकं समुद्धृत्य नयेद्विष्णुपदे नरः ॥ २० ॥

Après avoir accompli le śrāddha qui s’achève par le rite de sapiṇḍīkaraṇa, un homme relève mille générations de sa lignée vers le monde de Viṣṇu et les conduit jusqu’au séjour de Viṣṇu, le Viṣṇupada.

Verse 21

श्राद्धं कृत्वा रुद्रपदे नयेत्कुलशतं नरः । सहात्मना शिवपुरं तथा ब्रह्मपदे शुभे ॥ २१ ॥

Ayant accompli le śrāddha au Rudra-pada, un homme conduit cent générations de sa lignée vers le salut ; et, avec son propre être, il atteint la cité de Śiva (Śivapura) — de même (un mérite analogue s’obtient) au Brahma-pada auspicious.

Verse 22

दक्षिणाग्निपदे श्राद्धी वाजपेयफलं लभेत् । गार्हपत्यपदे श्राद्धी राजसूयफलं लभेत् ॥ २२ ॥

Celui qui accomplit le śrāddha au lieu du feu Dakṣiṇāgni obtient le fruit du sacrifice Vājapeya ; et celui qui accomplit le śrāddha au lieu du feu Gārhapatya obtient le fruit du sacrifice Rājasūya.

Verse 23

श्राद्धँ कृत्वा चंद्रपदे वाजिमेधफलं लभेत् । श्राद्धं कृत्वा सत्यपदे ज्योतिष्टोमफलं लभेत् ॥ २३ ॥

En accomplissant le śrāddha à Candrapada, on obtient un mérite égal à celui du grand sacrifice Vājapeya/Aśvamedha ; et en accomplissant le śrāddha à Satyapada, on obtient un mérite égal à celui du sacrifice Jyotiṣṭoma.

Verse 24

आवसथ्यपदे श्राद्धी सोमलोकपवाप्नुयात् । श्राद्ध कृत्वा चंद्रपदे शक्रलोकं नयेत्पितॄन् ॥ २४ ॥

En accomplissant le śrāddha à Āvasathya-pada, l’officiant atteint le Soma-loka. Et en accomplissant le śrāddha à Candrapada, il conduit les Pitṛ (ancêtres) au monde de Śakra (Indra).

Verse 25

अन्येषां च पदे श्राद्धी पितॄन्ब्रह्मपदे नयेत् । श्राद्धी सूर्यपदे यश्च पापिनोऽर्कपुरं नयेत् ॥ २५ ॥

En accomplissant le śrāddha au « pada des Autres » (Anyēṣām pada), l’officiant conduit les Pitṛ au domaine de Brahmā. Et celui qui accomplit le śrāddha au Sūrya-pada conduit les pécheurs à Arka-pura, la cité/le royaume du Soleil.

Verse 26

कार्तिकेयपदे श्राद्धी शिवलोके नयेत्पितॄन् । श्राद्धँ कृत्वागस्त्यपदे ब्रह्मलोकं नयेत्पितॄन् ॥ २६ ॥

En accomplissant le śrāddha à Kārtikeya-pada, l’officiant conduit les Pitṛ au Śiva-loka ; et en accomplissant le śrāddha à Agastya-pada, il conduit les Pitṛ au Brahma-loka.

Verse 27

सर्वेषां काश्यपं श्रेष्ठं विष्णो रुद्रस्य वै पदम् । ब्रह्मणश्च पदं तत्र सर्वश्रेष्ठमुदाहृतम् ॥ २७ ॥

Parmi tous les lieux saints, celui de Kāśyapa est proclamé le meilleur. En ce même endroit, la demeure de Rudra relevant de Viṣṇu, ainsi que la demeure de Brahmā, sont dites d’une excellence suprême.

