
Pulastya raconte à un roi la renommée de Kanakhala Tīrtha, lieu sacré sur une montagne qui anéantit les péchés. Jadis, le roi Sumati se rendit à Arbuda lors d’une éclipse solaire (sūryagraha), portant de l’or raffiné destiné au dāna pour les brāhmaṇas. Par inadvertance, l’or tomba dans l’eau et demeura introuvable malgré les recherches; le roi rentra chez lui, accablé de remords, puis revint plus tard pour un bain rituel lors d’une autre éclipse. Alors une voix désincarnée (aśarīriṇī vāk) lui déclara qu’en ce lieu il n’existe aucune « perte », ni en ce monde ni dans l’au-delà: l’or s’y multiplie jusqu’à devenir koṭiguṇa, et le regret né de l’incident passé engendre une saṅkhyā (compte/mesure) liée aux futurs actes de śrāddha et de don. Sur cette injonction, le roi chercha et retrouva un or abondant, éclatant et multiplié. Reconnaissant la puissance du tīrtha, il fit de vastes dons aux brāhmaṇas, en les dédiant aux divinités ancestrales (pitṛdevatā). Par l’efficacité de ce don, il est dit qu’il devint un yakṣa nommé Dhanada, dispensateur de richesses variées. Le chapitre s’achève par une règle: le śrāddha accompli ici lors d’une éclipse solaire satisfait les ancêtres pour une durée comparable à un ākalpa; le bain réjouit les ṛṣis, les devas et les grands nāgas, et détruit aussitôt le péché. Aussi faut-il s’efforcer d’y se baigner et d’accomplir dāna et śrāddha selon ses moyens.
Verse 1
पुलस्त्य उवाच । ततो गच्छेन्नृपश्रेष्ठ तीर्थं त्रैलोक्यविश्रुतम् । तस्मिन्कनखलंनाम पर्वते पापनाशने
Pulastya dit : « Ensuite, ô meilleur des rois, il faut se rendre à un tīrtha renommé dans les trois mondes — sur cette montagne qui détruit les péchés, appelée Kanakhala. »
Verse 2
शृणु तत्राऽभवत्पूर्वं यदाश्चर्यं महीपते । पार्थिवः सुमतिर्नाम संप्राप्तोऽर्बुदपर्वते
Écoute, ô roi, le prodige qui s’y produisit jadis. Un souverain nommé Sumati arriva un jour au mont Arbuda.
Verse 3
सूर्यग्रहे महीपाल तीर्थं कनखलं गतः । तेन विप्रार्थमानीतं सुवर्णं जात्यमेव हि
Lors d’une éclipse solaire, ô roi, il se rendit au tīrtha de Kanakhala. Il y avait apporté de l’or pur afin d’en faire don (dāna) aux brāhmaṇas.
Verse 4
प्रभूतं पतितं तोये प्रमादात्तस्य भूपतेः । न लब्धं तेन भूपाल अन्वेषणपरेण च
Par inadvertance du roi, une grande quantité de cet or tomba dans l’eau. Bien qu’il le cherchât avec ardeur, ô souverain, il ne put le retrouver.
Verse 5
ततः स्नात्वा गृहं प्राप्तः पश्चात्तापसमन्वितः । ततः कालेन महता स भूयस्तत्र चागतः
Après s’être baigné, il rentra chez lui, le cœur rempli de repentir. Puis, longtemps après, il revint encore en ce lieu.
Verse 6
स्नानार्थं भास्करे ग्रस्ते तं च देशमपश्यत । चिंतयामास मेधावी ह्यस्मिन्देशे तदा मम
Lorsque le soleil fut éclipsé et qu’il vint pour le bain sacré, il aperçut ce même endroit. Le roi avisé médita : «En ce lieu, en ce temps-là, ce qui fut mien…».
Verse 7
सुवर्णं पतितं हस्तान्न च लब्धं कथंचन
«L’or a glissé de mes mains, et je n’ai pu le retrouver d’aucune manière».
Verse 8
पुलस्त्य उवाच । एवं चिंतयतस्तस्य वागुवाचाशरीरिणी । नात्र नाशोऽस्ति राजेन्द्र इह लोके परत्र च
Pulastya dit : Tandis qu’il méditait ainsi, une voix sans corps parla : «Ô roi des rois, ici il n’y a point de perte, ni en ce monde ni dans l’autre».
