Adhyaya 5
Vishnu KhandaAyodhya MahatmyaAdhyaya 5

Adhyaya 5

Le chapitre se déploie en chaîne de questions et de réponses : Vyāsa demande comment le sage Viśvāmitra, qui semblait sans contrainte, en vint à se mettre en colère contre son disciple Kautsa et à exiger une guru-dakṣiṇā d’une difficulté extrême. Agastya rapporte un épisode d’hospitalité : Durvāsas arrive affamé à l’āśrama de Viśvāmitra et réclame un pāyasa chaud et pur ; Viśvāmitra le sert, puis Durvāsas lui ordonne d’attendre pendant qu’il se baigne. Viśvāmitra demeure immobile dans l’austérité durant mille années divines, modèle de tapas et de maîtrise de soi. Kautsa est présenté comme obéissant, discipliné et sans jalousie ; une fois congédié, il demande à plusieurs reprises la permission d’offrir la dakṣiṇā. Viśvāmitra, irrité par cette insistance, réclame quatorze krores d’or ; Kautsa se tourne alors vers le roi protecteur Kākutstha pour obtenir l’offrande. Le récit s’oriente ensuite vers l’enseignement des tīrtha : Agastya désigne la confluence méridionale de la Tilodakī et de la Sarayū, louée comme un lieu servi par les siddha et renommé dans le monde. S’y baigner procure un mérite comparable à dix aśvamedha ; donner aux brāhmaṇa connaissant le Veda mène à une destinée favorable ; l’aumône de nourriture et les rites accomplis selon la règle sont dits empêcher de nouvelles renaissances. Jeûner et nourrir les brāhmaṇa accorde le fruit du Sautrāmaṇi ; la discipline d’un seul repas par jour pendant un mois détruit les fautes accumulées. Un pèlerinage annuel est mentionné à la nouvelle lune (amāvasyā) de la quinzaine sombre (Kṛṣṇā) du mois de Bhādrapada ; la Tilodakī est décrite comme toujours sombre, telle une « eau de sésame », et nommée pour avoir facilité l’abreuvement des chevaux. Le chapitre conclut par une éthique générale du parcours sacré : snāna, dāna, vrata et homa deviennent inépuisables lorsqu’ils sont accomplis avec bhakti envers Hari, conduisant, par l’abandon du péché, vers la « demeure suprême ».

Shlokas

Verse 1

व्यास उवाच । भगवन्ब्रूहि तत्त्वेन कथं निर्बंधतो मुनिः । विश्वामित्रो निजं शिष्यं कौत्सं क्रोधेन तादृशम्

Vyāsa dit : Ô vénérable, dis-moi en vérité : comment le sage Viśvāmitra, saisi de colère, pressa-t-il avec une telle insistance son propre disciple Kautsa ?

Verse 2

दुष्प्राप्यमर्थं यत्नेन बहु प्रार्थितवांस्तदा । एतत्सर्वं च कथय मयि यद्यस्ति ते कृपा

En ce temps-là, il sollicita avec grand effort une richesse difficile à obtenir. Raconte-moi tout cela, si tu as de la compassion pour moi.

Verse 3

अगस्त्य उवाच । शृणु द्विज कथामेतां सावधानेंद्रियः स्वयम् । विश्वामित्रो मुनिश्रेष्ठः स दिव्यज्ञानलोचनः

Agastya dit : Écoute, ô deux-fois-né, ce récit, les sens en éveil. Viśvāmitra, le meilleur des sages, possédait l’œil de la connaissance divine.

Verse 4

निजाश्रमे तपो दुर्गं चकार प्रयतो व्रती । एकदा तमथो द्रष्टुं दुर्वासा मुनिरागतः

Dans son propre āśrama, l’ascète discipliné, fidèle à son vœu, accomplit de redoutables austérités. Un jour, le sage Durvāsā vint le voir.

Verse 5

आगत्य च क्षुधाक्रांत उच्चैः प्रोवाच स द्विजः । भोजनं दीयतां मह्यं क्षुधापीडितचेतसे । पायसं शुचि चोष्णं च शीघ्रं क्षुधार्त्तिने द्विज

Étant arrivé, accablé par la faim, ce deux-fois-né s’écria : «Donne-moi de la nourriture, car mon esprit est tourmenté par la faim. Vite, ô deux-fois-né, apporte du pāyasa, pur et chaud, à celui qui souffre de la faim.»

Verse 6

इति श्रुत्वा वचः क्षिप्रं विश्वामित्रः प्रयत्नतः । स्थाल्यां पायसमादाय तं समर्प्य ततः स्वयम्

À ces paroles, Viśvāmitra, prompt et attentif, prit du pāyasa dans un bol et le lui offrit ; puis, de lui-même, s’occupa du reste.

