
Bhūtavana–Kailāsa–Mandākinī–Rudrapurī: Śiva’s Jeweled Abodes and Perpetual Worship
Sūta décrit Devakūṭa au sein du splendide Mahākūṭa, rayonnant d’or et de gemmes, foisonnant d’arbres célestes et de cascades chargées de fleurs. En son cœur se trouve Bhūtavana, demeure d’innombrables bhūta-gaṇa, où s’élève l’ayatana de Mahādeva, magnifiquement paré, avec portails de cristal, trônes de joyaux et maṇḍapa finement ornés. Śiva y est adoré sans cesse par les pramatha, les siddha, les ṛṣi, les deva, les gandharva et Brahmā lui-même, au milieu de la musique rituelle et des chants retentissants, révélant la vie liturgique ininterrompue de son sanctuaire. Le récit s’étend ensuite à Kailāsa, royaume de Kubera, et présente la Mandākinī aux lotus d’or et aux marches de gemmes, servie par des apsaras et des femmes yakṣa-gandharva. Sur ses rives apparaissent d’autres demeures de Śiva, dont Rudrapurī, où Śiva se multiplie et se divertit avec Ambā. Le chapitre s’achève en généralisant le thème : les ayatana de Śiva sont innombrables, présents sur chaque dvīpa, montagne, forêt et rive de rivière, annonçant un inventaire plus vaste des lieux sacrés et de leur fonction dévotionnelle.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे भुवनविन्यासोद्देशस्थानवर्णनं नाम पञ्चाशत्तमो ऽध्यायः सूत उवाच देवकूटे गिरौ मध्ये महाकूटे सुशोभने हेमवैडूर्यमाणिक्यनीलगोमेदकान्तिभिः
Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans la section Pūrvabhāga, commence le cinquantième chapitre intitulé « Description des lieux indiqués dans l’agencement des mondes ». Sūta dit : Sur la montagne Devakūṭa, au cœur du splendide Mahākūṭa, cela brillait de l’éclat de l’or, du béryl, du rubis, du saphir et de la gemme gomeda.
Verse 2
तथान्यैर्मणिमुख्यैश् च निर्मिते निर्मले शुभे शाखाशतसहस्राढ्ये सर्वद्रुमविभूषिते
De même, il fut façonné d’autres gemmes éminentes—sans tache et de bon augure—riche de centaines de milliers de branches, et orné de toutes sortes d’arbres.
Verse 3
चम्पकाशोकपुंनागवकुलासनमण्डिते पारिजातकसम्पूर्णे नानापक्षिगणान्विते
Il était orné d’arbres campaka, aśoka, puṃnāga, vakula et āsana ; rempli de fleurs de pārijāta ; et animé par des volées d’oiseaux de toutes sortes—un bosquet sacré et de bon augure, digne de la présence du Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 4
नैकधातुशतैश्चित्रे विचित्रकुसुमाकुले नितम्बपुष्पसालम्बेन्-ऐकसत्त्वगणान्विते
Ce lieu était bigarré de centaines d’espèces de minéraux et de minerais, foisonnant de fleurs aux couleurs merveilleuses; des guirlandes florales y pendaient comme des draperies retombantes. Il était aussi rempli de multitudes d’êtres d’un seul dessein, voués à l’Unique Réalité, le Seigneur Pati (Śiva).
Verse 5
विमलस्वादुपानीयेन्-ऐकप्रस्रवणैर्युते निर्झरैः कुसुमाकीर्णैर् अनेकैश् च विभूषिते
Il était orné de nombreuses cascades, chacune jaillissant d’une unique source limpide; leurs eaux, pures et douces, étaient jonchées de fleurs, embellissant le lieu de mille façons.
Verse 6
पुष्पोडुपवहाभिश् च स्रवन्तीभिर् अलंकृते स्निग्धवर्णं महामूलम् अनेकस्कन्धपादपम्
Orné de ruisseaux courants qui emportaient fleurs et boutons de lotus, s’y dressait un grand arbre, au teint lustré, aux racines profondes, se déployant en de multiples troncs et branches, tel un support sacré du Seigneur Pati (Śiva) au sein du monde créé.
