Adhyaya 25
Brahma KhandaDharmaranya MahatmyaAdhyaya 25

Adhyaya 25

Cet adhyāya est présenté comme la transmission par Sūta d’un « tīrtha-māhātmya » éminent, décrivant le rôle sacré de Sarasvatī dans le Dharmāraṇya. Le récit introduit le sage Mārkaṇḍeya, paisible, savant et discipliné dans le yoga, muni d’un kamaṇḍalu et d’un rosaire, que des ṛṣi assemblés abordent avec respect. Se souvenant d’anciens récits liés à Naimiṣāraṇya et à la tradition des descentes des fleuves, ils demandent des éclaircissements sur l’avènement de Sarasvatī et sur ses implications rituelles. Mārkaṇḍeya affirme que Sarasvatī fut amenée de Satyaloka au Dharmāraṇya (près de Suredrādri), en soulignant sa nature de refuge et de protection. Le chapitre prescrit ensuite un rite calendaire : au mois de Bhādrapada, durant la quinzaine claire, au jour auspicious de Dvādaśī, au tīrtha de Dvāravatī (desservi par des sages et des gandharva), il convient d’accomplir le piṇḍa-dāna et les offrandes aux ancêtres. Le texte promet un bénéfice impérissable pour les pitṛ et exalte l’eau de Sarasvatī comme souverainement propice, capable d’effacer de lourds démérites selon l’idiome scripturaire. L’enseignement sur le phala s’achève en présentant Sarasvatī comme cause exauçant les vœux, accordant à la fois le mérite du svarga et le bien orienté vers l’apavarga (libération), unissant ainsi le rite à la finalité spirituelle la plus haute.

Shlokas

Verse 1

सूत उवाच । अथान्यत्संप्रवक्ष्यामि तीर्थमाहात्म्यमुत्तमम् । धर्मारण्ये यथाऽनीता सत्यलोकात्सरस्वती

Sūta dit : À présent, je vais proclamer une autre suprême grandeur d’un tīrtha : comment Sarasvatī fut amenée de Satyaloka jusqu’à Dharmāraṇya.

Verse 2

मार्कंडेयं सुखासीनं महामुनिनिषेवितम् । तरुणादित्यसंकाशं सर्वशास्त्रविशारदम्

Ils virent Mārkaṇḍeya assis dans la quiétude, entouré de grands sages ; rayonnant tel le soleil levant, et parfaitement versé dans tous les śāstra.

Verse 3

सर्वतीर्थमयं दिव्यमृषीणां प्रवरं द्विजम् । आसनस्थं समायुक्तं धन्यं पूज्यं दृढव्रतम्

Divin, portant en lui l’essence de tous les tīrtha, le plus éminent des ṛṣi—Mārkaṇḍeya, le vénérable deux-fois-né—demeurait fermement assis : béni, digne de culte, et inébranlable dans son vœu.

Verse 4

योगात्मानं परं शांतं कमडलुधरं विभुम् । अक्षसूत्रधरं शांतं तथा कल्पां तवासिनम्

Ils le virent comme l’âme même du yoga—suprêmement paisible et puissant—portant le kamaṇḍalu et tenant l’akṣasūtra (chapelet) ; serein, demeurant en cet état au fil des âges.

Verse 5

अक्षोभ्यं ज्ञानिनं स्वस्थं पितामहसमुद्युतिम् । एवं दृष्ट्वा समाधिस्थं प्रहर्षोत्फुल्ललोचनम्

Inébranlable, sage et intérieurement paisible—rayonnant tel le Pitāmaha (Brahmā)—le voyant ainsi, établi en samādhi, leurs yeux s’épanouirent de joie.

Verse 6

प्रणम्य स्तुतिभिर्युक्त्या मार्क्कंडं मुनयोऽब्रुवन् । भगवन्नैमिषारण्ये सत्रे द्वादशवार्षिके

S’étant prosternés et l’ayant honoré d’hymnes de louange convenables, les sages dirent à Mārkaṇḍeya : «Ô Bienheureux, dans la forêt de Naimiṣāraṇya, lors du satra de douze ans…».

