Dans le paysage dévotionnel et rituel de l’Uttara-bhāga, Mohinī s’adresse aux devas, proclamant Ekādaśī comme la purification suprême et exposant la discipline juste du jeûne et du pāraṇa (rupture du jeûne). Le chapitre précise les normes vaiṣṇava : les observances de Mahā-dvādaśī, distinctes de l’Ekādaśī ordinaire ; la procédure sur trois jours ; et les règles de recours lorsque l’Ekādaśī est « scindée » ou « percée » à l’aube ou à minuit. Aruṇodaya est défini comme deux muhūrtas, avec le total des muhūrtas de nuit et de jour et l’ajustement proportionnel selon les saisons. Une Daśamī touchant le lever du soleil est blâmée, et Mohinī est placée à la frontière de Daśamī pour égarer l’observance fautive, reliant l’erreur de calendrier au préjudice spirituel. Le récit évoque ensuite son rôle pour restaurer l’honneur de Yama, sa réduction en cendres par la colère, la restauration de son corps par Brahmā grâce à l’eau du kamaṇḍalu, puis la réconciliation avec le prêtre—pour conclure par l’installation de Mohinī au temps de l’aurore et l’affirmation que l’Ekādaśī correctement observée confère le mérite de Viṣṇu.
Verse 1
मोहिन्युवाच । एकादशीसमं देवाः पावनं नापरं भवेत् । यया पूता महापापा गच्छंति हरिमंदिरम् ॥ १ ॥
Mohinī dit : « Ô dieux, nul purificateur n’égale Ekādaśī. Par elle, même les grands pécheurs sont purifiés et gagnent la demeure de Hari. »
Verse 2
तत्समीपे मम स्थानं युक्तं भाति विचार्यताम् । देवा ऊचुः । वेधो निशीथे देवानामुपकाराय मोहिनी ॥ २ ॥
«Il semble juste que ma demeure soit proche de ce lieu—qu’on y réfléchisse.» Les Devas dirent : «Ô Créateur (Vedhā), à minuit, pour le bien des dieux, qu’apparaisse l’Enchanteresse, Mohinī.»
Verse 3
सूर्योदये सुराणां च हरिणा परिकल्पितः । पारणं च त्रयोदश्यामुपवासविनाशनम् ॥ ३ ॥
Au lever du soleil, Hari a prescrit aussi pour les dieux le pāraṇa, la rupture rituelle du jeûne ; et le pāraṇa accompli au jour de Trayodaśī (treizième) détruit la faute liée au jeûne.
Verse 4
महाद्वादशिका ह्यष्टौ याः स्मृता वैष्णवागमे । तास्तु ह्येकादशीभिन्ना उपोष्यंते च वैष्णवैः ॥ ४ ॥
Dans la tradition vaiṣṇava, on se souvient de huit observances appelées Mahā-dvādaśī. Elles se distinguent de l’Ekādaśī ordinaire, et les vaiṣṇavas y gardent le jeûne.
Verse 5
एकादशीव्रतं भिन्नं वैष्णवानां महात्मनाम् । नित्यं पक्षद्वये प्रोक्तं विधिना त्रिदिनात्मके ॥ ५ ॥
Le vœu d’Ekādaśī, observé de manière propre aux vaiṣṇavas magnanimes, est prescrit régulièrement dans les deux quinzaines, selon la règle rituelle en trois jours.
Verse 6
सायं प्रातस्त्यजेद्भुक्तिं क्रमात्पूर्वापराह्णयोः । एकादशी यदा भिन्ना उपोष्या हि परेऽहनि । द्वादश्यां हि व्रतं कार्यं निरंबु समुपोषणम् ॥ ६ ॥
Qu’on renonce à la nourriture le soir et le matin, selon l’ordre de l’avant-midi et de l’après-midi. Lorsque l’Ekādaśī est « scindée » (qu’elle ne prévaut pas pleinement), le jeûne doit être observé le jour suivant. En Dvādaśī, en effet, le vœu doit être accompli comme un jeûne complet, sans eau.
