Adhyaya 28
Varaha PuranaAdhyaya 2843 Shlokas

Adhyaya 28: The Manifestation of Māyā as Durgā/Kātyāyanī and the Slaying of Vaitrāsura

Māyā–Durgā–Kātyāyanīprādurbhāvaḥ (Vaitrāsuravadhaś ca)

Mythic-Theology (Devī-Māhātmya style) with Ritual Timing (Navamī observance) and Protective Ethics

Dans le cadre pédagogique Varāha–Pṛthivī, Pṛthivī demande comment Māyā se manifesta comme l’auspicieuse Durgā/Kātyāyanī, subtile mais incarnée distinctement au ādikṣetra primordial. Varāha (par l’entremise de Mahātapā) expose un cycle karmique menant à la naissance de Vaitrāsura, issu de la rivière Vetravatī et du roi Sindhudvīpa, animé d’hostilité envers Indra. L’asura soumet Indra et les lokapālas, poussant les dieux à chercher refuge auprès de Brahmā. Par la contemplation de la māyā, Brahmā voit surgir spontanément une Devī à huit bras qui terrasse l’asura. Śiva la loue alors comme Gāyatrī, mère des Veda, et Brahmā institue l’observance de Navamī et les bienfaits de la récitation, faisant de la protection en temps de crise un principe de stabilité pour le monde.

Primary Speakers

VarāhaPṛthivīPrajāpālaMahātapāBrahmāMaheśvara (Śiva)Vetravatī (as a personified river)

Key Concepts

māyā (cosmic power/manifestation principle)Durgā/Kātyāyanī as protective sovereigntyGāyatrī identification (veda-mātṛ; tryakṣara motif)asura–deva conflict as cosmological disequilibriumNavamī observance (tithi-based ritual timing)stotra-pāṭha as apotropaic practice (crisis-protection)personified river ecology (Vetravatī as agent and womb)

Shlokas in Adhyaya 28

Verse 1

प्रजापाल उवाच । कथं माया समुत्पन्ना दुर्गा कात्यायनी शुभा । आदिक्षेत्रे स्थिता सूक्ष्मा पृथग्मूर्त्ता व्यजायत ॥ २८.१ ॥

Prajāpāla dit : «Comment Māyā est-elle apparue—elle, l’auspicieuse Durgā, appelée aussi Kātyāyanī—qui, demeurant en Ādikṣetra sous une forme subtile, se manifesta pourtant comme une forme incarnée distincte ?»

Verse 2

महातपा उवाच । आसीद् राजा पुरा राजन् सिन्धुद्वीपः प्रतापवान् । वरुणांशो महाराज सोऽरण्ये तपसि स्थितः ॥ २८.२ ॥

Mahātapā dit : « Jadis, ô roi, il y eut un souverain puissant nommé Sindhudvīpa, renommé pour sa vaillance. Il était une part de Varuṇa, ô grand roi, et demeurait dans la forêt, établi dans la pratique de l’ascèse ».

Verse 3

पुत्रो मे शक्रनाशाय भवेदिति नारदाधिपः । एवं कृतमतिः सोऽथ महता तपसा स्वकम् । कलेवरं स्थितो भूत्वा शोषयामास सुव्रत ॥ २८.३ ॥

Avec cette résolution : « Que mon fils devienne le destructeur de Śakra (Indra) », le seigneur parmi les hommes fixa ainsi son dessein ; puis, établi dans une grande austérité, il fit dépérir son propre corps, lui, l’homme aux vœux inébranlables.

Verse 4

प्रजापाल उवाच । कथं तस्य द्विजश्रेष्ठ शक्रेणापकृतं भवेत् । येनासौ तद्विनाशाय पुत्रमिच्छन् व्रते स्थितः ॥ २८.४ ॥

Prajāpāla dit : « Ô le meilleur des deux-fois-nés, comment Śakra (Indra) aurait-il pu lui nuire, au point que celui-ci, désirant un fils pour cette destruction, demeurât ferme dans son vœu ? »

Verse 5

महातपा उवाच । सोऽन्यजन्मनि पुत्रोऽभूत् त्वष्टुर्बलभृतां वरः । अवध्यः सर्वशस्त्रेषु अपां फेनॆन नाशितः ॥ २८.५ ॥

Mahātapā dit : « Dans une autre naissance, il devint le fils de Tvaṣṭṛ, le premier parmi les puissants. Bien qu’invulnérable à toutes les armes, il fut détruit par l’écume des eaux ».

