
Sanaka enseigne à Nārada le rare vœu Haripañcaka (Pañcarātra) : cinq nuits consacrées à Viṣṇu, donnant dharma, artha, kāma et mokṣa. L’observance commence en Mārgaśīrṣa (quinzaine claire) par la pureté préparatoire (nettoyage des dents, bain), la deva-pūjā et les pañca-mahāyajñas ; un régime réglé (un repas par jour), puis, à Ekādaśī, le jeûne, le lever matinal, le culte domestique de Hari et l’abhiṣeka au pañcāmṛta. Le dévot offre les upacāras (gandha, puṣpa, dhūpa, dīpa, naivedya, tāmbūla), accomplit la pradakṣiṇā et récite des salutations axées sur la connaissance à Vāsudeva/Janārdana. Par un saṅkalpa, il consacre cinq nuits sans nourriture ; il garde la jāgaraṇa (veille nocturne) à Ekādaśī et la prolonge jusqu’à Dvādaśī–Caturdaśī, avec un culte semblable à Pūrṇimā. À la pleine lune, actes spéciaux : abhiṣeka au lait, tila-homa et aumône de sésame. Le sixième jour, après les devoirs d’āśrama, on prend le pañcagavya ; on nourrit les brāhmaṇas et l’on offre des dons (pāyasa au miel et au ghee, fruits, kalaśa d’eau parfumée, pot couvert de tissu avec cinq gemmes), puis l’udyāpana est accompli après un cycle d’un an. Le chapitre se conclut par la promesse de mokṣa et d’immenses mérites, jusqu’à la délivrance par l’écoute dévote.
Verse 1
सनक उवाच । अन्यद्व्रतं प्रवक्ष्यामि श्रृणु नारद तत्त्वतः । दुर्लभं सर्वलोकेषु विख्यातं हरिपञ्चकम् ॥ १ ॥
Sanaka dit : Je vais maintenant exposer un autre vœu sacré ; écoute, ô Nārada, selon son principe véritable. Il est rare dans tous les mondes et renommé sous le nom de Haripañcaka.
Verse 2
नारीणां च नराणां च सर्वदुःखनिवारणम् । धर्मकामार्थमोक्षाणां निदानं मुनिसत्तम ॥ २ ॥
Ô le meilleur des sages, ce vœu écarte toute souffrance chez les femmes comme chez les hommes, et il est la source même de dharma, kāma, artha et mokṣa.
Verse 3
सर्वाभीष्टप्रदं चैव सर्वव्रतफलप्रदम् । मार्गशीर्षे सिते पक्षे दशम्यां नियतेन्द्रियः ॥ ३ ॥
Il accorde tous les désirs et confère le fruit de tous les vœux. Au mois de Mārgaśīrṣa, durant la quinzaine claire, le dixième jour lunaire, on doit l’observer en maîtrisant ses sens.
Verse 4
कुर्यात्स्नानादिकं कर्म दन्तधावनपूर्वकम । कृत्वा देवार्चनं सम्यक्तथा पञ्च महाध्वरान् ॥ ४ ॥
Qu’on accomplisse les devoirs en commençant par le bain, précédé du nettoyage des dents ; puis, après avoir honoré dûment les Devas, qu’on accomplisse aussi les cinq grands sacrifices (pañca-mahāyajñas).
Verse 5
एकाशी च भवेत्तस्मिन् दिने नियममास्थिताः । ततः प्रातः समुत्थाय ह्येकादश्यां मुनीश्वरः ॥ ५ ॥
En ce jour-là, qu’ils observent retenue et discipline, ne prenant nourriture qu’une seule fois. Puis, se levant de grand matin au jour d’Ekādaśī, le sage souverain (munīśvara) accomplira l’observance prescrite.
Verse 6
स्नानं कृत्वा यथाचारं हरिं चैवार्चयेद्गृहे । स्नापयेद्देवदेवेशं पञ्चामृतविधानतः ॥ ६ ॥
Après s’être baigné selon la règle, qu’on adore Hari dans la demeure; et qu’on baigne le Seigneur des dieux avec le pañcāmṛta, selon le rite établi.
