
दक्षयज्ञध्वंसः—वीरभद्रप्रेषणं, देवविष्ण्वोः पराजयः, पुनरनुग्रहः
Les sages interrogent Sūta : d’après les paroles de Dadhīca (rappel du contexte antérieur), si Maheśvara, avec Viṣṇu, avait déjà « vaincu », comment et pourquoi s’est‑il ensuite engagé dans le yajña ? Sūta raconte l’épisode du sacrifice de Dakṣa : Rudra embrasa les devas et les groupes de munis ; puis, sur l’ordre de Parameṣṭhin (Brahmā), Vīrabhadra fut envoyé. Vīrabhadra, avec ses troupes, entra dans l’enceinte du yajña à Kanakhala, détruisit les yūpa et les accessoires rituels, mutila les dieux (arracha l’œil de Bhaga, brisa les dents de Pūṣan, etc.) et vainquit Indra, Agni, Yama et d’autres. Un combat terrible eut lieu contre Viṣṇu ; même les corps divins issus de sa puissance yogique furent apaisés, et le cakra fut immobilisé. Le Yajña s’enfuit sous forme de cerf ; la tête de Dakṣa fut tranchée et brûlée dans le feu. Alors Brahmā pria pour apaiser la colère ; Śiva apparut dans les airs, porteur de l’étendard du taureau, entouré de ses gaṇa, rendit aux devas leurs corps d’autrefois, replaça la tête de Dakṣa et accorda des grâces. Dakṣa loua le Seigneur et obtint un rang parmi les gaṇa. Le chapitre ouvre sur la suite : purification du dharma du yajña, rétablissement des dieux et voie śaiva fondée sur l’anugraha de Śiva.
Verse 1
इति श्रीलिङ्गमहापुराणे पूर्वभागे देवीसंभवो नाम नवनवतितमो ऽध्यायः ऋषय ऊचुः विजित्य विष्णुना सार्धं भगवान्परमेश्वरः सर्वान्दधीचवचनात् कथं भेजे महेश्वरः
Les sages dirent : «Après que le Bienheureux Seigneur suprême, Maheśvara, avec Viṣṇu, eut vaincu tous (les camps adverses), comment ce Grand Seigneur agit-il ensuite selon les paroles de Dadhīca ?»
Verse 2
सूत उवाच दक्षयज्ञे सुविपुले देवान् विष्णुपुरोगमान् ददाह भगवान् रुद्रः सर्वान् मुनिगणान् अपि
Sūta dit : Dans le vaste sacrifice de Dakṣa, le Bienheureux Rudra brûla les dieux—même ceux conduits par Viṣṇu—ainsi que toutes les assemblées de sages. Ainsi, le Pati (Seigneur) brisa l’orgueil du ritualisme et révéla qu’un sacrifice privé de Śiva-bhakti devient un pāśa (lien), non un moyen de délivrance.
Verse 3
भद्रो नाम गणस्तेन प्रेषितः परमेष्ठिना विप्रयोगेन देव्या वै दुःसहेनैव सुव्रताः
Alors Parameṣṭhin (Brahmā) dépêcha un gaṇa nommé Bhadra. Ô vous, fermes dans le vœu, la séparation d’avec la Déesse—vraiment insupportable—avait rendu cette mission pressante.
Verse 4
सो ऽसृजद् वीरभद्रश् च गणेशान्रोमजाञ्छुभान् गणेश्वरैः समारुह्य रथं भद्रः प्रतापवान्
Alors Vīrabhadra fit surgir d’heureuses troupes de Gaṇas, nées des poils de son propre corps ; et ce puissant, plein de gloire—entouré des chefs des Gaṇas—monta sur son char.
Verse 5
गन्तुं चक्रे मतिं यस्य सारथिर्भगवानजः गणेश्वराश् च ते सर्वे विविधायुधपाणयः
Il résolut de partir, et pour Lui le vénérable Seigneur non-né, Aja, fit office de cocher; et tous ces chefs des Gaṇas l’accompagnèrent, les mains portant des armes de maintes sortes.
