
Nārada and Aṅgirā Instruct Citraketu: Impermanence, Ātma-Tattva, and Mantra-Upadeśa
Après l’accession de Citraketu à la royauté puis sa chute dans le chagrin à la mort de son fils, le chapitre s’ouvre sur le roi effondré près du corps de l’enfant. Nārada et Aṅgirā mettent en cause la logique des lamentations en demandant si l’identité « père–fils » est réellement continue à travers le temps ; ils comparent les liens incarnés à des rencontres provisoires de grains de sable poussés par les vagues, et à des graines qui ne fructifient que sous certaines conditions. Ils affirment que le monde est transitoire—réel mais non éternel—et décrivent comment Bhagavān orchestre création, maintien et dissolution par des agents secondaires, dévoilant l’illusion de l’ego qui se croit l’auteur des actes. Éveillé, Citraketu reconnaît ces sages vaiṣṇavas, semblables à des avadhūtas, et implore l’enseignement ; Aṅgirā révèle son identité et requalifie l’ancien don d’un fils comme une concession à l’absorption matérielle passée du roi. Les sages analysent encore l’opulence domestique et royale comme un songe, telle une « cité des gandharvas » (gandharva-nagara), source de peur et de détresse, et exhortent à rechercher l’ātma-tattva au-delà du corps-esprit et des trois misères. Le récit se tourne ensuite vers l’étape suivante : Nārada promet un mantra puissant grâce auquel Citraketu obtiendra en sept nuits le darśana direct du Seigneur, préparant son essor en bhakti et le déploiement de poṣaṇa par la dévotion.
Verse 1
श्रीशुक उवाच ऊचतुर्मृतकोपान्ते पतितं मृतकोपमम् । शोकाभिभूतं राजानं बोधयन्तौ सदुक्तिभि: ॥ १ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Tandis que le roi Citraketu, accablé par le chagrin, gisait tel un mort auprès du corps sans vie de son fils, les deux grands sages Nārada et Aṅgirā l’éveillèrent par de nobles paroles sur la conscience spirituelle.
Verse 2
कोऽयं स्यात्तव राजेन्द्र भवान् यमनुशोचति । त्वं चास्य कतम: सृष्टौ पुरेदानीमत: परम् ॥ २ ॥
Ô roi, quel lien as-tu avec ce corps sans vie que tu pleures, et quel lien a-t-il avec toi? Tu diras : père et fils; mais ce lien existait-il auparavant, existe-t-il vraiment maintenant, et subsistera-t-il dans l’avenir ?
Verse 3
यथा प्रयान्ति संयान्ति स्रोतोवेगेन बालुका: । संयुज्यन्ते वियुज्यन्ते तथा कालेन देहिन: ॥ ३ ॥
Ô roi, de même que les grains de sable, sous l’élan des vagues, tantôt se rassemblent, tantôt se dispersent, ainsi les êtres incarnés, sous la force du temps, tantôt se rencontrent, tantôt se séparent.
Verse 4
यथा धानासु वै धाना भवन्ति न भवन्ति च । एवं भूतानि भूतेषु चोदितानीशमायया ॥ ४ ॥
De même que des graines semées en terre germent parfois et parfois non, ainsi, sous l’impulsion de la puissance de māyā du Seigneur Suprême, tantôt un enfant est conçu, tantôt la conception n’a pas lieu. Ne te lamente donc pas sur le lien provisoire de la parentalité : tout demeure sous la souveraineté du Bhagavān.
Verse 5
वयं च त्वं च ये चेमे तुल्यकालाश्चराचरा: । जन्ममृत्योर्यथा पश्चात् प्राङ्नैवमधुनापि भो: ॥ ५ ॥
Ô roi, toi et nous—tes conseillers, tes épouses et tes ministres—ainsi que tout ce qui est mobile et immobile dans le cosmos en ce temps, sommes dans une condition passagère. Avant la naissance, cet état n’existait pas, et après la mort il n’existera plus; ainsi le présent est temporaire, sans être mensonge.