Verse 7
अर्चयेत्परया भक्त्या गन्धपुष्पादिभिः क्रमात् । धूपैर्दीपैश्च नैवैद्यैस्ताम्बूलैश्च प्रदक्षिणैः ॥ ७ ॥
Qu’on adore le Seigneur avec la bhakti la plus haute, selon l’ordre prescrit, en offrant parfums, fleurs et autres—avec encens, lampes, naivedya (offrande de nourriture), tāmbūla (bétel) et en accomplissant la pradakṣiṇā (circumambulation).
Verse 8
संपूज्य देवदेवेशमिमं मन्त्रमुदीरयेत् । नमस्ते ज्ञानरूपाय ज्ञानदाय नमोऽस्तुते ॥ ८ ॥
Après avoir honoré comme il se doit le Seigneur des dieux, qu’on récite ce mantra : «Hommage à Toi, qui es la forme même de la connaissance; hommage à Toi, dispensateur de la connaissance—que mon salut soit à Toi.»
Verse 9
नमस्ते सर्वरूपाय सर्वसिद्धिप्रदायिने । एवं प्रणम्य देवेशं वासुदेवं जनार्दनम् ॥ ९ ॥
Hommage à Toi, qui revêts toutes les formes, dispensateur de toute siddhi et de tout accomplissement. Ainsi, s’étant prosterné devant le Seigneur des dieux—Vāsudeva, Janārdana—il Lui rendit vénération.
Verse 10
वक्ष्यमाणेन मन्त्रेण ह्युपवासं समर्पयेत् । पञ्चरात्रं निराहारो ह्यद्यप्रभृति केशव ॥ १० ॥
Par le mantra qui sera énoncé ensuite, on doit consacrer solennellement le vœu de jeûne. «Dès aujourd’hui, ô Keśava, durant cinq nuits je demeurerai sans nourriture.»
Verse 11
त्वदाज्ञया जगत्स्वामिन्ममाभीष्टप्रदो भव । एवं समाप्य देवस्य उपवासं जितेन्द्रियः ॥ ११ ॥
Ô Seigneur de l’univers, par Ton ordre, deviens le dispensateur de la grâce que je désire. Ainsi, ayant achevé le jeûne du Seigneur, les sens maîtrisés, le dévot conclut l’observance.
Verse 12
रात्रौ जागरणं कुर्यादेकादश्यामथो द्विज । द्वादश्यां च त्रयोदश्यां चतुर्दश्यां जितेन्द्रियः ॥ १२ ॥
Ô deux-fois-né, la nuit d’Ekādaśī on doit veiller; et aussi aux nuits de Dvādaśī, Trayodaśī et Caturdaśī, en demeurant maître de ses sens.
Verse 13
पौर्णमास्यां च कर्त्तव्यमेवं विष्ण्वर्चनं मुने । एकादश्यां पौर्णमास्यां कर्त्तव्यं जागरं तथा ॥ १३ ॥
Ô sage, le jour de pleine lune, l’adoration de Viṣṇu doit être accomplie de la même manière. Et à Ekādaśī comme à la pleine lune, on doit pareillement observer la veille nocturne (jāgaraṇa).
Verse 14
पञ्चामृतादिपूजा तु सामान्या दिनपञ्चसु । क्षीरेण स्नापयेद्विष्णुं पौर्णमास्यां तु शक्तितः । तिलहोमश्च कर्त्तव्यस्तिलदानं तथैव च ॥ १४ ॥
Le culte qui commence par l’offrande de pañcāmṛta est un rite commun aux cinq jours sacrés. Mais au jour de pleine lune, selon ses moyens, on doit baigner le Seigneur Viṣṇu avec du lait; et l’on doit aussi accomplir le tila-homa (oblations de sésame) et faire don de sésame en aumône.
