Adhyaya 151
Avanti KhandaReva KhandaAdhyaya 151

Adhyaya 151

Cet adhyāya se présente comme un dialogue où Mārkaṇḍeya désigne un tīrtha hautement loué sur la rive nord de la Narmadā, associé au nom « Jaya-Vārāha ». Il est dit que s’y baigner et recevoir le darśana de Madhusūdana purifie et efface les fautes, surtout par le souvenir ou la récitation des dix naissances divines (daśa-janma). Yudhiṣṭhira demande ensuite une clarification doctrinale : quels actes le Seigneur accomplit dans chacune de ses dix manifestations, de Matsya à Kalki. Mārkaṇḍeya répond par un catalogue concis : Matsya sauve les Veda engloutis ; Kūrma soutient le barattage de l’océan et stabilise la terre ; Varāha relève la terre du monde inférieur ; Narasiṃha détruit Hiraṇyakaśipu ; Vāmana soumet Bali par ses pas mesurés et sa souveraineté cosmique ; Paraśurāma châtie les kṣatriya oppresseurs et remet la terre à Kaśyapa ; Rāma tue Rāvaṇa et rétablit la royauté selon le dharma ; Kṛṣṇa descend pour écarter les tyrans et annonce la réussite de Yudhiṣṭhira ; Buddha est décrit comme une forme ultérieure semant la confusion socio-religieuse au Kali-yuga ; et Kalki est annoncé comme la dixième naissance. La conclusion réaffirme que la remémoration des dix naissances détruit le pāpa, unissant la grandeur du tīrtha à la théologie des avatāra et à un avertissement sur le déclin du monde.

Shlokas

Verse 1

श्रीमार्कण्डेय उवाच । उत्तरे नर्मदाकूले तीर्थं परमशोभनम् । जयवाराहमाहात्म्यं सर्वपापप्रणाशनम्

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Sur la rive septentrionale de la Narmadā se trouve un tīrtha d’une beauté suprême — la Māhātmya de Jayavārāha — qui anéantit tous les péchés.

Verse 2

उद्धृता जगती येन सर्वदेवनमस्कृता । लोकानुग्रहबुद्ध्या च संस्थितो नर्मदातटे

Celui qui releva la Terre —vénéré par tous les dieux—, par compassion et pour le bien des mondes, a pris demeure sur la rive de la Narmadā.

Verse 3

तत्र तीर्थे तु यः स्नात्वा वीक्षते मधुसूदनम् । मुच्यते सर्वपापेभ्यो दशजन्मानुकीर्तनात्

Celui qui se baigne en ce tīrtha et contemple Madhusūdana est délivré de tous les péchés, même de ceux amassés et rappelés au fil de dix naissances.

Verse 4

मत्स्यः कूर्मो वराहश्च नरसिंहोऽथ वामनः । रामो रामश्च कृष्णश्च बुद्धः कल्किश्च ते दश

Matsya, Kūrma et Varāha ; puis Narasiṃha et Vāmana ; Rāma et (Paraśu-)Rāma, Kṛṣṇa, Buddha et Kalki : tels sont les dix avatāra.

Verse 5

युधिष्ठिर उवाच । मत्स्येन किं कृतं तात कूर्मेण मुनिसत्तम । वराहेण च किं कर्म नरसिंहेन किं कृतम्

Yudhiṣṭhira dit : Vénérable seigneur, ô le meilleur des sages, qu’accomplit le Seigneur en tant que Matsya ? Qu’en tant que Kūrma ? Quel acte en tant que Varāha, et que fit-il en tant que Narasiṃha ?

Verse 6

वामनेन च रामेण राघवेण च किं कृतम् । बुद्धरूपेण किं वापि कल्किना किं कृतं वद

Qu’a-t-il fait en tant que Vāmana, et en tant que Rāma, le Rāghava ? Et qu’a-t-il accompli, en vérité, sous la forme de Buddha, et que fit Kalki ? Dis-le, je t’en prie.

Verse 7

एवमुक्तस्तु विप्रेन्द्रो धर्मपुत्रेण धीमता । उवाच मधुरां वाणीं तदा धर्मसुतं प्रति

Ainsi interpellé par le sage fils de Dharma, le meilleur des brāhmaṇa prononça alors des paroles suaves en réponse à ce fils de Dharma.

Verse 8

श्रीमार्कण्डेय उवाच । मीनो भूत्वा पुरा कल्पे प्रीत्यर्थं ब्रह्मणो विभुः । समर्पयत्समुद्धृत्य वन्दान्मग्नान्महार्णवे

Śrī Mārkaṇḍeya dit : Jadis, dans un éon antérieur, le Seigneur Suprême devint un Poisson ; pour la satisfaction de Brahmā, il repêcha les Védas qui avaient sombré dans le grand océan et les restitua.

Verse 9

अमृतोत्पादने राजन्कूर्मो भूत्वा जगद्गुरुः । मन्दरं धारयामास तथा देवीं वसुंधराम्

Ô Roi, au moment de produire le nectar d'immortalité, l'Instructeur du Monde devint la Tortue ; il porta le Mont Mandara et soutint de même la déesse Terre.

Verse 10

उज्जहार धरां मग्नां पातालतलवासिनीम् । वाराहं रूपमास्थाय देवदेवो जनार्दनः

Prenant la forme du Sanglier (Varāha), Janārdana — le Dieu des dieux — souleva la Terre alors qu'elle avait sombré, gisant dans les régions inférieures du Pātāla.