Verse 28

प्रारंभे च समाप्तौ च तेषामन्यतमं स्मृतम् । श्रेयस्करं भवेत्तत्र श्राद्धकर्तुश्च मोहिनि ॥ २८ ॥

Au commencement comme à la conclusion, l’un de ces rites est prescrit. Ainsi, ô Mohinī, cela devient particulièrement méritoire pour celui qui accomplit le śrāddha.

Verse 29

कश्यपस्य पदे दिव्यो भारद्वाजो मुनिः पुरा । श्राद्धं हि चोद्यतो दातुं पित्रादिभ्यश्च पिंडकम् ॥ २९ ॥

Autrefois, au lieu sacré nommé « l’Empreinte de Kaśyapa », le sage lumineux Bhāradvāja entreprit d’accomplir le Śrāddha, offrant le piṇḍa aux Pitṛs et aux autres ancêtres.

Verse 30

शुक्लकृष्णौ तदा हस्तौ पदमुद्भिद्य निष्कृतौ । दृष्ट्वा हस्तद्वयं तत्र पितृसंशयमागतः ॥ ३० ॥

Alors, deux mains — l’une blanche et l’autre noire — jaillirent de l’empreinte et apparurent. À la vue de ces deux mains, il fut saisi d’un doute quant à l’identité de son père.

Verse 31

ततः स्वमातरं शांतां भारद्वाजस्तु पृष्टवान् । कश्यपस्य पदे कस्मिञ्छुक्ले कृष्णे पदे पुनः ॥ ३१ ॥

Alors Bhāradvāja interrogea sa propre mère, la paisible Śāntā : «Dans le “pada” de Kaśyapa, quelle est la part lumineuse (śukla) et, de nouveau, quelle est la part sombre (kṛṣṇa) ?»

Verse 32

पिंडो देयो मया मातर्जानासि पितरं वद । तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य भारद्वाजस्य धीमतः ॥ ३२ ॥

«Mère, je dois offrir le piṇḍa. Tu sais qui est mon père : dis-le-moi.» Ayant entendu ces paroles du sage Bhāradvāja, …

Verse 33

शांतोवाच प्रसन्नास्या पुत्रं श्राद्धप्रदायिनम् । भारद्वाज महाप्राज्ञ पिंडं कृष्णाय देहि भोः ॥ ३३ ॥

Śāntā dit : «Ô Bhāradvāja, grand sage à l’intelligence pénétrante : elle, au visage paisible, a obtenu un fils qui accomplira dûment le śrāddha. Aussi, je t’en prie, remets le piṇḍa (offrande funéraire) à Śrī Kṛṣṇa.»

Verse 34

भारद्वाजस्ततः पिंडं दातुं कृष्णाय चोद्यतः । श्वेतो दृश्योऽब्रवीत्पुत्र देहि पुत्रो ममौरसः ॥ ३४ ॥

Alors Bhāradvāja, poussé à agir, allait offrir le piṇḍa à Śrī Kṛṣṇa. À cet instant, l’esprit visible, Śveta, dit : «Mon fils, donne-le : il est mon propre fils né de moi.»

Verse 35

कृष्णोऽब्रवीत् क्षेत्रजस्त्वं ततो मे देहि पिंडकम् । शुक्लोऽब्रवीत्स्वौरिणीयं यतोऽतस्त्वं ममौरसः ॥ ३५ ॥

Kṛṣṇa dit : «Tu es kṣetrajā, un fils engendré sur le “champ” d’un autre ; c’est donc à moi que tu dois offrir le piṇḍa.» Śukla répondit : «(Je suis) de la lignée Svauriṇī ; ainsi, tu es mon fils propre, mon aurasa.»

Verse 36

स्वैरिणीजो ददौ चादौ क्षेत्रिणे बीजिने ततः । ततो भक्त्या महाभागे दत्वापिंडान्महामतिः ॥ ३६ ॥

D’abord, le fils né d’une femme svairiṇī fut donné au kṣetrin, l’époux du « champ » ; puis il fut donné au bījī, le donneur de semence. Ensuite, ô dame fortunée, cet homme de grande sagesse, animé de bhakti, offrit le piṇḍa avec dévotion.

