Adhyaya 17
Ekadasha SkandhaAdhyaya 1758 Verses

Adhyaya 17

Varṇāśrama-dharma as a Path to Bhakti (Yuga-dharma Origins, Universal Virtues, Brahmacarya and Gṛhastha Duties)

Uddhava demande à Kṛṣṇa d’expliquer comment tous—les adeptes disciplinés du varṇāśrama comme les hommes ordinaires—peuvent atteindre le service d’amour (bhakti) par les devoirs prescrits, alors que le dharma ancien s’efface avec le temps. Il se souvient de l’enseignement antérieur du Seigneur, sous la forme de Haṁsa, à Brahmā, et se lamente : lorsque Kṛṣṇa partira, qui rétablira cette connaissance spirituelle perdue ? Śukadeva introduit la réponse satisfaite de Kṛṣṇa : le Seigneur va exposer des principes religieux éternels pour le bien des âmes conditionnées. Kṛṣṇa décrit le déploiement du dharma selon les yugas : en Satya-yuga il n’existe qu’un seul ordre « haṁsa », le Veda s’exprime comme oṁ et l’adoration vise le Seigneur en tant que Haṁsa ; en Tretā, le Veda s’étend en trois divisions et le sacrifice (yajña) devient central. Il explique ensuite l’apparition des quatre varṇa et des quatre āśrama à partir de la forme universelle, leurs qualités naturelles, et des devoirs universels tels qu’ahiṁsā et satya. Le chapitre détaille la discipline du brahmacārī, fondée sur le service au guru (guru-sevā) et la pureté, avertit renonçants et étudiants contre l’association avec les femmes, et prescrit des règles quotidiennes générales pour tous. Il se tourne enfin vers le gṛhastha-dharma—pañca-mahā-yajña, subsistance honnête, non-attachement et danger de la possessivité—ouvrant la voie à un détachement plus profond et au chemin progressif des āśrama à mesure que la bhakti mûrit.

Shlokas

Verse 1

श्रीउद्धव उवाच यस्त्वयाभिहित: पूर्वं धर्मस्त्वद्भ‍‍क्तिलक्षण: । वर्णाश्रमाचारवतां सर्वेषां द्विपदामपि ॥ १ ॥ यथानुष्ठीयमानेन त्वयि भक्तिर्नृणां भवेत् । स्वधर्मेणारविन्दाक्ष तन् ममाख्यातुमर्हसि ॥ २ ॥

Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur, auparavant Tu as exposé le dharma dont la marque est la bhakti envers Toi, pour ceux qui suivent le varṇāśrama et même pour les hommes ordinaires. Ô Toi aux yeux de lotus, daigne m’expliquer comment, en accomplissant son devoir propre (svadharma), tout être humain peut atteindre le service dévotionnel empreint d’amour envers Toi.

Verse 2

श्रीउद्धव उवाच यस्त्वयाभिहित: पूर्वं धर्मस्त्वद्भ‍‍क्तिलक्षण: । वर्णाश्रमाचारवतां सर्वेषां द्विपदामपि ॥ १ ॥ यथानुष्ठीयमानेन त्वयि भक्तिर्नृणां भवेत् । स्वधर्मेणारविन्दाक्ष तन् ममाख्यातुमर्हसि ॥ २ ॥

Śrī Uddhava dit : Ô Seigneur, auparavant Tu as exposé le dharma dont la marque est la bhakti envers Toi, pour ceux qui suivent le varṇāśrama et même pour les hommes ordinaires. Ô Toi aux yeux de lotus, daigne m’expliquer comment, en accomplissant son devoir propre (svadharma), tout être humain peut atteindre le service dévotionnel empreint d’amour envers Toi.

Verse 3

पुरा किल महाबाहो धर्मं परमकं प्रभो । यत्तेन हंसरूपेण ब्रह्मणेऽभ्यात्थ माधव ॥ ३ ॥ स इदानीं सुमहता कालेनामित्रकर्शन । न प्रायो भविता मर्त्यलोके प्रागनुशासित: ॥ ४ ॥

Uddhava dit : Ô Seigneur aux bras puissants, jadis, sous la forme de Haṁsa, Tu as enseigné à Brahmā ce dharma suprême qui accorde la félicité la plus haute au pratiquant. Ô Mādhava, un temps immense s’est écoulé, et l’instruction donnée autrefois va presque disparaître du monde des mortels, ô dompteur de l’ennemi.

