
Adhyaya 50 — देवपुर्यः, पुराणि, आयतनानि च; श्रीकण्ठाधिपत्य-प्रतिपादनम्
Poursuivant le récit cosmologique de Sūta, ce chapitre énumère des sommets sacrés et les puras/établissements qui leur sont associés pour diverses catégories d’êtres—Daityas, Dānavas, Rākṣasas, Yakṣas, Kinnaras, Gandharvas, Vidyādharas et Nāgas—et désigne aussi certains résidents divins tels que Garuḍa, Nīlalohita, Kubera, Guha et les Saptarṣi. Le propos passe ensuite du catalogue à la théologie : ces āyatanas existent même sur les maryādā-parvata (montagnes-frontières), mais tous sont en définitive « Śrīkaṇṭha-adhiṣṭhita », établis sous la souveraineté de Śrīkaṇṭha. Le texte introduit l’idée d’administrateurs cosmiques (aṇḍa-pālakāḥ), comparés à des cakravartin, et oriente vers les Vidyeśvara comme principe d’organisation plus élevé. La conclusion affirme que l’univers entier, mobile et immobile, jusqu’à Kālāgni-Śiva, repose dans la gouvernance de Śrīkaṇṭha, préparant la suite sur les montagnes de limite et la seigneurie cosmique totale de Śiva.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे एकोनपञ्चाशत्तमो ऽध्यायः सूत उवाच शितान्तशिखरे शक्रः पारिजातवने शुभे तस्य प्राच्यां कुमुदाद्रिकूटो ऽसौ बहुविस्तरः
Ainsi, dans le vénérable Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrva-bhāga, commence le quarante-neuvième chapitre. Sūta dit : Sur le sommet nommé Śitānta, Śakra (Indra) se tenait dans le bosquet auspicious de Pārijāta ; et à l’est de ce lieu s’élevait la cime du mont Kumudādri, largement étendue.
Verse 2
अष्टौ पुराण्युदीर्णानि दानवानां द्विजोत्तमाः सुवर्णकोटरे पुण्ये राक्षसानां महात्मनाम्
Ô le meilleur des deux-fois-nés, huit Purāṇa furent proclamés parmi les Dānavas, dans la sainte Caverne d’Or, pour les Rākṣasas au grand cœur, afin que le dharma soit rappelé et que les liens (pāśa) de l’ignorance se relâchent sous le Seigneur, le Pati.
Verse 3
नीलकानां पुराण्याहुर् अष्टषष्टिर्द्विजोत्तमाः महानीले ऽपि शैलेन्द्रे पुराणि दश पञ्च च
Ô le meilleur des deux-fois-nés, ils déclarent que les Nīlakaṇṭha possèdent soixante-huit Purāṇa anciens ; et sur la grande montagne Mahānīla, seigneur des monts, il y a aussi quinze Purāṇa.
Verse 4
हयाननानां मुख्यानां किन्नराणां च सुव्रताः वेणुसौधे महाशैले विद्याधरपुरत्रयम्
Ô vous aux vœux nobles, sur la grande montagne nommée Veṇusau dha se dressent trois cités des Vidyādhara — appartenant aux plus éminents des êtres à face de cheval ainsi qu’aux Kinnara — ordonnées dans le cosmos réglé par Śiva.
Verse 5
वैकुण्ठे गरुडः श्रीमान् करञ्जे नीललोहितः वसुधारे वसूनां तु निवासः परिकीर्तितः
À Vaikuṇṭha demeure le glorieux Garuḍa ; à Karañja réside Nīlalohita (Śiva, le Seigneur Bleu-et-Rouge). Et à Vasudhārā est proclamée la demeure des Vasus.
Verse 6
रत्नधारे गिरिवरे सप्तर्षीणां महात्मनाम् सप्तस्थानानि पुण्यानि सिद्धावासयुतानि च
Sur l’excellent mont Ratnadhara se trouvent sept stations sacrées des Saptarishis au grand cœur : sièges de pèlerinage purs, accompagnés des demeures des Siddhas.