Verse 7

त्वयावतारिता ब्रह्मन्नदी या ब्रह्मणः सुता । तथा कृतं च तत्रैव गंगा वतरणं क्षितौ

«Ô Brāhmaṇa, par toi fut amenée ici-bas cette rivière, fille de Brahmā ; et là même tu accomplis aussi la descente de Gaṅgā sur la terre».

Verse 8

गीयमाने कुलपतेः शौनकस्य मुनेः पुरः । सूतेन मुनिना ख्यातमन्येषामपि शृण्वताम्

Tandis qu’on le chantait devant Śaunaka, patriarche des sages, le muni Sūta le proclamait, tandis que d’autres encore écoutaient.

Verse 9

तच्छ्रुत्वा महदाख्यानम स्माकं हृदि संस्थितम् । पापघ्नी पुण्यजननी प्राणिनां दर्शनादपि

Ayant entendu ce grand récit sacré, il demeura gravé dans nos cœurs : elle (Sarasvatī) détruit le péché et enfante le mérite chez les êtres, ne fût-ce que par sa seule vision.

Verse 10

मार्कण्डेय उवाच । धर्मारण्ये मया विप्राः सत्यलोकात्सरस्वती । समानीता सुरेखाद्रौ शरण्या शरणार्थिनाम्

Mārkaṇḍeya dit : Dans le Dharmāraṇya, ô brāhmanes, j’ai fait descendre Sarasvatī de Satyaloka jusqu’au mont Surekhā ; elle est l’asile de tous ceux qui cherchent asile.

Verse 11

भाद्रपदे सिते पक्षे द्वादशी पुण्यसंयुता । तत्र द्वारावतीतीर्थे मुनिगंधर्वसेविते

Au mois de Bhādrapada, durant la quinzaine claire, au saint jour de Dvādaśī riche en mérite, là, au Tīrtha de Dvārāvatī, honoré par les sages et les Gandharvas.

Verse 12

तस्मिन्दिने च तत्तीर्थे पिंडदानादि कारयेत् । तत्फलं समवाप्नोति पितॄणां दत्तमक्षयम्

En ce jour-là, et en ce même tīrtha, qu’on fasse accomplir l’offrande de piṇḍa et les rites qui s’y rattachent. On en reçoit le fruit : le don fait aux ancêtres devient impérissable.

Verse 13

महदाख्यानमखिलं पापघ्नं पुण्यदं च यत् । पवित्रं यत्पवित्राणां महापातकनाशनम्

Tout ce grand récit sacré détruit le péché et confère le mérite ; il est un purificateur parmi les purificateurs, et il anéantit même les fautes les plus lourdes.

Verse 14

सर्वमंगलमांगल्यं पुण्यं सारस्वतं जलम् । ऊर्ध्वं किं दिवि यत्पुण्यं प्रभासांते व्यवस्थितम्

L’eau Sārasvata est souverainement auspicious, une auspiciosité au-delà de toute auspiciosité. Quel mérite plus élevé y aurait-il, même au ciel, que le mérite établi à l’extrémité de Prabhāsa ?

Verse 15

सारस्वतजलं नॄणां ब्रह्महत्यां व्यपोहति । सरस्वत्यां नराः स्नात्वा संतर्प्य पितृदेवताः । पश्चात्पिंडप्रदातारो न भवंति स्तनंधयाः

L’eau sacrée de Sārasvata efface, même pour les hommes, le péché de brahma-hatyā. Après s’être baignés dans la Sarasvatī et avoir satisfait les Pitṛs et les dieux, ceux qui offrent ensuite les piṇḍas ne deviennent pas ‘stanaṃdhaya’, dépendants et sans secours comme des nourrissons.

Verse 16

यथा कामदुघा गावो भवन्तीष्टफलप्रदाः । तथा स्वर्गापवर्गैकहैतुभूता सरस्वती

De même que les vaches kāmadughā, exauçant les vœux, accordent les fruits désirés, ainsi Sarasvatī devient l’unique cause du ciel et de la délivrance.