
Le chapitre offre un ensemble en deux volets, à la fois théologique et rituel. D’abord, Sūta expose un itinéraire de pèlerinage qui culmine à Brahmakūṇḍa, situé à Gandhamādana dans la géographie sacrée centrée sur Setu. Il affirme que le darśana (vision dévotionnelle) et le snāna (bain sacré) en ce lieu détruisent totalement les péchés et peuvent même conduire à l’obtention de Vaikuṇṭha. Une insistance particulière porte sur la bhasma (cendre sacrée) issue de Brahmakūṇḍa : l’appliquer en tripuṇḍra, ou ne serait-ce qu’une particule sur le front, est présenté comme un acte orienté immédiatement vers la délivrance. À l’inverse, la mépriser ou la refuser est tenu pour une grave déviation rituelle et éthique, entraînant des conséquences funestes après la mort. Ensuite, répondant aux questions des sages, Sūta raconte la querelle d’orgueil entre Brahmā et Viṣṇu, puis l’apparition du liṅga auto-lumineux, sans commencement ni fin (anādi–ananta). Viṣṇu avoue la vérité, tandis que Brahmā profère une prétention mensongère ; Śiva rend alors un jugement normatif : le culte de l’image de Brahmā est restreint, tandis que le culte védique/smārta demeure, et Brahmā est enjoint d’accomplir de vastes sacrifices à Gandhamādana pour expier sa faute. Le lieu du yāga devient connu sous le nom de Brahmakūṇḍa, porteur d’un symbolisme d’accès à mokṣa, comme s’il brisait le verrou de la libération. La bhasma de ce lieu est encore créditée de neutraliser les grands péchés et les êtres malfaisants. Le chapitre s’achève en décrivant la présence continue des dieux et des ṛṣi sur le site et en recommandant d’y poursuivre les activités sacrificielles.
Verse 1
श्रीसूत उवाच । स्नात्वा त्वमृत वाप्यां वै सेवित्वैकांतराघवम् । जितेंद्रियो नरः स्नातुं ब्रह्मकुंडं ततो व्रजेत्
Śrī Sūta dit : Après s’être baigné dans l’Amṛta-vāpī et avoir honoré Ekāntara-Rāghava, l’homme maître de ses sens doit ensuite se rendre au Brahma-kuṇḍa afin de s’y baigner.
Verse 2
सेतुमध्ये महातीर्थं गंधमादनपर्वते । ब्रह्मकुडमिति ख्यातं सर्व दारिद्र्यभेषजम्
Au cœur de Setu, sur le mont Gandhamādana, se trouve un grand tīrtha, renommé Brahma-kuḍa, remède à toute pauvreté et infortune.
Verse 3
विद्यते ब्रह्महत्यानामयुतायुतनाशनम् । दर्शनं ब्रह्मकुंडस्य सर्वपापौघनाशनम्
On dit qu’il anéantit d’innombrables fautes de brahmahatyā ; la seule vision de Brahma-kuṇḍa détruit des torrents de tous les péchés.
Verse 4
किं तस्य बहुभिस्तीर्थैः किं तपोभिः किमध्वरैः । महादानैश्च किं तस्य ब्रह्मकुंडविलोकिनः
À quoi bon, pour celui qui contemple Brahma-kuṇḍa, tant d’autres tīrthas, les austérités ou les rites adhvara ? À quoi bon même de grands dānas ?
Verse 5
ब्रह्मकुंडे सकृत्स्नानं वैकुंठप्राप्तिकारणम् । ब्रह्मकुंडसमुद्भूतं भस्म येन धृतं द्विजाः
Un seul bain dans Brahma-kuṇḍa est cause d’atteindre Vaikuṇṭha. Et, ô dvijas, bienheureux est celui qui porte sur lui la cendre sacrée issue de Brahma-kuṇḍa.
Verse 6
तस्यानुगास्त्रयो देवा ब्रह्मविष्णुमहेश्वराः । ब्रह्मकुंडसमुद्भूतभस्मना यस्त्रिपुंड्रकम्
Trois devas l’assistent—Brahmā, Viṣṇu et Maheśvara. Quiconque trace sur soi le tripuṇḍra avec la cendre issue de Brahma-kuṇḍa…
Verse 7
करोति तस्य कैवल्यं करस्थं नात्र संशयः । तद्भस्मपरमाणुर्वा यो ललाटे धृतो भवेत्
Pour lui, le kaivalya, la délivrance, devient comme tenu dans la paume de la main ; là-dessus, nul doute. Même un seul atome de cette cendre sacrée, porté sur le front, confère ce fruit.