Verse 7
महत्प्रजापतेः स्थानम् एकशृङ्गे नगोत्तमे गजशैले तु दुर्गाद्याः सुमेधे वसवस् तथा
Sur l’excellent mont Ekaśṛṅga se trouve le siège auguste de Prajāpati. Sur Gajaśaila demeurent Durgā et les autres Mères divines ; et sur Sumedhā résident pareillement les Vasus—ainsi ces demeures de sommet sont établies dans l’ordre sacré soutenu par Pati (Śiva).
Verse 8
आदित्याश् च तथा रुद्राः कृतावासास्तथाश्विनौ अशीतिर्देवपुर्यस्तु हेमकक्षे नगोत्तमे
Là se trouvent aussi les Ādityas et les Rudras, établis en leurs demeures ; de même les Kṛtāvāsas et les jumeaux Aśvin. Sur Hemakakṣa, le plus éminent des monts, se tiennent quatre-vingts cités divines.
Verse 9
सुनीले रक्षसां वासाः पञ्चकोटिशतानि च पञ्चकूटे पुराण्यासन् पञ्चकोटिप्रमाणतः
À Sunīla se trouvaient les établissements des Rākṣasas, au nombre de cinq cents koṭis ; et sur Pañcakūṭa existaient d’antiques demeures, s’étendant à la mesure de cinq koṭis.
Verse 10
शतशृङ्गे पुरशतं यक्षाणाममितौजसाम् ताम्राभे काद्रवेयाणां विशाखे तु गुहस्य वै
Sur Śataśṛṅga s’élèvent cent citadelles des Yakṣas, à la puissance incommensurable. À Tāmrābha se trouvent les demeures des Kādraveyas ; et à Viśākha est, en vérité, la résidence de Guha (Skanda).
Verse 11
श्वेतोदरे मुनिश्रेष्ठाः सुपर्णस्य महात्मनः पिशाचके कुबेरस्य हरिकूटे हरेर्गृहम्
Ô sages éminents, à Śvetodara se trouve le siège sacré du magnanime Suparṇa (Garuḍa). À Piśācaka est la demeure de Kubera ; et sur Hari-kūṭa s’élève la maison de Hari. Ainsi ces résidences divines sont-elles établies dans leurs régions saintes propres.
Verse 12
कुमुदे किंनरावासस् त्व् अञ्जने चारणालयः कृष्णे गन्धर्वनिलयः पाण्डुरे पुरसप्तकम्
Dans la région à la teinte kumuda se trouve la demeure des Kiṃnaras ; dans l’ombre sombre de l’añjana, l’asile des Cāraṇas ; dans le noir (kṛṣṇa), l’établissement des Gandharvas ; et dans le pâle (pāṇḍura), le groupe des sept cités. Ainsi les mondes sont-ils répartis selon des qualités de lumière, sous le Seigneur Pati qui ordonne les stations de tous les êtres.
Verse 13
विद्याधराणां विप्रेन्द्रा विश्वभोगसमन्वितम् सहस्रशिखरे शैले दैत्यानामुग्रकर्मणाम्
Ô meilleur des brahmanes, sur la montagne aux mille sommets existait un domaine splendide des Vidyādharas, comblé de toutes jouissances ; et pourtant c’était aussi le siège des Daityas aux actes farouches.
Verse 14
पुराणां तु सहस्राणि सप्त शक्रारिणां द्विजाः मुकुटे पन्नगावासः पुष्पकेतौ मुनीश्वराः
Ô sages deux fois nés, les Purāṇas se comptent par milliers, et sept principaux sont enseignés dans la tradition opposée à Śakra (Indra). Parmi les munis vénérables, on se souvient de Pannagāvāsa, qui porte un serpent en guise de couronne, et de Puṣpaketu : noms conservés dans la lignée sacrée qui transmet cet enseignement śaiva.