Verse 7
लंघने त्वसमर्थानां जलं शाकं फलं पयः । नैवेद्यं वा हरेः प्रोक्तं स्वाहारात्पादसंमितम् ॥ ७ ॥
Mais pour ceux qui ne peuvent observer un jeûne complet, il est permis de prendre de l’eau, des légumes-feuilles, des fruits, du lait, ou une nourriture d’abord offerte en naivedya à Hari—à hauteur d’un quart seulement de l’ordinaire.
Verse 8
स्वाती सूर्योदये विद्धो त्यजंत्यकादशीं सति । निष्कामा मध्यरात्रे च विद्धां मुंचन्ति याम्यया ॥ ८ ॥
Si l’Ekādaśī est « percée » (viddha) au lever du soleil sous la nakṣatra Svātī, les vertueux renoncent à cette Ekādaśī. Et ceux qui l’observent sans désir, sans mobile personnel, abandonnent aussi l’Ekādaśī percée même à minuit, selon la veille nocturne (Yāmya).
Verse 9
सर्वेष्वपि तु लोकेषु विदिता दशमी तिथिः । यमस्य तस्याः प्रांति तु स्थितिः कार्या त्वयानघे ॥ ९ ॥
En vérité, dans tous les mondes, la tithi de Daśamī, le dixième jour lunaire, est bien connue. C’est pourquoi, ô irréprochable, tu dois établir comme il se doit l’observance pour Yama en lien avec cette tithi.
Verse 10
एतेन देवकार्यं च सिद्धं भवति शोभने । सूर्येन्दुचारा तिथ्यास्तु दशम्याः प्रांतगामिनी ॥ १० ॥
Par cette observance, ô dame de bon augure, le rite divin s’accomplit avec succès. La tithi—déterminée selon la marche du Soleil et de la Lune—doit être la Daśamī qui s’avance vers sa fin, à sa limite conclusive.
Verse 11
भुवि तीर्थानि चैव त्वं स्वाघनाशाय संचर । अरुणोदयमारभ्य यावत्सूर्योदयो भवेत् ॥ ११ ॥
Parcours la terre en visitant les tīrtha, les gués sacrés, pour la destruction de tes propres fautes—depuis l’aruṇodaya, la première lueur de l’aube, jusqu’à ce que le soleil se lève.
Verse 12
तदंतस्त्वं व्रते प्राप्ता लभस्वैकादशीफलम् । यः कश्चित्कुरुते विद्धं त्वया ह्येकादशीव्रतम् ॥ १२ ॥
Ainsi, au terme de ce vœu, tu obtiendras le fruit d’Ekādaśī. Et sache que quiconque accomplit ce vrata d’Ekādaśī selon l’enseignement que tu as donné en recevra assurément le mérite.
Verse 13
स तीपकारकस्तुभ्यं भविष्यति सुरप्रिये । मुहूर्तद्वयमात्रं तु ज्ञेयं चात्रारुणोदयम् ॥ १३ ॥
Ô bien-aimée des dieux, ce moment te servira d’indicateur. Et ici, il faut comprendre que l’aube appelée Aruṇodaya ne dure que deux muhūrtas.
Verse 14
मूहूर्ताः पंचदश च स्मृता रात्रेर्दिनस्य च । ज्ञेयास्ते ह्रस्वदीर्घत्वे त्रैराशिक विधानतः ॥ १४ ॥
On enseigne traditionnellement quinze muhūrtas pour la nuit et de même pour le jour. Leur raccourcissement ou leur allongement doit être déterminé selon la règle du trairāśika, le calcul proportionnel.
Verse 15
त्रयोदशान्मुहूर्तांत्तु रात्रैरूर्द्ध्वा समागता । सब्ध्वोपवासिनां पुण्यं स्वस्था भव शुचिस्मिते ॥ १५ ॥
Après que treize muhūrtas de la nuit se sont écoulés, le moment convenable survient. Alors s’accomplit le mérite de ceux qui observent l’upavāsa (jeûne)—demeure en santé et en paix, ô toi au sourire pur.