Verse 6
भूतैर्भूतानि भूतेश: सृजत्यवति हन्ति च । आत्मसृष्टैरस्वतन्त्रैरनपेक्षोऽपि बालवत् ॥ ६ ॥
Le Bhūteśa, Seigneur et propriétaire de tout, fait créer, maintenir et anéantir les êtres par l’entremise d’autres êtres. Bien qu’Il ne soit pas attaché à cette manifestation passagère, tel un enfant jouant sur la plage, Il garde tout sous Son contrôle et déploie cela comme līlā. Pour créer, Il emploie le père; pour protéger, le roi ou le gouvernement; pour détruire, des agents tels que les serpents. Ces agents n’ont aucune puissance autonome, mais sous l’enchantement de māyā l’âme se croit l’auteur.
Verse 7
देहेन देहिनो राजन् देहाद्देहोऽभिजायते । बीजादेव यथा बीजं देह्यर्थ इव शाश्वत: ॥ ७ ॥
Ô roi, de même que d’une graine naît une autre graine, ainsi d’un corps (celui du père), par l’entremise d’un autre corps (celui de la mère), naît un troisième corps (celui du fils). Les éléments du corps matériel se perpétuent, et le dehī—l’âme vivante qui se manifeste à travers eux—est lui aussi éternel.
Verse 8
देहदेहिविभागोऽयमविवेककृत: पुरा । जातिव्यक्तिविभागोऽयं यथा वस्तुनि कल्पित: ॥ ८ ॥
La séparation entre le corps et le dehī, ainsi que les divisions telles que nationalité et individualité, ne sont que des imaginations de ceux qui n’ont pas progressé dans la connaissance, comme si l’on projetait des différences de nom et de forme sur une seule réalité.
Verse 9
श्रीशुक उवाच एवमाश्वासितो राजा चित्रकेतुर्द्विजोक्तिभि: । विमृज्य पाणिना वक्त्रमाधिम्लानमभाषत ॥ ९ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī poursuivit : Ainsi réconforté par les enseignements de Nārada et d’Aṅgirā, le roi Citraketu retrouva l’espérance grâce à la connaissance. Il essuya de la main son visage flétri et se mit à parler.
Verse 10
श्रीराजोवाच कौ युवां ज्ञानसम्पन्नौ महिष्ठौ च महीयसाम् । अवधूतेन वेषेण गूढाविह समागतौ ॥ १० ॥
Le roi dit : Vous êtes tous deux comblés de connaissance et, parmi les grands, vous êtes les plus éminents. Sous l’habit d’avadhūtas, vous êtes venus ici en dissimulant votre identité.
Verse 11
चरन्ति ह्यवनौ कामं ब्राह्मणा भगवत्प्रिया: । मादृशां ग्राम्यबुद्धीनां बोधायोन्मत्तलिङ्गिन: ॥ ११ ॥
Les brāhmaṇas devenus vaiṣṇavas, serviteurs les plus chers de Bhagavān Kṛṣṇa, parcourent la terre selon leur volonté et parfois prennent l’apparence de fous. C’est pour éveiller des matérialistes comme nous, attachés aux plaisirs des sens, et dissiper notre ignorance.
Verse 12
कुमारो नारद ऋभुरङ्गिरा देवलोऽसित: । अपान्तरतमा व्यासो मार्कण्डेयोऽथ गौतम: ॥ १२ ॥ वसिष्ठो भगवान् राम: कपिलो बादरायणि: । दुर्वासा याज्ञवल्क्यश्च जातुकर्णस्तथारुणि: ॥ १३ ॥ रोमशश्च्यवनो दत्त आसुरि: सपतञ्जलि: । ऋषिर्वेदशिरा धौम्यो मुनि: पञ्चशिखस्तथा ॥ १४ ॥ हिरण्यनाभ: कौशल्य: श्रुतदेव ऋतध्वज: । एते परे च सिद्धेशाश्चरन्ति ज्ञानहेतव: ॥ १५ ॥
Ô grandes âmes, j’ai entendu dire que parmi les siddhas parfaits qui parcourent la terre afin d’enseigner la connaissance à ceux que voile l’ignorance se trouvent Sanat-kumāra, Nārada, Ṛbhu, Aṅgirā, Devala, Asita, Apāntaratamā (Vyāsa), Mārkaṇḍeya, Gautama, Vasiṣṭha, Bhagavān Paraśurāma, Kapila, Śukadeva, Durvāsā, Yājñavalkya, Jātukarṇa et Aruṇi ; ainsi que Romaśa, Cyavana, Dattātreya, Āsuri, Patañjali, le sage Dhaumya tel la tête des Védas, le sage Pañcaśikha, Hiraṇyanābha, Kauśalya, Śrutadeva et Ṛtadhvaja, et d’autres encore. Vous deux devez assurément être des leurs.