Verse 37

कृतकृत्यं निजात्मानं मेने प्रत्यक्षभाषणात् । भीष्मो विष्णुपदे श्राद्ध आहूय तु पितॄन्स्वकान् ॥ ३७ ॥

Après avoir parlé directement en cette circonstance sacrée, Bhīṣma estima que sa propre existence avait accompli son but. Puis, à Viṣṇupada, il accomplit le śrāddha, en invoquant selon le rite ses propres pitṛs, les ancêtres.

Verse 38

श्राद्धं कृत्वा विधानेन पिंडदानाय चोद्यतः । पितुर्विनिर्गतौ हस्तौ गयाशिरसि शंतनोः ॥ ३८ ॥

Après avoir accompli le śrāddha selon le rite prescrit et, le cœur tendu vers l’offrande du piṇḍa, Śaṃtanu vit, à Gayāśiras, les deux mains de son père apparaître.

Verse 39

भीष्मः पिंडं ददौ भूमौ नाधिकरः करे यतः । शंतनुः प्राह संतुष्टः शास्त्रार्थे निश्चलो भवान् ॥ ३९ ॥

Bhīṣma déposa le piṇḍa sur la terre, car il n’avait pas droit de le tenir en main. Alors Śaṃtanu, satisfait, dit : «Tu demeures inébranlable dans le sens véritable des śāstras.»

Verse 40

त्रिकालदर्शी भव च विष्णुश्चांते गतिस्तव । स्वेच्छया मरणं चास्तु इत्युक्त्वा मुक्तिमागतः ॥ ४० ॥

«Deviens voyant des trois temps; que Viṣṇu soit ton ultime refuge. Et que la mort te vienne selon ton propre vouloir.» Ayant ainsi parlé, il atteignit la délivrance.

Verse 41

रामो रुद्रपदे रम्ये पिंडार्पणकृतोद्यमः । पिता दशरथः स्वर्गात्प्रसार्य करमागतः ॥ ४१ ॥

Au beau lieu sacré nommé Rudrapada, Rāma s’empressa d’offrir les piṇḍas aux ancêtres. Alors son père Daśaratha, depuis le ciel, vint en tendant la main pour recevoir l’offrande.

Verse 42

नादात्पिंडं करे रामो ददौ रुद्रपदे ततः । शास्त्रार्थातिक्रमाद्भीतो रामं दशरथोऽब्रवीत् ॥ ४२ ॥

Alors, à Rudrapada, Rāma plaça le piṇḍa dans cette main. Craignant que cela ne dépasse l’intention des śāstras, Daśaratha s’adressa à Rāma.

Verse 43

तारितोऽहं त्वया पुत्र रुद्रलोको ह्यभून्मम । पदे पिंडप्रदानेन हस्ते तु स्वर्गतिर्नहि ॥ ४३ ॥

Ô mon fils, par toi j’ai été délivré ; en vérité, le monde de Rudra (Rudra-loka) est devenu ma demeure. C’est en offrant le piṇḍa au pied (du lieu sacré) que ce fruit fut obtenu ; mais en l’offrant dans la main, il n’y a point d’accès au ciel.

Verse 44

त्वं च राज्यं चिरं कृत्वा पालयित्वा निजाः प्रजाः । यज्ञान्सदक्षिणान्कृत्वा विष्णुलोकं गमिष्यसि ॥ ४४ ॥

Toi aussi, après avoir longtemps régné et protégé tes sujets, et après avoir accompli des sacrifices (yajña) accompagnés de la juste dakṣiṇā, tu iras au monde de Viṣṇu (Viṣṇu-loka).