Verse 6

जलफेनेन निहतस्तस्मिँल्लयमवाप्नुयात् । पुनर्ब्रह्मान्वयाज्जातः सिन्धुद्वीपेति संज्ञितः । स तेपे परमं तीव्रं शक्रवैरमनुस्मरन् ॥ २८.६ ॥

Frappé par l’écume des eaux, il entra là dans la dissolution (laya). Puis, renaissant dans la lignée de Brahmā, il fut connu sous le nom de « Sindhudvīpa ». Se souvenant de son inimitié envers Śakra (Indra), il entreprit des austérités d’une intensité extrême.

Verse 7

ततः कालेन महता नदी वेत्रवती शुभा । मानुषं रूपमास्थाय सालङ्कारं मनोरमम् । आजगाम यतो राजा तेपे परमकं तपः ॥ २८.७ ॥

Puis, après un long temps, la rivière bénie Vetravatī—ayant pris forme humaine, charmante et parée d’ornements—vint au lieu où le roi accomplissait l’austérité suprême.

Verse 8

तां दृष्ट्वा रूपसंपन्नां स राजा क्रुद्धमानसः । उवाच का असि सुश्रोणि सत्यं कथय भामिनि ॥ २८.८ ॥

La voyant, comblée de beauté, le roi, l’esprit enflammé de colère, dit : « Qui es-tu, ô femme aux hanches gracieuses ? Dis-moi la vérité, ô femme ardente. »

Verse 9

नद्युवाच । अहं जलपतेः पत्नी वरुणस्य महात्मनः । नाम्ना वेत्रवती पुण्या त्वामिच्छन्तीह मागता ॥ २८.९ ॥

La Rivière dit : « Je suis l’épouse de Varuṇa, le magnanime seigneur des eaux. On me nomme Vetravatī, pure et de bon augure ; je suis venue ici en te désirant. »

Verse 10

साभिलाषां परस्त्रीं च भजमानां विसर्ज्जयेत् । स पापः पुरुषो ज्ञेयो ब्रह्महत्यां च विन्दति । एवं ज्ञात्वा महाराज भजमानां भजस्व माम् ॥ २८.१० ॥

Il faut écarter la femme qui désire, mais qui est l’épouse d’un autre et recherche l’union. L’homme qui l’accueille doit être tenu pour pécheur et encourt la faute de brahma-hatyā (meurtre d’un brahmane). Sachant cela, ô grand roi, unis-toi à moi, moi qui te suis dévouée.

Verse 11

एवमुक्तस्तया राजा साभिलाषोपभुक्तवान् । तस्य सद्योऽभवत् पुत्रो द्वादशार्कसमप्रभः ॥ २८.११ ॥

Ainsi interpellé par elle, le roi, cédant au désir, s’unit à elle. Aussitôt, il obtint un fils, rayonnant d’un éclat égal à celui de douze soleils.

Verse 12

वेत्रवत्युदरे जातो नाम्ना वैत्रासुरोऽभवत् । बलवानतितेजस्वी प्राग्ज्योतिषपतिर्भवत् ॥ २८.१२ ॥

Né dans la contrée du Vetravatī, il fut connu sous le nom de Vaitrāsura. Doué d’une grande force et d’un éclat extraordinaire, il devint le seigneur de Prāgjyotiṣa.

Verse 13

स कालेन युवा जातो बलवान् दृढविक्रमः । महायोगेन संयुक्तो जिगायेमां वसुंधराम् ॥ २८.१३ ॥

Avec le temps, il devint un jeune homme, puissant et d’un courage inébranlable. Uni à une grande discipline yogique, il soumit cette Terre (Vasundharā).