Verse 7

तदादायोत्थितं दृष्ट्वा दुर्वासास्तं विलोकयन् । उवाच मधुरं वाक्यं मुनिं लक्षणतत्परः

Le voyant se lever après l’avoir reçu, Durvāsā le considéra et adressa de douces paroles au sage, attentif à la juste conduite et aux signes de bon augure.

Verse 8

क्षणं सहस्व विप्रेन्द्र यावत्स्नात्वा व्रजाम्यहम् । तिष्ठतिष्ठ क्षणं तिष्ठ आगच्छाम्येष साप्रतम्

«Ô le meilleur des brahmanes, supporte un instant, le temps que je me baigne et que je revienne. Reste—reste—attends un bref moment ; je reviens à l’instant même.»

Verse 9

इत्युक्त्वा स जगामैव दुर्वासाः स्वाश्रमं तदा

Ayant ainsi parlé, Durvāsā s’en alla alors, en vérité, vers son propre ermitage.

Verse 10

विश्वामित्रस्तपोनिष्ठस्तदा सानुरिवाऽचलः । दिव्यं वर्षसहस्रं स तस्थौ स्थिरमतिस्तदा

Alors Viśvāmitra, ferme dans l’austérité, demeura immobile tel un sommet de montagne ; l’esprit inébranlable, il se tint ainsi durant mille années divines.

Verse 11

तस्य शुश्रूषणपरो मुनिः कौत्सो यतव्रतः । बभूव परमोदारमतिर्विगतमत्सरः

Kautsa, le sage tout entier voué à le servir, discipliné dans ses vœux, devint d’un esprit souverainement généreux et dépourvu d’envie.

Verse 12

पुनरागत्य स मुनिर्दुर्वासा गतकल्मषः । भुक्त्वा च पायसं सद्यः स जगाम निजाश्रमम्

Revenu une fois encore, le sage Durvāsā—purifié de toute souillure—mangea le pāyasa, le riz au lait sacré, puis retourna aussitôt à son propre ermitage.

Verse 13

तस्मिन्गते मुनिवरे विश्वामित्रस्तपोनिधिः । कौत्सं विद्यावतां श्रेष्ठं विससर्ज गृहान्प्रति

Lorsque ce sage éminent fut parti, Viśvāmitra—trésor d’austérités—congédia Kautsa, le premier des savants, afin qu’il retourne à sa demeure.

Verse 14

स विसृष्टो गुरुं प्राह दक्षिणा प्रार्थ्यतामिति । विश्वामित्रस्तु तं प्राह किं दास्यसि दक्षिणाम् । दक्षिणा तव शुश्रूषा गृहं व्रज यतव्रत

Renvoyé, il dit à son guru : «Je t’en prie, réclame la dakṣiṇā, l’offrande due au maître.» Mais Viśvāmitra répondit : «Que donneras-tu comme dakṣiṇā ? Ta dakṣiṇā, c’est ton service dévoué. Rentre chez toi, ô homme de discipline.»

Verse 15

पुनःपुनर्गुरुं प्राह शिष्यो निर्बन्धवान्यदा । तदा गुरुर्गुरुक्रुद्धः शिष्यं प्राह च निष्ठुरम्

Mais lorsque le disciple pressa son guru à maintes reprises, le maître—irrité par cette insistance—adresssa des paroles dures à l’élève.

Verse 16

सुवर्णस्य सुवर्णस्य चतुर्दश समाहर । कोटीर्मे दक्षिणा विप्र पश्चाद्गच्छ गृहं प्रति

«Rassemble pour moi quatorze koṭis d’or en guise de dakṣiṇā, ô brāhmane ; ensuite, retourne à ta maison.»

Verse 17

इत्युक्तो गुरुणा कौत्सो विचार्य समुपागमत् । काकुत्स्थं दिग्विजेतारं ययाचे गुरुदक्षिणाम्

Ainsi instruit par son maître, Kautsa réfléchit puis s’approcha de Kakutstha (Rāma), vainqueur des directions, et lui demanda la guru-dakṣiṇā, l’offrande au maître.

Verse 18

इत्युक्तं ते मुनिवर त्वया पृष्टं हि यत्पुनः । अतोऽन्यच्छृणु ते वच्मि तीर्थकारणमुत्तमम्

Ainsi, ô meilleur des sages, j’ai répondu à ce que tu as demandé. Écoute maintenant davantage : je te dirai la cause suprême et l’origine de ce tīrtha sacré.