Verse 8
तावदेवास्य मुक्तिः स्यान्नात्र कार्या विचारणा । तत्कुंडभस्मना मर्त्यः कुर्यादुद्धूलनं तु यः
Si immédiate serait sa délivrance : ici, nul besoin de réflexion. Tout mortel qui s’enduit le corps de la cendre du bassin sacré obtient ce résultat.
Verse 9
तस्य पुण्यफलं वक्तुं शंकरो वेत्ति वा न वा । ब्रह्मकुंडसमुद्भूतं भस्म यो नैव धारयेत्
Que Śaṅkara puisse ou non dire pleinement le fruit d’un tel mérite, il est sans mesure. Mais celui qui ne porte en aucune façon la cendre issue de Brahmakuṇḍa se prive de cette aide sanctifiante.
Verse 10
रौरवे नरके सोऽयं पतेदाचंद्रतारकम् । उद्धूलनं त्रिपुंड्रं वा ब्रह्मकुंडस्थभस्मना
Il tombe dans l’enfer de Raurava, jusqu’au temps de la lune et des étoiles. Ainsi est-il dit de celui qui néglige l’onction du corps ou le port des trois bandes sacrées (tripuṇḍra) avec la cendre demeurant en Brahmakuṇḍa.
Verse 11
नराधमो न कुर्याद्यः सुखं नास्य कदाचन । ब्रह्मकुंडसमुद्भूतभस्मनिंदारतस्तु यः
Le plus vil des hommes, celui qui n’accomplit pas cette observance, n’atteint jamais le bonheur. En vérité, celui qui se plaît à dénigrer la cendre issue de Brahmakuṇḍa tombe dans l’infortune.
Verse 12
उत्पत्तौ तस्य सांकर्यमनुमेयं विपश्चिता । ब्रह्मकुंडसमुद्भूतं भस्मैतल्लोकपावनम्
Que les sages déduisent une souillure d’origine chez celui qui en fait mauvais usage. Cette cendre issue du Brahmakuṇḍa est la purificatrice des mondes.
Verse 13
अन्यभस्मसमं यस्तु न्यूनं वा वक्ति मानवः । उत्पत्तौ तस्य सांकर्य मनुमेयं विपश्चिता
Mais celui qui dit que cette cendre est pareille à une autre, ou même inférieure, les sages doivent déduire de lui une souillure d’origine, un défaut de disposition et d’intelligence.
Verse 14
ब्रह्मकुंडसमुद्भूतेऽप्यस्मिन्भस्मनि जाग्रति । भस्मांतरेण मनुजो धारयेद्यस्त्रिपुंड्रकम्
Même lorsque cette cendre née du Brahmakuṇḍa est à portée, l’homme qui porte le triple signe (tripuṇḍra) avec une autre cendre s’écarte de la sainteté du rite.
Verse 15
उत्पत्तौ तस्य सांक र्यमनुमेयं विपश्चिता । कदाचिदपि यो मर्त्यो भस्मैतत्तु न धारयेत्
Que les sages déduisent une souillure dans sa disposition même et dans son origine. En vérité, le mortel qui ne porte jamais cette cendre rejette un puissant purificateur.
Verse 16
उत्पत्तौ तस्य सांकर्यमनुमेयं विपश्चिता । ब्रह्मकुंडसमुद्भूतं भस्म दद्याद्द्विजाय यः
Que les sages déduisent une souillure dans sa disposition et son origine. En revanche, celui qui donne à un dvija (deux-fois-né) la cendre issue du Brahmakuṇḍa accomplit un don sacré plein de mérite.
Verse 17
चतुरर्णवपर्यंता तेन दत्ता वसुन्धरा । संदेहो नात्र कर्तव्यस्त्रिर्वा शपथयाम्यहम्
Cette Terre, bornée par les quatre océans, fut donnée par lui. Qu’aucun doute ne soit nourri ici : je le jure, fût-ce trois fois.
Verse 18
सत्यंसत्यं पुनः सत्यमुद्धृत्य भुजमुच्यते । ब्रह्मकुंडोद्भवं भस्म धारयध्वं द्विजोत्तमाः
«Vérité, vérité, encore vérité !»—ainsi parla-t-il, levant le bras, et proclama : «Ô meilleurs des deux-fois-nés, portez la cendre sacrée née du Brahmakuṇḍa».