Verse 4

पुरा किल महाबाहो धर्मं परमकं प्रभो । यत्तेन हंसरूपेण ब्रह्मणेऽभ्यात्थ माधव ॥ ३ ॥ स इदानीं सुमहता कालेनामित्रकर्शन । न प्रायो भविता मर्त्यलोके प्रागनुशासित: ॥ ४ ॥

Uddhava dit : Ô Seigneur aux bras puissants, jadis, sous la forme de Haṁsa, Tu as enseigné à Brahmā ce dharma suprême qui accorde la félicité la plus haute au pratiquant. Ô Mādhava, un temps immense s’est écoulé, et l’instruction donnée autrefois va presque disparaître du monde des mortels, ô dompteur de l’ennemi.

Verse 5

वक्ता कर्ताविता नान्यो धर्मस्याच्युत ते भुवि । सभायामपि वैरिञ्च्यां यत्र मूर्तिधरा: कला: ॥ ५ ॥ कर्त्रावित्रा प्रवक्त्रा च भवता मधुसूदन । त्यक्ते महीतले देव विनष्टं क: प्रवक्ष्यति ॥ ६ ॥

Uddhava dit : Ô cher Seigneur Acyuta, nul autre que Toi n’est, sur la terre, l’orateur, l’instaurateur et le protecteur des principes suprêmes du dharma; même dans l’assemblée de Brahmā, où résident les Veda personnifiés, nul ne T’égale. Ainsi, ô Madhusūdana, lorsque Toi —créateur, gardien et maître— quitteras la terre, qui redira cette connaissance perdue ?

Verse 6

वक्ता कर्ताविता नान्यो धर्मस्याच्युत ते भुवि । सभायामपि वैरिञ्च्यां यत्र मूर्तिधरा: कला: ॥ ५ ॥ कर्त्रावित्रा प्रवक्त्रा च भवता मधुसूदन । त्यक्ते महीतले देव विनष्टं क: प्रवक्ष्यति ॥ ६ ॥

Ô Acyuta, nul autre que Toi n’est l’orateur, l’instaurateur et le protecteur des principes suprêmes du dharma, ni sur la terre ni même dans l’assemblée de Brahmā où résident les Veda personnifiés. Ô Madhusūdana, lorsque Toi, créateur, gardien et révélateur de la connaissance spirituelle, quitteras la terre, qui donc redira ce savoir perdu ?

Verse 7

तत्त्वं न: सर्वधर्मज्ञ धर्मस्त्वद्भ‍‍क्तिलक्षण: । यथा यस्य विधीयेत तथा वर्णय मे प्रभो ॥ ७ ॥

Ô Seigneur, Toi qui connais tous les principes du dharma, notre véritable dharma se reconnaît à la bhakti, le service aimant envers Toi. Je T’en prie, décris quels êtres peuvent suivre cette voie et comment ce service doit être accompli.

Verse 8

श्रीशुक उवाच इत्थं स्वभृत्यमुख्येन पृष्ट: स भगवान् हरि: । प्रीत: क्षेमाय मर्त्यानां धर्मानाह सनातनान् ॥ ८ ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi, Uddhava, le meilleur des dévots, interrogea le Seigneur. Entendant sa question, Bhagavān Hari, Śrī Kṛṣṇa, fut comblé de joie et, pour le bien des âmes conditionnées, énonça les principes du dharma éternel.

Verse 9

श्रीभगवानुवाच धर्म्य एष तव प्रश्न‍ो नै:श्रेयसकरो नृणाम् । वर्णाश्रमाचारवतां तमुद्धव निबोध मे ॥ ९ ॥

La Personnalité Suprême de Dieu dit : Cher Uddhava, ta question est conforme au dharma et procure aux hommes le bien suprême, qu’ils soient ordinaires ou qu’ils suivent la discipline du varṇāśrama. Maintenant, apprends de Moi ces principes sublimes du dharma.

Verse 10

आदौ कृतयुगे वर्णो नृणां हंस इति स्मृत: । कृतकृत्या: प्रजा जात्या तस्मात् कृतयुगं विदु: ॥ १० ॥

Au commencement, dans le Kṛta-yuga (Satya-yuga), il n’existait qu’une seule classe parmi les hommes, appelée haṁsa. En cet âge, les êtres étaient dès la naissance accomplis dans leurs devoirs, c’est-à-dire de purs dévots du Seigneur; c’est pourquoi les sages nomment cette première ère Kṛta-yuga, l’âge où le dharma est parfaitement réalisé.

