
Le chapitre 16, proclamé par Sūta, enseigne que dans le kṣetra sacré né de Hāṭakeśvara (hāṭakeśvara-sambhava kṣetra), la priorité suprême revient à la proximité dévotionnelle et au service de la présence de Raktaśṛṅga. Il invite les sages à délaisser les autres activités pour se consacrer, avec foi, à ce lieu. L’exposé suit une hiérarchie des mérites et relativise les grandes voies de mérite : dāna (don), rites (kriyākāṇḍa), yajñas tels qu’Agniṣṭoma avec honoraires complets, austérités rigoureuses comme Cāndrāyaṇa et Kṛcchra, ainsi que des tīrtha renommés comme Prabhāsa et la Gaṅgā. Il est affirmé qu’en comparaison directe, ils n’atteignent pas même un seizième du mérite de ce kṣetra. Des exemples étendent encore la thèse : des rois-ṛṣi d’autrefois y obtinrent la siddhi ; et même des animaux, oiseaux, serpents et prédateurs, détruits par le temps, parviendraient à une demeure divine du fait de leur lien avec ce lieu. Enfin, le texte formule une doctrine graduée de purification : les tīrtha purifient par le séjour ; le Hāṭakeśvara-kṣetra purifie déjà par le souvenir, davantage par la vue et surtout par le toucher, révélant une sainteté transmise par la rencontre incarnée.
Verse 1
। सूत उवाच । तस्मात्सर्वप्रयत्नेन त्यक्त्वाऽन्या निखिलाः क्रियाः । रक्तशृंगस्य सांनिध्यं सेवनीयं विचक्षणैः
Sūta dit : C’est pourquoi, avec tous ses efforts—délaissant toutes les autres actions—le sage doit se rendre auprès de la sainte présence de Raktaśṛṅga et la servir.
Verse 2
किं दानैः किं क्रियाकांडैः किं यज्ञैः किं व्रतैरपि । तत्क्षेत्रं सेवयेद्भक्त्या हाटकेश्वरसंभवम्
À quoi bon les dons, à quoi bon les rites élaborés, à quoi bon les sacrifices, ou même les vœux ? Avec dévotion, qu’on adore plutôt et qu’on fréquente ce saint lieu associé à Hāṭakeśvara.
Verse 3
अग्निष्टोमादयो यज्ञाः सर्वे संपूर्णदक्षिणाः । तस्य क्षेत्रस्य पुरतः कलां नार्हंति षोडशीम्
Les sacrifices tels que l’Agniṣṭoma—accomplis avec toutes les offrandes et la dakṣiṇā pleinement achevées—n’égalent pas même le seizième du mérite qui se tient devant ce kṣetra sacré.
Verse 4
चान्द्रायणानि कृच्छ्राणि तथा सांतपनानि च । तस्य क्षेत्रस्य पुरतः कलां नार्हंति षोडशीम्
Les observances du Cāndrāyaṇa, les pénitences du Kṛcchra et les austérités du Sāṃtapana—toutes ensemble—n’égalent pas même le seizième du mérite de ce kṣetra sacré.
Verse 5
प्रभासाद्यानि तीर्थानि गङ्गाद्याः सरितस्तथा । तस्य क्षेत्रस्य पुरतः कलां नार्हंति षोडशीम्
Même les tīrtha renommés, à commencer par Prabhāsa, et les fleuves sacrés, à commencer par la Gaṅgā, n’égalent pas même le seizième du mérite de ce kṣetra sacré.
Verse 6
भूमिदानानि सर्वाणि धर्माः सर्वे दयादिकाः । तस्य क्षेत्रस्य पुरतः कलां नार्हंति षोडशीम्
Tous les dons de terres, et toutes les formes de dharma—telles que la compassion et le reste—n’égalent pas même le seizième du mérite de ce kṣetra sacré.
Verse 7
तत्र राजर्षयः पूर्वं प्रभूताः सिद्धिमागताः । पशवः पक्षिणः सर्पाः सिंहव्याघ्रा मृगादयः
Là, jadis, de nombreux rājarṣi atteignirent la perfection (siddhi). Même les êtres—bêtes, oiseaux, serpents, lions, tigres, cerfs et autres—furent touchés par la puissance de ce lieu.
Verse 9
तत्र कालवशान्नष्टास्तेऽपि प्राप्ता दिवालयम् । यस्तत्र व्रतहीनोऽपि कृषिकर्मरतोऽपि वा
Là, même ceux que la force du Temps fit périr atteignirent la demeure des dieux. En vérité, quiconque s’y trouve—fût-il sans vœux, fût-il voué seulement aux travaux des champs—…
Verse 10
श्रूयतां परमं गुह्यं तस्य क्षेत्रस्य संभवम् । पुनंति क्षेत्रतीर्थानि संवासादिह मानवान्
Écoutez le secret suprême concernant l’origine de cette région sacrée. Les tīrtha et gués saints de ce kṣetra purifient les humains ici, par le seul fait d’y demeurer.
Verse 11
हाटकेश्वरजं क्षेत्रं पुनाति स्मरणादपि । किं पुनर्दर्शनाद्विप्राः स्पर्शनाच्च विशेषतः
Ô brāhmanes, le kṣetra sacré de Hāṭakeśvara purifie même par le seul souvenir ; combien plus encore par la vision—et tout particulièrement par le toucher.
Verse 16
इति श्रीस्कांदे महापुराण एकाशीतिसाहस्र्यां संहितायां षष्ठे नागरखण्डे हाटकेश्वरक्षेत्रमाहात्म्ये रक्तशृङ्गसांनिध्यसेवनफलश्रैष्ठ्यवर्णनंनाम षोडशोऽ ध्यायः
Ainsi s’achève le seizième chapitre, intitulé « Description de l’excellence suprême du fruit obtenu en servant en la présence de Raktaśṛṅga », dans le Māhātmya du kṣetra de Hāṭakeśvara, au sein du sixième Nāgara Khaṇḍa du Śrī Skanda Mahāpurāṇa, dans la Saṃhitā de quatre-vingt-un mille vers.