
Pulastya décrit le mouvement de pèlerinage vers Rāmatīrtha, un tīrtha sacré fréquenté par les ṛṣi, où le bain est dit procurer le pāpa-saṅkṣaya, l’extinction des fautes. Le chapitre revient ensuite à une légende d’origine : Bhārgava Rāma (Paraśurāma), guerrier-ascète, accomplit un tapas prolongé afin de réduire ses ennemis. Après trois cents ans, Mahādeva, satisfait, lui accorde une grâce et lui remet l’arme suprême Pāśupata, dont l’efficacité agirait même par le simple souvenir, produisant la « destruction de l’ennemi ». Mahādeva déclare encore que le réservoir associé deviendra célèbre sous le nom de Rāmatīrtha dans les trois mondes, par faveur divine. Vient ensuite une prescription rituelle et calendérique : à la pleine lune (pūrṇimā) de Kārttika, lorsque le Kṛttikā-yoga est présent, l’accomplissement concentré du śrāddha en ce lieu donne un fruit complet pour les pitṛ (ancêtres), et s’associe aussi à la diminution des ennemis et à une demeure céleste durable. La narration se clôt par la disparition de Mahādeva et les actes de Paraśurāma : douleur pour la mort de Jamadagni, tarpaṇa « trois fois sept », et serment situant son conflit avec les kṣatriya ; le texte en tire l’injonction pratique d’accomplir ici le śrāddha avec effort, surtout pour les kṣatriya recherchant ce résultat.
Verse 1
पुलस्त्य उवाच । रामतीर्थं ततो गच्छेत्पुण्यमृषिनिषेवितम् । तत्र स्नातस्य मर्त्त्यस्य जायते पापसंक्षयः
Pulastya dit : Ensuite, qu’on se rende à Rāma-tīrtha, lieu saint fréquenté par les ṛṣi. Pour le mortel qui s’y baigne, advient la destruction des péchés.
Verse 2
पितॄणां च परा तुष्टिर्यावदाभूतसंप्लवम् । पुरासीद्भार्गवो रामः सर्वशस्त्रभृतां वरः
Et il y a une satisfaction suprême pour les Ancêtres (Pitṛ), qui demeure jusqu’à la fin de l’âge. Jadis vécut Bhārgava Rāma, le plus éminent de tous ceux qui portent les armes.
Verse 3
तेन पूर्वं तपस्तप्तं शत्रूणामिच्छता क्षयम् । ततः पाशुपतं नाम तस्यास्त्रं परमं ददौ
Autrefois, désirant l’anéantissement des ennemis, il accomplit des austérités. Alors (Mahādeva) lui accorda l’arme suprême nommée Pāśupata.
Verse 4
तपस्तुष्टो महादेवो गते वर्षशतत्रये । अब्रवीद्वरदोऽस्मीति स वव्रे शत्रुसंक्षयम्
Satisfait par ses austérités, Mahādeva—lorsque trois cents années se furent écoulées—déclara : «Je suis le dispensateur de grâces». Et il choisit l’anéantissement des ennemis.
Verse 5
ततः पाशुपतं नाम तस्यास्त्रं परमं ददौ । स्मरणेनापि शत्रूणां यस्य संजायते क्षयः
Alors il lui accorda l’arme suprême nommée Pāśupata ; par le seul souvenir de celle-ci, la ruine des ennemis s’accomplit.
Verse 6
अब्रवीद्वचनं चापि प्रहस्य वृषभध्वजः । जामदग्न्य महाबाहो शृणु मे परमं वचः
Souriant, le Seigneur à l’étendard du Taureau (Śiva) prononça ces paroles : «Ô Jāmadagnya aux bras puissants, écoute ma parole suprême».
Verse 7
अस्त्रेणानेन युक्तस्त्वमजेयः सर्वदेहिनाम् । भविष्यसि न संदेहो मत्प्रसादाद्भृगूद्वह
«Muni de cette arme, tu seras invincible pour tous les êtres incarnés—sans aucun doute—par ma grâce, ô le plus éminent des Bhṛgu».