Verse 6
विमानैर्विश्वतो भद्रैस् तमन्वयुरथो सुराः हिमवच्छिखरे रम्ये हेमशृङ्गे सुशोभने
Alors les Devas le suivirent dans de splendides vimānas, auspices de toutes parts, et ils parvinrent à un sommet charmant de l’Himalaya, rayonnant et beau, couronné d’une cime d’or.
Verse 7
यज्ञवाटस् तथा तस्य गङ्गाद्वारसमीपतः तद्देशे चैव विख्यातं शुभं कनखलं द्विजाः
Près de la sainte Gaṅgādvāra se trouve aussi le Yajñavāṭa; et dans cette même contrée, ô deux-fois-nés, le lieu auspiceux nommé Kanakhala est renommé.
Verse 8
दग्धुं वै प्रेषितश्चासौ भगवान् परमेष्ठिना तदोत्पातो बभूवाथ लोकानां भयशंसनः
Envoyé par Parameṣṭhin (Brahmā) pour réduire en cendres, cet être divin s’en alla; et alors apparut un présage, signe funeste annonçant la crainte pour tous les mondes.
Verse 9
पर्वताश् च व्यशीर्यन्त प्रचकम्पे वसुंधरा मरुतश् चाप्य् अघूर्णन्त चुक्षुभे मकरालयः
Les montagnes se disloquèrent; la terre trembla; les vents tourbillonnèrent dans la confusion; et l’océan—demeure des makaras—se souleva en tumulte. Ainsi les éléments eux-mêmes furent secoués, comme si les pāśa du cosmos vacillaient devant le Pati suprême, Śiva.
Verse 10
अग्नयो नैव दीप्यन्ति न च दीप्यति भास्करः ग्रहाश् च न प्रकाश्यन्ते न देवा न च दानवाः
Là, les feux ne flambent point, et le Soleil ne brille pas; les planètes ne donnent aucune clarté, et ni les devas ni les dānavas n’y paraissent rayonnants. Ainsi est indiquée la transcendance du Linga Suprême—Pati (Śiva)—au-delà de toute lumière créée et hors de portée des paśu enchaînés par le pāśa.
Verse 11
ततः क्षणात् प्रविश्यैव यज्ञवाटं महात्मनः रोमजैः सहितो भद्रः कालाग्निरिवचापरः
Puis, en un instant, Bhadrā—accompagnée des Romajas—entra dans l’enceinte du yajña de ce grand être, flamboyant tel kālāgni, le feu ultime du Temps, irrésistible et redoutable.
Verse 12
उवाच भद्रो भगवान् दक्षं चामिततेजसम् संपर्कादेव दक्षाद्य मुनीन्देवान् पिनाकिना
Le Seigneur de bon augure, Bhadrā, s’adressa à Dakṣa, d’une splendeur sans mesure; et par la seule proximité de Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka), Dakṣa ainsi que les plus éminents sages et dieux furent sanctifiés et élevés.
Verse 13
दग्धुं संप्रेषितश् चाहं भवन्तं समुनीश्वरैः इत्युक्त्वा यज्ञशालां तां ददाह गणपुङ्गवः
Disant : «Moi aussi, j’ai été dépêché par les sages seigneurs pour te brûler», le plus éminent des gaṇas de Śiva embrasa cette salle du yajña.
Verse 14
गणेश्वराश् च संक्रुद्धा यूपानुत्पाट्य चिक्षिपुः प्रस्तोत्रा सह होत्रा च दग्धं चैव गणेश्वरैः
Et les seigneurs des gaṇas, enflammés de colère, arrachèrent les yūpa—les poteaux sacrificiels—et les jetèrent au loin; et les prêtres, le Prastotṛ avec le Hotṛ, furent pareillement brûlés par ces Gaṇeśvaras. Ainsi fut brisé le rite extérieur, séparé de la révérence envers Pati (Śiva).
Verse 15
गृहीत्वा गणपाः सर्वान् गङ्गास्रोतसि चिक्षिपुः वीरभद्रो महातेजाः शक्रस्योद्यच्छतः करम्
Les Gaṇas les saisirent tous et les jetèrent dans le courant impétueux de la Gaṅgā. Et Vīrabhadra, flamboyant d’une splendeur immense, abattit le bras levé de Śakra (Indra) lorsqu’il se précipita en avant.