Verse 13
कुमारो नारद ऋभुरङ्गिरा देवलोऽसित: । अपान्तरतमा व्यासो मार्कण्डेयोऽथ गौतम: ॥ १२ ॥ वसिष्ठो भगवान् राम: कपिलो बादरायणि: । दुर्वासा याज्ञवल्क्यश्च जातुकर्णस्तथारुणि: ॥ १३ ॥ रोमशश्च्यवनो दत्त आसुरि: सपतञ्जलि: । ऋषिर्वेदशिरा धौम्यो मुनि: पञ्चशिखस्तथा ॥ १४ ॥ हिरण्यनाभ: कौशल्य: श्रुतदेव ऋतध्वज: । एते परे च सिद्धेशाश्चरन्ति ज्ञानहेतव: ॥ १५ ॥
Ô grandes âmes, j’ai entendu dire que parmi les siddhas parfaits qui parcourent la terre afin d’enseigner la connaissance à ceux que voile l’ignorance se trouvent Sanat-kumāra, Nārada, Ṛbhu, Aṅgirā, Devala, Asita, Apāntaratamā (Vyāsa), Mārkaṇḍeya, Gautama, Vasiṣṭha, Bhagavān Paraśurāma, Kapila, Śukadeva, Durvāsā, Yājñavalkya, Jātukarṇa et Aruṇi ; ainsi que Romaśa, Cyavana, Dattātreya, Āsuri, Patañjali, le sage Dhaumya tel la tête des Védas, le sage Pañcaśikha, Hiraṇyanābha, Kauśalya, Śrutadeva et Ṛtadhvaja, et d’autres encore. Vous deux devez assurément être des leurs.
Verse 14
कुमारो नारद ऋभुरङ्गिरा देवलोऽसित: । अपान्तरतमा व्यासो मार्कण्डेयोऽथ गौतम: ॥ १२ ॥ वसिष्ठो भगवान् राम: कपिलो बादरायणि: । दुर्वासा याज्ञवल्क्यश्च जातुकर्णस्तथारुणि: ॥ १३ ॥ रोमशश्च्यवनो दत्त आसुरि: सपतञ्जलि: । ऋषिर्वेदशिरा धौम्यो मुनि: पञ्चशिखस्तथा ॥ १४ ॥ हिरण्यनाभ: कौशल्य: श्रुतदेव ऋतध्वज: । एते परे च सिद्धेशाश्चरन्ति ज्ञानहेतव: ॥ १५ ॥
Ô grandes âmes, j’ai entendu dire que parmi les mahāsiddha, êtres parfaits qui parcourent la terre afin d’enseigner la connaissance à ceux que l’ignorance recouvre, se trouvent Sanat-kumāra, Nārada, Ṛbhu, Aṅgirā, Devala, Asita, Apāntaratamā (Vyāsa), Mārkaṇḍeya, Gautama, Vasiṣṭha, le Bhagavān Paraśurāma, Kapila, Śukadeva, Durvāsā, Yājñavalkya, Jātukarṇa et Aruṇi. S’y ajoutent Romaśa, Cyavana, Dattātreya, Āsuri, Patañjali, le grand sage Dhaumya, tel la tête des Veda, le sage Pañcaśikha, Hiraṇyanābha, Kauśalya, Śrutadeva et Ṛtadhvaja. Assurément, tu es toi aussi de leur nombre.