Verse 19
एतद्धि पावनं भस्म ब्रह्मयज्ञसमुद्भवम् । पुरा हि भगवान्ब्रह्मा सर्वलोकपितामहः
Oui, cette cendre est purifiante, née du sacrifice à Brahman (Brahma-yajña). Car jadis, le Bienheureux Brahmā, aïeul de tous les mondes, (agit ainsi…).
Verse 20
सन्निधौ सर्वदेवानां पर्वते गंधमादने । ईशशापनिवृत्त्यर्थं क्रतून्सर्वान्समातनोत्
En présence de tous les dieux, sur le mont Gandhamādana, il ordonna et accomplit tous les sacrifices, afin de faire cesser la malédiction d’Īśa (Śiva).
Verse 21
विधाय विधिवत्सर्वानध्वरान्बहुदक्षिणान् । मुमुचे सहसा ब्रह्मा शंभुशापाद्द्विजोत्तमाः
Après avoir accompli selon le rite tous les sacrifices, riches en dakṣiṇā, Brahmā fut soudain délivré de la malédiction de Śambhu, ô meilleur des deux-fois-nés.
Verse 22
तदेतत्तीर्थमासाद्य स्नानं कुर्वंति ये नराः । ते महादेवसायुज्यं प्राप्नुवंति न संशयः
Ceux qui parviennent à ce tīrtha même et s’y baignent obtiennent l’union avec Mahādeva ; il n’y a là aucun doute.
Verse 23
ऋषय ऊचुः । व्यासशिष्य महाप्राज्ञ पुराणार्थविशारद । चतुर्दशानां लोकानां स्रष्टारं चतुराननम्
Les ṛṣi dirent : « Ô disciple de Vyāsa, très sage, expert du sens des Purāṇa, parle-nous du Créateur aux quatre visages, l’ordonnateur des quatorze mondes. »
Verse 24
शंभुः केनापराधेन शप्तवान्भारतीपतिम् । शापश्च कीदृशस्तस्य पुरा दत्तो हरेण वै । एतत्सर्वं मुने ब्रूहि तत्त्वतोऽस्माकमादरात्
« Pour quelle faute Śambhu maudit-il le Seigneur de la Parole (Brahmā) ? Et quelle fut la nature de cette malédiction, jadis donnée aussi par Hari ? Dis-nous tout cela, ô muni, en vérité et en détail, par notre fervente révérence. »
Verse 25
श्रीसूत उवाच । पुरा बभूव कलहो ब्रह्मविष्ण्वोः परस्परम्
Śrī Sūta dit : Dans les temps anciens, une querelle s’éleva entre Brahmā et Viṣṇu, l’un contre l’autre.
Verse 26
कंचिद्धेतुं समुद्दिश्य स्पर्धया श्लाघमानयोः । अहं कर्त्ता न मत्तोऽन्यः कर्त्तास्ति जगतीतले
Prétextant quelque motif, et par esprit de rivalité, tous deux se vantèrent : « Je suis le créateur ; nul autre que moi n’est créateur sur la face de la terre. »
Verse 27
एवमाह हरिं ब्रह्मा ब्रह्माणं च हरिस्तथा । एवं विवादः सुमहान्प्रावर्त्तत पुरा तयोः
Ainsi Brahmā parla à Hari (Viṣṇu), et Hari, de même, répondit à Brahmā. De cette façon, jadis, une très grande querelle s’éleva entre eux deux.
Verse 28
एतस्मिन्नंतरे विप्राः कुर्वतोः कलहं मिथः । तयोर्गर्वविनाशाय प्रबोधार्थं च देवयोः
Ô brāhmaṇas, tandis qu’ils se querellaient l’un avec l’autre, (survint une intervention divine) pour anéantir leur orgueil et pour éveiller ces deux dieux.
Verse 29
मध्ये प्रादुरभूल्लिंगं स्वयंज्योतिरनामयम् । तौ दृष्ट्वा विस्मितौ लिंगं ब्रह्मविष्णु परस्परम्
Au milieu d’eux apparut un Liṅga, de sa propre lumière et sans aucune souillure. Voyant ce Liṅga, Brahmā et Viṣṇu furent saisis d’étonnement et se regardèrent l’un l’autre.
Verse 30
समयं चक्रतुर्विप्रा देवानां सन्निधौ पुरा । अनाद्यंतं महालिंगं यदेतद्दृश्यते पुरः
Ô brāhmaṇas, jadis, en présence des dieux, tous deux conclurent un accord au sujet de ce grand Liṅga visible devant eux, sans commencement ni fin.