Verse 16
यमसंस्थापनार्थाय वैकुण्ठध्वंसनाय च । पाखण्डानां विवृद्ध्यर्थँ पापसंचनाय च ॥ १६ ॥
« (Ils agissent) pour établir la domination de Yama, pour détruire la voie vers Vaikuṇṭha, pour accroître les doctrines pākhaṇḍa —hérétiques et trompeuses— et pour amasser le péché. »
Verse 17
दत्तं ते मोहिनि स्थानं प्रत्यूषसमयांकितम् ॥ १७ ॥
Ô Mohinī, un lieu t’a été accordé, marqué pour l’heure de l’aurore (pratyūṣa).
Verse 18
विद्धं त्वयैकादशिकाव्रतं ये कुर्वंति कर्तार इह प्रयत्नात् । तेषां भवेद्यत्सुकृतं शुभे फलं भुंक्ष्व प्रसन्ना भव भूसुरे त्वम् ॥ १८ ॥
Ô toi l’auspicieuse, ceux qui, avec un effort sincère, observent le vœu d’Ekādaśī tel que tu l’as enseigné—quelque fruit méritoire et благоприятный qu’engendre cette bonne action, reçois-le et jouis-en avec bienveillance; sois gracieuse et favorable envers ce brāhmane.
Verse 19
एवं प्रदिष्टा कमलासनाद्यैः सा मोहिनी हृष्टतरा बभूव । मेने कृतार्थं निजजीवितं च स्वपापतीर्थाभिनिषेवणेन ॥ १९ ॥
Ainsi instruite par Kamalāsana (Brahmā) et les autres sages, cette Mohinī fut plus encore transportée de joie; et elle tint sa vie pour accomplie en recourant au tīrtha sacré qui efface les péchés.
Verse 20
संसाधितं कार्यमिदं सुराणां भस्मावशेषं हि गतेऽपि देहे । चैतन्यमात्रे पवनात्मकेऽस्मिन् संमार्जितो भूपकृतस्तु पंथाः ॥ २० ॥
«L’œuvre des dieux est accomplie; quand bien même le corps s’en est allé, il n’en reste que des cendres. Pourtant, en cet être—dont la nature n’est que conscience et souffle vital—la voie établie par le roi a été soigneusement dégagée et préparée.»
Verse 21
नीतं मया चात्मकृतं हि वाक्यं प्रहृष्टया वै यदुदाहृतं हि । एवं विमृश्य क्षिप्तिपालदेवान्प्रणम्य हृष्टा च पुरोधसं स्वम् ॥ २१ ॥
«Les paroles que j’ai dites étaient bien les miennes, et je les ai prononcées dans la joie.» Ayant ainsi réfléchi, elle se prosterna devant les rois et les dieux; et, ravie, elle rendit aussi hommage à son propre purohita, le prêtre de sa lignée.
Verse 22
प्रांते स्थिता सूर्यविहीनसंज्ञे काले दशम्या जनमोहनाय । कृच्छ्रांतरूपा च दिनं च भुंक्ते प्रकृष्टरूपा नरकाय नॄणाम् ॥ २२ ॥
Postée à la lisière, au temps dit « sans soleil », au dixième jour lunaire (Daśamī) elle se manifeste pour égarer les hommes. Prenant une forme de détresse, elle dévore le jour ; et, sous une forme plus intense, elle devient cause d’enfer pour les êtres humains.