Verse 16
व्यष्टम्भयद् अदीनात्मा तथान्येषां दिवौकसाम् भगस्य नेत्रे चोत्पाट्य करजाग्रेण लीलया
Le Seigneur, intrépide et inébranlable, réprima et soumit aussi les autres habitants du ciel ; et, comme par jeu, il arracha les yeux de Bhaga du bout de son ongle, manifestant la souveraineté sans effort de Pati sur tous les devas.
Verse 17
निहत्य मुष्टिना दन्तान् पूष्णश्चैवं न्यपातयत् तथा चन्द्रमसं देवं पादाङ्गुष्ठेन लीलया
D’un coup de poing, il brisa les dents de Pūṣan et le fit tomber ; et de même, avec une aisance presque ludique, le Seigneur renversa le dieu Lune (Candra) du gros orteil.
Verse 18
घर्षयामास भगवान् वीरभद्रः प्रतापवान् चिछेद च शिरस्तस्य शक्रस्य भगवान्प्रभोः
Le glorieux et puissant Vīrabhadra, puissance souveraine du Seigneur, l’écrasa et le dompta ; puis il trancha la tête de Śakra (Indra), seigneur des devas.
Verse 19
वह्नेर्हस्तद्वयं छित्त्वा जिह्वामुत्पाट्य लीलया जघान मूर्ध्नि पादेन वीरभद्रो महाबलः
Le très puissant Vīrabhadra trancha les deux mains d’Agni et, comme par jeu, lui arracha la langue. Puis il le frappa sur la tête du pied, soumettant le dieu du feu dans le sillage de la colère de Śiva.
Verse 20
यमस्य दण्डं भगवान् प्रचिछेद स्वयं प्रभुः जघान देवमीशानं त्रिशूलेन महाबलम्
Le Seigneur Bienheureux—souverain par Lui-même et Pati suprême—trancha le bâton de châtiment de Yama ; puis, de Son trident à la force immense, Il abattit Īśāna, le puissant seigneur parmi les dieux.
Verse 21
त्रयस्त्रिंशत्सुरानेवं विनिहत्याप्रयत्नतः त्रयश् च त्रिशतं तेषां त्रिसाहस्रं च लीलया
Ainsi, après avoir tué les trente-trois dieux sans le moindre effort, Il abattit aussi, dans Sa lila comme un jeu, trois cent trois d’entre eux, et même trois mille.
Verse 22
त्रयं चैव सुरेन्द्राणां जघान च मुनीश्वरान् अन्यांश् च देवान् देवो ऽसौ सर्वान्युद्धाय संस्थितान्
Ce Deva même abattit trois seigneurs des dieux, ainsi que les sages les plus éminents ; et Il assaillit aussi les autres devas—tous ceux qui s’étaient tenus prêts au combat.
Verse 23
जघान भगवान् रुद्रः खड्गमुष्ट्यादिसायकैः अथ विष्णुर्महातेजाश् चक्रम् उद्यम्य मूर्छितः
Alors le Bienheureux Rudra frappa de Ses armes—épée, poing et autres traits. Puis Viṣṇu, d’un éclat immense, leva son disque, mais tomba en évanouissement—montrant que même la puissance du paśu est arrêtée lorsqu’elle se tient devant Pati, le Seigneur suprême.
Verse 24
युयोध भगवांस्तेन रुद्रेण सह माधवः तयोः समभवद्युद्धं सुघोरं रोमहर्षणम्
Alors le Bienheureux Mādhava combattit avec ce Rudra. Entre eux s’éleva une bataille d’une horreur extrême, qui faisait se hérisser les cheveux—révélant la puissance saisissante du Pati suprême, hors de portée des âmes liées (paśu).
Verse 25
विष्णोर्योगबलात्तस्य दिव्यदेहाः सुदारुणाः
Par la force du pouvoir yogique de Viṣṇu, ses corps divins devinrent d’une redoutable puissance—terrifiants par l’éclat et la vigueur qui débordaient de leur splendeur.
