Adhyaya 204
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 204

Adhyaya 204

Le chapitre 204 rapporte un dialogue où Mārkaṇḍeya attire l’attention sur Bhṛgu Tīrtha, identifié comme le très méritoire Paitāmaha Tīrtha, capable de détruire le démérite et les fautes. Yudhiṣṭhira demande pourquoi Brahmā, l’aïeul cosmique, adora Maheśvara (Śiva) avec une dévotion si ardente. Mārkaṇḍeya raconte un ancien itihāsa : Brahmā, ayant désiré s’approcher de sa propre fille, fut frappé d’une malédiction par Śiva ; ses Veda et son savoir déclinèrent, et son statut d’être publiquement vénéré fut amoindri. Accablé de chagrin, Brahmā accomplit une longue austérité sur la rive nord de la Revā, se baignant et apaisant Śiva durant trois cents ans. Śaṅkara, satisfait, rétablit la dignité de Brahmā comme digne de culte lors de fêtes récurrentes, et déclara sa présence permanente en ce lieu, avec les dieux et les pitṛ (ancêtres). Le tīrtha devint ainsi célèbre sous le nom de Paitāmaha, le meilleur des tīrtha. Le chapitre précise ensuite les temps rituels et leurs fruits : se baigner surtout le jour d’amāvāsyā (nouvelle lune) de la quinzaine sombre de Bhādrapada, puis offrir le tarpaṇa aux ancêtres et aux divinités, procure une satisfaction durable aux ancêtres même avec une offrande minime (un seul piṇḍa ou de l’eau au sésame). Il souligne la pratique continue du śrāddha lorsque le soleil est en Kanyā (Vierge), et affirme que le fruit du śrāddha accompli dans tous les pitṛ-tīrtha s’obtient ici à l’amāvāsyā. Enfin, il est dit que celui qui se baigne et adore Śiva est délivré des fautes majeures et mineures, et que celui qui meurt en ce tīrtha, l’esprit discipliné, atteint assurément Rudra-loka sans retour.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । भृगुतीर्थं ततो गच्छेत्तीर्थराजमनुत्तमम् । पैतामहं महापुण्यं सर्वपातकनाशनम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Ensuite, qu’on se rende à Bhṛgu-tīrtha, roi incomparable des lieux de pèlerinage, nommé « Paitāmaha », d’un mérite suprême et destructeur de tous les péchés.

Verse 2

ब्रह्मणा तत्र तीर्थे तु पुरा वर्षशतत्रयम् । आराधनं कृतं शम्भोः कस्मिंश्चित्कारणान्तरे

Là, en ce tīrtha, jadis, Brahmā accomplit l’adoration de Śambhu durant trois cents ans, pour une certaine raison.

Verse 3

युधिष्ठिर उवाच । किमर्थं मुनिशार्दूल ब्रह्मा लोकपितामहः । आराधयद्देवदेवं महाभक्त्या महेश्वरम्

Yudhiṣṭhira dit : Ô tigre parmi les sages, pour quelle raison Brahmā, l’aïeul des mondes, adora-t-il avec une grande dévotion Maheśvara, le Dieu des dieux ?

Verse 4

आराध्यः सर्वभूतानां जगद्भर्ता जगद्गुरुः । श्रोतव्यं श्रोतुमिच्छामि महदाश्चर्यमुत्तमम्

Il est digne d’adoration pour tous les êtres, soutien du monde, maître de l’univers. Je désire entendre ce qui doit être entendu : cette merveille grande et suprême.

Verse 5

धर्मपुत्रवचः श्रुत्वा मार्कण्डेयो मुनीश्वरः । कथयामास तद्वृत्तमितिहासं पुरातनम्

Ayant entendu les paroles de Dharmaputra (Yudhiṣṭhira), Mārkaṇḍeya, seigneur des sages, se mit à raconter cet événement : un récit ancien, une tradition des temps reculés.

Verse 6

मार्कण्डेय उवाच । स्वपुत्रिकामभिगन्तुमिच्छन्पूर्वं पितामहः । शप्तस्तु देवदेवेन कोपाविष्टेन सत्तम

Mārkaṇḍeya dit : Jadis, lorsque Pitāmaha (Brahmā) voulut s’approcher de sa propre fille, le Dieu des dieux, saisi de colère, prononça contre lui une malédiction, ô meilleur des hommes.