Verse 9
अत्र कोटिगुणं जातं सुवर्णं यत्पुरातनम् । पश्चात्तापस्त्वया भूरि कृतो यद्द्रव्यनाशने
«Ici, cet or d’autrefois s’est accru au cent-millionième. Et parce que tu as éprouvé un grand repentir pour la perte de ce bien…».
Verse 10
तस्मात्संख्या च संजाता तथैवाकल्पितस्य च । येऽत्र श्रद्धासमायुक्ताः सुवर्णैर्नृपसत्तम । यत्नाच्छ्राद्धं करिष्यंति सुवर्णं च विशेषतः
Ainsi, même ce qui n’avait pas été voulu se trouve ici compté. Ô meilleur des rois, ceux qui viennent en ce lieu avec foi et accomplissent avec soin le śrāddha—surtout en offrant de l’or—
Verse 11
ब्राह्मणेभ्यः प्रदास्यंति संख्या तस्य न विद्यते । अत्रान्वेषय देशे त्वं प्राप्स्यसे नाऽत्र संशयः
Lorsqu’ils offrent de tels dons aux brāhmaṇas, leur mesure ne peut être comptée. Cherche en ce lieu même : tu l’obtiendras, sans aucun doute.
Verse 12
स श्रुत्वा भारती तत्र ह्याकाशादुत्थितां नृप । अन्वेषमाणोऽस्मिन्देशे सुवर्णं तच्च लब्धवान्
Ô roi, ayant entendu là la voix divine de Bhāratī s’élever du ciel, il chercha dans cette contrée et obtint réellement l’or.
Verse 13
शुभ्रं कोटिगुणं प्राज्यं ततस्तुष्टिं समागतः । ज्ञात्वा तीर्थप्रभावं तं ब्राह्मणेभ्यः सहस्रशः । प्रददौ च दयायुक्त उद्दिश्य पितृदेवताः
Cet or était pur, multiplié au cent-millionième et abondant ; il en fut comblé. Connaissant la puissance de ce tīrtha et mû par la compassion, il fit des dons par milliers aux brāhmaṇas, les dédiant aux divinités des ancêtres (Pitṛs).
Verse 14
ततस्तस्य प्रभावेण स दानस्य महीपतिः । संजातो धनदोनाम यक्षो नानाधनप्रदः
Alors, par la puissance de ce tīrtha et de cette charité, ce seigneur de la terre naquit comme un Yakṣa nommé Dhanada, dispensateur de richesses de toutes sortes.
Verse 15
तत्र यः कुरुते श्राद्धं ग्रहे सूर्यस्य भूमिप । आकल्पं पितरस्तस्य तृप्तिं यांति सुतर्पिताः
Ô souverain de la terre, quiconque accomplit là le śrāddha, dans la demeure/le temple de Sūrya, voit ses ancêtres demeurer rassasiés jusqu’à la fin de l’âge, dûment honorés et comblés.
Verse 16
स्नानेन ऋषयो देवास्तुष्टिं यांति महोरगाः । नाशः संजायते सद्यः पापस्य पृथिवीपते
Par le bain accompli en ce lieu, les Ṛṣi, les Deva et les grands serpents (Nāga) sont comblés; et l’anéantissement du péché survient aussitôt, ô seigneur de la terre.
Verse 17
तस्मात्सर्वप्रयत्नेन स्नानं तत्र समाचरेत् । यथाशक्त्या तथा दानं श्राद्धं च नृपसत्तम
C’est pourquoi, avec tous ses efforts, qu’on se baigne en ce lieu; et selon ses moyens, qu’on fasse aussi le don (dāna) et qu’on accomplisse le śrāddha, ô le plus excellent des rois.
Verse 26
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां सप्तमे प्रभासखण्डे तृतीयेऽर्बुदखंडे कनखलतीर्थमाहात्म्यवर्णनंनाम षङ्विंशोऽध्यायः
Ainsi s’achève le vingt-sixième chapitre, intitulé « Description de la grandeur du Kanakhala-tīrtha », dans le troisième Arbuda Khaṇḍa du septième Prabhāsa Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, au sein de l’Ekāśītisāhasrī Saṃhitā.