Verse 45

सहायोध्याजनैः सर्वैः कृमिकीटादिभिः सह । इत्युक्त्वा स नृपो रामं रुद्रलोकं परं ययौ ॥ ४५ ॥

Après avoir ainsi parlé à Rāma, ce roi s’en alla vers le suprême séjour de Rudra (Rudra-loka), avec tout le peuple d’Ayodhyā, et même avec les vers, les insectes et autres êtres qui s’étaient trouvés liés à lui.

Verse 46

कनकेशं च केदारं नारसिंहं च वामनम् । रथमार्गे समभ्यर्च्य पितॄन्सर्वांश्च तारयेत् ॥ ४६ ॥

Après avoir vénéré comme il se doit Kanakeśa, Kedāra, Nārasiṃha et Vāmana le long de la voie du char (ratha-mārga), on peut délivrer tous ses ancêtres (pitṛs).

Verse 47

गयाशिरसि यः पिंडं येषां नाम्ना तु निर्वपेत् । नरकस्था दिवं यांति स्वर्गस्था मोक्षगामिनः ॥ ४७ ॥

Quiconque offre un piṇḍa à Gayāśiras en prononçant le nom des défunts pour qui l’offrande est faite—ceux qui sont en enfer montent au ciel, et ceux qui sont déjà au ciel s’acheminent vers la délivrance (mokṣa).

Verse 48

गयाशिरसि यः पिंडं शमीपत्रप्रमाणतः । कंदमूलफलाद्यैर्वा दद्यात्स्वर्गं नयेत्पितॄन् ॥ ४८ ॥

Quiconque, à Gayā-śiras, offre un piṇḍa (boule de riz funéraire) de la mesure d’une feuille de śamī—ou l’offre même avec des bulbes, des racines, des fruits et autres—conduit ses Pitṛs (ancêtres) jusqu’au ciel.

Verse 49

पदानि यत्र दृश्यंते विष्ण्वादीनां तदग्रतः । श्राद्धं कृत्वा पदे येषां तेषां लोकान्नेयात्पितॄन् ॥ ४९ ॥

Là où l’on voit les empreintes sacrées de Viṣṇu et d’autres divinités, on doit accomplir le rite de śrāddha en leur présence même ; ayant fait śrāddha en un lieu d’empreintes divines, on mène les Pitṛs (ancêtres) vers ces mondes élevés.

Verse 50

सर्वत्र मुंडपृष्ठाद्रिः पदैरेभिः स लक्षितः । प्रयांति पितरस्तत्र पूजिता ब्रह्मणः पदम् ॥ ५० ॥

Partout, ce Muṇḍa-pṛṣṭhādri est reconnu grâce à ces empreintes mêmes. Là, lorsque les Pitṛs (ancêtres) sont honorés comme il se doit, ils atteignent l’état suprême : la demeure de Brahmā.

Verse 51

गयासुरस्य तु शिरो गदया यद्द्विधा कृतम् । यतः प्रक्षालिता तीर्थे गदालोलस्तदा स्मृतः ॥ ५१ ॥

Lorsque la tête de Gayāsura fut fendue en deux par la massue (gadā), et que la massue fut ensuite lavée dans ce gué sacré (tīrtha), ce tīrtha fut dès lors mémorisé sous le nom de « Gadālolā ».

Verse 52

क्रौंचरूपेण हि मुनिर्मुंडपृष्ठे तपोऽकरोत् । तस्य पादांकको यस्मात्क्रौंचपादः स्मृतस्ततः ॥ ५२ ॥

Le sage, prenant la forme d’un oiseau krauñca, accomplit des austérités sur Muṇḍa-pṛṣṭha. Comme l’empreinte de son pied (pādāṅkaka) s’y trouve, ce lieu fut dès lors rappelé sous le nom de « Krauñca-pāda ».

