Adhyaya 31
Purva BhagaAdhyaya 3146 Verses

Adhyaya 31

देवदारुवनौकसां प्रति ब्रह्मोपदेशः—लिङ्गलक्षण-प्रतिष्ठा-विधिः, शिवमायारूपदर्शनं, स्तुतिः

Sanatkumara demande comment les sages de Devadāruvana ont obtenu refuge par la grâce de Śiva. Le récit répond par l’enseignement de Brahmā : Mahādeva seul est le Seigneur suprême, maître des dieux, des ṛṣi et des pitṛ ; lors du pralaya il devient Kāla (le Temps) et résorbe les êtres, puis, par son propre tejas, recrée le monde. Le chapitre devient ensuite pratique : l’adorateur qualifié doit façonner un Śiva-liṅga avec ses marques et proportions justes (rond, carré, octogonal, à seize côtés), établir une vedikā proportionnée avec un écoulement gomukhī et une pattikā tout autour, choisir des matériaux auspices, l’installer correctement, placer un kalaśa au centre, puis accomplir la consécration, l’abhiṣeka et l’aspersion avec des substances pures. Les sages pratiquent tapas et culte pendant un an ; au printemps Śiva apparaît sous un aspect volontairement saisissant—couvert de cendre, nu, portant un brandon, agissant de façon paradoxale—manifestant sa yogamāyā. Les sages, avec leurs familles, adorent, confessent les fautes du corps, de la parole et du mental, et louent Rudra dans ses formes cosmiques et sa souveraineté. Satisfait, Śiva accorde la vision divine pour contempler sa véritable forme aux trois yeux, montrant que le darśana suit l’humilité et l’upāsanā correcte.

Shlokas

Verse 1

इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे त्रिंशो ऽध्यायः सनत्कुमार उवाच कथं भवप्रसादेन देवदारुवनौकसः प्रपन्नाः शरणं देवं वक्तुमर्हसि मे प्रभो

Ainsi, dans le Śrī Liṅga Mahāpurāṇa, dans le Pūrva-bhāga, s’achève le trentième chapitre. Sanatkumāra dit : « Ô Seigneur, daigne m’expliquer comment, par la grâce de Bhava (Śiva), les habitants de la forêt de Devadāru se sont abandonnés et ont pris refuge auprès du Seigneur divin. »

Verse 2

शैलादिरुवाच तानुवाच महाभागान् भगवान् आत्मभूः स्वयम् देवदारुवनस्थांस्तु तपसा पावकप्रभान्

Śailādi dit : Alors le Seigneur Brahmā, l’Auto-né (Ātmabhū), s’adressa à ces grands sages demeurant dans la forêt de Devadāru—ascètes rayonnants comme le feu par la puissance de leur tapas.

Verse 3

पितामह उवाच एष देवो महादेवो विज्ञेयस्तु महेश्वरः न तस्मात्परमं किंचित् पदं समधिगम्यते

Pitāmaha (Brahmā) dit : « C’est Lui seul qu’il faut reconnaître comme Dieu—Mahādeva, Maheśvara, le Grand Seigneur. Au-delà de Lui, nul état, nul but, nulle demeure plus haute ne peut être atteinte. »

Verse 4

देवानां च ऋषीनां च पितॄणां चैव स प्रभुः सहस्रयुगपर्यन्ते प्रलये सर्वदेहिनः

Lui seul est le Souverain (Pati) des Deva, des Ṛṣi et des Pitṛ; et lors de la dissolution au terme de mille yuga, il préside au destin de tous les êtres incarnés.

Verse 5

संहरत्येष भगवान् कालो भूत्वा महेश्वरः एष चैव प्रजाः सर्वाः सृजत्येकः स्वतेजसा

Ce Seigneur Bienheureux, devenant Mahēśvara en tant que le Temps même (Kāla), retire et dissout le cosmos; et ce même Unique—seul, par sa propre radiance—fait de nouveau surgir tous les êtres. Dans le Śaiva Siddhānta, il est Pati, souverain de sṛṣṭi et de saṃhāra, tandis que les paśu se meuvent dans son ordre.