Verse 15
कुमारो नारद ऋभुरङ्गिरा देवलोऽसित: । अपान्तरतमा व्यासो मार्कण्डेयोऽथ गौतम: ॥ १२ ॥ वसिष्ठो भगवान् राम: कपिलो बादरायणि: । दुर्वासा याज्ञवल्क्यश्च जातुकर्णस्तथारुणि: ॥ १३ ॥ रोमशश्च्यवनो दत्त आसुरि: सपतञ्जलि: । ऋषिर्वेदशिरा धौम्यो मुनि: पञ्चशिखस्तथा ॥ १४ ॥ हिरण्यनाभ: कौशल्य: श्रुतदेव ऋतध्वज: । एते परे च सिद्धेशाश्चरन्ति ज्ञानहेतव: ॥ १५ ॥
Ô grandes âmes, j’ai entendu dire que parmi les mahāsiddha, êtres parfaits qui parcourent la terre afin d’enseigner la connaissance à ceux que l’ignorance recouvre, se trouvent Sanat-kumāra, Nārada, Ṛbhu, Aṅgirā, Devala, Asita, Apāntaratamā (Vyāsa), Mārkaṇḍeya, Gautama, Vasiṣṭha, le Bhagavān Paraśurāma, Kapila, Śukadeva, Durvāsā, Yājñavalkya, Jātukarṇa et Aruṇi. S’y ajoutent Romaśa, Cyavana, Dattātreya, Āsuri, Patañjali, le grand sage Dhaumya, tel la tête des Veda, le sage Pañcaśikha, Hiraṇyanābha, Kauśalya, Śrutadeva et Ṛtadhvaja. Assurément, tu es toi aussi de leur nombre.
Verse 16
तस्माद्युवां ग्राम्यपशोर्मम मूढधिय: प्रभू । अन्धे तमसि मग्नस्य ज्ञानदीप उदीर्यताम् ॥ १६ ॥
C’est pourquoi, ô seigneurs, vous deux pouvez me donner la connaissance véritable. Je suis sot comme une bête de village, tel un porc ou un chien, car je suis englouti dans les ténèbres de l’ignorance; de grâce, allumez la torche de la connaissance pour me sauver.
Verse 17
श्रीअङ्गिरा उवाच अहं ते पुत्रकामस्य पुत्रदोऽस्म्यङ्गिरा नृप । एष ब्रह्मसुत: साक्षान्नारदो भगवानृषि: ॥ १७ ॥
Aṅgirā dit : Mon cher roi, lorsque tu désirais un fils, c’est moi qui suis venu à toi. Je suis bien le même ṛṣi Aṅgirā qui t’a accordé ce fils. Quant à ce ṛṣi, c’est le grand sage Nārada, fils direct du seigneur Brahmā.
Verse 18
इत्थं त्वां पुत्रशोकेन मग्नं तमसि दुस्तरे । अतदर्हमनुस्मृत्य महापुरुषगोचरम् ॥ १८ ॥ अनुग्रहाय भवत: प्राप्तावावामिह प्रभो । ब्रह्मण्यो भगवद्भक्तो नावासादितुमर्हसि ॥ १९ ॥
Ô roi, ainsi, par le chagrin de ton fils, tu t’es englouti dans des ténèbres difficiles à traverser. Nous nous sommes souvenus de la vérité accessible aux mahāpuruṣa et sommes venus tous deux pour te faire grâce. Tu honores les brāhmaṇa et tu es un bhakta du Bhagavān; il ne te sied donc pas de te laisser absorber par la lamentation d’une perte matérielle. Pour ceux qui sont avancés en connaissance spirituelle, les gains et pertes du monde ne doivent pas les troubler.