Verse 19

तस्माद्दक्षिणदिग्भागे संभेदः सिद्धसेवितः । तिलोदकीसरय्वोश्च संगत्या भुवि संश्रुतः

C’est pourquoi, dans la direction du sud, se trouve une confluence sacrée, vénérée et fréquentée par les siddhas. Sur la terre, elle est renommée comme le lieu où se rejoignent la Tilodakī et la Sarayū.

Verse 20

तत्र स्नात्वा महाभाग भवन्ति विरजा नराः । दशानामश्वमेधानां कृतानां यत्फलं भवेत् । तदाप्नोति स धर्मात्मा तत्र स्नात्वा यतव्रतः

En s’y baignant, ô bienheureux, les hommes deviennent sans souillure. Le fruit qui naîtrait de dix sacrifices Aśvamedha—ce même mérite est obtenu par l’homme juste, maître de lui et fidèle à ses vœux, en se baignant en ce lieu.

Verse 21

स्वर्णादिकं च यो दद्याद्ब्राह्मणे वेदपारगे । शुभां गतिमवाप्नोति अग्निवच्चैव दीप्यते

Quiconque donne de l’or et autres biens semblables à un brāhmaṇa versé dans les Veda obtient une destinée propice et resplendit tel le feu.

Verse 22

तिलोदकीसरय्वोश्च संगमे लोकविश्रुते । दत्त्वान्नं च विधानेन न स भूयोऽभिजायते

Au confluent, célèbre dans le monde, de la Tilodakī et de la Sarayū, celui qui donne de la nourriture en aumône selon le rite ne renaît plus.

Verse 23

उपवासं च यः कृत्वा विप्रान्संतर्पयेन्नरः । सौत्रामणेश्च यज्ञस्य फलमाप्नोति मानवः

Celui qui observe le jeûne puis rassasie (nourrit) les brahmanes obtient le fruit du sacrifice Sautrāmaṇī.

Verse 24

एकाहारस्तु यस्तिष्ठेन्मासं तत्र यतव्रतः । यावज्जीवकृतं पापं सहसा तस्य नश्यति

Mais celui qui demeure là un mois, maître de lui et ne prenant qu’un seul repas par jour, voit soudain s’anéantir les péchés amassés durant toute une vie.

Verse 25

नभस्य कृष्णामावस्यां यात्रा सांवत्सरी भवेत् । रामेण निर्मिता पूर्वं नदी सिंधुरिवापरा

Au jour d’Amāvasyā (nouvelle lune) de la quinzaine sombre de Nabhas (Bhādrapada), ce pèlerinage devient une observance annuelle. Jadis, Rāma créa cette rivière, telle une autre Sindhu majestueuse.

Verse 26

सिंधुजानां तुरंगाणां जलपानाय सुव्रत । तिलवच्छ्याममुदकं यतस्तस्यां सदा बभौ

Ô toi aux vœux excellents, pour abreuver les chevaux nés au pays du Sindhu, l’eau de ce lieu paraissait toujours sombre, telle la graine de sésame.

Verse 27

तिलोदकीति विख्याता पुण्यतोया सदा नदी । संगमादन्यतो यस्यां तिलोदक्यां शुचिव्रतः । स्नातो विमुच्यते पापैः सप्तजन्मार्जितैरपि

Il est une rivière fameuse sous le nom de Tilodakī, dont les eaux sont à jamais saintes. Dans cette Tilodakī—en dehors même du lieu de confluence—celui qui garde des vœux purs, en s’y baignant, est délivré des péchés, fût-ce de ceux amassés en sept naissances.

Verse 28

तस्मात्तिलोदकीस्नानं सर्वपापहरं मुने । कर्त्तव्यं सुप्रयत्नेन प्राणिभिर्धर्मकांक्षिभिः । स्नानं दानं व्रतं होमं सर्वमक्षयतां व्रजेत्

Ainsi, ô sage, le bain dans Tilodakī—qui détruit tous les péchés—doit être accompli avec un grand effort par les êtres qui désirent le dharma. Bain, aumône, vœux et offrandes au feu : tout ce qui y est fait obtient un fruit impérissable.

Verse 29

इति विविधविधानैस्तीर्थयात्रांक्रमेण प्रथितगुणविकासः प्राप्तपुण्योविधाय । हरिमुपहृतभावः पूजयन्सर्वतीर्थं व्रजति परमधाम न्यस्तपापः कथञ्चित्

Ainsi, en accomplissant le pèlerinage aux tīrtha selon l’ordre prescrit et par de nombreuses observances, les vertus se déploient et le mérite est acquis. Le cœur offert à Hari, adorant à chaque gué sacré, l’homme—ayant déposé le péché—parvient, d’une manière ou d’une autre, à la demeure suprême.