Verse 11

वेद: प्रणव एवाग्रे धर्मोऽहं वृषरूपधृक् । उपासते तपोनिष्ठा हंसं मां मुक्तकिल्बिषा: ॥ ११ ॥

Au commencement du Satya-yuga, le Véda indivis s’exprimait seulement par la syllabe sacrée « Om », et J’étais l’unique objet de l’esprit. Je Me manifestai comme le taureau du dharma aux quatre pattes; les ascètes, purifiés de toute faute, M’adoraient comme le Seigneur Haṁsa.

Verse 12

त्रेतामुखे महाभाग प्राणान्मे हृदयात्‍त्रयी । विद्या प्रादुरभूत्तस्या अहमासं त्रिवृन्मख: ॥ १२ ॥

Ô très fortuné, au commencement du Tretā-yuga, la connaissance védique jaillit de Mon cœur, demeure du prāṇa, en trois divisions — Ṛg, Sāma et Yajur. De cette connaissance Je Me manifestai comme le sacrifice triple.

Verse 13

विप्रक्षत्रियविट्‍शूद्रा मुखबाहूरुपादजा: । वैराजात् पुरुषाज्जाता य आत्माचारलक्षणा: ॥ १३ ॥

Dans le Tretā-yuga, les quatre ordres sociaux se manifestèrent à partir de la Forme universelle (Virāṭ Puruṣa) du Seigneur. Les brāhmaṇa naquirent de Son visage, les kṣatriya de Ses bras, les vaiśya de Ses cuisses et les śūdra de Ses pieds; chacun fut reconnu par ses devoirs et sa conduite propres.

Verse 14

गृहाश्रमो जघनतो ब्रह्मचर्यं हृदो मम । वक्ष:स्थलाद्वनेवास: संन्यास: शिरसि स्थित: ॥ १४ ॥

Des reins de Ma forme universelle apparut l’āśrama du foyer (gṛhastha), et de Mon cœur le brahmacarya. De Ma poitrine surgit la retraite en forêt (vānaprastha), et le sannyāsa fut établi dans la tête de Ma forme universelle.

Verse 15

वर्णानामाश्रमाणां च जन्मभूम्यनुसारिणी: । आसन् प्रकृतयो नृणां नीचैर्नीचोत्तमोत्तमा: ॥ १५ ॥

Les diverses divisions de varṇa et d’āśrama dans la société humaine apparurent selon des natures inférieures ou supérieures, manifestées d’après la condition de la naissance : certaines basses, d’autres moyennement élevées, d’autres élevées, et d’autres suprêmement élevées.

Verse 16

शमो दमस्तप: शौचं सन्तोष: क्षान्तिरार्जवम् । मद्भ‍‍क्तिश्च दया सत्यं ब्रह्मप्रकृतयस्त्विमा: ॥ १६ ॥

Paix, maîtrise de soi, austérité, pureté, contentement, patience, droiture simple, dévotion envers Moi, miséricorde et vérité : telles sont les qualités naturelles des brāhmaṇas.

Verse 17

तेजो बलं धृति: शौर्यं तितिक्षौदार्यमुद्यम: । स्थैर्यं ब्रह्मण्यमैश्वर्यं क्षत्रप्रकृतयस्त्विमा: ॥ १७ ॥

Éclat de puissance, force du corps, détermination, vaillance, endurance, générosité, grand effort, stabilité, dévotion envers les brāhmaṇas et aptitude au commandement : telles sont les qualités naturelles des kṣatriyas.

Verse 18

आस्तिक्यं दाननिष्ठा च अदम्भो ब्रह्मसेवनम् । अतुष्टिरर्थोपचयैर्वैश्यप्रकृतयस्त्विमा: ॥ १८ ॥

Foi dans la civilisation védique, constance dans la charité, absence d’hypocrisie, service des brāhmaṇas et désir incessant d’accroître la richesse : telles sont les qualités naturelles des vaiśyas.

Verse 19

शुश्रूषणं द्विजगवां देवानां चाप्यमायया । तत्र लब्धेन सन्तोष: शूद्रप्रकृतयस्त्विमा: ॥ १९ ॥

Service sans duplicité envers les brāhmaṇas, les vaches, les devas et les autres êtres dignes de vénération, et plein contentement de ce que procure ce service : telles sont les qualités naturelles des śūdras.