Verse 7

वेदास्तव विनश्यन्ति ज्ञानं च कमलासन । अपूज्यः सर्वलोकानां भविष्यसि न संशयः

«Tes Veda et ta connaissance spirituelle déclineront, ô toi qui sièges sur le lotus ; tu deviendras celui que tous les mondes ne vénéreront plus, sans aucun doute.»

Verse 8

एवं दत्ते ततः शापे ब्रह्मा खेदावृतस्तदा । रेवाया उत्तरे कूले स्नात्वा वर्षशतत्रयम् । तोषयामास देवेशं तुष्टः प्रोवाच शङ्करः

Ainsi la malédiction ayant été donnée, Brahmā fut accablé de tristesse. Sur la rive septentrionale de la Revā, il se baigna durant trois cents ans et apaisa le Seigneur des dieux. Satisfait, Śaṅkara parla.

Verse 9

पूज्यस्त्वं भविता लोके प्राप्ते पर्वणि पर्वणि । अहमत्र च वत्स्यामि देवैश्च पितृभिः सह

Tu seras digne de vénération dans le monde à chaque occasion sacrée, à l’arrivée de chaque parvan ; et Moi aussi je demeurerai ici, avec les devas et les Pitṛs.

Verse 10

श्रीमार्कण्डेय उवाच । तदाप्रभृति तत्तीर्थं ख्यातिं प्राप्तं पितामहात् । सर्वपापहरं पुण्यं सर्वतीर्थेष्वनुत्तमम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Dès lors, ce tīrtha devint célèbre par Pitāmaha (Brahmā). Il est saint, ôte tous les péchés et demeure sans égal parmi tous les tīrthas.

Verse 11

तत्र भाद्रपदे मासि कृष्णपक्षे विशेषतः । अमावास्यां तु यः स्नात्वा तर्पयेत्पितृदेवताः

Là—surtout au mois de Bhādrapada, durant la quinzaine sombre—quiconque se baigne au jour d’amāvasyā et offre le tarpaṇa aux divinités ancestrales, les Pitṛs…

Verse 12

पिण्डदानेन चैकेन तिलतोयेन वा नृप । तृप्यन्ति द्वादशाब्दानि पितरो नात्र संशयः

Par une seule offrande de piṇḍa, ou par de l’eau mêlée de sésame, ô roi, les Pitṛs sont rassasiés durant douze années ; il n’y a là aucun doute.

Verse 13

कन्यागते तु यस्तत्र नित्यं श्राद्धप्रदो भवेत् । अवाप्य तृप्तिं तत्पूर्वे वल्गन्ति च हसन्ति च

Mais lorsque le Soleil entre en Kanyā (la Vierge), quiconque y offre régulièrement le śrāddha—ayant obtenu la satisfaction—ses ancêtres exultent et rient de joie.

Verse 14

सर्वेषु पितृतीर्थेषु श्राद्धं कृत्वास्ति यत्फलम् । तत्फलं समवाप्नोति दर्शे तत्र न संशयः

Quel que soit le fruit obtenu en accomplissant le śrāddha dans tous les Pitṛ-tīrthas, on l'obtient assurément en le faisant là lors de la nouvelle lune, sans aucun doute.

Verse 15

पैतामहे नरः स्नात्वा पूजयन्पार्वतीपतिम् । मुच्यते नात्र सन्देहः पातकैश्चोपपातकैः

Au Paitāmaha-tīrtha, l'homme qui se baigne et adore le Seigneur de Pārvatī est libéré, sans aucun doute, des péchés et même des transgressions secondaires.

Verse 16

तत्र तीर्थे मृतानां तु नराणां भावितात्मनाम् । अनिवर्तिका गती राजन्रुद्रलोकादसंशयम्

Ô Roi, pour ceux qui sont disciplinés et purifiés d'esprit et qui meurent à ce gué sacré, la marche en avant est irréversible ; sans doute atteignent-ils le monde de Rudra.

Verse 204

अध्यायः

Ici se termine le chapitre de ce texte sacré.