Verse 15
ततः षष्टे दिने प्राप्ते निर्वत्यं स्वाश्रमक्रियाम् । संप्राश्य पञ्चगव्यं च पूजयेद्विधिवद्धरिम् ॥ १५ ॥
Puis, lorsque vient le sixième jour, après avoir accompli comme il se doit les devoirs prescrits à son propre āśrama (étape de vie), qu’il prenne le pañcagavya et qu’ensuite il adore Hari (Viṣṇu) selon le rite approprié.
Verse 16
ब्राह्मणान्भोजयेत्पश्चाद्विभवे सत्यवारितम् । ततः स्वबन्धुभिः सार्द्धं स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः ॥ १६ ॥
Ensuite, s’il en a les moyens et demeure fidèle à sa parole, qu’il nourrisse d’abord les brāhmaṇas ; puis, avec ses proches, qu’il prenne lui-même son repas en maîtrisant sa parole.
Verse 17
एवं पौषादिमासेषु कार्त्तिकान्तेषु नारद । शुक्लपक्षे व्रतं कुर्यात्पूर्वोक्तविधिना नरः ॥ १७ ॥
Ainsi, ô Nārada, dans les mois commençant par Pauṣa et s’achevant à Kārttika, l’homme doit observer le vœu durant la quinzaine claire (śukla-pakṣa), selon la méthode exposée plus haut.
Verse 18
एवं संवत्सरं कार्यं व्रतं पापप्रणाशनम् । पुनः प्राप्ते मार्गशीर्षे कुर्यादुद्यापनं व्रती ॥ १८ ॥
Ainsi, ce vœu destructeur de péchés doit être observé pendant une année entière ; et lorsque revient le mois de Mārgaśīrṣa, le vœtant doit accomplir le rite de clôture (udyāpana).
Verse 19
एकादश्यां निराहारो भवेत्पूर्वमिव द्विज । द्वादश्यां पञ्चगव्यं च प्राशयेत्सुसमाहितः ॥ १९ ॥
Ô dvija (deux-fois-né), au jour d’Ekādaśī qu’il demeure sans nourriture, comme il a été prescrit plus haut. Au jour de Dvādaśī, l’esprit bien recueilli, qu’il prenne aussi le pañcagavya.
Verse 20
गन्धपुष्पादिभिः सम्यग्देवदेवं जनार्दनम् । अभ्यर्च्योपायनं दद्याद्ब्राह्यणाय जितेन्द्रियः ॥ २० ॥
Avec des parfums, des fleurs et autres offrandes, qu’on adore comme il se doit Janārdana, le Dieu des dieux; puis, les sens maîtrisés, qu’on remette un présent respectueux (upāyana) à un brāhmane.
Verse 21
पायसं मधुसंमिश्रं घृतयुक्तं फलान्वितम् । सुगन्धजलसंयुक्तं पूर्णकुम्भं सदक्षिणम् ॥ २१ ॥
Du pāyasa (riz au lait) mêlé de miel, enrichi de ghee et accompagné de fruits; et une jarre pleine (pūrṇa-kumbha) d’eau parfumée—avec la dakṣiṇā convenable—telles sont les offrandes à présenter.
Verse 22
वस्त्रेणाच्छादितं कुम्भं पञ्चरत्नसमन्वितम् । दद्यादध्यात्मविदुषे ब्राह्मणाय मुनीश्वर ॥ २२ ॥
Ô seigneur parmi les sages, qu’on offre à un brāhmane versé dans la connaissance intérieure (adhyātma) une jarre couverte d’un tissu et pourvue des cinq gemmes.
Verse 23
सर्वात्मन् सर्वभूतेश सर्वव्यापिन्सनातन । परमान्नप्रदानेन सुप्रीतो भव माधव ॥ २३ ॥
Ô Soi suprême, Seigneur de tous les êtres, Toi qui pénètres tout et demeures éternel, Mādhava—sois infiniment satisfait par cette offrande de la nourriture la plus exquise.