Verse 20

अशौचमनृतं स्तेयं नास्तिक्यं शुष्कविग्रह: । काम: क्रोधश्च तर्षश्च स भावोऽन्त्यावसायिनाम् ॥ २० ॥

Souillure, mensonge, vol, absence de foi, querelle stérile, luxure, colère et convoitise : telle est la nature de ceux qui se tiennent au plus bas, hors du système du varṇāśrama.

Verse 21

अहिंसा सत्यमस्तेयमकामक्रोधलोभता । भूतप्रियहितेहा च धर्मोऽयं सार्ववर्णिक: ॥ २१ ॥

La non‑violence, la vérité, l’honnêteté (ne pas voler), l’absence de désir, de colère et d’avidité, et la volonté du bonheur et du bien de tous les êtres—tel est le dharma commun à tous.

Verse 22

द्वितीयं प्राप्यानुपूर्व्याज्जन्मोपनयनं द्विज: । वसन् गुरुकुले दान्तो ब्रह्माधीयीत चाहूत: ॥ २२ ॥

Le dvija obtient la « seconde naissance » par la suite des rites purificatoires culminant dans l’initiation à la Gāyatrī (upanayana). Appelé par le maître spirituel, il doit demeurer au gurukula et, dans la maîtrise de soi, étudier attentivement les Veda.

Verse 23

मेखलाजिनदण्डाक्षब्रह्मसूत्रकमण्डलून् । जटिलोऽधौतदद्वासोऽरक्तपीठ: कुशान् दधत् ॥ २३ ॥

Le brahmacārī doit porter une ceinture d’herbe et un vêtement de peau de daim; garder les cheveux en jaṭā, porter un bâton et un pot à eau; être orné de perles d’akṣa et du cordon sacré. Tenant du kuśa pur en main, il n’acceptera pas de siège luxueux; il ne polira pas ses dents sans raison et ne blanchira ni ne repassera ses vêtements à l’excès.

Verse 24

स्‍नानभोजनहोमेषु जपोच्चारे च वाग्यत: । न च्छिन्द्यान्नखरोमाणि कक्षोपस्थगतान्यपि ॥ २४ ॥

Le brahmacārī doit garder le silence en se baignant, en mangeant, lors du homa, en récitant le japa, et même en déféquant ou urinant. Il ne doit pas couper ses ongles ni ses cheveux, y compris les poils des aisselles et du pubis.

Verse 25

रेतो नावकिरेज्जातु ब्रह्मव्रतधर: स्वयम् । अवकीर्णेऽवगाह्याप्सु यतासुस्‍त्रिपदां जपेत् ॥ २५ ॥

Celui qui observe le brahma‑vrata du brahmacārī ne doit jamais laisser s’écouler le sperme. Si, par hasard, il s’écoule de lui‑même, qu’il se baigne aussitôt, maîtrise le souffle par le prāṇāyāma et récite en japa le mantra Gāyatrī.

Verse 26

अग्‍न्यर्काचार्यगोविप्रगुरुवृद्धसुराञ्शुचि: । समाहित उपासीत सन्ध्ये द्वे यतवाग् जपन् ॥ २६ ॥

Le brahmacārī, purifié et l’esprit recueilli, doit vénérer le dieu du feu, le Soleil, l’ācārya, les vaches, les brāhmaṇas, le guru, les aînés dignes de respect et les devas. Il accomplira ce culte à l’aube et au crépuscule, sans parler, en murmurant intérieurement les mantras.

Verse 27

आचार्यं मां विजानीयान्नावमन्येत कर्हिचित् । न मर्त्यबुद्ध्यासूयेत सर्वदेवमयो गुरु: ॥ २७ ॥

Sache que l’ācārya, c’est Moi-même, et ne le méprise jamais d’aucune manière. Ne l’envie pas en le prenant pour un homme ordinaire, car le guru est le représentant de tous les devas.

Verse 28

सायं प्रातरुपानीय भैक्ष्यं तस्मै निवेदयेत् । यच्चान्यदप्यनुज्ञातमुपयुञ्जीत संयत: ॥ २८ ॥

Le matin et le soir, il doit recueillir l’aumône et d’autres objets, puis les offrir au maître spirituel. Ensuite, avec maîtrise de soi, il n’acceptera pour lui-même que ce que l’ācārya lui aura accordé.

