Adhyaya 227
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 227

Adhyaya 227

Après avoir entendu les descriptions des narakas, Yudhiṣṭhira est saisi de crainte et demande comment même les pécheurs peuvent obtenir la délivrance—par des vœux et disciplines (vrata), la maîtrise de soi, les offrandes au feu (homa) ou le recours aux tīrthas, lieux saints. Bhīṣma répond par un catalogue prescriptif d’actes atténuant les souffrances infernales. Il affirme que ceux dont les os sont confiés au Gaṅgā ne sont pas vaincus par le feu du naraka, et que le śrāddha accompli dans le Gaṅgā au nom du défunt soutient l’élévation de l’âme au-delà des images de l’enfer. Il ajoute que le prāyaścitta (expiation) correctement pratiqué et la charité—en particulier le don d’or—agissent comme moyens de purification. Le chapitre énumère ensuite des voies liées aux lieux et aux temps : mourir dans certains tīrthas (dont le Dhārā-tīrtha), ou dans de grands centres de pèlerinage tels que Vārāṇasī, Kurukṣetra, Naimiṣa, Nāgara-pura, Prayāga et Prabhāsa, même après de lourdes transgressions ; et le jeûne jusqu’à la mort (prayopaveśana) avec dévotion envers Janārdana, ainsi qu’à Citreśvara. La charité éthique est fortement soulignée : nourrir les pauvres, les aveugles, les démunis et les pèlerins épuisés, même hors du temps prescrit, est présenté comme une protection contre le naraka. Sont encore prescrits des dānas spécifiques (jala-dhenu, tila-dhenu) à des positions solaires indiquées, le darśana de Somanātha, le bain dans la mer et dans la Sarasvatī, des observances lors des éclipses à Kurukṣetra, et la pradakṣiṇā sous le yoga de Kārttikā/Kṛttikā et à Tripuṣkara. La conclusion rappelle que l’on évite le naraka par ses propres actes, et que même de petites fautes peuvent y conduire, affirmant la causalité karmique tout en indiquant des pratiques de remède.

Shlokas

Verse 1

युधिष्ठिर उवाच । नरकाणां स्वरूपं च श्रुत्वा मे भयमागतम् । कथं मुक्तिर्भवेत्तेषां पापानामपि पार्थिव । व्रतैर्वा नियमैर्वापि होमैर्वा तीर्थसंश्रयैः

Yudhiṣṭhira dit : Ayant entendu la nature des enfers, la crainte m’a saisi. Ô roi, comment la délivrance peut-elle advenir même aux pécheurs : par des vœux (vrata), par des disciplines (niyama), par des offrandes au feu (homa) ou en prenant refuge dans les tīrtha sacrés ?

Verse 2

भीष्म उवाच । गंगायामस्थिपातोऽत्र येषां संजायते नृणाम् । न तेषां नारको वह्निः प्रभवेन्मध्यवर्तिनाम्

Bhīṣma dit : Pour ceux dont les os sont ici confiés au Gaṅgā, le feu infernal ne peut prévaloir sur eux, même s’ils étaient voués aux régions médianes de la souffrance.

Verse 3

गंगायां क्रियते श्राद्धं येषां नाम्ना स्वकैः सुतैः । ते विमानं समाश्रित्य प्रयांति नरकोपरि

Ceux pour qui leurs propres fils accomplissent le Śrāddha dans le Gaṅgā en prononçant leur nom—ces âmes, prenant appui sur un vimāna céleste, s’en vont au-delà et au-dessus de l’enfer.

Verse 4

पापं कृत्वा प्रकुर्वंति प्रायश्चित्तं यथोदितम् । हेम यच्छंति वा भूप न तेषां नरको भवेत्

Après avoir commis une faute, ceux qui accomplissent dûment l’expiation prescrite (prāyaścitta), ou qui donnent de l’or en aumône, ô roi, ne deviennent pas voués à l’enfer.

Verse 5

शेषाः स्वकर्मणः प्राप्त्या सेवंते च यथोचितम् । स्वर्ग वा नरकं वापि सेवन्ते ते नराधिप

Quant aux autres, selon le fruit de leurs propres actes, ils éprouvent ce qui convient—le ciel ou l’enfer, ô seigneur des hommes.

Verse 6

धारातीर्थे म्रियंते ये स्वामिनः पुरतः स्थिताः । ते गच्छंति परं स्थानं नरकाणां सुदूरतः

Ceux qui meurent à Dhārā-tīrtha, se tenant devant leur Seigneur, vont à la demeure suprême, très loin des enfers.

Verse 7

वाराणस्यां कुरुक्षेत्रे नैमिषे नागरे पुरे । प्रयागे वा प्रभासे वा यस्त्यजेत्तनुमा त्मनः । महापातकयुक्तोऽपि नरकं न स पश्यति

Quiconque quitte son corps à Vārāṇasī, à Kurukṣetra, à Naimiṣa, dans Nāgara-pura, ou à Prayāga ou Prabhāsa—fût-il chargé de grands péchés—ne voit pas l’enfer.

