Adhyaya 223
Nagara KhandaTirtha MahatmyaAdhyaya 223

Adhyaya 223

Cet adhyāya présente un exposé éthico‑rituel, d’allure technique, sur l’accomplissement du Śrāddha, en précisant qui peut légitimement célébrer ou recevoir ce rite et quelles conditions le rendent sans effet. Bhartṛyajña enseigne que le Śrāddha doit être accompli avec des brāhmaṇa qualifiés pour le Śrāddha, et il fixe le moment et la forme convenables (par exemple le pārvana au darśa), tout en mettant en garde contre toute inversion fautive des prescriptions. Il affirme ensuite que si le Śrāddha est accompli par des personnes marquées par des catégories de naissance illicite (telles que le jāra‑jāta), le rite devient stérile. Ānarta exprime une inquiétude en citant Manu, qui énumère douze types de « fils » pouvant tenir lieu de fils pour celui qui n’en a pas. Bhartṛyajña clarifie alors un cadre dépendant des yuga : certaines catégories sont reconnues dans les yuga anciens, mais, au Kali‑yuga, elles ne sont plus tenues pour purifiantes en raison du déclin social et moral, d’où des règles plus strictes. Le chapitre expose aussi les conséquences du mélange des varṇa et des unions interdites, en nommant les issues et les descendances proscrites. Il se conclut en distinguant les « bons fils » qui protègent de l’enfer Puṃnāma de ceux qui entraînent la chute, confirmant ainsi que le Śrāddha associé au jāra‑jāta est dépourvu d’efficacité.

Shlokas

Verse 1

भर्तृयज्ञ उवाच । श्राद्धार्हैर्ब्राह्मणैः कार्यं श्राद्धं दर्शे तु पार्वणम् । विपरीतं न कर्तव्यं श्राद्धमेकं कथंचन

Bhartṛyajña dit : le Śrāddha doit être accompli avec des brāhmaṇa dignes d’en être les récipiendaires ; et au jour de nouvelle lune, l’on doit célébrer le Śrāddha Pārvaṇa. Qu’en aucune circonstance on n’accomplisse ne fût-ce qu’un seul Śrāddha d’une manière contraire (impropre).

Verse 2

जारजातापविद्धाद्यैर्यो नरः श्राद्धमाचरेत् । ब्राह्मणैस्तु न संदेहस्तच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Si un homme accomplit le śrāddha par l’entremise de personnes nées de l’adultère et d’autres semblables, alors—sans aucun doute, même si des brāhmaṇas y prennent part—ce śrāddha devient vain, sans fruit.

Verse 3

आनर्त उवाच । भयं मे सुमहज्जातमत्र यत्परिकीर्तितम् । जारजातापविद्धैस्तु यच्छ्राद्धं व्यर्थतां व्रजेत्

Ānarta dit : Une grande crainte s’est levée en moi à cause de ce qui est proclamé ici : le śrāddha accompli par l’entremise de ceux nés de l’adultère, des réprouvés et autres semblables devient sans fruit.

Verse 4

मनुना द्वादश प्रोक्ताः किल पुत्रा महामते । अपुत्राणां च पुत्रत्वं ये कुर्वंति सदैव हि

Ô sage, on dit que Manu a exposé douze sortes de fils : ceux qui, en vérité, confèrent sans cesse le statut et la fonction de « fils » même à ceux qui n’en ont pas.

Verse 5

औरसः क्षेत्रजश्चैव क्रयक्रीतश्च पालितः । प्रतिपन्नः सहोढश्च कानीनश्चापि सत्तम

Le fils légitime (aurasa), le fils kṣetraja engendré pour l’épouse, le fils acheté, le fils élevé, le fils adopté, le fils apporté par l’épouse (sahoḍha) et le fils né d’une jeune fille (kānīna)—ô le meilleur des hommes—(comptent parmi ceux qui sont énumérés).

Verse 6

तथान्यौ कुण्डगोलौ च पुत्रावपि प्रकीर्तितौ

De même, deux autres—kuṇḍa et gola—sont aussi proclamés comme (des sortes de) fils.

Verse 7

शिष्यश्च रक्षितो मृत्योस्तथाश्वत्थो वनांतिगः । किमेते नैव कथिता यत्त्वमेवं प्रजल्पसि

Et qu’en est-il du disciple sauvé de la mort, de l’aśvattha tenu pour fils de substitution, et de celui qui demeure aux lisières de la forêt—pourquoi ne les as-tu pas mentionnés, si tu parles ainsi ?