Verse 29

शुश्रूषमाण आचार्यं सदोपासीत नीचवत् । यानशय्यासनस्थानैर्नातिदूरे कृताञ्जलि: ॥ २९ ॥

Tout en servant l’ācārya, il doit toujours le vénérer comme un serviteur humble. Quand le guru marche, se couche ou s’assied sur son āsana, il ne doit pas rester loin ; les mains jointes, il se tiendra près de lui, attendant son ordre.

Verse 30

एवंवृत्तो गुरुकुले वसेद् भोगविवर्जित: । विद्या समाप्यते यावद् बिभ्रद् व्रतमखण्डितम् ॥ ३० ॥

Ainsi conduit, l’élève doit demeurer au gurukula, entièrement exempt de jouissance des sens. Jusqu’à l’achèvement de l’étude védique, il gardera sans rupture son vœu de brahmacarya.

Verse 31

यद्यसौ छन्दसां लोकमारोक्ष्यन् ब्रह्मविष्टपम् । गुरवे विन्यसेद् देहं स्वाध्यायार्थं बृहद्‍व्रत: ॥ ३१ ॥

Si l’étudiant brahmacārī désire s’élever vers Maharloka ou Brahmaloka, qu’il remette entièrement ses actes au maître spirituel et, observant le grand vœu de brahmacarya perpétuel, se consacre à l’étude védique la plus élevée.

Verse 32

अग्नौ गुरावात्मनि च सर्वभूतेषु मां परम् । अपृथग्धीरुपासीत ब्रह्मवर्चस्व्यकल्मष: ॥ ३२ ॥

Éclairé dans la connaissance védique par le service au maître spirituel, affranchi du péché et de la dualité, on doit m’adorer d’une intelligence non séparatrice comme la Paramātmā présente dans le feu, dans le guru, en soi-même et en tous les êtres.

Verse 33

स्‍त्रीणां निरीक्षणस्पर्शसंलापक्ष्वेलनादिकम् । प्राणिनो मिथुनीभूतानगृहस्थोऽग्रतस्त्यजेत् ॥ ३३ ॥

Ceux qui ne sont pas mariés—sannyāsīs, vānaprasthas et brahmacārīs—ne doivent jamais fréquenter les femmes par le regard, le toucher, la conversation, la plaisanterie ou le jeu; ni fréquenter quelque être vivant engagé dans l’activité sexuelle.

Verse 34

शौचमाचमनं स्‍नानं सन्ध्योपास्तिर्ममार्चनम् । तीर्थसेवा जपोऽस्पृश्याभक्ष्यासम्भाष्यवर्जनम् ॥ ३४ ॥ सर्वाश्रमप्रयुक्तोऽयं नियम: कुलनन्दन । मद्भ‍ाव: सर्वभूतेषु मनोवाक्कायसंयम: ॥ ३५ ॥

Mon cher Uddhava : la pureté, l’ācaman (ablution rituelle), le bain, l’adoration sandhyā à l’aube, à midi et au crépuscule, mon culte, le service des lieux saints, le japa, et l’évitement de ce qui est intouchable, immangeable ou indigne d’être évoqué—tels sont des principes pour tous les āśramas; et, par la maîtrise du mental, de la parole et du corps, qu’on se souvienne de ma présence comme Paramātmā en tous les êtres.

Verse 35

शौचमाचमनं स्‍नानं सन्ध्योपास्तिर्ममार्चनम् । तीर्थसेवा जपोऽस्पृश्याभक्ष्यासम्भाष्यवर्जनम् ॥ ३४ ॥ सर्वाश्रमप्रयुक्तोऽयं नियम: कुलनन्दन । मद्भ‍ाव: सर्वभूतेषु मनोवाक्कायसंयम: ॥ ३५ ॥

Ô Uddhava, joie de ta lignée, cette règle vaut pour tous les āśramas : se souvenir de ma présence comme Paramātmā en tous les êtres et maîtriser mental, parole et corps; qu’on l’accomplisse avec bhakti.

Verse 36

एवं बृहद्‍व्रतधरो ब्राह्मणोऽग्निरिव ज्वलन् । मद्भ‍क्तस्तीव्रतपसा दग्धकर्माशयोऽमल: ॥ ३६ ॥

Ainsi, le brāhmaṇa qui observe le grand vœu du brahmacarya resplendit tel un feu. Par une austérité intense, il réduit en cendres l’inclination aux actes matériels et, pur de la souillure du désir, devient Mon dévot.