Verse 26
शङ्खचक्रगदाहस्ता असंख्याताश् च जज्ञिरे तान्सर्वानपि देवो ऽसौ नारायणसमप्रभान्
D’innombrables êtres naquirent, tenant conque, disque et massue; et ce Deva les vit tous rayonnants, d’un éclat égal à celui de Nārāyaṇa. Pourtant, selon l’intelligence śaiva, de telles formes et puissances divines surgissent dans le champ de Māyā, tandis que Pati (Śiva) seul demeure le Seigneur indépendant, au-delà de toute mesure.
Verse 27
निहत्य गदया विष्णुं ताडयामास मूर्धनि ततश्चोरसि तं देवं लीलयैव रणाजिरे
Après avoir terrassé Viṣṇu d’un coup de massue, il le frappa à la tête; puis, sur le champ de bataille, il frappa aussi la poitrine de ce Deva, comme si le combat n’était qu’un jeu. Ainsi, le Purāṇa indique que même les plus hautes divinités agissent selon la volonté de Pati (Śiva), tandis que les êtres liés (paśu) demeurent sous le lien (pāśa) jusqu’à l’avènement de la grâce.
Verse 28
पपात च तदा भूमौ विसंज्ञः पुरुषोत्तमः पुनरुत्थाय तं हन्तुं चक्रमुद्यम्य स प्रभुः
Alors le Personnage suprême tomba à terre, sans connaissance. Se relevant, ce puissant seigneur leva son disque, résolu à le tuer.
Verse 29
क्रोधरक्तेक्षणः श्रीमान् अतिष्ठत् पुरुषर्षभः तस्य चक्रं च यद्रौद्रं कालादित्यसमप्रभम्
Les yeux rougis par la colère, cet illustre—taureau parmi les hommes—demeura inébranlable. Et son disque, terrible dans sa fureur, brillait d’un éclat égal au Temps et au Soleil, comme s’il incarnait la puissance irrésistible qui, sous le Seigneur (Pati), dompte tout lien (pāśa).
Verse 30
व्यष्टम्भयद् अदीनात्मा करस्थं न चचाल सः अतिष्ठत् स्तम्भितस्तेन शृङ्गवानिव निश्चलः
L'esprit intrépide, il se raidit ; bien que tenu fermement, il ne bougea point. Arrêté par cette puissance, il resta immobile, stable comme un taureau cornu.
Verse 31
त्रिभिश् च धर्षितं शार्ङ्गं त्रिधाभूतं प्रभोस्तदा शार्ङ्गकोटिप्रसङ्गाद् वै चिछेद च शिरः प्रभोः
Alors l'arc Śārṅga du Seigneur fut assailli par les trois et se brisa en trois parties. Et par le simple contact avec la pointe de l'arc, la tête du Seigneur fut tranchée — montrant ainsi que sous la gouvernance de Pati (Śiva), même la puissance d'un « seigneur » est rendue impuissante lorsqu'elle est liée par le pāśa.
Verse 32
छिन्नं च निपपातासु शिरस्तस्य रसातले वायुना प्रेरितं चैव प्राणजेन पिनाकिना
Tranchée, sa tête tomba dans le Rasātala ; et elle fut poussée en avant par le souffle vital, transformé en vent par Pinākin (Śiva).
Verse 33
प्रविवेश तदा चैव तदीयाहवनीयकम् तत् प्रतिध्वस्तकलशं भग्नयूपं सतोरणम्
Puis il entra dans son propre āhavanīya (autel du feu sacré) et le vit profané — ses vases rituels brisés, son poteau sacrificiel rompu et les ornements du portail arrachés — signifiant que la forme védique extérieure, lorsqu'elle est coupée de la dévotion à Pati (Śiva), devient impuissante et s'effondre.
Verse 34
प्रदीपितमहाशालं दृष्ट्वा यज्ञो ऽपि दुद्रुवे तं तदा मृगरूपेण धावन्तं गगनं प्रति
Voyant cette vaste salle flamboyer d'un éclat ardent, Yajña lui-même s'enfuit terrifié ; puis, prenant la forme d'un cerf, il courut — s'élançant vers le ciel.