Verse 31
अनंतादित्यसंका शमनंताग्निसमप्रभम् । आवयोरस्य लिंगस्य योंऽतमादिं च द्रक्ष्यति
Semblable à d’innombrables soleils et rayonnant tel un feu sans fin : celui de nous deux qui verra la fin et le commencement de ce Liṅga,
Verse 32
स भवेदधिको लोके लोककर्ता च स प्रभुः । अहमूर्ध्वं गमिष्यामि लिंगस्यातं गवेषयन्
Il sera tenu pour le supérieur dans le monde, le créateur des mondes et le Seigneur. «Je monterai», dit Brahmā, «cherchant la limite du Liṅga sacré».
Verse 33
गवेषणाय मूलस्य त्वमधस्ताद्धरे व्रज । इति तस्य वचः श्रुत्वा तथे त्याह रमापतिः
«Et toi, ô Hari, descends pour chercher la racine (la base).» Ayant entendu ses paroles, le Seigneur de Ramā (Viṣṇu) répondit : «Qu’il en soit ainsi».
Verse 34
एवं तौ समयं कृत्वा मार्गणाय विनिर्गतौ । विष्णुर्वराहरूपेण गतोऽधस्ताद्गवेषितुम्
Ainsi, après avoir conclu leur pacte, tous deux partirent en quête. Viṣṇu, prenant la forme d’un Sanglier, descendit pour chercher la base.
Verse 35
हंसतां भारतीजानिः स्वीकृत्योपरि निर्ययौ । अधो लोकान्विचित्याथो विष्णुर्वर्षगणान्बहून् । यथास्थानं समागत्य वभाषे देवसन्निधौ
L’époux de Bhāratī (Brahmā), prenant la forme d’un cygne, s’éleva vers les hauteurs. Viṣṇu, après avoir exploré les mondes inférieurs durant de très longues années, revint à sa place et parla en présence des dieux.
Verse 36
विष्णुरुवाच । अहं लिंगस्य नाद्राक्षमादिमस्येति सत्यवाक्
Viṣṇu dit : «En vérité, je n’ai pas vu le commencement de ce Liṅga».
Verse 37
ऊर्ध्वं गवेषयित्वाथ ब्रह्माप्यागच्छदत्र सः । आगत्य च वचः प्राह छद्मना चतुराननः
Après avoir cherché vers les hauteurs, Brahmā revint lui aussi en ce lieu. À son arrivée, le Quatre-Visages prononça des paroles, voilant la vérité par la ruse.
Verse 38
ब्रह्मोवाच । अहमद्राक्षमस्यांतं लिंगस्येति मृषा पुनः । तयोस्तद्वचनं श्रुत्वा व्रह्मविष्ण्वोर्महेश्वरः । मिथ्यावादिनमाहेदं प्रहस्य चतुराननम्
Brahmā dit : « J’ai vu l’extrémité de ce Liṅga » ; ainsi parla-t-il de nouveau dans le mensonge. Entendant les paroles de Brahmā et de Viṣṇu, Maheśvara, souriant, qualifia le Quatre-Visages de “diseur d’imposture”.
Verse 39
ईश्वर उवाच । असत्यं यदवोचस्त्वं चतुरानन मत्पुरः
Īśvara dit : « Ô Quatre-Visages, ce que tu as prononcé devant Moi est mensonge ».
Verse 40
तस्मात्पूजा न ते भूयाल्लोके सर्वत्र सर्वदा । अथ विष्णुं पुनः प्राह भगवान्परमेश्वरः
«C’est pourquoi, qu’aucun culte ne te soit rendu dans le monde, partout et toujours.» Puis le Bienheureux Seigneur Suprême s’adressa de nouveau à Viṣṇu.
Verse 41
यस्मात्सत्यमवोचस्त्वं कमलायाः पते हरे । तस्मात्ते मत्समा पूजा भविष्यति न संशयः
«Parce que tu as dit la vérité, ô Hari, seigneur de Kamalā (Lakṣmī), ton culte sera donc égal au Mien ; sans nul doute.»
Verse 42
ततो ब्रह्मा विषण्णः सञ्छंकरं प्रत्यभाषत । स्वामिन्ममापराधं त्वं क्षमस्व करुणानिधे
Alors Brahmā, accablé, s’adressa à Śaṅkara : «Ô Maître, pardonne ma faute, trésor de compassion».