Verse 37

अथानन्तरमावेक्ष्यन् यथा जिज्ञासितागम: । गुरवे दक्षिणां दत्त्वा स्‍नायाद् गुर्वनुमोदित: ॥ ३७ ॥

Ensuite, ayant achevé son étude védique et désirant entrer dans la vie de maître de maison, le brahmacārī doit offrir au maître spirituel la dakṣiṇā convenable. Avec l’assentiment du guru, il se baignera, se coupera les cheveux, revêtira des vêtements appropriés et retournera chez lui.

Verse 38

गृहं वनं वोपविशेत् प्रव्रजेद् वा द्विजोत्तम: । आश्रमादाश्रमं गच्छेन्नान्यथामत्परश्चरेत् ॥ ३८ ॥

Le brahmacārī qui veut combler des désirs matériels doit vivre au foyer; le maître de maison désireux de purifier sa conscience doit entrer en forêt comme vānaprastha; et le brāhmaṇa purifié doit accepter le sannyāsa. Celui qui ne s’est pas abandonné à Moi doit passer progressivement d’un āśrama à l’autre, sans agir autrement.

Verse 39

गृहार्थी सद‍ृशीं भार्यामुद्वहेदजुगुप्सिताम् । यवीयसीं तु वयसा यां सवर्णामनुक्रमात् ॥ ३९ ॥

Celui qui veut établir la vie de famille doit épouser une femme de sa propre caste, irréprochable et plus jeune. S’il désire plusieurs épouses, qu’il les prenne après le premier mariage, dans l’ordre, et que chacune soit d’une caste successivement inférieure.

Verse 40

इज्याध्ययनदानानि सर्वेषां च द्विजन्मनाम् । प्रतिग्रहोऽध्यापनं च ब्राह्मणस्यैव याजनम् ॥ ४० ॥

Le sacrifice (yajña), l’étude des Veda et le don sont des devoirs pour tous les « deux-fois-nés » (brāhmaṇas, kṣatriyas et vaiśyas). Mais recevoir des dons, enseigner la connaissance védique et officier des sacrifices pour autrui sont des prérogatives propres au brāhmaṇa.

Verse 41

प्रतिग्रहं मन्यमानस्तपस्तेजोयशोनुदम् । अन्याभ्यामेव जीवेत शिलैर्वा दोषद‍ृक् तयो: ॥ ४१ ॥

Le brāhmaṇa qui estime que recevoir l’aumône d’autrui détruit son austérité, sa puissance spirituelle et sa renommée doit subsister grâce aux deux autres devoirs brahmaniques : enseigner le savoir védique et accomplir les sacrifices. Si même ces deux activités lui semblent nuire à sa condition spirituelle, qu’il glane les grains rejetés dans les champs et les marchés et vive sans dépendre de quiconque.

Verse 42

ब्राह्मणस्य हि देहोऽयं क्षुद्रकामाय नेष्यते । कृच्छ्राय तपसे चेह प्रेत्यानन्तसुखाय च ॥ ४२ ॥

Le corps d’un brāhmaṇa n’est pas destiné à de maigres jouissances des sens; au contraire, en acceptant des austérités difficiles en cette vie, il goûtera après la mort une félicité sans limite.

Verse 43

शिलोञ्छवृत्त्या परितुष्टचित्तो धर्मं महान्तं विरजं जुषाण: । मय्यर्पितात्मा गृह एव तिष्ठ- न्नातिप्रसक्त: समुपैति शान्तिम् ॥ ४३ ॥

Le brāhmaṇa chef de famille doit garder l’esprit satisfait en vivant du glanage des grains rejetés (śiloñcha) dans les champs et les marchés. Délivré du désir personnel, qu’il pratique une religion grande et sans tache, l’âme offerte à Moi ; ainsi, demeurant au foyer sans attachement excessif, il atteint la paix et la libération.

Verse 44

समुद्धरन्ति ये विप्रं सीदन्तं मत्परायणम् । तानुद्धरिष्ये नचिरादापद्‍भ्यो नौरिवार्णवात् ॥ ४४ ॥

De même qu’un navire sauve ceux qui sont tombés dans l’océan, ainsi Je délivre très vite de toute calamité ceux qui relèvent et soutiennent les brāhmaṇas et Mes dévots accablés par la pauvreté.

