Adhyaya 18
Kashi KhandaPurva ArdhaAdhyaya 18

Adhyaya 18

Le chapitre raconte l’ascension posthume de Śivaśarmā, brāhmaṇa de Mathurā, après son bain dans la cité de la délivrance (muktipurī) et sa marche vers un royaume vaiṣṇava. S’étonnant d’un loka lumineux et de bon augure, il interroge; deux serviteurs gaṇa expliquent que les Saptarṣi—Marīci, Atri, Pulaha, Pulastya, Kratu, Aṅgiras et Vasiṣṭha—demeurent à Kāśī sur ordre du Créateur afin d’engendrer les êtres, et que leurs épouses sont énumérées comme mères du monde. Résolus à accomplir le tapas, les sages se rendent à Avimukta, décrit comme un kṣetra habité par le « connaisseur du champ », pour la libération universelle. Ils y installent des liṅga portant leurs noms et, par la puissance de leur ascèse, soutiennent les trois mondes. Le texte fournit ensuite un index des sites : Atriśvara près des eaux de Gokarṇeśa; le kuṇḍa de Marīci et Marīcīśvara; Pulaha et Pulastya près de Svargadvāra; Aṅgiraseśvara dans la forêt de Harikeśava; et Vāsisṭhameśvara ainsi que Kratvīśvara sur la rive de la Varuṇā—chacun promettant des fruits tels que le tejas et l’accès à des lokas. La conclusion exalte Arundhatī comme pativratā sans égale, affirmant que son seul souvenir procure un mérite comparable au bain dans le Gaṅgā, et la pose en exemple normatif au sein du discours sur le paysage sacré.

Shlokas

Verse 1

अगस्तिरुवाच । इति शृण्वन्कथां रम्यां शिवशर्माऽथ माथुरः । मुक्तिपुर्यां सुसंस्नातो मायापुर्यां गतासुकः

Agastya dit : Ainsi, écoutant ce récit charmant, Śivaśarmā de Mathurā—après s’être parfaitement baigné dans la Cité de la Délivrance—partit joyeux vers la Cité de Māyā.

Verse 2

नेत्रयोः प्राघुणी चक्रे ततः सप्तर्षिमंडलम् । व्रजन्स वैष्णवं लोकमंते विष्णुपुरीक्षणात्

Sous ses propres yeux, il contempla la sphère des Sept Ṛṣis ; puis, poursuivant sa route, il atteignit enfin le monde vaiṣṇava, par la vision de la cité de Viṣṇu.

Verse 3

उवाच च प्रसन्नात्मा स्तुतश्चारणमागधैः । प्रार्थितो देवकन्याभिस्तिष्ठ तिष्ठेति चक्षणम्

Et lui, l’âme apaisée, parla—loué par les Cāraṇas et les Māgadhas ; et les jeunes filles célestes le suppliaient sans cesse : « Reste, reste », ne fût-ce qu’un instant.

Verse 4

स्थिता सुतासु निःश्वसस्य मंदभाग्या वयं त्विति । गतः पुण्यतमांल्लोकानसौ यत्पुण्यवत्तमः

Debout parmi leurs compagnes, elles soupirèrent : « Vraiment, nous sommes infortunées » ; car lui—si éminemment méritant—est parti vers les mondes les plus saints.

Verse 5

इति शृणवन्मुखात्तासां वचनानि विमानगः । देवौ कस्यायमतुलो लोकस्तेजोमयः शुभः

Entendant de leur propre bouche ces paroles, le voyageur dans le char aérien demanda : « Ô dieux, à qui appartient ce monde incomparable, propice, tout entier fait de splendeur ? »

Verse 6

इति द्विजवचः श्रुत्वा प्रोचतुर्गणसत्तमौ । शिवशर्मञ्छिवमते सदा सप्तर्षयोमलाः

Ayant entendu les paroles du brāhmane, les deux excellents serviteurs divins répondirent : « Ô Śivaśarmā—selon l’enseignement de Śiva—les Sept Ṛṣis sans tache demeurent ici à jamais. »

Verse 7

वसंतीह प्रजाः स्रष्टुं विनियुक्ताः प्रजासृजा । मरीचिरत्रिः पुलहः पुलस्त्यः क्रतुरङ्गिराः

Demeurant ici, mandatés par le Seigneur des créatures pour engendrer les êtres, se trouvent : Marīci, Atri, Pulaha, Pulastya, Kratu et Aṅgiras.