Verse 43
एकोपराधः क्षंतव्यः स्वामि भिर्जगदीश्वरैः । ततो महेश्वरोऽवादीद्ब्रह्माणं परिसांत्वयन्
«Une seule faute doit être pardonnée par les maîtres, seigneurs du monde.» Alors Maheśvara parla, réconfortant Brahmā.
Verse 44
ईश्वर उवाच । न मिथ्यावचनं मे स्याद्ब्रह्मन्वक्ष्यामि ते शृणु । गच्छ त्वं सहसा वत्स गन्धमादनपर्वतम्
Īśvara dit : «Ô Brahman (Brahmā), il ne saurait y avoir de parole mensongère en Moi. Je te l’énoncerai : écoute. Va sans délai, cher enfant, au mont Gandhamādana».
Verse 45
तत्र क्रतून्कुरुष्व त्वं मिथ्यादोषप्रशांतये । ततो विधूतपापस्त्वं भविष्यसि न संशयः
«Là, accomplis les kratu, les sacrifices, afin d’apaiser la faute de mensonge. Alors ton péché sera effacé ; sans aucun doute».
Verse 46
तेन श्रौतेषु ते ब्रह्मन्स्मार्तेष्वपि च कर्मसु । पूजा भविष्यति सदा न पूजा प्रतिमासु ते
«Par cela (l’expiation), ô Brahmā, tu seras honoré à jamais dans les rites védiques (śrauta) et aussi dans les rites traditionnels (smārta) ; mais il n’y aura pas de culte rendu à tes images (pratimā)».
Verse 47
इत्युक्त्वा भगवानीशस्तत्रैवांतरधीयत । ततो ब्रह्मा ययौ विप्रा गंधमादनपर्वतम्
Ayant ainsi parlé, le Seigneur Bienheureux (Īśvara) disparut en ce même lieu. Alors Brahmā, ô sages deux-fois-nés, se rendit au mont Gandhamādana.
Verse 48
ईजे च क्रतुकर्तारं क्रतुभिः पार्वतीपतिम् । अष्टाशीतिसहस्राणि वर्षाणि मुनिपुंगवाः
Il vénéra le Seigneur des sacrifices—l’Époux de Pārvatī—par des rites d’offrande. Ô le meilleur des sages, cela se poursuivit durant quatre-vingt-huit mille ans.
Verse 49
पौंडरीकादिभिः सर्वैरध्वरैर्भूरिदक्षिणैः । इन्द्रादिसर्वदेवानां सन्निधावयजच्छिवम् । तेन तुष्टोभवच्छंभुर्वरमस्मै प्रदत्तवान्
Par tous les grands sacrifices—à commencer par le Pauṇḍarīka—riches en dons rituels (dakṣiṇā), il adora Śiva en présence d’Indra et de tous les dieux. Satisfait, Śambhu lui accorda une grâce.
Verse 50
ईश्वर उवाच । मिथ्योक्तिदोषस्ते नष्टः कृतैरेतैर्मखैरिह
Īśvara dit : «Par ces sacrifices accomplis ici, la faute née de la parole mensongère a été détruite en toi».
Verse 51
चतुरानन ते पूजा श्रौतस्मार्तेषु कर्मसु । भविष्यत्यमला ब्रह्मन्न पूजा प्रतिमासु ते
Ô Toi aux quatre visages, ton culte dans les rites védiques (śrauta) et traditionnels (smārta) sera sans tache, ô Brahmā ; et pure sera aussi l’adoration de toi dans les images (pratimā).
Verse 52
यागस्थलमिदं तेऽद्य ब्रह्मकुण्डमिति प्रथाम् । गमिष्यति त्रिलोकेस्मिन्पुण्यं पापविनाशनम्
Ce lieu de ton sacrifice deviendra aujourd’hui célèbre dans les trois mondes sous le nom de « Brahmakuṇḍa », sanctuaire qui confère le mérite et anéantit le péché.
Verse 53
ब्रह्मकुण्डाभिधे तीर्थे सकृद्यः स्नानमा चरेत् । मुक्तिद्वारार्गलं तस्य भिद्यते तत्क्षणाद्विधे
Au tīrtha nommé Brahmakuṇḍa, quiconque s’y baigne ne fût-ce qu’une seule fois—ô Vidhātr̥ (Brahmā)—voit, à l’instant même, se briser le verrou de la porte de sa délivrance.