Verse 45

सर्वा: समुद्धरेद् राजा पितेव व्यसनात् प्रजा: । आत्मानमात्मना धीरो यथा गजपतिर्गजान् ॥ ४५ ॥

De même qu’un père délivre ses enfants —les citoyens— de l’adversité, le roi doit sauver tous les sujets de la détresse. Et comme le chef des éléphants protège tout le troupeau et se protège lui-même, ainsi le roi, ferme et sans crainte, doit protéger les citoyens et veiller aussi sur lui-même.

Verse 46

एवंविधो नरपतिर्विमानेनार्कवर्चसा । विधूयेहाशुभं कृत्‍स्‍नमिन्द्रेण सह मोदते ॥ ४६ ॥

Le roi terrestre qui, en se protégeant lui-même et ses sujets, ôte tous les péchés de son royaume, jouira assurément avec le seigneur Indra dans des vimānas éclatants comme le soleil.

Verse 47

सीदन् विप्रो वणिग्वृत्त्या पण्यैरेवापदं तरेत् । खड्‍गेन वापदाक्रान्तो न श्ववृत्त्या कथञ्चन ॥ ४७ ॥

Si un brāhmaṇa ne peut subsister par ses devoirs ordinaires et souffre, il peut adopter le métier de marchand et franchir la détresse par l’achat et la vente. S’il demeure dans une pauvreté extrême, il peut prendre l’épée et assumer la fonction de kṣatriya; mais en aucun cas il ne doit vivre comme un chien, au service d’un maître ordinaire.

Verse 48

वैश्यवृत्त्या तु राजन्यो जीवेन्मृगययापदि । चरेद् वा विप्ररूपेण न श्ववृत्त्या कथञ्चन ॥ ४८ ॥

Ô roi, si un membre de l’ordre royal ne peut subsister par son occupation normale, en temps d’urgence il peut agir comme un vaiśya, vivre de la chasse, ou se conduire comme un brāhmaṇa en enseignant le savoir védique; mais en aucun cas il ne doit adopter la profession d’un śūdra.

Verse 49

शूद्रवृत्तिं भजेद् वैश्य: शूद्र: कारुकटक्रियाम् । कृच्छ्रान्मुक्तो न गर्ह्येण वृत्तिं लिप्सेत कर्मणा ॥ ४९ ॥

Un vaiśya qui ne peut subsister peut adopter l’occupation d’un śūdra, et un śūdra qui ne trouve pas de maître peut se livrer à des travaux simples, comme fabriquer des paniers et des nattes de paille. Toutefois, une fois la détresse passée, ceux qui ont pris des métiers inférieurs par nécessité doivent les abandonner et revenir à leur devoir convenable; qu’ils ne cherchent pas leur subsistance par un travail blâmable.

Verse 50

वेदाध्यायस्वधास्वाहाबल्यन्नाद्यैर्यथोदयम् । देवर्षिपितृभूतानि मद्रूपाण्यन्वहं यजेत् ॥ ५० ॥

Celui qui vit dans l’ordre de gṛhastha doit, chaque jour, adorer les sages par l’étude védique, les ancêtres par l’offrande du mantra svadhā, les devas par la récitation de svāhā, tous les êtres en partageant des parts de son repas, et les hommes en offrant grains et eau. Voyant les devas, les sages, les ancêtres, les êtres vivants et les humains comme des manifestations de Ma puissance, il doit accomplir quotidiennement ces cinq sacrifices.

Verse 51

यद‍ृच्छयोपपन्नेन शुक्लेनोपार्जितेन वा । धनेनापीडयन् भृत्यान् न्यायेनैवाहरेत् क्रतून् ॥ ५१ ॥

Le maître de maison doit entretenir paisiblement ceux qui dépendent de lui, soit avec une richesse venue d’elle‑même, soit avec celle acquise purement par l’accomplissement honnête de son devoir, sans accabler ses serviteurs. Selon ses moyens, qu’il accomplisse des yajñas et autres rites religieux avec droiture.

Verse 52

कुटुम्बेषु न सज्जेत न प्रमाद्येत् कुटुम्ब्यपि । विपश्चिन्नश्वरं पश्येदद‍ृष्टमपि द‍ृष्टवत् ॥ ५२ ॥

Même s’il prend soin de nombreux proches à charge, le maître de maison ne doit pas s’y attacher matériellement ni perdre l’équilibre en se croyant « le maître ». Le foyer intelligent voit que tout bonheur, passé ou futur —même encore invisible— est périssable, comme celui déjà goûté.