Verse 24
अनेन पायसं दत्त्वा ब्राह्मणान्भोजयेत्ततः । शक्तितो बन्धुभिः सार्द्धं स्वयं भुञ्जीत वाग्यतः ॥ २४ ॥
Par cette observance, qu’on offre le pāyasa (riz au lait), puis qu’on nourrisse les brāhmanes. Ensuite, selon ses moyens, qu’on prenne soi-même le repas avec ses proches, en tenant sa parole sous discipline.
Verse 25
व्रतमेतत्तु यः कुर्याद्धरिपञ्चकसंज्ञितम् । न तस्य पुनरावृत्तिर्ब्रह्यलोकात्कदाचन ॥ २५ ॥
Quiconque accomplit ce vœu nommé Haripañcaka de Hari ne revient jamais plus (à la renaissance) depuis le Brahmaloka, en aucun temps.
Verse 26
व्रतमेतत्प्रकर्त्तव्यमिच्छद्भिर्मोक्षमुत्तम् । समस्तपापकान्तारदावानलसमं द्विज ॥ २६ ॥
Ô brāhmane, ceux qui désirent la délivrance suprême doivent accomplir ce vœu ; il est tel un feu de forêt déchaîné qui brûle toute l’étendue sauvage des péchés.
Verse 27
गवां कोटिसहस्त्राणि दत्त्वा यत्फलमाप्नुयात् । तत्फलं लभ्यते पुम्भिरेतस्मादुपवासतः ॥ २७ ॥
Le mérite qu’on obtiendrait en donnant des dizaines de milliers de crores de vaches, ce même mérite est acquis par l’homme grâce à ce jeûne (upavāsa).
Verse 28
यस्त्वेतच्छृणुयाद्भक्त्या नारायणपरायणः । स मुच्यते महाघोरैः तापकानां च कोटिभिः ॥ २८ ॥
Mais quiconque l’entend avec dévotion, entièrement voué à Nārāyaṇa, est délivré des tourments les plus terribles, oui, de crores de telles afflictions.
Verse 29
इति श्रीबृहन्नांरदीयपुराणं पूर्वभागे प्रथमपादे व्रताख्याने मार्गशीर्षशुल्कैकादशीमासभ्य पौर्णिमापर्यन्तं पञ्चरात्रिव्रतं नामैकविंशोऽध्यायः ॥ २१ ॥
Ainsi s’achève le vingt-et-unième chapitre, intitulé « Le vœu Pañcarātra », dans le Premier Pāda du Pūrva-bhāga du vénérable Bṛhan-Nāradīya Purāṇa, au sein de la section sur les vœux, décrivant l’observance depuis l’Ekādaśī de la quinzaine claire du mois de Mārgaśīrṣa jusqu’au jour de pleine lune.
It is presented as a high-yield vrata-kalpa that integrates discipline (fasting and vigil), standardized Viṣṇu pūjā (pañcāmṛta abhiṣeka and upacāras), and dharmic social exchange (feeding brāhmaṇas, dāna, dakṣiṇā), culminating in mokṣa-dharma promises—non-return from Brahmaloka and the burning of sins like a forest fire.
Purity and restraint, Viṣṇu worship at home, pañcāmṛta bathing of the deity (standard across the days), offerings (flowers, incense, lamp, naivedya, tāmbūla), pradakṣiṇā, mantra-based salutations, and night-long vigil—plus special Pūrṇimā additions like milk abhiṣeka, tila-homa, and tila-dāna.
After observing the vow for a full year, the votary repeats the fasting and worship cycle when Mārgaśīrṣa returns, then completes udyāpana with brāhmaṇa-feeding and offerings such as pāyasa mixed with honey and ghee with fruits, a fragrant-water kalaśa with dakṣiṇā, and a cloth-covered water-pot endowed with five gems to a spiritually learned brāhmaṇa.
It explicitly claims the vow as a source of dharma, kāma, artha, and mokṣa, framing devotional worship and ascetic restraint as a single integrated pathway that yields worldly well-being while orienting the practitioner toward liberation.