Verse 14

सप्तद्वीपवतीं पश्चान्मेरुपर्वतमारोहत् । तत्रेन्द्रं प्रथमं जिग्ये पश्चादग्निं यमं ततः । निरृतिं वरुणं वायूं धनदश्चेश्वरं ततः ॥ २८.१४ ॥

Ensuite, il gravit le mont Méru, établi au milieu des sept continents. Là, il vainquit d’abord Indra, puis Agni et Yama; ensuite Nirṛti, Varuṇa, Vāyu, et enfin Dhanada (Kubera) ainsi qu’Īśvara.

Verse 15

इन्द्रो भग्नो गतः सोऽग्निं अग्निर्भग्नो यमं ययौ । यमो निरृतिमागच्छन्निरृतिर्वरुणं ययौ ॥ २८.१५ ॥

Indra, vaincu, alla vers Agni; Agni, vaincu, alla vers Yama. Yama se rendit auprès de Nirṛti, et Nirṛti alla vers Varuṇa.

Verse 16

इन्द्रादिभिरुपेतस्तु वरुणो वायुमन्वगात् । वायुर्धनपतिं त्वागात् सर्वैरिन्द्रादिभिः सह ॥ २८.१६ ॥

Varuṇa, accompagné d’Indra et des autres dieux, suivit alors Vāyu. Vāyu, avec eux tous—Indra et les autres—s’approcha de Dhanapati (Kubera).

Verse 17

धनदोऽपि स्वकं मित्रमीशं देवसमन्वितः । इयाय गदया सोऽपि दानवो बलदर्पितः । गदामादाय दुद्राव शिवलोकं प्रति प्रभो ॥ २८.१७ ॥

Dhanada (Kubera) aussi, accompagné des dieux, se rendit auprès de son ami, Īśa (Śiva). Ce Dānava également, enivré par l’orgueil de sa force, saisissant sa massue, se rua vers le monde de Śiva, ô Seigneur.

Verse 18

शिवोऽप्यवध्यं तं मत्वा देवान् गुह्य ययौ पुरीम् । ब्रह्मणः सुरसिद्धाद्यैर्वन्दितां पुण्यकारिभिः ॥ २८.१८ ॥

Śiva lui-même, le jugeant invulnérable, se rendit en secret—avec les dieux—dans la cité de Brahmā, honorée par les dieux, les Siddha et d’autres, ainsi que par ceux qui accomplissent des actes méritoires.

Verse 19

तत्र ब्रह्मा जगत्स्रष्टा विष्णुपादोद्भवे जले । नियामिताकाशगतो जपत्यन्तर्जले शुभे । क्षेत्रज्ञनाम गायत्रीं ततो देवा विचुक्रुशुः ॥ २८.१९ ॥

Là, Brahmā—créateur du monde—demeurant dans l’eau née du pied de Viṣṇu, ayant pris une station réglée dans le ciel, récitait au sein des eaux auspiciennes la Gāyatrī associée au « Connaisseur du Champ » (kṣetrajña). Alors les dieux s’écrièrent.

Verse 20

त्राहि प्रजापते सर्वान् देवानृषिवरानपि । असुराद्भयमापन्नान् त्राहि त्राहीत्यचोदयन् ॥ २८.२० ॥

«Protège-nous, ô Prajāpati ! Protège tous les dieux, ainsi que les plus éminents ṛṣi, tombés dans la crainte à cause des asura.» Ainsi l’exhortaient-ils en criant : «Protège ! Protège !»

Verse 21

एवमुक्तस्तदा ब्रह्मा दृष्ट्वा देवान्स्तदागतान् । चिन्तयामास देवस्य मायैयं विततं जगत् । नासुरा न सुराश्चात्र मायैयं कीदृशी मता ॥ २८.२१ ॥

Ainsi sollicité, Brahmā, voyant les dieux arrivés, réfléchit : «Ce monde est déployé par la māyā du Seigneur. Ici, il n’y a ni Asura ni Sura ; de quelle nature est donc cette māyā ?»