Verse 8

वसिष्ठश्च महाभागो ब्रह्मणो मानसाः सुताः । सप्त ब्रह्माण इत्येते पुराणे निश्चयं गताः

Et le très fortuné Vasiṣṭha : ceux-ci sont les fils nés de la pensée de Brahmā. Dans les Purāṇa, ils sont assurément connus comme les « Sept Brahmā ».

Verse 9

संभूतिरनसूया च क्षमा प्रीतिश्च सन्नतिः । स्मृतिरूर्जा क्रमादेषां पत्न्यो लोकस्य मातरः

Saṃbhūti, Anasūyā, Kṣamā, Prīti, Sannati, Smṛti et Ūrjā : telles sont, dans l’ordre convenable, leurs épouses, vénérées comme les Mères du monde.

Verse 10

एतेषां तपसा चैतद्धार्यते भुवनत्रयम् । उत्पाद्य ब्रह्मणा पूर्वमेते प्रोक्ता महर्षयः

Par l’austérité (tapas) de ces grands êtres, l’ensemble des trois mondes est soutenu. Jadis, après les avoir créés, Brahmā les déclara grands ṛṣi.

Verse 11

प्रजाः सृजत रे पुत्रा नानारूपाः प्रयत्नतः । ततः प्रणम्य ब्रह्माणं तपसे कृतनिश्चयाः

«Créez les êtres, ô fils, aux formes multiples, avec un effort ardent.» Alors, s’étant prosternés devant Brahmā, ils prirent la ferme résolution d’accomplir le tapas.

Verse 12

अविमुक्तं समासाद्य क्षेत्रंक्षेत्रज्ञधिष्ठितम् । मुक्तये सर्वजंतूनामविमुक्तं शिवेन यत्

Ils atteignirent Avimukta, le kṣetra sacré présidé par le Connaisseur du Champ ; cet Avimukta que Śiva a établi pour la délivrance de tous les êtres.

Verse 13

प्रतिष्ठाप्य च लिंगानि ते स्वनाम्नांकितानि च । शिवेति परया भक्त्या तेपुरुग्रं तपो भृशम

Ils établirent des liṅga, gravés de leurs propres noms ; et, dans une dévotion suprême, criant « Śiva ! », ils accomplirent des austérités d’une rigueur extrême.

Verse 15

प्राजापत्येऽत्र ते लोके वसंत्युज्ज्वलतेजसः । गोकर्णेशस्य सरसः प्रत्यक्तीरे प्रतिष्ठितम्

Ici, dans ce domaine prājāpatya, demeurent ceux dont l’éclat resplendit. Ce lieu sacré est établi sur la rive occidentale du lac de Gokarṇeśa.

Verse 16

लिंगमत्रीश्वरं दृष्ट्वा ब्रह्मतेजोभिवर्धते । कर्कोट वाप्या ईशाने मरीचेः कुंडमुत्तमम्

En voyant le liṅga nommé Atrīśvara, la splendeur de Brahman s’accroît. Au nord-est se trouvent le puits à degrés de Karkoṭa et l’excellent bassin de Marīci.

Verse 17

तत्र स्नात्वा नरो भक्त्त्या भ्राजते भास्करो यथा । मरीचीश्वर संज्ञं तु तत्र लिंगं प्रतिष्ठितम्

En s’y baignant avec dévotion, l’homme resplendit tel le soleil. Là est établi le liṅga connu sous le nom de Marīcīśvara.

Verse 18

तल्लिंगदर्शनाद्विप्र मारीचं लोकमाप्नुयात् । कांत्या मरीचिमालीव शोभते पुरुषर्षभः

Ô brāhmane, par le darśana de ce liṅga on atteint le monde de Marīca. Le meilleur des hommes resplendit de clarté, comme ceint d’une guirlande de rayons.

Verse 19

पुलहेश पुलस्त्येशौ स्वर्गद्वारस्य पश्चिमे । तौ दृष्ट्वा मनुजो लोके प्राजापत्ये महीयते

Pulaheśa et Pulastyeśa se tiennent à l’ouest de Svargadvāra. En les contemplant tous deux, l’homme est honoré dans le monde prājāpatya.