Verse 19
इत्थं त्वां पुत्रशोकेन मग्नं तमसि दुस्तरे । अतदर्हमनुस्मृत्य महापुरुषगोचरम् ॥ १८ ॥ अनुग्रहाय भवत: प्राप्तावावामिह प्रभो । ब्रह्मण्यो भगवद्भक्तो नावासादितुमर्हसि ॥ १९ ॥
Ô roi, tu es un dévot avancé du Bhagavān, la Personne Suprême; il ne sied pas à quelqu’un comme toi de se noyer dans le chagrin d’une perte matérielle. Nous sommes venus tous deux pour te délivrer de ce deuil illusoire né des ténèbres de l’ignorance; en tant que bhakta qui honore les brāhmaṇas, tu ne dois pas sombrer dans l’abattement.
Verse 20
तदैव ते परं ज्ञानं ददामि गृहमागत: । ज्ञात्वान्याभिनिवेशं ते पुत्रमेव ददाम्यहम् ॥ २० ॥
Lorsque je vins d’abord dans ta demeure, je pouvais te donner la connaissance transcendante suprême; mais voyant ton esprit absorbé par le matériel, je ne te donnai qu’un fils, cause de joie puis de lamentation.
Verse 21
अधुना पुत्रिणां तापो भवतैवानुभूयते । एवं दारा गृहा रायो विविधैश्वर्यसम्पद: ॥ २१ ॥ शब्दादयश्च विषयाश्चला राज्यविभूतय: । मही राज्यं बलं कोषो भृत्यामात्यसुहृज्जना: ॥ २२ ॥ सर्वेऽपि शूरसेनेमे शोकमोहभयार्तिदा: । गन्धर्वनगरप्रख्या: स्वप्नमायामनोरथा: ॥ २३ ॥
Ô roi, tu éprouves à présent la peine véritable de celui qui a des enfants. L’épouse, la maison, l’opulence du royaume, les objets des sens et toutes richesses sont passagers; le royaume, la force militaire, le trésor, les serviteurs, les ministres, les amis et les parents sont causes de peur, d’illusion, de lamentation et de tourment. Ils ressemblent à une gandharva-nagara, palais inexistant imaginé dans la forêt : rien de plus que rêve, māyā et chimères de l’esprit.
Verse 22
अधुना पुत्रिणां तापो भवतैवानुभूयते । एवं दारा गृहा रायो विविधैश्वर्यसम्पद: ॥ २१ ॥ शब्दादयश्च विषयाश्चला राज्यविभूतय: । मही राज्यं बलं कोषो भृत्यामात्यसुहृज्जना: ॥ २२ ॥ सर्वेऽपि शूरसेनेमे शोकमोहभयार्तिदा: । गन्धर्वनगरप्रख्या: स्वप्नमायामनोरथा: ॥ २३ ॥
Ô roi, tu éprouves à présent la peine véritable de celui qui a des enfants. L’épouse, la maison, l’opulence du royaume, les objets des sens et toutes richesses sont passagers; le royaume, la force militaire, le trésor, les serviteurs, les ministres, les amis et les parents sont causes de peur, d’illusion, de lamentation et de tourment. Ils ressemblent à une gandharva-nagara, palais inexistant imaginé dans la forêt : rien de plus que rêve, māyā et chimères de l’esprit.
Verse 23
अधुना पुत्रिणां तापो भवतैवानुभूयते । एवं दारा गृहा रायो विविधैश्वर्यसम्पद: ॥ २१ ॥ शब्दादयश्च विषयाश्चला राज्यविभूतय: । मही राज्यं बलं कोषो भृत्यामात्यसुहृज्जना: ॥ २२ ॥ सर्वेऽपि शूरसेनेमे शोकमोहभयार्तिदा: । गन्धर्वनगरप्रख्या: स्वप्नमायामनोरथा: ॥ २३ ॥
Ô roi, tu éprouves à présent la peine véritable de celui qui a des enfants. L’épouse, la maison, l’opulence du royaume, les objets des sens et toutes richesses sont passagers; le royaume, la force militaire, le trésor, les serviteurs, les ministres, les amis et les parents sont causes de peur, d’illusion, de lamentation et de tourment. Ils ressemblent à une gandharva-nagara, palais inexistant imaginé dans la forêt : rien de plus que rêve, māyā et chimères de l’esprit.