Verse 23
प्रांतस्थितां तां रविजो निरीक्ष्य प्रहृष्टवक्त्रो वचनं जगाद । त्वया प्रतिष्ठा मम चारुनेत्रे कृतात्र लोके पुनरेव सम्यक् । विभोदितो रुक्मविभूषणस्य मत्तेभसंस्थः पटहः सुघोषः ॥ २३ ॥
La voyant debout à la lisière, le fils du Soleil, le visage illuminé de joie, prononça ces paroles : «Ô toi aux beaux yeux, par toi mon honneur a été rétabli de nouveau, et justement, en ce monde. Le grand tambour (paṭaha) au son de bon augure, porté sur l’éléphant enivré paré d’ornements d’or, a retenti.»
Verse 24
दृष्टे कार्ये जनः सर्वः प्रत्ययं कुरुते त्विति ॥ २४ ॥
Quand le résultat est vu de ses propres yeux, tous accordent aisément leur foi — ainsi dit-on.
Verse 25
सूर्योदय स्पृशा ह्येषा दशमी गर्हिता सदा । अस्पृष्टमुदयं नॄणां मोहनाय भविष्यति ॥ २५ ॥
Cette Daśamī (tithi) qui touche le lever du soleil est toujours blâmée. Pour les hommes, une tithi qui ne touche pas le lever du soleil mènera à l’égarement (mauvaise observance et confusion).
Verse 26
विहाय तां यत्प्रिययोगभुक्तिं पादस्थिता सापि ह्यदृष्यरूपा । सत्यं हि ते नाम विशालनेत्रे यन्मोहिनीत्येव जनो ब्रवीति ॥ २६ ॥
Ayant renoncé à l’ancienne jouissance née de l’union avec ce qui est cher, elle se tient à tes pieds — et pourtant sa forme demeure invisible. Ô toi aux vastes yeux, ton nom est vraiment juste, car les gens te nomment en vérité « Mohinī », l’Enchanteresse.
Verse 27
विमोहयित्वा हि जनं समस्तं पटे मदीये लिखितं करोषि । इत्येवमुक्त्वा तनयो विवस्वतः प्रणम्य तां ब्रह्मसुतां प्रहृष्टः ॥ २७ ॥
«Vraiment, après avoir égaré tout le peuple, tu fais écrire cela sur mon étoffe !» Ayant ainsi parlé, le fils de Vivasvān se prosterna devant la fille de Brahmā et, le cœur réjoui, poursuivit sa route.
Verse 28
जगाम देवैः सह नाकलोकं करे गृहीत्वा लिपिलेखितारम् । गतेषु देवेषु विमोहिनी सा ब्रह्माणमासाद्य सुरासुरेशम् ॥ २८ ॥
Prenant le scribe par la main, elle partit avec les dieux vers le Nākaloka, c’est-à-dire Svarga. Quand les dieux furent partis, l’Enchanteresse Vimohinī s’approcha de Brahmā, seigneur des devas et des asuras.
Verse 29
विज्ञापयामास पितः पुरोधा ममायमत्युग्रतरश्च कोपात् । दग्धं शरीरं मम लोकनाथ पुनः प्रपत्स्येऽथ तथा कुरुष्व ॥ २९ ॥
Le prêtre de famille fit sa requête à son père : «Par cette colère mienne, d’une âpreté extrême, mon corps a été brûlé. Ô Seigneur du monde, je reprendrai refuge (je reviendrai en un corps) ; fais donc ce qui convient».
Verse 30
विमोहितं चैव जगन्मयेदं प्रांते समास्थाय यमस्य तिथ्याः । जितो हि राज्ञा शमनः पुराद्य कृतो जयी तात तव प्रभावात् ॥ ३० ॥
Ce monde, tout imprégné d’illusion, se tient au bord même du terme fixé par Yama. Et pourtant, même Śamana (Yama), depuis les temps anciens, fut vaincu par le roi et rendu victorieux —ô bien-aimé— par la puissance de ton influence.
Verse 31
तव कृत्यमिदं तात यत्पुनर्देहधारिणी । भूयामहं जगन्नाथ ब्रह्मणं सांत्ययस्व भोः ॥ ३१ ॥
«Bien-aimé, telle est ta tâche : fais que je reprenne un corps. Ô Seigneur de l’univers, réconcilie-moi avec Brahmā ; je t’en prie, fais advenir la paix».