Verse 54
ब्रह्मकुण्डसमुद्भूतं ललाटे भस्म धारयन् । मायाकपाटं निर्भिद्य मुक्तिद्वारं प्रया स्यति
Portant sur le front la cendre sacrée issue de Brahmakuṇḍa, on brise le battant de māyā et l’on s’avance vers la porte de la délivrance.
Verse 55
ब्रह्मकुण्डोत्थितं भस्म ललाटे यो न धारयेत् । स्वपितुर्बीजसंभूतो न मातरि सुतस्तु सः
Celui qui ne porte pas sur le front la cendre issue de Brahmakuṇḍa n’est né que de la semence de son père et n’est pas, en vérité, le fils de sa mère.
Verse 56
ब्रह्मकुण्डसमुद्भूतभस्मधारणतो विधे । ब्रह्महत्यायुतं नश्येत्सुरापानायुतं तथा
Ô Vidhātr̥ (Brahmā), par le port de la cendre issue de Brahmakuṇḍa, s’anéantissent des péchés par dizaines de milliers de brahma-hatyā, et de même par dizaines de milliers ceux de la boisson enivrante.
Verse 57
गुरुतल्पायुतं नश्येत्स्वर्णस्तेयायुतं तथा । तत्संसर्गायुतं नश्येत्सत्यमुक्तं मया विधे
Fussent-ils par myriades, les péchés de profaner la couche du guru sont détruits; de même les myriades de péchés du vol de l’or. Même les myriades de fautes nées du contact avec de tels actes s’anéantissent : telle est la vérité que je t’ai proclamée, ô Vidhi (Brahmā).
Verse 58
ब्रह्मकुण्डसमुद्भूतभस्मधारणवैभवात् । भूतप्रेतपिशाचाद्या नश्यंति क्षणमात्रतः
Par la puissance merveilleuse de porter la cendre issue de Brahmakuṇḍa, les bhūtas, pretas, piśācas et autres êtres semblables sont anéantis en un seul instant.
Verse 59
इत्युक्त्वा भगवानीशस्तत्रैवांतरधीयत । यज्ञेष्वथ समाप्तेषु मुनयश्च जितेंद्रियाः
Ayant ainsi parlé, le Seigneur bienheureux Īśa disparut sur-le-champ. Puis, lorsque les sacrifices furent achevés, les munis—maîtres de leurs sens—demeurèrent inébranlables en ce lieu saint.
Verse 60
इन्द्रादिदेवताश्चैव सिद्धचारणकिन्नराः । अन्ये च देवनिवहा गंधमादनपर्वते
Indra et les autres divinités, avec les Siddhas, les Cāraṇas et les Kinnaras, ainsi que bien d’autres cohortes de devas, se rassemblèrent sur le mont Gandhamādana.
Verse 61
तां यज्ञभूमिमाश्रित्य स्वयं रुद्रेण सेविताम् । निरंतरमवर्तंत विदित्वा तस्य वैभवम्
Prenant refuge en ce terrain sacrificiel—servi par Rudra lui-même—ils y revenaient sans cesse, connaissant sa gloire hors du commun.
Verse 62
यथाविधि ततो यज्ञान्समाप्य बहुदक्षिणान् । सत्यलोकमगाद्ब्रह्मा शिवाल्लब्धमनोरथः
Alors, ayant achevé selon le rite les sacrifices et accordé d’abondantes dakṣiṇā, Brahmā se rendit à Satyaloka : son désir fut accompli par la grâce de Śiva.
Verse 63
तदाप्रभृति देवाश्च मुनयश्च द्विजोत्तमाः । ब्रह्मकुण्डं समासाद्य चक्रुर्यागान्विधानतः
Dès lors, les dieux et les sages — les meilleurs des deux-fois-nés — s’approchèrent de Brahmakuṇḍa et y accomplirent les sacrifices selon l’ordonnance prescrite.
Verse 64
तस्मादियक्षवो मर्त्याः कुर्युर्यज्ञानिहैव हि
C’est pourquoi, ô mortels doués d’une juste aptitude, il convient assurément d’accomplir les sacrifices ici même.
Verse 65
मनुजदेवमुनीश्वरवंदितं सकलसंसृतिनाशकरं द्विजाः । जलजसंभवकुण्डमिदं शुभं सकल पापहरं सकलार्थदम्
Ô deux-fois-nés, ce bassin auspicious du « Né du Lotus » (Brahmā), vénéré par les hommes, les dieux et les seigneurs des sages, détruit tout le cycle de l’asservissement au saṃsāra ; il efface tous les péchés et accorde tous les buts désirés.