Verse 22

एवं चिन्तयतस्तस्य प्रादुरासीदयोनिजा । शुक्लाम्बरधरा कन्या स्रक्किरीटोज्ज्वलानना । अष्टभिर्बाहुभिर्युक्ता दिव्यप्रहरणोद्यता ॥ २८.२२ ॥

Tandis qu’il méditait ainsi, se manifesta une jeune fille non née d’un sein (ayonijā), vêtue de blanc ; son visage rayonnait de guirlandes et d’un diadème ; pourvue de huit bras, elle se tenait prête avec des armes divines.

Verse 23

चक्रं शङ्खं गदां पाशं खङ्गं घण्टां तथा धनुः । धारयन्ती तथा चान्यान् बद्धतूणा जलाद् बहिः ॥ २८.२३ ॥

Portant le disque, la conque, la massue, le lacet, l’épée, la cloche et l’arc, ainsi que d’autres armes, le carquois solidement attaché, elle se tenait hors des eaux.

Verse 24

निष्चक्राम महादेवी सिंहवाहनवेगिता । युयुधे चासुरान् सर्वान् एकैव बहुधा स्थिता ॥ २८.२४ ॥

La Grande Déesse s’élança, rapide sous l’élan de sa monture-lion ; et elle combattit tous les Asuras : bien qu’unique, elle semblait se tenir en de multiples formes.

Verse 25

दिव्यं वर्षसहस्रं तु दिव्यैरस्त्रैर्महाबलम् । युद्ध्वा कालात्यये देव्याः हतो वैत्रासुरो रणे । ततः किलकिलाशब्दो देवसैन्येऽभवन्महान् ॥ २८.२५ ॥

Durant mille années divines, la Puissante combattit avec des armes célestes. Puis, le temps prescrit étant accompli, Vaitrāsura fut tué au combat par la Déesse. Alors s’éleva dans l’armée des dieux un grand cri d’allégresse.

Verse 26

हते वैत्रासुरे भीमे तदा सर्वे दिवौकसः । प्रणेमुर्जय युद्धेति स्वयमीशः स्तुतिं जगौ ॥ २८.२६ ॥

Lorsque le redoutable Vaitrāsura eut été tué, tous les êtres célestes se prosternèrent en proclamant : « Victoire au combat ! » Alors le Seigneur lui-même prononça un hymne de louange.

Verse 27

महेश्वर उवाच । जयस्व देवि गायत्रे महामाये महाप्रभे । महादेवि महाभागे महासत्त्वे महोत्सवे ॥ २८.२७ ॥

Maheśvara dit : «Sois victorieuse, ô Déesse Gāyatrī—ô Grande Māyā, puissance de l’illusion sacrée, ô Toi la très rayonnante ; ô Grande Déesse, ô la très fortunée, ô Toi de grand sattva et de pure essence, ô Grande Fête, incarnation de l’auspice.»

Verse 28

दिव्यगन्धानुलिप्ताङ्गि दिव्यस्रग्दामभूषिते । वेदमातर्नमस्तुभ्यं त्र्यक्षरस्ते महेश्वरि ॥ २८.२८ ॥

Ô Maheśvarī, dont les membres sont oints de parfum divin et parés de guirlandes célestes—ô Mère des Veda, hommage à Toi ; Ton mantra est celui «aux trois syllabes».

Verse 29

त्रिलोकस्थे त्रितत्त्वस्थे त्रिवह्निस्थे त्रिशूलिनि । त्रिनेत्रे भीमवक्त्रे च भीमनेत्रे भयानके । कमलासनजे देवि सरस्वति नमोऽस्तु ते ॥ २८.२९ ॥

Salutations à Toi, Sarasvatī, ô Déesse—demeurant dans les trois mondes, établie dans la triade des tattva, présente dans les trois feux sacrés ; ô porteuse du trident, ô Toi aux trois yeux ; au visage redoutable, au regard redoutable, inspirant la crainte révérencielle ; née de Brahmā assis sur le lotus—hommage à Toi.