Verse 20

हरिकेशवने रम्ये दृष्ट्वैवांगिरसेश्वरम् । इह लोके वसेद्विप्र तेजसापरिबृंहितः

Dans la charmante forêt de Harikeśava, rien qu’en contemplant Aṅgiraseśvara, un brāhmane demeure en ce monde même, comblé et affermi par l’éclat spirituel (tejas).

Verse 21

वरणायास्तटे रम्ये दृष्ट्वा वासिष्ठमीश्वम् । क्रत्वीश्वरं च तत्रैव लभते वसतिं त्विह

Sur la belle rive de la Varaṇā, après avoir contemplé Vāsiṣṭheśvara—et, là même, Kratvīśvara—on obtient demeure et stabilité ici même.

Verse 22

काश्यामेतानि लिंगानि सेवितानि शुभैषिभिः । मनोभिवांछितं दद्युरिह लोके परत्र च

À Kāśī, ces liṅgas—servis et vénérés par les chercheurs d’auspice—accordent les désirs du cœur, en ce monde et dans l’au-delà.

Verse 23

गणावूचतुः । शिवशर्मन्महाभाग तिष्ठते सात्र सुंदरी । अरुंधती महापुण्या पतिव्रतपरायणा

Les gaṇas dirent : «Ô Śivaśarman, toi le fortuné, ici demeure la belle dame Arundhatī, très méritante, entièrement vouée au vœu de fidélité envers son époux».

Verse 24

यस्याः स्मरणमात्रेण गंगास्नान फलं लभेत् । अंतःपुरचरैर्द्वित्रैः पवित्रैः सहितो विभुः

Par le seul souvenir d’Elle, on obtient le fruit du bain dans la sainte Gaṅgā. Le Seigneur tout-puissant est accompagné de quelques serviteurs purs des appartements intérieurs.

Verse 25

सदा नारायणो देवो यस्याश्चक्रे कथां मुदा । कमलायाः पुरोभागे पातिव्रत्य सुतोषितः

Nārāyaṇa lui-même, le Dieu toujours comblé, parla d’elle avec joie—devant Kamalā (Lakṣmī), au premier rang—pleinement satisfait par sa pātivratya.

Verse 26

पतिव्रतास्वरुंधत्याः कमले विमलाशयः । यथास्ति न तथाऽन्यस्याः कस्याश्चित्कापि भामिनि

Ô belle dame, en Arundhatī—si ferme dans la pātivratya—réside une pureté de cœur sans tache, telle qu’on n’en trouve en aucune autre femme, nulle part.

Verse 27

न तद्रूपं न तच्छीलं न तत्कौलीन्यमेव च । न तत्कलासुकौशल्यं पत्युः शुश्रूषणं न तत्

On n’y trouve ni une telle beauté, ni une telle conduite, ni une telle noblesse de lignée; ni une telle finesse dans les arts, ni un tel service dévoué envers l’époux.

Verse 28

न माधुर्यं न गांभीर्यं न चार्यपरितोषणम् । अरुंधत्या यथा देवि तथाऽन्यासां क्वचित्प्रिये

Ni une telle douceur, ni une telle gravité, ni un tel pouvoir de réjouir les nobles, ô Déesse, ô bien-aimée, ne se trouvent chez d’autres femmes nulle part, comme chez Arundhatī.

Verse 29

धन्यास्ता योषितो लोके सभाग्याः शुद्धबुद्धयः । अरुंधत्याः प्रसंगे या नामापि परिगृह्णते

Bienheureuses en ce monde sont ces femmes—fortunées et au cœur pur—qui, lorsqu’il est question d’Arundhatī, recueillent et prononcent ne fût-ce que son nom sacré.

Verse 30

यदा पतिव्रतानां तु कथास्मद्भवने भवेत् । तदा प्राथमिकीं रेखामेषाऽलंकुरुते सती

Chaque fois que, dans notre demeure, on récite le récit sacré des pativratās, à l’instant même cette dame vertueuse orne le premier signe de bon augure, comme il sied à une épouse chaste.

Verse 31

ब्रुवतोरिति संकथां तथा गणयोर्वैष्णवयोर्मुदावहाम् । ध्रुवलोकौपागतस्ततो नयनातिथ्यमतथ्यवर्जितः

Tandis que ces deux serviteurs vaiṣṇavas poursuivaient ce récit plein de joie, il vit alors quelqu’un parvenu au monde de Dhruva : une apparition, hôte des yeux, sans mensonge ni imperfection.