Verse 6

एष चक्री च वज्री च श्रीवत्सकृतलक्षणः योगी कृतयुगे चैव त्रेतायां क्रतुर् उच्यते

Il porte le disque et la foudre, et il est marqué du Śrīvatsa de bon augure. Au Kṛta Yuga, on le dit Yogin suprême; au Tretā Yuga, on l’appelle Kratu, l’incarnation même du sacrifice védique.

Verse 7

द्वापरे चैव कालाग्निर् धर्मकेतुः कलौ स्मृतः रुद्रस्य मूर्तयस्त्वेता ये ऽभिध्यायन्ति पण्डिताः

Dans l’âge Dvāpara, Rudra est rappelé comme Kālāgni; et dans l’âge Kali, il est connu comme Dharmaketu. Telles sont les mūrtis manifestées de Rudra sur lesquelles les savants méditent, reconnaissant l’unique Pati apparaissant selon les yuga pour gouverner le dharma et consumer le pāśa (l’entrave).

Verse 8

चतुरस्रं बहिश्चान्तर् अष्टास्रं पिण्डिकाश्रये वृत्तं सुदर्शनं योग्यम् एवं लिङ्गं प्रपूजयेत्

Que l’on adore le Liṅga sous cette forme juste : à l’extérieur, quadrangulaire ; à l’intérieur, octogonal ; solidement établi sur la piṇḍikā (base) ; et qu’il soit circulaire, d’heureuse vision et propre au rite. Ainsi doit-on accomplir dignement le culte du Liṅga.

Verse 9

तमो ह्यग्नी रजो ब्रह्मा सत्त्वं विष्णुः प्रकाशकम् मूर्तिरेका स्थिता चास्य मूर्तयः परिकीर्तिताः

Tamas est en vérité Agni ; rajas est Brahmā ; et sattva—qui illumine—est Viṣṇu. Pourtant, Sa réalité est une et demeure à jamais ; ces trois-là sont proclamés comme Ses formes manifestées.

Verse 10

यत्र तिष्ठति तद्ब्रह्म योगेन तु समन्वितम् तस्माद्धि देवदेवेशम् ईशानं प्रभुमव्ययम्

Là où demeure Cela (la Réalité suprême), là se trouve Brahman, uni au Yoga sans séparation. C’est pourquoi il faut vénérer Īśāna, Seigneur des seigneurs des dieux, Maître souverain et impérissable.

Verse 11

आराधयन्ति विप्रेन्द्रा जितक्रोधा जितेन्द्रियाः लिङ्गं कृत्वा यथान्यायं सर्वलक्षणसंयुतम्

Les brahmanes les plus éminents—ayant vaincu la colère et maîtrisé les sens—adorent (Śiva) en façonnant le Liṅga selon la règle prescrite, pourvu de tous les signes auspicieux (d’un Liṅga authentique).

Verse 12

अङ्गुष्ठमात्रं सुशुभं सुवृत्तं सर्वसंमतम् समनाभं तथाष्टास्रं षोडशास्रम् अथापि वा

Le Śiva-liṅga peut être façonné de la taille d’un pouce : beau, bien arrondi et approuvé de tous. Il doit être proportionné, avec une marque centrale semblable à un nombril, et peut être taillé à huit arêtes, voire à seize.

Verse 13

सुवृत्तं मण्डलं दिव्यं सर्वकामफलप्रदम् वेदिका द्विगुणा तस्य समा वा सर्वसंमता

Il faut façonner un maṇḍala parfaitement circulaire et divin, dispensateur des fruits de tous les désirs. La vedikā (plateforme d’autel) doit en mesurer le double, ou bien être égale à lui ; telle est la règle admise par tous.