Verse 53

विष्ण्वादीना पदान्यत्र लिंगरूपस्थितानि च । देवादितर्पणं कृत्वा श्राद्धं रुद्रपदादितः ॥ ५३ ॥

Ici se trouvent les saintes « empreintes de pas » (pāda) de Viṣṇu et d’autres, présentes sous des formes emblématiques (comme un liṅga). Après avoir accompli le tarpaṇa, les libations offertes aux devas et aux êtres associés, on doit ensuite célébrer le rite de śrāddha en commençant par le Rudra-pāda (l’empreinte sacrée de Rudra).

Verse 54

चतुर्थदिवसे कृत्यमेतत्कृत्वा तु मोहिनि । पूतः कर्माधिकारी स्याच्छ्राद्धकृद्ब्रह्मलोकभाक् ॥ ५४ ॥

Ô Mohinī, enchanteresse : ayant accompli ce devoir prescrit au quatrième jour, on devient purifié et apte aux actes rituels ; et celui qui accomplit le śrāddha obtient Brahmaloka, le monde de Brahmā.

Verse 55

शिलास्थितेषु तीर्थेषु स्नात्वा कृत्वाथ तर्पणम् । श्राद्धं सपिंडकं येषां ब्रह्मलोकं प्रयांति ते ॥ ५५ ॥

Ceux qui, après s’être baignés dans les tīrthas où sont établies les pierres sacrées (śilās), accomplissent ensuite le tarpaṇa et offrent le śrāddha sapiṇḍa, ceux-là parviennent à Brahmaloka.

Verse 56

स्थास्यंति च रमिष्यंति यावदाभूतसंप्लवम् । देहं त्यक्त्वा शिलापृष्ठे स्वदेजांडजरायुजाः ॥ ५६ ॥

Ils y demeureront et s’y réjouiront jusqu’à la dissolution cosmique de tous les êtres. Ayant quitté leur corps sur la surface du rocher, leur descendance—née de l’œuf et du sein—parvient elle aussi à cet état.

Verse 57

गच्छंति विष्णुसायुज्यं कुलैः सप्तशतैः सह ॥ ५७ ॥

Ils obtiennent le Viṣṇu-sāyujya, l’union avec Viṣṇu, avec sept cents générations de leur lignée.

Verse 58

इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणोत्तरभागे मोहिनीवसुसंवादे गयामाहात्म्ये विष्ण्वादिपदे पिंडदानमाहात्म्यकथनं नाम । षट्चत्वारिंशत्तमोऽध्यायः ॥ ४६ ॥

Ainsi s’achève, dans l’Uttara-bhāga du Śrī Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du dialogue entre Mohinī et les Vasus, dans le Gayā-māhātmya, le chapitre intitulé «Récit de la grandeur de l’offrande des piṇḍas à Viṣṇvādipada». C’est le quarante-sixième chapitre.

Frequently Asked Questions

Viṣṇupada is framed as a direct salvific locus: mere darśana destroys sin, while sparśa and pūjā grant pitṛ-mokṣa. The śrāddha culminating in sapiṇḍīkaraṇa performed there is said to elevate vast lineages to Viṣṇuloka, presenting the site as a ritual ‘gateway’ where place, rite, and Viṣṇu’s liberating agency converge.

The act is presented as a dual-purpose rite: watering the Brahmā-established mango trees simultaneously satisfies pitṛs and accomplishes a sacred offering through minimal means (water and kuśa). It exemplifies how Book 2 encodes liberation not only through complex offerings but also through place-specific devotional actions.

They serve as ancillary bali offerings that stabilize the rite’s fruit (phala-siddhi) and ritually address liminal agents associated with death and transition. The chapter specifies mantra-recitation, self-restraint, and directional placement for the crow oblation, integrating dharma-śāstric ritual order into the pilgrimage setting.

They operate as jurisprudential exempla: Bhāradvāja’s episode addresses lineage ambiguity and entitlement in offering piṇḍas, while Bhīṣma’s episode emphasizes correct procedure (offering on the ground when not entitled to hold) and demonstrates tangible confirmation (hands emerging) as a narrative validation of śāstric intent.