Verse 35
वीरभद्रः समाधाय विशिरस्कमथाकरोत् ततः प्रजापतिं धर्मं कश्यपं च जगद्गुरुम्
Alors Vīrabhadra, s’étant préparé, frappa et les rendit sans tête; puis il soumit Prajāpati Dharma et Kaśyapa, le précepteur du monde. Ainsi, par la puissance des gaṇa du Seigneur, l’orgueil né du yajña—qui enchaîne le paśu dans le pāśa—fut brisé, et la suprématie de Pati sur toute force rituelle fut établie.
Verse 36
अरिष्टनेमिनं वीरो बहुपुत्रं मुनीश्वरम् मुनिम् अङ्गिरसं चैव कृष्णाश्वं च महाबलः
Ce Seigneur puissant et héroïque (Pati) est aussi connu sous les noms d’Ariṣṭanemi; de Bahuputra, Père de nombreuses lignées spirituelles; de Munīśvara, Seigneur des sages; d’Aṅgirasa, feu ardent de l’intuition sacrée; et de Kṛṣṇāśva, Lui dont le coursier sombre signifie la maîtrise des sens et l’élan rapide de la conscience vers la délivrance.
Verse 37
जघान मूर्ध्नि पादेन दक्षं चैव यशस्विनम् चिछेद च शिरस्तस्य ददाहाग्नौ द्विजोत्तमाः
Alors il frappa du pied le sommet du crâne de Dakṣa, l’illustre; il lui trancha la tête et la jeta dans le feu sacrificiel—ô meilleur des deux-fois-nés—et ainsi le yajña fut réduit à néant par l’ordonnance irrésistible du Seigneur (Pati).
Verse 38
सरस्वत्याश् च नासाग्रं देवमातुस्तथैव च निकृत्य करजाग्रेण वीरभद्रः प्रतापवान्
Puis le puissant Vīrabhadra, du bout de son ongle, trancha la pointe du nez de Sarasvatī; et de même celle de Devamātā, domptant ainsi l’orgueil des devas dans l’enceinte du yajña.
Verse 39
तस्थौ श्रिया वृतो मध्ये प्रेतस्थाने यथा भवः एतस्मिन्नेव काले तु भगवान्पद्मसंभवः
Il se tint au milieu, entouré de splendeur, tel Bhava (Śiva) dans le champ de crémation. Et en ce même instant parut aussi le Bienheureux Padma-sambhava (Brahmā, né du lotus).
Verse 40
भद्रमाह महातेजाः प्रार्थयन्प्रणतः प्रभुः अलं क्रोधेन वै भद्र नष्टाश्चैव दिवौकसः
Le Seigneur, puissant et rayonnant, s’adressa à Bhadra. S’inclinant et le suppliant, il dit : « Assez, ô Bhadra, de cette colère ; en vérité, les habitants du ciel ont déjà été anéantis. »
Verse 41
प्रसीद क्षम्यतां सर्वं रोमजैः सह सुव्रत सो ऽपि भद्रः प्रभावेण ब्रह्मणः परमेष्ठिनः
« Sois clément ; pardonne tout—avec les Romajas, ô toi qui observes un vœu noble. » Et Bhadra, lui aussi, devint de bon augure, par la majesté de Brahmā, Parameṣṭhin, l’Ordonnateur suprême.
Verse 42
शमं जगाम शनकैः शान्तस्तस्थौ तदाज्ञया देवो ऽपि तत्र भगवान् अन्तरिक्षे वृषध्वजः
Peu à peu il revint au calme ; apaisé, il demeura immobile, obéissant à cet ordre. Et là, dans l’espace du ciel, demeurait aussi le Seigneur Bienheureux—Śiva, dont l’étendard porte le Taureau.
Verse 43
सगणः सर्वदः शर्वः सर्वलोकमहेश्वरः प्रार्थितश्चैव देवेन ब्रह्मणा भगवान् भवः
Toujours entouré de ses gaṇas, il est le Donateur de tous les bienfaits ; il est Śarva, le Seigneur qui détruit tout ; le Grand Seigneur de tous les mondes. Ce Bienheureux Bhava (Śiva) fut aussi supplié par le dieu Brahmā.