Verse 8
एतज्जलाशयं पुण्यं त्रैलोक्ये सचराचरे । रामतीर्थमिति ख्यातं मत्प्रसादाद्भविष्यति
«Ce réservoir d’eau sacré deviendra célèbre dans les trois mondes, avec tout ce qui se meut et ne se meut pas, sous le nom de “Rāmatīrtha”, par ma grâce».
Verse 9
येऽत्र श्राद्धं करिष्यंति पौर्णमास्यां समाहिताः । संप्राप्ते कार्त्तिके मासि कृत्तिकायोगसंयुते
Ceux qui, l’esprit recueilli, accompliront ici le śrāddha au jour de pleine lune, lorsque le mois de Kārttika sera arrivé et conjoint au yoga de Kṛttikā—
Verse 10
पितृमेधफलं तेषामशेषं च भविष्यति । तथा शत्रुक्षयो राजन्वासः स्वर्गेषु चाक्षयः
Pour eux se manifestera, entier et sans diminution, le fruit des rites sacrificiels offerts aux pitṛ (pitṛ‑medha) ; et de même, ô roi, il y aura la ruine des ennemis et une demeure impérissable dans les mondes célestes.
Verse 11
पुलस्त्य उवाच । एवमुक्त्वा महादेवस्ततश्चादर्शनं गतः । रामोऽप्यसूदयत्क्षत्रं पितृदुःखेन दुःखितः
Pulastya dit : «Après avoir parlé ainsi, Mahādeva disparut alors à la vue. Et Rāma (Paraśurāma), accablé par la douleur pour son père, entreprit de détruire la puissance des kṣatriya.»
Verse 12
त्रिःसप्त तर्पयामास पितॄंस्तत्र प्रहर्षितः । जमदग्नौ मृते तेन प्रतिज्ञातं महात्मना
Là, dans la joie, il apaisa les ancêtres par des libations (tarpana) vingt et une fois. Lorsque Jamadagni eut été tué, ce grand d’âme avait prononcé un vœu.
Verse 13
दृष्ट्वा मातुः क्षतान्यंगे त्रिःसप्त मनुजाधिप । शस्त्रजातानि विप्राणां समाजे समुपस्थिते
Ô seigneur des hommes, voyant les blessures sur le corps de sa mère, il prit la résolution du « trois fois sept » ; et, au sein de l’assemblée des brāhmaṇa, les armes furent rassemblées et mises en état.
Verse 14
पिता मे निहतो यस्मात्क्षत्रियैस्तापसो द्विजः । अयुध्यमान एवाथ तस्मात्कृत्वा त्रिसप्त वै
Parce que mon père—brāhmane ascète—fut tué par des kṣatriya alors qu’il ne combattait même pas, je vais donc accomplir en vérité le « trois fois sept ».
Verse 15
क्षत्त्रहीनामहं पृथ्वीं प्रदास्ये सलिलं पितुः । तत्सर्वं तस्य संजातं तीर्थमाहात्म्यतो नृप
Je rendrai la terre dépourvue de kṣatriya et j’offrirai l’eau rituelle (tarpana) à mon père. Ô roi, tout cela devint efficace par la grandeur du tīrtha.
Verse 16
तस्मात्सर्वं प्रयत्नेन श्राद्धं तत्र समाचरेत् । क्षत्रियश्च विशेषेण य इच्छेच्छत्रुसंक्षयम्
Ainsi, avec tous ses efforts, on doit y accomplir les rites de śrāddha. Et surtout un kṣatriya—s’il souhaite l’anéantissement des ennemis—doit les entreprendre en ce lieu sacré.
Verse 49
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखंडे तृतीयेऽर्बुदखंडे रामतीर्थमाहात्म्यवर्णनंनामैकोनपंचाशत्तमोऽध्यायः
Ainsi, dans le vénérable Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille śloka—dans le septième, le Prabhāsa-khaṇḍa, et dans sa troisième subdivision, l’Arbuda-khaṇḍa, s’achève le quarante-neuvième chapitre intitulé « Glorification de Rāma-tīrtha ».