Verse 24
दृश्यमाना विनार्थेन न दृश्यन्ते मनोभवा: । कर्मभिर्ध्यायतो नानाकर्माणि मनसोऽभवन् ॥ २४ ॥
L’épouse, les enfants et les biens visibles sont tels un rêve et une fabrication du mental; en vérité, ils n’ont pas d’existence permanente. Par les actes passés naissent dans l’esprit maintes conceptions, et de ces conceptions procèdent encore d’autres actes.
Verse 25
अयं हि देहिनो देहो द्रव्यज्ञानक्रियात्मक: । देहिनो विविधक्लेशसन्तापकृदुदाहृत: ॥ २५ ॥
Ce corps de l’être vivant est fait d’éléments matériels, de sens de connaissance, de sens d’action et du mental. Par le mental, le jīva subit trois sortes d’afflictions—adhibhautika, adhidaivika et adhyātmika; ainsi ce corps est la source de toute misère.
Verse 26
तस्मात् स्वस्थेन मनसा विमृश्य गतिमात्मन: । द्वैते ध्रुवार्थविश्रम्भं त्यजोपशममाविश ॥ २६ ॥
Ainsi, l’esprit apaisé, médite sur la destinée de l’ātman : es-tu le corps, le mental ou l’âme? D’où viens-tu, où iras-tu après avoir quitté ce corps, et pourquoi es-tu sous l’emprise du chagrin matériel? Comprends cela, renonce aux attachements inutiles et à la croyance que la dualité du monde est éternelle, et tu obtiendras la paix.
Verse 27
श्रीनारद उवाच एतां मन्त्रोपनिषदं प्रतीच्छ प्रयतो मम । यां धारयन् सप्तरात्राद् द्रष्टा सङ्कर्षणं विभुम् ॥ २७ ॥
Le grand sage Nārada dit : « Ô roi, reçois de moi avec recueillement cette mantra-upaniṣad, très auspicious. En la gardant et en la portant en toi, en sept nuits tu verras face à face le Seigneur Saṅkarṣaṇa, le Tout-Puissant. »
Verse 28
यत्पादमूलमुपसृत्य नरेन्द्र पूर्वे शर्वादयो भ्रममिमं द्वितयं विसृज्य । सद्यस्तदीयमतुलानधिकं महित्वं प्रापुर्भवानपि परं न चिरादुपैति ॥ २८ ॥
Ô roi, jadis Śiva et d’autres devas prirent refuge au pied des lotus de Saṅkarṣaṇa; renonçant à l’illusion de la dualité, ils obtinrent aussitôt une gloire spirituelle sans égale et sans surpasser. Toi aussi, très bientôt, tu atteindras cette même condition suprême.
They are not denying affection; they are dismantling the metaphysical error that the self is defined by temporary bodily roles. By asking whether the relationship existed before birth or will persist after death, they redirect Citraketu from social identity (upādhi) to the eternal ātmā, thereby curing grief rooted in misidentification.
The analogy frames embodied association as a time-driven convergence and divergence rather than an ultimate union. Just as waves gather and disperse grains without personal intention, kāla brings jīvas together in families and then separates them, showing that lamentation cannot alter the law-like movement of time.
Citraketu describes exalted Vaiṣṇavas who sometimes conceal their stature by unconventional dress or behavior. Their apparent eccentricity protects them from worldly honor and allows them to move freely to enlighten conditioned souls; the emphasis is that true knowledge is measured by realization, not social presentation.
Gandharva-nagara refers to an illusory ‘city in the sky’—something perceived yet lacking enduring substance. The sages use it to show that worldly securities (kingdom, treasury, relatives) appear solid but are unstable and therefore become sources of fear, lamentation, and delusion when treated as permanent.
The analysis of impermanence clears the ground by reducing attachment and false identity; mantra-upadeśa then provides the positive spiritual method to anchor consciousness in Bhagavān. The promised darśana within seven nights illustrates poṣaṇa: when devotion is properly directed, the Lord reciprocates tangibly, transforming grief into realization.