
Mārkaṇḍeya décrit un tīrtha suprême nommé Vāsava, dans un rayon d’un krośa, attribué à la fondation des Huit Vasu. Les Vasu—Dhara, Dhruva, Soma, Āpa, Anila, Anala, Pratyūṣa et Prabhāsa—sont présentés comme accablés par une malédiction paternelle et contraints à l’état de « garbha-vāsa » (demeure dans le sein/prise de corps). Cherchant la délivrance, ils parviennent au tīrtha de la Narmadā et accomplissent une tapas rigoureuse en apaisant Bhavānīpati (Śiva). Au terme de douze années, Mahādeva se manifeste directement et accorde la grâce désirée. Les Vasu y établissent Śiva sous leur propre nom puis s’en vont par le ciel; le lieu devient célèbre sous le nom de Vāsava-tīrtha. Le chapitre énonce ensuite une conduite dévotionnelle concrète: adorer Śiva en ce tīrtha avec les offrandes disponibles, surtout le dīpa-dāna (don de lampes), en mettant l’accent sur le huitième jour de la quinzaine claire (śukla-aṣṭamī) ou sur une pratique régulière selon ses moyens. La phalaśruti promet une proximité durable avec Śiva, l’évitement du garbha-vāsa, la fin de la pauvreté et du chagrin, l’honneur céleste et la destruction des péchés même par un seul jour de séjour; elle se conclut par des devoirs sociaux-rituels tels que nourrir les brāhmaṇa et offrir vêtements et dakṣiṇā.
Verse 1
मार्कण्डेय उवाच । ततः क्रोशान्तरे पार्थ वासवं तीर्थमुत्तमम् । वसुभिः स्थापितं तत्र स्थित्वा वै द्वादशाब्दकम्
Mārkaṇḍeya dit : «Ensuite, ô Pārtha, à la distance d’un krośa se trouve le tīrtha suprême nommé Vāsava. Il y fut établi par les Vasus, qui demeurèrent en ce lieu durant douze années».
Verse 2
धरो ध्रुवश्च सोमश्च आपश्चैवानिलोऽनलः । प्रत्यूषश्च प्रभासश्च वसवोऽष्टाविमे पुरा
«Dharā, Dhruva, Soma, Āpa, Anila, Anala, Pratyūṣa et Prabhāsa : ces huit-là étaient jadis connus comme les Vasus».
Verse 3
पितृशापपरिक्लिष्टा गर्भवासाय भारत । नार्मदं तीर्थमासाद्य तपश्चक्रुर्यतेन्द्रियाः
«Accablés par une malédiction de leurs ancêtres, ô Bhārata, et voués au séjour dans le sein (renaissance), ils gagnèrent un tīrtha sacré sur la Narmadā et accomplirent des austérités, les sens maîtrisés».
Verse 4
आराधयन्तः परमं भवानीपतिमव्यम् । द्वादशाब्दानि राजेन्द्र ततस्तुष्टो महेश्वरः
L’ayant adoré comme le Suprême—le Seigneur de Bhavānī, l’Impérissable—durant douze années, ô le meilleur des rois, alors Maheśvara fut satisfait.
Verse 5
प्रत्यक्षः प्रददौ तेभ्यस्त्वभीष्टं वरमुत्तमम् । ततः स्वनाम्ना संस्थाप्य वसवस्तं महेश्वरम् । जग्मुराकाशमाविश्य प्रसन्ने सति शङ्करे
Se manifestant devant eux, il leur accorda l’excellent don qu’ils désiraient. Puis les Vasus établirent ce Maheśvara sous leur propre nom; et, Śaṅkara étant satisfait, ils s’en allèrent, entrant dans le ciel.
Verse 6
ततः प्रभृति विख्यातं तीर्थं तद्वासवाह्वयम् । तस्मिंस्तीर्थे महाराज यो भक्त्या पूजयेच्छिवम् । यथालब्धोपहारैश्च दीपं दद्यात्प्रयत्नतः
Dès lors, ce tīrtha devint célèbre sous le nom de « Vāsava ». Ô grand roi, quiconque en ce tīrtha vénère Śiva avec dévotion, et avec les offrandes dont il dispose, doit avec soin offrir une lampe.
Verse 7
शुक्लपक्षे तदाष्टम्यां प्रत्यहं वापि शक्तितः । अष्टौ वर्षसहस्राणि स वसेच्छिवसंनिधौ
En cette Aṣṭamī de la quinzaine claire—ou même chaque jour, selon ses forces—il demeurera auprès de Śiva durant huit mille ans, en mérite et béatitude.
Verse 8
ततः शिवालयं याति गर्भवासं न पश्यति । पुष्पैर्वा पल्लवैर्वापि फलैर्धान्यैस्तथापि वा
Ensuite il va à la demeure de Śiva et ne revoit plus la demeure du sein (la renaissance). Que ce soit avec des fleurs, des feuilles, des fruits, ou même des grains, ainsi doit-il adorer.
Verse 9
पूजयेद्देवमीशानं स दैन्यं नाप्नुयात्क्वचित् । सर्वशोकविनिर्मुक्तः स्वर्गलोके महीयते
Qu’il adore le Seigneur Īśāna : jamais il ne tombera dans la détresse. Délivré de toute affliction, il est honoré au séjour céleste.
Verse 10
एकाहमपि कौन्तेय यो वसेद्वासवेश्वरे । पापराशिं विनिर्धूय भानुवद्दिवि मोदते
Ne fût-ce qu’un seul jour, ô Kaunteya, quiconque demeure à Vāsaveśvara secoue des monceaux de péchés et se réjouit au ciel tel le Soleil.
Verse 11
विप्रांश्च भोजयेद्भक्त्या दद्याद्वासांसि दक्षिणाम्
Avec dévotion, qu’il nourrisse les brāhmaṇas et qu’il offre aussi des vêtements en guise de dakṣiṇā.