Verse 7
रम्यं ह्यविरलच्छायं दशयोजनमण्डलम् तत्र भूतवनं नाम नानाभूतगणालयम्
C’était une contrée ravissante, à l’ombre dense et continue, s’étendant sur un cercle de dix yojanas. Là se trouvait une forêt nommée Bhūtavana, demeure de nombreuses troupes de bhūtas et d’êtres serviteurs — les gaṇas qui se meuvent sous le Seigneur Pati (Śiva).
Verse 8
महादेवस्य देवस्य शङ्करस्य महात्मनः दीप्तमायतनं तत्र महामणिविभूषितम्
Là se dressait le sanctuaire rayonnant du magnanime Śaṅkara—Mahādeva, Seigneur des dieux—resplendissant, orné de puissants joyaux.
Verse 9
हेमप्राकारसंयुक्तं मणितोरणमण्डितम् स्फाटिकैश् च विचित्रैश् च गोपुरैश् च समन्वितम्
Il était ceint de remparts d’or, orné de portails de joyaux, et pourvu de merveilleuses structures de cristal et de gopuras élevés — demeure digne de Pati, le Seigneur qui délivre le pashu lié par le pasha grâce à Sa présence auspicieuse dans le Linga.
Verse 10
सिंहासनैर्मणिमयैः शुभास्तरणसंयुतैः क्षितावितस्ततः सम्यक् शर्वेणाधिष्ठितैः शुभैः
Puis, sur le sol, étaient disposés avec justesse des trônes-lions de bon augure, faits de gemmes et munis de couvertures sacrées — des sièges bénis présidés par Śarva (Śiva) Lui-même.
Verse 11
अम्लानमालानिचितैर् नानावर्णैर् गृहोत्तमैः मण्डपैः सुविचित्रैस् तु स्फाटिकस्तम्भसंयुतैः
Avec des monceaux de guirlandes inaltérables aux mille couleurs, et avec d’excellentes demeures et des pavillons finement ouvragés munis de colonnes de cristal — ainsi doit-on parer la demeure sacrée pour le culte du Linga de Pati, le Seigneur qui délivre le pashu du pasha.
Verse 12
संयुतं सर्वभूतेन्द्रैर् ब्रह्मेन्द्रोपेन्द्रपूजितैः वराहगजसिंहर्क्षशार्दूलकरभाननैः
Il était accompagné des plus éminents seigneurs des êtres — honorés par Brahmā, Indra et Upendra — et servi par ceux dont les visages étaient semblables à ceux du sanglier, de l’éléphant, du lion, de l’ours, du tigre et du chameau.
Verse 13
गृध्रोलूकमुखैश्चान्यैर् मृगोष्ट्राजमुखैरपि प्रमथैर्विविधैः स्थूलैर् गिरिकूटोपमैः शुभैः
Et il y avait encore d’autres Pramathas — certains au visage de vautour et de hibou, d’autres au visage de cerf, de chameau et de chèvre — variés de forme, au corps massif, de bon augure, dressés tels des pics de montagne, au service du Seigneur.
Verse 14
करालैर्हरिकेशैश् च रोमशैश् च महाभुजैः नानावर्णाकृतिधरैर् नानासंस्थानसंस्थितैः
Ils étaient redoutables, aux cheveux fauves, au corps hérissé et aux bras puissants ; revêtus de couleurs et de formes diverses, ils demeuraient établis en maintes figures et dispositions, comme serviteurs du Seigneur.
Verse 15
दीप्तास्यैर् दीप्तचरितैर् नन्दीश्वरमुखैः शुभैः ब्रह्मेन्द्रविष्णुसंकाशैर् अणिमादिगुणान्वितैः
Ils étaient de bon augure, au visage flamboyant et aux actes illustres, conduits par Nandīśvara ; rayonnants tels Brahmā, Indra et Viṣṇu, et pourvus des perfections yogiques commençant par aṇimā, comme serviteurs du Pati suprême.