Verse 53

पुत्रदाराप्तबन्धूनां सङ्गम: पान्थसङ्गम: । अनुदेहं वियन्त्येते स्वप्नो निद्रानुगो यथा ॥ ५३ ॥

La compagnie des enfants, de l’épouse, des parents et des amis ressemble à la brève rencontre de voyageurs. À chaque changement de corps, on s’en sépare, comme les objets d’un rêve s’évanouissent quand le sommeil prend fin.

Verse 54

इत्थं परिमृशन्मुक्तो गृहेष्वतिथिवद् वसन् । न गृहैरनुबध्येत निर्ममो निरहङ्कृत: ॥ ५४ ॥

Ainsi, en méditant profondément la situation réelle, l’âme libérée doit demeurer au foyer comme un hôte, sans esprit de possession ni faux ego. De cette manière, elle ne sera ni liée ni empêtrée dans les affaires domestiques.

Verse 55

कर्मभिगृहमेधीयैरिष्ट्वा मामेव भक्तिमान् । तिष्ठेद् वनं वोपविशेत् प्रजावान् वा परिव्रजेत् ॥ ५५ ॥

Le dévot chef de famille qui M’adore en accomplissant ses devoirs domestiques peut demeurer au foyer, se rendre en un lieu saint, ou, s’il a un fils responsable, accepter le sannyāsa et devenir un renonçant itinérant.

Verse 56

यस्त्वासक्तमतिर्गेहे पुत्रवित्तैषणातुर: । स्‍त्रैण: कृपणधीर्मूढो ममाहमिति बध्यते ॥ ५६ ॥

Le maître de maison dont l’esprit s’attache au foyer, troublé par l’ardent désir de jouir de ses biens et de ses enfants, avide de femmes, au mental avare et obtus, qui pense : « Tout est à moi, et je suis tout », se trouve assurément lié par l’illusion (māyā).

Verse 57

अहो मे पितरौ वृद्धौ भार्या बालात्मजात्मजा: । अनाथा मामृते दीना: कथं जीवन्ति दु:खिता: ॥ ५७ ॥

«Hélas ! Mes parents sont vieux, mon épouse porte un nourrisson dans ses bras, et mes autres enfants sont encore petits ; sans moi ils seront sans protection, misérables et accablés. Comment pourront-ils vivre ?»

Verse 58

एवं गृहाशयाक्षिप्तहृदयो मूढधीरयम् । अतृप्तस्ताननुध्यायन् मृतोऽन्धं विशते तम: ॥ ५८ ॥

Ainsi, par sottise, le maître de maison dont le cœur est submergé par l’attachement familial n’est jamais rassasié. Méditant sans cesse sur les siens, il meurt et entre dans les ténèbres de l’ignorance.

Frequently Asked Questions

By presenting varṇāśrama as a discipline of purification: universal virtues, regulated conduct, and role-specific duties are to be performed with remembrance of the Lord as Supersoul and with offerings to Him. When work is done without possessiveness and with devotion—especially through guru-centered training and self-control—it ceases to bind (karma-bandha) and becomes bhakti in practice.

To show the historical unfolding and progressive fragmentation of dharma: from the unified ‘haṁsa’ order and oṁ-centered Veda in Satya-yuga to the threefold Veda and sacrifice-centered culture in Tretā. This yuga framework explains why dharma appears in organized social and āśrama forms and why it must be restated as time advances toward decline.

The ācārya is to be known as the Lord’s own representative and not treated as ordinary. The brahmacārī serves with humility—collecting alms/necessities, accepting only what is allotted, and attending the guru’s needs—because such service transmits Vedic knowledge, purifies sin, and anchors the student in devotion rather than pride.

Nonviolence, truthfulness, honesty, seeking the welfare of all beings, and freedom from lust, anger, and greed. These function as baseline dharma that supports any āśrama or varṇa and makes devotional practice stable.

It depicts possessiveness and identity based on ‘mine’ and ‘I am the lord’ as bondage-producing illusion. Excessive attachment to spouse, children, and wealth leads to anxiety, dissatisfaction, and a death absorbed in relatives—resulting in darkness of ignorance—whereas a liberated householder lives like a guest, without proprietorship, and keeps consciousness absorbed in the Lord.