Verse 30

नमः पङ्कजपत्राक्षि महामायेऽमृतस्त्रवे । सर्वगे सर्वभूतेषि स्वाहाकारे स्वधेऽम्बिके ॥ २८.३० ॥

Hommage à Toi, aux yeux semblables aux feuilles de lotus ; ô Grande Māyā, flot d’amṛta, nectar d’immortalité. Ô Toi l’omniprésente, présente en tous les êtres ; ô Ambikā, dont la forme est l’énonciation «svāhā» et qui es aussi «svadhā».

Verse 31

सम्पूर्णे पूर्णचन्द्राभे भास्वराङ्गे भवोद्भवे । महाविद्ये महावेद्ये महादैत्यविनाशिनि । महाबुद्ध्युद्भवे देवि वीतशोके किरातिनि ॥ २८.३१ ॥

Ô Déesse—entière et accomplie, rayonnante comme la pleine lune, au corps lumineux, issue de bhava (le principe du devenir). Ô Mahāvidyā, ô Mahāvedya (le suprême objet de connaissance), destructrice des grands daitya ; ô source de la grande intelligence, ô Devī sans chagrin, ô Kirātinī—hommage à Toi.

Verse 32

त्वं नीतिस्त्वं महाभागे त्वं गीत्स्त्वं गौस्त्वमक्षरम् । त्वं धीस्त्वं श्रीस्त्वमोङ्कारस्तत्त्वे चापि परिस्थिता । सर्वसत्त्वाहिते देवि नमस्ते परमेश्वरि ॥ २८.३२ ॥

Ô très fortunée, tu es nīti, la conduite juste; tu es gīḥ, la parole sacrée; tu es la vache; tu es akṣara, l’impérissable. Tu es dhī, l’intelligence pénétrante; tu es śrī, la prospérité; tu es la syllabe Oṃ, et tu demeures aussi établie dans le tattva, le principe du réel. Ô Déesse qui veille au bien de tous les êtres, salutations à toi, ô Souveraine suprême.

Verse 33

इत्येवं संस्तुता देवी भवेन परमेष्ठिना । देवैरपि जयेत्युच्चैरित्युक्ता परमेश्वरी ॥ २८.३३ ॥

Ainsi louée de cette manière par Bhava et par Parameṣṭhin, la Déesse suprême, Parameśvarī, fut aussi acclamée par les dieux, qui s’écrièrent à haute voix : « Victoire (Jaya) ! »

Verse 34

यावदास्ते चतुर्वक्त्रस्तावदन्तर्जलाद्बहिः । निश्चक्राम ततो देवीं कृतकृत्यां ददर्श सः ॥ २८.३४ ॥

Tant que l’Être aux quatre visages demeura là, durant ce temps il sortit de l’intérieur des eaux vers l’extérieur. Alors il vit la Déesse, dont l’œuvre était accomplie.

Verse 35

तां दृष्ट्वा देवकार्यं च सिद्धं मत्वा पितामहः । भविष्यं कार्यमुद्दिश्य ततो वचनमब्रवीत् ॥ २८.३५ ॥

L’ayant vue et estimant que la tâche des dieux était accomplie, Pitāmaha (l’Aïeul) prit alors la parole, en vue de l’œuvre à venir, et dit ces mots.

Verse 36

ब्रह्मोवाच । इयं देवी वरारोहा यातु शैलं हिमोद्भवम् । तत्र यूयं सुराः सर्वे गत्वा नन्दत माचिरम् ॥ २८.३६ ॥

Brahmā dit : « Que cette Déesse, la belle-hanchée (varārohā), se rende à la montagne née de la neige, l’Himālaya. Là, allez tous, ô dieux, et réjouissez-vous sans tarder. »

Verse 37

नवम्यां च सदा पूज्या इयं देवी समाधिना । वरदा सर्वलोकानां भविष्यति न संशयः ॥ २८.३७ ॥

Le neuvième jour lunaire (Navamī) aussi, cette Déesse doit être toujours vénérée avec un samādhi recueilli; elle deviendra dispensatrice de grâces pour tous les mondes—sans aucun doute.