Verse 16
अशून्यममरैर्नित्यं महापरिषदैस् तथा तत्र भूतपतेर्देवाः पूजां नित्यं प्रयुञ्जते
Cette demeure sacrée n’est jamais vide : elle est toujours remplie des Immortels et de la grande assemblée divine. Là, les Deva accomplissent sans cesse le culte de Bhūtapati, le Seigneur de tous les êtres, avec une bhakti ininterrompue.
Verse 17
झर्झरैः शङ्खपटहैर् भेरीडिण्डिमगोमुखैः ललितावसितोद्गीतैर् वृत्तवल्गितगर्जितैः
Avec les tambours jharjhara, les conques, les tambours paṭaha, les bhērī, les ḍiṇḍima et les cors gomukha—avec des chants qui s’élevaient puis retombaient doucement en cadence gracieuse, et des bonds rythmés mêlés de clameurs retentissantes—s’éleva un tumulte de bon augure en l’honneur de Pati, qui desserre les liens du pāśa des âmes paśu enchaînées.
Verse 18
पूजितो वै महादेवः प्रमथैः प्रमथेश्वरः सिद्धर्षिदेवगन्धर्वैर् ब्रह्मणा च महात्मना
En vérité, Mahādeva—Seigneur des Pramatha—fut dûment adoré par les Pramatha, par les Siddha, les Ṛṣi, les Deva et les Gandharva, et aussi par le magnanime Brahmā. Ainsi Pati, toujours digne d’adoration, est honoré par tous les ordres d’êtres.
Verse 19
उपेन्द्रप्रमुखैश्चान्यैः पूजितस्तत्र शंकरः विभक्तचारुशिखरं यत्र तच्छङ्खवर्चसम्
Là, Śaṅkara fut vénéré par Upendra et par les autres dieux. En ce lieu sacré resplendit le lumineux Śaṅkha-varcas, marqué de sommets harmonieusement distincts ; là, les Deva rendent hommage à Pati, le Seigneur qui délie le pāśa, les liens des paśu, les âmes enchaînées.
Verse 20
कैलास कैलासो यक्षराजस्य कुबेरस्य महात्मनः निवासः कोटियक्षाणां तथान्येषां महात्मनाम्
Ce Kailāsa même—le mont Kailāsa—est la demeure sublime de Kubera, le magnanime roi des Yakṣa ; il est aussi l’habitation de crores de Yakṣa et d’autres êtres nobles. Dans la vision śaiva, un tel siège divin ne prospère que par l’assentiment de Pati Śiva, car toute souveraineté céleste demeure soutenue dans son ordre suprême.
Verse 21
तत्रापि देवदेवस्य भवस्यायतनं महत् तस्मिन्नायतने सोमः सदास्ते सगणो हरः
Même là se dresse le vaste sanctuaire de Bhava, le Dieu des dieux. En cette demeure sacrée, Soma est toujours présent, et Hara y réside sans cesse avec ses Gaṇa.
Verse 22
यत्र मन्दाकिनी नाम नलिनी विपुलोदका सुवर्णमणिसोपाना कुबेरशिखरे शुभे
Là, sur le sommet auspice de Kubera, se trouve le lac aux lotus nommé Mandākinī, riche de vastes eaux. Ses rives sont façonnées en degrés d’or et de gemmes : un tīrtha purificateur, digne du culte de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 23
जांबूनदमयैः पद्मैर् गन्धस्पर्शगुणान्वितैः नीलवैडूर्यपत्रैश् च गन्धोपेतैर्महोत्पलैः
Avec des lotus faits d’or Jāmbūnada, pourvus de parfum et d’un toucher délicieux ; avec des pétales semblables aux gemmes bleues de vaidūrya ; et avec de grands utpala imprégnés de senteur, (l’offrande est accomplie). Une telle excellence est dédiée à Pati, le Seigneur qui délie les liens du paśu.
Verse 24
तथा कुमुदषण्डैश् च महापद्मैर् अलंकृता यक्षगन्धर्वनारीभिर् अप्सरोभिश् च सेविता
De même, il était orné de bouquets de kumuda (lotus nocturnes) et de grands lotus, et servi par des femmes Yakṣa et Gandharva, ainsi que par les Apsarās.