Verse 14

गोमुखी च त्रिभागैका वेद्या लक्षणसंयुता पट्टिका च समन्ताद्वै यवमात्रा द्विजोत्तमाः

Ô le meilleur des deux-fois-nés, le piédestal (vedī) doit être façonné selon la forme « bouche de vache » (gomukhī), divisé en trois parties et pourvu des marques prescrites ; et tout autour, de tous côtés, qu’il y ait une bande d’enceinte (paṭṭikā) de la mesure d’un yava (grain d’orge).

Verse 15

सौवर्णं राजतं शैलं कृत्वा ताम्रमयं तथा वेदिकायाश् च विस्तारं त्रिगुणं वै समन्ततः

Après avoir façonné la pierre sacrée du piédestal en or, en argent et de même en cuivre, on doit faire en sorte que la plate-forme d’autel (vedikā) s’étende de tous côtés jusqu’à trois fois sa mesure, afin que le culte du Liṅga soit établi avec juste proportion et sainteté.

Verse 16

वर्तुलं चतुरस्रं वा षडस्रं वा त्रिरस्रकम् समन्तान्निर्व्रणं शुभ्रं लक्षणैस्तत् सुलक्षितम्

Le Śiva-liṅga peut être circulaire, carré, hexagonal ou triangulaire ; il doit être sans défaut de tous côtés, pur et lumineux. Pourvu de ces marques de bon augure, il est dit bien caractérisé pour le culte—apte à l’approche révérencieuse du paśu (l’âme liée) vers Pati (Śiva), le Seigneur.

Verse 17

प्रतिष्ठाप्य यथान्यायं पूजालक्षणसंयुतम् कलशं स्थापयेत्तस्य वेदिमध्ये तथा द्विजाः

L’ayant dûment installé selon la règle prescrite, et veillant à ce qu’il soit pourvu des marques et des requis du culte, les deux-fois-nés doivent alors placer le vase rituel d’eau (kalaśa) pour ce rite au centre même de l’autel. Ainsi, par une pūjā ordonnée, on s’approche de Pati (Śiva) et l’on desserre les liens (pāśa) qui enchaînent le paśu (l’âme).

Verse 18

सहिरण्यं सबीजं च ब्रह्मभिश् चाभिमन्त्रितम् सेचयेच्च ततो लिङ्गं पवित्रैः पञ्चभिः शुभैः

Ensuite, on doit asperger le Śiva-liṅga des cinq offrandes purificatrices et de bon augure—préparées avec de l’or et des semences sacrées, et consacrées par les brahmanes au moyen des mantras—sanctifiant ainsi l’emblème de Pati, le Seigneur qui desserre les liens (pāśa) du paśu (l’âme).

Verse 19

पूजयेच्च यथालाभं ततः सिद्धिमवाप्स्यथ समाहिताः पूजयध्वं सपुत्राः सह बन्धुभिः

Adorez le Seigneur sous la forme du Liṅga selon les moyens dont vous disposez; alors vous obtiendrez le siddhi (accomplissement spirituel). L’esprit recueilli, accomplissez ce culte avec vos fils et vos proches, afin que le paśu (l’âme individuelle) s’avance vers la grâce de Pati (Śiva) et que le pāśa (lien d’asservissement) se desserre.

Verse 20

सर्वे प्राञ्जलयो भूत्वा शूलपाणिं प्रपद्यत ततो द्रक्ष्यथ देवेशं दुर्दर्शमकृतात्मभिः

«Vous tous, les mains jointes en añjali, prenez refuge auprès du Seigneur qui porte le Trident. Alors vous verrez le Seigneur des Devas, difficile à percevoir pour ceux dont l’être intérieur n’est pas purifié.»

Verse 21

यं दृष्ट्वा सर्वमज्ञानम् अधर्मश् च प्रणश्यति ततः प्रदक्षिणं कृत्वा ब्रह्माणममितौजसम्

À sa vue, toute ignorance et tout adharma s’anéantissent. Puis, après avoir accompli la pradakṣiṇa (circumambulation révérencieuse), il s’approcha de Brahmā, à la splendeur incommensurable.