Verse 38

नवम्यां यश्च पिष्टाशी भविष्यति हि मानवः । नारी वा तस्य सम्पन्नं भविष्यति मनोगतम् ॥ २८.३८ ॥

En vérité, l’homme qui, au jour de Navamī, se nourrit de grain pilé, obtiendra une femme (épouse/compagne), et ce que son esprit désire s’accomplira.

Verse 39

यश्च सायं तथा प्रातरिदं स्तोत्रं पठिष्यति । त्वयेरितं महादेव तस्य देव्याः समं भवान् ॥ २८.३९ ॥

Et quiconque récitera cet hymne le soir et de même le matin—ô Mahādeva, comme tu l’as proclamé—pour cette personne tu seras présent avec la Déesse.

Verse 40

वरदो देव सर्वास्वापत्स्वप्युद्धरस्‍व तम् । एवमुक्त्वा भवं ब्रह्मा पुनर्देवीं स चाब्रवीत् ॥ २८.४० ॥

«Ô divinité dispensatrice de dons, même au milieu de toute adversité, sauve-le.» Ayant ainsi parlé à Bhava (Śiva), Brahmā s’adressa de nouveau à la Déesse.

Verse 41

त्वया देवि महत्कार्यं कर्तव्यं चान्यदस्ति नः । भविष्यं महिषाख्यस्य असुरस्य विनाशनम् ॥ २८.४१ ॥

Ô Déesse, une grande œuvre doit être accomplie par toi; pour nous, il n’y a rien d’autre. Ce qui s’annonce, c’est la destruction de l’asura nommé Mahiṣa.

Verse 42

एवमुक्त्वा ततो ब्रह्मा सर्वे देवाश्च पार्थिव । यथागतं ततो जग्मुर्देवीं स्थाप्य हि मे गिरौ । संस्थाप्य नन्दिता यस्मात् तस्मान्नन्दाऽभवत् तु सा ॥ २८.४२ ॥

Ayant ainsi parlé, alors Brahmā et tous les dieux, ô Roi, s’en allèrent, retournant comme ils étaient venus, après avoir établi la Déesse sur ma montagne. Et parce qu’une fois établie (sthāpitā) elle fut réjouie (nanditā), elle en vint véritablement à être connue sous le nom de « Nandā ».

Verse 43

यश्चेदं शृणुयाज्जन्म देव्याः यश्च स्वयं पठेत् । सर्वपापविनिर्मुक्तः परं निर्वाणमृच्छति ॥ २८.४३ ॥

Quiconque entend ce récit de la naissance de la Déesse, et quiconque le récite lui-même, délivré de toute faute, atteint le nirvāṇa suprême, la libération ultime.

Frequently Asked Questions

The chapter presents protection of cosmic order as an ethical imperative: when power becomes destabilizing (asura conquest of lokapālas), the text models recourse to deliberation (Brahmā’s reflection on māyā), disciplined praise (stuti), and regulated ritual practice (Navamī worship) as legitimate means to restore balance and safeguard communities during crisis.

The text specifies Navamī (the ninth lunar day) as the recurring ritual marker: the Devī is to be worshipped on Navamī with focused attention (samādhi), and it also notes a food-discipline motif (piṣṭāśī on Navamī) linked to desired outcomes.

Environmental balance is encoded through cosmological-terrestrial analogies: a personified river (Vetravatī) becomes central to the narrative of disorder and its resolution, while the Devī’s installation on Hima-giri symbolizes re-grounding protective power in a stable landscape. The broader teaching aligns protection of the world (loka-saṃrakṣaṇa) with restoring equilibrium—an early ecological-ethical framing of stability across realms (waters, mountains, and inhabited world).

The narrative references Sindhudvīpa (a king/identity recurring across births), Tvaṣṭṛ (as a lineage marker in a previous birth), and major administrative-cosmological figures: Indra and other lokapālas (Agni, Yama, Nirr̥ti, Varuṇa, Vāyu, Dhanada/Kubera, Īśa), along with Brahmā and Maheśvara (Śiva). It also includes a dialogic chain of teachers/interlocutors (Prajāpāla–Mahātapā) preserving transmission.