Verse 32
तच्छ्रुत्वा मोहिनीवाक्यं ब्रह्मा लोकविधानकृत् । ब्राह्मणं सांत्वयामास पुनरेव सुताकृते ॥ ३२ ॥
Ayant entendu les paroles de Mohinī, Brahmā—ordonnateur des mondes—réconforta de nouveau le brāhmane, pour le bien de sa fille.
Verse 33
वसो तात निबोधेदं यद्ब्रवीमि हितावहम् । तव चास्या महाभाग सर्वलोकहिताय च ॥ ३३ ॥
Ô Vasu, cher enfant, comprends bien ceci que je vais dire, car c’est salutaire : pour toi, ô très fortuné, pour elle aussi, et pour le bien de tous les mondes.
Verse 34
त्वयेयं मोहिनी कोपात्कृता भस्मावशेषिता । पुनः शरीरं याचेत तदाज्ञां देहि मानद ॥ ३४ ॥
Cette Mohinī, sous l’effet de ta colère, fut réduite en cendres, n’en laissant qu’un reste. Si elle redemande un corps, accorde-lui cette permission, ô dispensateur d’honneur.
Verse 35
मत्पुत्री तव याज्येयं दुर्गतिं तात गच्छति । त्वया मया च सपाल्या कृतकार्या तपस्विनी ॥ ३५ ॥
« Ma fille—pour qui tu dois officier le yajña—est tombée dans le malheur, mon enfant. Elle doit être protégée par toi et par moi, avec son gardien ; cette femme ascète a déjà accompli ce qui devait l’être. »
Verse 36
यदि त्वं शुद्धभावेन मां ज्ञापयसि मानद । तातोऽहमस्या भूयोऽपि देहमुत्पादयाम्यहम् ॥ ३६ ॥
Si toi, ô dispensateur d’honneur, tu m’en informes avec une intention pure, alors je ferai naître pour elle un corps une fois encore.
Verse 37
किंतु विष्णुदिनस्यैषा वैरिणी पापकारिणी । यथा शुद्ध्येति विप्रेंद्र तथैवाशु विधीयताम् ॥ ३७ ॥
Mais ceci est l’ennemi du jour sacré de Viṣṇu et une cause de péché. Ainsi, ô meilleur des brāhmaṇas, que l’on accomplisse sans délai ce qui est requis, selon la manière même par laquelle on obtient la purification.
Verse 38
तच्छ्रुत्वा वचनं तस्य ब्रह्मणः स पुरोहितः । याज्याया देहयोगार्थमादिदेश मुदान्वितः ॥ ३८ ॥
Ayant entendu ces paroles de Brahmā, le prêtre, rempli de joie, donna alors des instructions afin que le commanditaire du sacrifice (yajña) soit de nouveau uni à un corps.
Verse 39
विप्रवाक्यं समाकर्ण्य ब्रह्मा लोकपितामहः । कमंडलुजलेनौक्षन्मोहिन्या देहभस्म तत् ॥ ३९ ॥
Entendant les paroles du brāhmaṇa, Brahmā, l’aïeul des mondes, aspergea d’eau de son kamaṇḍalu ces cendres corporelles de Mohinī.
Verse 40
समुक्षिते ब्रह्मणा लोककर्त्रा सा मोहिनी देहयुता बभूव । प्रणम्य तातं च वसोः पुरोधसो जग्राह पादौ विनयेन नत्वा ॥ ४० ॥
Lorsque Brahmā, créateur des mondes, eut ainsi aspergé, Mohinī reprit une forme corporelle. Elle se prosterna d’abord devant son père, puis devant le prêtre de la lignée de Vasu ; avec humilité, elle se courba et saisit ses pieds en signe de respect.