Verse 8

भर्तृयज्ञ उवाच । सत्यमेतन्महाभाग सर्वे ते धर्मतः सुताः । परं युगत्रये प्रोक्ता न कलौ कलुषापहाः

Bhartṛyajña dit : C’est vrai, ô bienheureux—selon le dharma, tous sont tenus pour des fils. Mais cela est énoncé pour les trois âges précédents ; dans le Kali Yuga, ils n’ôtent pas l’impureté.

Verse 9

तदर्थं तेषु सन्तानं तावन्मात्रं युगेयुगे । सत्त्वाढ्यानां च लोकानां न कलौ चाल्पमेधसाम्

C’est pour cela que, dans les âges anciens, la permission concernant la descendance ne s’étendait qu’à cette mesure, car les mondes étaient riches en vertu. Mais dans le Kali, parmi les hommes au discernement faible, une telle retenue ne prévaut plus en pratique.

Verse 10

कलावेव समाख्यातो व्यवहारः प्रपा तदः । अल्पसत्त्वा यतो लोकास्तेन चैष विधिः स्मृतः

Ainsi, c’est surtout pour le Kali Yuga qu’est proclamée une règle particulière de conduite : parce que la force intérieure des hommes a diminué ; c’est pourquoi cette prescription est gardée en mémoire comme nécessaire.

Verse 11

अत्र यः संकरं कुर्याद्योनेस्तस्य फलं शृणु । ब्राह्मण्यां ब्राह्मणात्पुत्रो ब्रह्मघ्नः संप्रजायते

Écoute le fruit de celui qui, ici, engendre par le sein un mélange de lignées interdit : même si un fils naît d’une femme brāhmaṇa et d’un brāhmaṇa, il devient un tueur de brahmanes (brahma-ghna).

Verse 12

सर्वाधमानामधमो यो वारड इति स्मृतः

Parmi tous les déchus, le plus déchu, dit la tradition, est celui qu’on nomme Vāraḍa.

Verse 13

क्षत्रियाच्च तथा सूतो वैश्यान्मागध एव च । शूद्रात्तथांत्यजः प्रोक्तस्तेनैते वर्जिताः सुताः

D’un kṣatriya naît le Sūta; d’un vaiśya, le Māgadha; et d’un śūdra, de même, est déclaré l’Antyaja—c’est pourquoi ces fils sont tenus pour à éviter.

Verse 14

एतेषामपि निर्दिष्टाः सप्त राजन्सुपुत्रकाः । पंच वंशविनाशाय पूर्वेषां पातनाय च

Même parmi ceux-ci, ô Roi, sont indiquées sept sortes de « bons fils »; mais cinq (autres) mènent à la destruction de la lignée et à la chute des ancêtres.

Verse 15

औरसः प्रतिपन्नश्च क्रीतः पालित एव च । शिष्यश्च दत्तजीवश्च तथाश्वत्थश्च सप्तमः

Les sept fils approuvés sont : le fils né de soi (aurasa), le fils reconnu (pratipanna), le fils acheté (krīta), le fils élevé/protégé (pālita), le fils-disciple (śiṣya), le fils donné pour subsistance (dattajīva) et l’« āśvattha », le septième.

Verse 16

पुंनाम्नो नरकाद्घोराद्रक्षंति च सदा हि ते । पतन्तं पुरुषं तत्र तेन ते शोभनाः स्मृताः

Ils protègent sans cesse les ancêtres de l’effroyable enfer nommé Puṃnām, sauvant l’homme qui y tombe; c’est pourquoi on se souvient d’eux comme de fils nobles.

Verse 17

क्षेत्रजश्च सहोढश्च कानीनः कुण्डगोलकौ । पंचैते पातयंतिस्म पितॄन्स्वर्गगतानपि

Kṣetraja, Sahoḍha, Kānīna, et les deux—Kuṇḍa et Golaka : on dit que ces cinq-là font choir même les Pitṛs, les ancêtres parvenus au ciel.

Verse 18

एतस्मात्कारणाच्छ्राद्धं जारजातस्य तद्वृथा

Pour cette raison, le śrāddha accompli par celui qui est né de l’adultère (jāra-jāta) est, en vérité, vain et sans fruit.

Verse 223

इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये श्राद्धकल्पे श्राद्धार्हानर्हब्राह्मणादिवर्णनंनाम त्रयोविंशत्युत्तरशततमोऽध्यायः

Ainsi s’achève, dans le Śrī Skanda Mahāpurāṇa—au sein de la saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers—dans le Sixième Livre, le Nāgara-khaṇḍa, dans le Tīrtha-māhātmya de la sainte région de Hāṭakeśvara, dans la section du Śrāddha-kalpa, le chapitre deux cent vingt-trois intitulé : «Description des brāhmaṇas et des autres, aptes ou inaptes à recevoir le Śrāddha».