Verse 25
देवदानवगन्धर्वैर् यक्षराक्षसकिन्नरैः उपस्पृष्टजला पुण्या नदी मन्दाकिनी शुभा
Auspice et sacré est le fleuve Mandākinī : ses eaux ont été touchées et sanctifiées par les Deva, Dānava, Gandharva, Yakṣa, Rākṣasa et Kinnara. Ainsi devient-il purificateur pour le paśu (l’âme liée) qui cherche à se défaire du pāśa par la bhakti envers le Pati, Śiva.
Verse 26
तस्याश्चोत्तरपार्श्वे तु भवस्यायतनं शुभम् वैडूर्यमणिसम्पन्नं तत्रास्ते शङ्करो ऽव्ययः
Sur sa rive du nord se dresse l’auguste sanctuaire de Bhava, paré de gemmes vaidūrya ; là demeure Śaṅkara, l’impérissable — le Pati (Seigneur) qui reste immuable tandis que les mondes naissent et se résorbent.
Verse 27
द्विजाः कनकनन्दायास् तीरे वै प्राचि दक्षिणे वनं द्विजसहस्राढ्यं मृगपक्षिसमाकुलम्
Ô dvija, sur la rive sud de la rivière Kanakanandā, vers l’orient, s’étendait une forêt : riche de milliers de brāhmaṇa et foisonnante de cerfs et d’oiseaux ; digne d’être un champ sanctifié pour la présence de Śiva et la maturation du paśu vers le Pati.
Verse 28
तत्रापि सगणः साम्बः क्रीडते ऽद्रिसमे गृहे नन्दायाः पश्चिमे तीरे किंचिद् वै दक्षिणाश्रिते
Là encore, Sāmba, avec ses gaṇa, se livre au jeu sacré dans une demeure semblable à une montagne, sur la rive occidentale de la Nandā, légèrement au sud. En ce voisinage sanctifié, la présence du Seigneur se pressent à travers ses serviteurs, attirant le paśu vers la voie du Pati par le lieu consacré et la līlā divine.
Verse 29
पुरं रुद्रपुरी नाम नानाप्रासादसंकुलम् तत्रापि शतधा कृत्वा ह्य् आत्मानं चाम्बया सह
Il y avait une cité nommée Rudrapurī, foisonnante de palais innombrables. Là aussi, le Seigneur—avec Ambā (Śakti)—multiplia sa propre forme au centuple.
Verse 30
क्रीडते सगणः साम्बस् तच्छिवालयम् उच्यते एवं शतसहस्राणि शर्वस्यायतनानि तु
Là où Sāmba—Śiva uni à Śakti—se divertit avec ses gaṇas, ce lieu est appelé śivālaya, le temple de Śiva. Ainsi, il existe des centaines de milliers de demeures sacrées de Śarva (le Seigneur Śiva).
Verse 31
प्रतिद्वीपे मुनिश्रेष्ठाः पर्वतेषु वनेषु च नदीनदतटाकानां तीरेष्वर्णवसंधिषु
Sur chaque dvīpa, ô sages éminents, demeurent les meilleurs munis : sur les montagnes et dans les forêts, sur les rives des rivières, des ruisseaux et des lacs, et aux lieux de jonction de l’océan ; ils y établissent des sièges sacrés pour conduire le Paśu (l’âme liée) vers le Pati, Śiva.
Bhūtavana is described as a vast, shaded sacred forest—an abode of diverse bhūta-gaṇas—within which Śiva’s radiant sanctuary stands. It functions as a devotional mandala where Śiva’s presence is continually honored by his attendants and higher beings.
Kailāsa is presented as Kubera’s region populated by yakṣas, yet it also contains major Śiva-ayatanas. Mandākinī, with sanctifying waters and lotus imagery, becomes a tīrtha-space whose banks host Śiva’s shrines, showing that prosperity-realms and pilgrimage waters are ultimately oriented toward Śiva-bhakti.
It teaches Śiva’s immanence: while Śiva is avyaya and transcendent, he is accessible everywhere through consecrated worship. The many shrines legitimize pilgrimage and reinforce that any place can become a liberating kṣetra through devotion, purity, and ritual attention.