Adhyaya 212
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 212

Adhyaya 212

Mārkaṇḍeya rapporte un enseignement théologique où Maheśvara (Śiva) prend l’apparence d’un mendiant (bhikṣu-rūpa) et entre dans un village, affamé et assoiffé. Le dieu porte les marques de l’ascèse—corps enduit de cendre, akṣasūtra, trident, cheveux emmêlés, ornements—et fait résonner le ḍamaru, dont le battement est comparé au dindima (tambour de chaudière). Entouré d’enfants et d’habitants, il alterne chant, rire, parole et danse, se mouvant de telle sorte qu’il semble apparaître et disparaître aux yeux des témoins. Un motif d’avertissement est introduit : partout où le Seigneur, par jeu, dépose le tambour, cette maison devient « chargée » et l’on dit qu’elle périt—mise en garde éthico-rituelle contre l’irrévérence, la méprise du divin et la puissance déstabilisatrice d’une rencontre sacrée non maîtrisée. Lorsque les villageois se mettent à louer Śaṅkara avec bhakti, le Seigneur devient visible sous une « forme-dindima », et dès lors il est nommé Dīṇḍimeśvara. Le chapitre s’achève par la phalaśruti : par le darśana et le sparśana de cette forme ou de ce lieu, on est délivré de tous les péchés.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । अथान्यत्सम्प्रवक्ष्यामि देवस्य चरितं महत् । श्रुतमात्रेण येनाशु सर्वपापैः प्रमुच्यते

Śrī Mārkaṇḍeya dit : «À présent, je vais raconter un autre grand acte du Seigneur ; rien qu’en l’entendant, on est promptement délivré de tous les péchés.»

Verse 2

भिक्षुरूपं परं कृत्वा देवदेवो महेश्वरः । एकशालां गतो ग्रामं भिक्षार्थी क्षुत्पिपासितः

Revêtant la forme suprême d’un mendiant, Maheśvara, Dieu des dieux, se rendit au village nommé Ekaśālā pour demander l’aumône, paraissant affamé et assoiffé.

Verse 3

अक्षसूत्रोद्यतकरो भस्मगुण्ठितविग्रहः । स्फुरत्त्रिशूलो विश्वेशो जटाकुण्डलभूषितः

Le chapelet levé en main, le corps enduit de cendre sacrée, le trident étincelant, parut Viśveśa, orné de mèches emmêlées et de boucles d’oreilles.

Verse 4

कृत्तिवासा महाकायो महाहिकृतभूषणः । वादयन्वै डमरुकं डिण्डिमप्रतिमं शुभम्

Vêtu d’une peau, au corps immense, paré d’ornements façonnés de grands serpents, le Seigneur faisait résonner son ḍamaru propice, tel le fracas d’un puissant tambour de guerre.

Verse 5

कपालपाणिर्भगवान्बालकैर्बहुभिर्वृतः । क्वचिद्गायन्हसंश्चैव नृत्यन्वदन् क्वचित्क्वचित्

Le Seigneur Bienheureux, tenant en main un bol de crâne, était entouré de nombreux garçons : tantôt il chantait et riait, tantôt il dansait et parlait, ici puis là.

Verse 6

यत्र यत्र गृहे देवो लीलया डिण्डमं न्यसेत् । भाराक्रान्तं गृहं पार्थ तत्रतत्र विनश्यति

Dans toute maison où le Deva, par jeu, déposait ce « ḍiṇḍima », ô fils de Pṛthā, cette demeure, accablée par le poids, s’écroulait sur-le-champ, en ce lieu même.

Verse 7

एवं सम्प्रचरन् देवो वेष्टितो बहुभिर्जनैः । दृश्यादृश्येन रूपेण निर्जगाम बहिः प्रभुः

Ainsi, tandis que le Deva allait et venait, entouré de nombreux fidèles, le Seigneur sortit au-dehors, se montrant sous une forme à la fois visible et invisible.

Verse 8

इतश्चेतश्च धावन्तं न पश्यन्ति यदा जनाः । विस्मितास्ते स्थिताः शम्भुर्भविष्यति ततोऽस्तुवन्

Quand les gens ne purent le voir tandis qu’il bondissait çà et là, ils demeurèrent stupéfaits; puis ils se mirent à le louer en disant : «C’est bien Śambhu !»

Verse 9

तेषां तु स्तुवतां भक्त्या शङ्करं जगतां पतिम् । डिण्डिरूपो हि भगवांस्तदासौ प्रत्यदृश्यत

Tandis qu’ils louaient avec dévotion Śaṅkara, le Seigneur des mondes, le Bienheureux leur apparut alors sous la forme même d’un ḍiṇḍi, un tambour.

Verse 10

तदाप्रभृति देवेशो डिण्डिमेश्वर उच्यते । दर्शनात्स्पर्शनाद्राजन् सर्वपापैः प्रमुच्यते

Dès lors, le Seigneur des dieux est appelé Dīṇḍimeśvara. Ô Roi, par son darśana—et même par son toucher—on est délivré de tous les péchés.