Verse 22

सम्प्रस्थिता वनौकास्ते देवदारुवनं ततः आराधयितुमारब्धा ब्रह्मणा कथितं यथा

Alors ces habitants de la forêt se mirent en route vers la forêt de Devadāru. Et ils commencèrent l’adoration exactement comme Brahmā l’avait enseigné, tournant leur effort vers l’apaisement de Pati (Śiva) par la bhakti prescrite.

Verse 23

स्थण्डिलेषु विचित्रेषु पर्वतानां गुहासु च नदीनां च विविक्तेषु पुलिनेषु शुभेषु च

Sur des emplacements plats, consacrés et merveilleusement variés; dans les grottes des montagnes; et sur les bancs de sable solitaires et propices le long des rivières—là, l’on doit demeurer et accomplir le culte.

Verse 24

शैवालशोभनाः केचित् केचिदन्तर्जलेशयाः केचिद्दर्भावकाशास्तु पादाङ्गुष्ठाग्रधिष्ठिताः

Les uns sont parés de mousse des rivières ; les autres demeurent cachés au sein des eaux ; d’autres résident dans les interstices de l’herbe kuśa ; et d’autres encore sont établis sur la pointe même du gros orteil — stations subtiles des âmes incarnées (paśu) qui se meuvent sous les liens (pāśa) au sein de la création manifestée du Seigneur (Pati).

Verse 25

दन्तोलूखलिनस्त्वन्ये अश्मकुट्टास् तथा परे स्थानवीरासनास्त्वन्ये मृगचर्यारताः परे

Certains ascètes śaivas vivent de ce que leurs propres dents ont broyé, tandis que d’autres écrasent leur nourriture avec des pierres. Les uns demeurent immobiles, debout ou dans le siège héroïque du yoga (vīrāsana) ; d’autres se plaisent à l’observance de se mouvoir comme des cerfs — chacun poursuit l’ascèse pour Pati, le Seigneur Śiva, qui délivre le paśu des liens du pāśa.

Verse 26

कालं नयन्ति तपसा पूजया च महाधियः एवं संवत्सरे पूर्णे वसन्ते समुपस्थिते

Les sages à l’âme vaste laissent s’écouler le temps dans le tapas (l’ascèse) et dans l’adoration. Ainsi, lorsqu’une année entière fut accomplie, la saison du printemps (vasanta) advint.

Verse 27

ततस्तेषां प्रसादार्थं भक्तानाम् अनुकम्पया देवः कृतयुगे तस्मिन् गिरौ हिमवतः शुभे

Alors, afin d’accorder sa grâce à ces dévots — mû par la compassion — le Seigneur se manifesta en ce Kṛta-yuga, sur la montagne bénie d’Himavān.

Verse 28

देवदारुवनं प्राप्तः प्रसन्नः परमेश्वरः भस्मपांसूपदिग्धाङ्गो नग्नो विकृतलक्षणः

Le Seigneur Suprême (Pati), paisible et pleinement accompli en Lui-même, parvint à la forêt de Devadāru ; ses membres étaient enduits de cendre sacrée (bhasma) et de poussière, nu, portant une apparence extérieure en apparence étrange.

Verse 29

उल्मुकव्यग्रहस्तश् च रक्तपिङ्गललोचनः क्वचिच्च हसते रौद्रं क्वचिद्गायति विस्मितः

Tenant dans sa main agitée un tison flamboyant, les yeux rouge-brun aux reflets fauves, tantôt il rit d’un rire farouche, au rugissement de Rudra; tantôt—merveille étrange—il éclate en un chant sacré.

Verse 30

क्वचिन्नृत्यति शृङ्गारं क्वचिद्रौति मुहुर्मुहुः आश्रमे ह्यटते भैक्ष्यं याचते च पुनः पुनः

Tantôt il danse avec grâce, comme épris; tantôt il pleure encore et encore. Dans l’ermitage il va et vient, mendiant l’aumône, la demandant sans cesse—au dehors il paraît inconstant, mais au dedans il demeure fixé en Śiva, le Pati, au-delà du pāśa qui enchaîne le paśu (l’âme).