Verse 15
वैवस्वतस्य सोमस्य वायोर्नागाधिपस्य च तक्षके चैव शैलेन्द्रे चत्वार्यायतनानि च
Il existe aussi quatre demeures sacrées : celles liées à Vaivasvata (Yama), Soma, Vāyu et au Seigneur des Nāgas ; et de même des demeures rattachées à Takṣaka et à Śailendra. Par de tels sièges consacrés, la bhakti envers Pati (Śiva) se raffermit, et le paśu (l’âme liée) est guidé vers la délivrance du pāśa (lien d’asservissement).
Verse 16
ब्रह्मेन्द्रविष्णुरुद्राणां गुहस्य च महात्मनः कुबेरस्य च सोमस्य तथान्येषां महात्मनाम्
De Brahmā, d’Indra, de Viṣṇu et des Rudra ; du magnanime Guha (Skanda) ; de Kubera et de Soma ; et de même d’autres grands êtres — louanges et invocations furent offertes, reconnaissant la suprématie de Pati, Śiva, au-delà de toute fonction divine.
Verse 17
सन्त्यायतनमुख्यानि मर्यादापर्वतेष्वपि श्रीकण्ठाद्रिगुहावासी सर्वावासः सहोमया
Même sur les montagnes frontières se trouvent des sanctuaires parmi les plus éminents. Là, dans la grotte du mont Śrīkaṇṭha, demeure le Seigneur, Demeure de tout—avec Umā—révélant Pati (Śiva) comme refuge intérieur de tout paśu (âme liée) et de tout siège sacré.
Verse 18
श्रीकण्ठस्याधिपत्यं वै सर्वदेवेश्वरस्य च अण्डस्यास्य प्रवृत्तिस्तु श्रीकण्ठेन न संशयः
En vérité, la souveraineté appartient à Śrīkaṇṭha, le Seigneur de tous les dieux. Le déploiement et le fonctionnement de cet Œuf cosmique (aṇḍa) procèdent de Śrīkaṇṭha—sans aucun doute.
Verse 19
अनन्तेशादयस्त्वेवं प्रत्येकं चाण्डपालकाः चक्रवर्तिन इत्युक्तास् ततो विद्येश्वरास्त्विह
Ainsi, Ananteśa et les autres—chacun dans sa propre sphère—sont les gardiens des œufs cosmiques (aṇḍa), les univers. On les appelle « cakravartin », souverains universels ; et c’est pourquoi, ici, ils sont connus comme les Vidyeśvara, Seigneurs de la connaissance divine, établis pour maintenir l’ordre de Śiva.
Verse 20
श्रीकण्ठाधिष्ठितान्यत्र स्थानानि च समासतः मर्यादापर्वतेष्वद्य शृण्वन्तु प्रवदाम्य् अहम्
Écoutez maintenant : je vais proclamer brièvement les demeures sacrées présidées par Śrīkaṇṭha (le Seigneur Śiva), surtout celles qui se dressent sur les montagnes-frontières—sièges saints où le Pati révèle Sa présence pour élever les paśu, les âmes liées.
Verse 21
श्रीकण्ठाधिष्ठितं विश्वं चराचरमिदं जगत् कालाग्निशिवपर्यन्तं कथं वक्ष्ये सविस्तरम्
Cet univers tout entier—ce monde mobile et immobile—est soutenu par Śrīkaṇṭha (Śiva). S’étendant jusqu’à Kālāgni-Śiva, comment pourrais-je le décrire en tous ses détails ?
Āyatana indicates a consecrated abode/sanctuary—often mountain-based—where a deity, ṛṣi, or celestial class is established; the chapter uses it to show an ordered network of sacred seats under Śiva’s ultimate authority.
The list could suggest multiple independent powers, but the text resolves this by asserting ‘Śrīkaṇṭha-adhiṣṭhita’ governance: all localized divine jurisdictions are subordinate to Śiva, integrating sacred geography into a single Shaiva metaphysics.
Aṇḍa-pālakāḥ are administrators/guardians of cosmic domains (aṇḍas), described as cakravartin-like rulers; the narrative then signals a transition to Vidyeśvaras as a higher Shaiva category structuring and transcending such cosmic administration.