Verse 8

नीलो वा वृषभो यस्य विवाहे संनियुज्यते । स्वपुत्रेण न संपश्येन्नरकं ब्रह्महाऽपि सः

Même le meurtrier d’un brāhmane ne voit pas l’enfer si, lors de son mariage, son propre fils fait dûment usage d’un taureau bleu (ou sombre) selon le rite.

Verse 9

प्रायोपवेशनं कृत्वा हृदयस्थे जनार्दने । यस्त्यजेत्पुरुषः प्राणान्नरकं न स पश्यति

Ayant accompli le prāyopaveśana (jeûne voué jusqu’à la mort), avec Janārdana demeurant au cœur, l’homme qui remet son souffle vital ne voit pas l’enfer.

Verse 10

प्रायोपवेशनं यो च चित्रेश्वरनिवेशने । कुर्वन्ति नरकं नैव ते गच्छंति कदाचन

Celui qui accomplit le prāyopaveśana dans la demeure de Citreśvara ne va jamais en enfer, à aucun moment.

Verse 11

दीनांधकृपणानां च पथिश्रममुपेयुषाम् । तीर्थयात्रापराणां च यो यच्छति सदाऽशनम् । काले वा यदि वाऽकाले नरकं न स पश्यति

Celui qui donne sans cesse de la nourriture aux pauvres, aux aveugles et aux démunis, aux voyageurs épuisés sur la route, et aux pèlerins voués aux voyages de tīrtha—à l’heure ou hors de l’heure—ne voit pas l’enfer.

Verse 12

जलधेनुं च यो दद्याद्धृषसंस्थे दिवाकरे । तिलधेनुं मृगस्थे च नरकं न स पश्यति

Quiconque offre une « jaladhenu » (vache d’eau) lorsque le Soleil est en Dhṛṣa, et une « tiladhenu » (vache de sésame) lorsque le Soleil est en Mṛga, ne voit pas l’enfer.

Verse 13

सोमे सोमग्रहे चैव सोमनाथस्य दर्शनात् । समुद्रे च सरस्वत्यां स्नात्वा न नरकं व्रजेत्

Au temps de la Lune, et aussi lors d’une éclipse lunaire, par la vision (darśana) de Somanātha, et en se baignant dans l’océan et dans la Sarasvatī, on ne va pas en enfer.

Verse 14

सन्निहित्यां कुरुक्षेत्रे राहुग्रस्ते दिवाकरे । सूर्यवारेण यः याति नरकं न स पश्यति

Lorsque le Soleil est saisi par Rāhu (lors de l’éclipse), celui qui se rend un dimanche à Sannihitī, à Kurukṣetra, ne voit pas l’enfer.

Verse 15

कार्तिक्यां कृत्तिकायोगे यः करोति प्रदक्षिणाम् । त्रिपुष्करस्य मौनेन नरकं न स पश्यति

Au mois de Kārtika, lorsque survient la conjonction de Kṛttikā, quiconque accomplit la pradakṣiṇā et observe le silence sacré à Tripuṣkara ne verra point l’enfer.

Verse 16

मृगसंक्रमणे ये तु सूर्यवारेण संस्थिते । चण्डीशं वीक्षयंति स्म न ते नरकगामिनः

Lors du Mṛga-saṅkramaṇa, ceux qui s’y trouvent un dimanche et reçoivent la vision de Caṇḍīśa ne sont pas destinés à l’enfer.

Verse 17

गां पंकाद्ब्राह्मणीं दास्यात्साधून्स्तेनाद्द्विजं वधात् । मोचयन्ति च ये राजन्न ते नरकगामिनः

Ô Roi, ceux qui délivrent une vache de la boue, une femme brāhmane de la servitude, des saints d’un voleur, et un dvija de l’abattage, ne sont pas voués à l’enfer.

Verse 18

एतत्ते सर्वमाख्यातं यत्पृष्टोऽस्मि नराधिप । यथा न नरकं याति पुरुषस्तु स्वकर्मणा । यथा च नरकं याति स्वल्पपापोऽपि मानवः

Ô seigneur des hommes, je t’ai maintenant tout exposé selon ta question : comment, par ses propres actes, l’homme ne va pas en enfer ; et comment même un homme au péché léger peut y tomber.

Verse 227

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागर खण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे भीष्मयुधिष्ठिरसंवादे नरकयातनानिरसनोपायवर्णनंनाम सप्तविंशत्युत्तरद्विशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la compilation de quatre-vingt-un mille vers—dans le sixième, le Nāgara-khaṇḍa, dans le Hāṭakeśvara-kṣetra Māhātmya, dans le Śrāddha-kalpa, dans le dialogue de Bhīṣma et de Yudhiṣṭhira, le chapitre intitulé «Description des moyens d’écarter les tourments de l’enfer», à savoir le Chapitre 227.