Verse 31

मायां कृत्वा तथारूपां देवस्तद्वनम् आगतः ततस्ते मुनयः सर्वे तुष्टुवुश् च समाहिताः

Ayant manifesté une telle forme par sa māyā divine, le Seigneur entra dans cette forêt. Alors tous ces sages, l’esprit recueilli et paisible, le louèrent par des hymnes.

Verse 32

अद्भिर् विविधमाल्यैश् च धूपैर्गन्धैस्तथैव च सपत्नीका महाभागाः सपुत्राः सपरिच्छदाः

Avec de l’eau, avec des guirlandes de mille sortes, ainsi qu’avec encens et offrandes parfumées, les dévots fortunés—avec leurs épouses, leurs fils, leurs serviteurs et tous les objets requis—doivent accomplir le culte du Liṅga, établis dans la vénération du Pati (Śiva), libérateur du paśu des liens du pāśa.

Verse 33

मुनयस्ते तथा वाग्भिर् ईश्वरं चेदम् अब्रुवन् अज्ञानाद्देवदेवेश यदस्माभिर् अनुष्ठितम्

Alors ces sages s’adressèrent au Seigneur en ces termes : « Ô Īśvara, ô Seigneur des dieux, tout ce que nous avons accompli dans l’ignorance—daigne le pardonner et le redresser par ta grâce. »

Verse 34

कर्मणा मनसा वाचा तत्सर्वं क्षन्तुमर्हसि चरितानि विचित्राणि गुह्यानि गहनानि च

Par l’acte, par la pensée et par la parole—daigne tout pardonner. Car Tes actes sont merveilleux, secrets et d’une profondeur insondable.

Verse 35

ब्रह्मादीनां च देवानां दुर्विज्ञेयानि ते हर अगतिं ते न जानीमो गतिं नैव च नैव च

Ô Hara, même pour Brahmā et les dieux, Ta réalité est extrêmement difficile à saisir. Nous ne connaissons pas Ton « non-aller » (la transcendance au-delà de toute voie), ni Ton « aller » : Ton cours immanent dans tous les mondes.

Verse 36

विश्वेश्वर महादेव यो ऽसि सो ऽसि नमो ऽस्तु ते स्तुवन्ति त्वां महात्मानो देवदेवं महेश्वरम्

Ô Viśveśvara, Mahādeva—quoi que Tu sois, Toi seul es Cela ; salutations à Toi. Les grandes âmes Te louent comme Maheśvara, le Dieu des dieux.

Verse 37

नमो भवाय भव्याय भावनायोद्भवाय च अनन्तबलवीर्याय भूतानां पतये नमः

Salutations à Bhava—auspicieux et toujours en devenir ; au Seigneur qui est la puissance même du devenir et la source d’où naît la manifestation ; à Lui dont la force et la vaillance sont sans fin—salutations au Pati, souverain de tous les êtres (bhūtas).

Verse 38

संहर्त्रे च पिशङ्गाय अव्ययाय व्ययाय च गङ्गासलिलधाराय आधाराय गुणात्मने

Salutations au Dissolveur ; au Seigneur de teinte fauve ; à l’Immuable, et aussi à Celui qui opère la dissolution ; à Celui qui porte le flot des eaux du Gange ; au Support de tout ; à Celui dont l’être est le jeu des guṇas—et pourtant le Pati suprême, au-delà de tout lien.

Verse 39

त्र्यंबकाय त्रिनेत्राय त्रिशूलवरधारिणे कन्दर्पाय हुताशाय नमो ऽस्तु परमात्मने

Hommage au Soi suprême—Tryambaka, le Seigneur aux Trois Yeux, porteur du trident et de la main qui accorde les grâces; à Lui, Désir sacré qui tourne le paśu vers la délivrance, et Feu intérieur qui consume le pāśa, le lien de servitude.