Verse 41
ततो वसुर्याजक एव राज्ञो मुदान्वितो याज्यनितंबिनीं ताम् । विमोहिनीं स्वामिसुतोंज्झितां च जगाद वाक्यं विदुतामवीराम् ॥ ४१ ॥
Alors Vasuryājaka, le prêtre officiant du roi, rempli de joie, s’adressa à cette femme enchanteresse, aux hanches et à la taille gracieuses, abandonnée par le fils de son maître, et lui parla en des mots clairs et empreints de gravité.
Verse 42
वसुरुवाच । क्रोधस्त्यक्तो मया देवि ब्रह्मणो वचनादथ । गतिं ते कारयिष्यामि तीर्थस्नानादिकर्मणा ॥ ४२ ॥
Vasu dit : «Ô Déesse, sur l’ordre de Brahmā, j’ai désormais renoncé à la colère. J’assurerai pour toi un passage béni vers un état plus élevé, par des rites tels que le bain aux tīrtha sacrés et d’autres actes prescrits.»
Verse 43
इत्युक्त्वा मोहिनीं विप्रो ब्रह्माणां जगतां पतिम् । विससर्ज नमस्कृत्य मोहिनीपितरं मुदा ॥ ४३ ॥
Ayant ainsi parlé, le brāhmane s’adressa à l’Enchanteresse, Mohinī, puis—dans la joie—se prosterna et prit congé du Seigneur des mondes, père de Mohinī, souverain des Brahmā, maîtres des créateurs cosmiques.
Verse 44
मोहिन्या वसुना चैव प्रीत्या ब्रह्मा विसर्जितः । जगाम लोकं तमसः परमव्यक्तवर्त्मना ॥ ४४ ॥
Relâché par Brahmā—sous l’envoûtement de Māyā, par la richesse et par l’attachement—il s’en alla vers le royaume des ténèbres, par une voie entièrement non manifestée et obscure.
Verse 45
स वसुर्ब्राह्मणश्रेष्ठो रुक्मांगदपुरोहितः । मोहिनीं समनुग्राह्यां मत्वा हृदि विचारयन् ॥ ४५ ॥
Ce Vasu—le plus éminent des brāhmanes et prêtre de famille de Rukmāṅgada—jugea Mohinī digne de faveur et en délibérait au fond de son cœur.
Verse 46
मुहूर्त्तं ध्यानमापन्नो बुबुधे कारणं गतेः ॥ ४६ ॥
S’étant recueilli en méditation un bref instant, il comprit la cause véritable qui se tenait derrière sa voie et son destin.
Verse 47
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणोत्तरभागे मोहिनीचरिते सप्तत्रिंशोऽध्यायः ॥ ३७ ॥
Ainsi s’achève le trente-septième chapitre, «Le récit de Mohinī», dans l’Uttara-bhāga (section ultérieure) du vénérable Bṛhan-Nāradīya Purāṇa.
The chapter frames Ekādaśī as uniquely capable of removing even grave sin and granting access to Hari’s abode, making it a paradigmatic Vaiṣṇava vrata where correct timing (tithi integrity) and disciplined restraint convert calendrical observance into soteriological merit.
Aruṇodaya is defined as the dawn period lasting two muhūrtas before sunrise. It matters because tithi boundaries and ‘piercing’ conditions are judged against sunrise/dawn windows; correct vrata performance and avoidance of delusive timing depend on recognizing this precise interval.
A ‘split’ Ekādaśī is one that does not fully prevail in the required window, prompting observance on the following day. A ‘pierced’ Ekādaśī is contaminated by adjacency with another tithi at critical times (sunrise or midnight), and the text states such cases may be abandoned—especially when pierced at sunrise (e.g., with Svātī noted) or, for desireless practitioners, even when pierced at midnight.
It states Hari has ordained proper pāraṇa at sunrise for the gods, and that pāraṇa on Trayodaśī can destroy the ‘fault’ associated with fasting—indicating a remedial timing principle when standard breaking windows are disrupted.