Verse 44
हतानां च तदा तेषां प्रददौ पूर्ववत्तनुम् इन्द्रस्य च शिरस्तस्य विष्णोश्चैव महात्मनः
Alors, à ceux qui avaient été tués, il rendit leur corps tel qu’auparavant ; il rétablit aussi la tête d’Indra, et de même le bien-être du magnanime Viṣṇu—réinstaurant les devas par la grâce (anugraha) du Seigneur, le Pati.
Verse 45
दक्षस्य च मुनीन्द्रस्य तथान्येषां महेश्वरः वागीश्याश्चैव नासाग्रं देवमातुस्तथैव च
Maheshvara toucha, ou marqua, la pointe du nez de Daksha, seigneur parmi les sages, ainsi que celle d’autres; de même Il le fit pour Vāgīśī et pour Devamātā. Par ce signe, le Pati établit sa souveraineté: lier ou délier les paśus selon le dharma.
Verse 46
नष्टानां जीवितं चैव वराणि विविधानि च दक्षस्य ध्वस्तवक्त्रस्य शिरसा भगवान्प्रभुः
Le Seigneur Bienheureux, le Prabhu souverain, le Pati, rendit la vie à ceux qui avaient péri et accorda des grâces de maintes sortes; et à Daksha — dont le visage avait été détruit — Il rendit la vie en lui posant une tête.
Verse 47
कल्पयामास वै वक्त्रं लीलया च महान् भवः दक्षो ऽपि लब्धसंज्ञश् च समुत्थाय कृताञ्जलिः
Le grand Bhava (Śiva), dans la libre spontanéité de sa līlā, façonna pour lui un visage. Daksha aussi, ayant recouvré ses sens, se releva et demeura les mains jointes en añjali, dans la révérence.
Verse 48
तुष्टाव देवदेवेशं शङ्करं वृषभध्वजम् स्तुतस्तेन महातेजाः प्रदाय विविधान्वरान्
Il loua Śaṅkara, Seigneur des dieux, dont l’étendard porte le Taureau. Satisfait par cet hymne, le Seigneur, puissant et rayonnant, accorda diverses grâces : la faveur qui desserre le pasha, le lien du paśu (l’âme individuelle), par la bienveillance du Pati, Śiva.
Verse 49
गाणपत्यं ददौ तस्मै दक्षायाक्लिष्टकर्मणे देवाश् च सर्वे देवेशं तुष्टुवुः परमेश्वरम्
À Daksha — aux actes infatigables et résolus — Il accorda le rang de Gaṇapati, seigneur des gaṇas. Alors tous les dieux louèrent le Seigneur des Devas, Parameśvara : le Pati suprême qui délie les liens des paśus.
Verse 50
नारायणश् च भगवान् तुष्टाव च कृताञ्जलिः ब्रह्मा च मुनयः सर्वे पृथक्पृथगजोद्भवम्
Les mains jointes en signe de vénération, le bienheureux Nārāyaṇa fit monter sa louange; et Brahmā aussi—avec tous les sages—chacun à sa manière glorifia cette Manifestation auto-née, sans origine.
Verse 51
तुष्टुवुर् देवदेवेशं नीलकण्ठं वृषध्वजम् तान् देवान् अनुगृह्यैव भवो ऽप्यन्तरधीयत
Les dieux louèrent le Seigneur des dieux—Nīlakaṇṭha, dont l’étendard porte le Taureau. Après avoir accordé sa grâce à ces devas, Bhava (Śiva) disparut alors à leurs regards.
Ritual (yajna) without reverence becomes hollow and ego-driven; Shiva’s destruction represents dharma-correction, while his later restoration shows that divine grace (anugraha) is the final purpose—leading beings back to order, devotion, and the moksha-oriented path.
The narrative depicts Vishnu’s martial and yogic power (multiple divine forms, Sudarshana) being checked and subdued, emphasizing Shiva’s transcendence over even the highest deities, followed by reconciliation through restoration—signaling hierarchy resolved by Shiva’s grace rather than permanent enmity.
Kanakhal near Gangadwara (Haridwar region) is named as the yajna site; this anchors the Purana’s narrative to a pilgrimage landscape, useful for searches combining ‘Daksha yajna’, ‘Kanakhal’, ‘Haridwar’, and ‘Linga Purana’.