Verse 40

शङ्कराय वृषाङ्काय गणानां पतये नमः दण्डहस्ताय कालाय पाशहस्ताय वै नमः

Hommage à Śaṅkara, dont l’emblème est le Taureau, Seigneur des Gaṇas. Hommage à Celui qui porte le bâton du châtiment—Kāla, le Temps lui‑même—et hommage à Celui qui tient le pāśa, le lacet qui lie et délivre les paśus enchaînés.

Verse 41

वेदमन्त्रप्रधानाय शतजिह्वाय वै नमः भूतं भव्यं भविष्यं च स्थावरं जङ्गमं च यत्

Salutations à Celui qui est au premier rang, l’essence même des mantras védiques; salutations au Seigneur aux Cent Langues. Tout ce qui est passé, présent et futur; tout ce qui est immobile et tout ce qui se meut—tout cela est pénétré et connu par le Pati, le Śiva Suprême.

Verse 42

तव देहात्समुत्पन्नं देव सर्वमिदं जगत् पासि हंसि च भद्रं ते प्रसीद भगवंस्ततः

Ô Deva, cet univers tout entier est né de Ton propre corps. Tu le préserves et Tu le résorbes aussi. Auspice à Toi—ainsi, ô Bhagavān, Pati, sois gracieux envers nous.

Verse 43

अज्ञानाद्यदि विज्ञानाद् यत् किंचित् कुरुते नरः तत्सर्वं भगवानेव कुरुते योगमायया

Que ce soit par ignorance ou même par un savoir (limité), tout ce qu’un homme accomplit—tout cela, en vérité, c’est le Bhagavān seul qui l’accomplit, par Sa Yogamāyā, puissance divine qui gouverne l’acte incarné.

Verse 44

एवं स्तुत्वा तु मुनयः प्रहृष्टैरन्तरात्मभिः याचन्त तपसा युक्ताः पश्यामस्त्वां यथापुरा

Ainsi, après L’avoir loué, les sages—le cœur intérieur rempli d’allégresse—implorèrent le Seigneur, fermes dans l’austérité : «Puissions-nous Te contempler de nouveau, comme jadis.»

Verse 45

ततो देवः प्रसन्नात्मा स्वमेवास्थाय शङ्करः रूपं त्र्यक्षं च संद्रष्टुं दिव्यं चक्षुरदात्प्रभुः

Alors le Seigneur—Śaṅkara—paisible et pleinement satisfait, demeurant dans sa propre nature souveraine, accorda la vision divine afin que sa forme transcendante aux trois yeux fût réellement contemplée.

Verse 46

लब्धदृष्ट्या तया दृष्ट्वा देवदेवं त्रियंबकम् पुनस्तुष्टुवुरीशानं देवदारुवनौकसः

Ayant recouvré cette vision véritable et contemplé le Dieu des dieux—Tryambaka—les habitants de la forêt de Devadāru louèrent de nouveau Īśāna, le Seigneur suprême (Pati) qui dissipe les liens (pāśa) de l’âme (paśu).

Frequently Asked Questions

The chapter lists auspicious Linga shapes and profiles—round (suvrtta/vrtta), square (caturasra), and multi-angled forms such as aṣṭāśra and ṣoḍaśāra—emphasizing that worship should be done only after crafting a linga that is properly proportioned and ‘sarvalakṣaṇa-saṁyuta’ (endowed with correct marks).

Install the linga according to rule, construct a proportionate vedika with gomukhi outlet and surrounding pattika, place a kalasha in the middle of the altar, consecrate with mantras, and sprinkle/perform abhisheka using five pure (pavitra) substances; worship with water, garlands, incense, and fragrances, culminating in surrender to Shulapani and pradakshina.

The text frames it as yogamaya: Shiva adopts a paradoxical, ascetic, ash-smeared, naked guise to test surface judgments, dissolve the sages’ ignorance, and redirect them from mere external certainty to repentance, devotion, and true recognition of the Lord beyond conventional appearances.