Verse 11

नरस्यार्द्धतनुं कृत्वा सिंहस्यार्द्धतनुं तथा । हिरण्यकशिपोर्वक्षो विददार नखाङ्कुशैः

Faisant de la moitié de Son corps celle d'un homme et de l'autre celle d'un lion, Il déchira la poitrine de Hiraṇyakaśipu avec Ses ongles semblables à des crochets.

Verse 12

जटी वामनरूपेण स्तूयमानो द्विजोत्तमैः । तद्दिव्यं रूपमास्थाय क्रमित्वा मेदिनीं क्रमैः

Portant des mèches emmêlées et apparaissant sous les traits de Vāmana, loué par les meilleurs des brāhmaṇas, Il assuma alors cette forme divine et arpenta la Terre à grandes enjambées.

Verse 13

कृतवांश्च बलिं पश्चात्पातालतलवासिनम् । स्थापयित्वा सुरान् सर्वान् गतो विष्णुः स्वकं पुरम्

Ensuite, Il fit de Bali un habitant des régions de Pātāla ; et, après avoir rétabli solidement tous les dieux, Viṣṇu retourna en Sa propre demeure.

Verse 14

जमदग्निसुतो रामो भूत्वा शस्त्रभृतां वरः । क्षत्रियान् पृथिवीपालानवधीद्धैहयादिकान्

Rāma, fils de Jamadagni—devenu le plus éminent des porteurs d’armes—abattit les kṣatriyas, souverains de la terre, tels les Haihayas et autres.

Verse 15

कश्यपाय महीं दत्त्वा सपर्वतवनाकराम् । तपस्तपति देवेशो महेन्द्रेऽद्यापि भारत

Ayant donné à Kaśyapa la terre—avec ses montagnes, ses forêts et ses mines—ce Seigneur des dieux accomplit encore aujourd’hui des austérités sur le mont Mahendra, ô Bhārata.

Verse 16

ततो दाशरथी रामो रावणं देवकण्टकम् । सगणं समरे हत्वा राज्यं दत्त्वा विभीषणे

Alors Rāma, fils de Daśaratha, tua au combat Rāvaṇa—l’épine des dieux—avec ses troupes, et conféra le royaume à Vibhīṣaṇa.

Verse 17

पालयित्वा नयाद्भूमिं मखैः संतर्प्य देवताः । स्वर्गं गतो महातेजा रामो राजीवलोचनः

Après avoir gouverné la terre selon la juste conduite, et après avoir satisfait les dieux par des sacrifices, le radieux Rāma aux yeux de lotus s’en alla au ciel.

Verse 18

वसुदेवगृहे भूयः संकर्षणसहायवान् । अवतीर्णो जगन्नाथो वासुदेवो युधिष्ठिर

De nouveau, dans la demeure de Vasudeva, descendit le Seigneur de l’univers—Vāsudeva—assisté de Saṃkarṣaṇa, ô Yudhiṣṭhira.

Verse 19

सोऽवधीत्तव सामर्थ्याद्वधार्थं दुष्टभूभृताम् । चाणूरकंसकेशीनां जरासंधस्य भारत

Par ta puissance, ô Bhārata, il les abattit—afin d’accomplir la destruction des rois pervers—Cāṇūra, Kaṃsa, Keśin et Jarāsandha.

Verse 20

तेन त्वं सुसहायेन हत्वा शत्रून्नरेश्वर । भोक्ष्यसे पृथिवीं सर्वां भ्रातृभिः सह संभृताम्

Avec son puissant soutien, ô seigneur des hommes, tu abattras tes ennemis; puis tu jouiras de toute la terre, bien gardée et affermie, avec tes frères.

Verse 21

तथा बुद्धत्वमपरं नवमं प्राप्स्यतेऽच्युतः । शान्तिमान्देवदेवेशो मधुहन्ता मधुप्रियः

De même, l’Infaillible (Acyuta) atteindra encore un autre état—la Bouddhéité—comme neuvième manifestation : paisible, Dieu des dieux, meurtrier de Madhu et pourtant le bien-aimé de Madhu, la douceur du nectar.

Verse 22

तेन बुद्धस्वरूपेण देवेन परमेष्ठिना । भविष्यति जगत्सर्वं मोहितं सचराचरम्

Par ce Dieu, le Seigneur suprême, prenant la forme du Bouddha, l’univers entier sera égaré : tout ce qui se meut et ce qui ne se meut pas.

Verse 23

न श्रोष्यन्ति पितुः पुत्रास्तदाप्रभृति भारत । न गुरोर्बान्धवाः शिष्या भविष्यत्यधरोत्तरम्

Dès lors, ô Bhārata, les fils n’écouteront plus leurs pères ; les disciples, et même les proches, n’obéiront plus au guru : ce qui est inférieur s’élèvera au‑dessus de ce qui est supérieur.

Verse 24

जितो धर्मो ह्यधर्मेण चासत्येन ऋतं जितम् । जिताश्चौरैश्च राजानः स्त्रीभिश्च पुरुषा जिताः

Le dharma sera vaincu par l’adharma, et le ṛta, la vérité, sera vaincu par le mensonge ; les rois seront dominés par les voleurs, et les hommes seront dominés par les femmes.

Verse 25

सीदन्ति चाग्निहोत्राणि गुरौ पूजा प्रणश्यति । सीदन्ति मानवा धर्माः कलौ प्राप्ते युधिष्ठिर

Les rites d’agnihotra déclineront, le culte rendu au guru périra, et les lois humaines du dharma chancelleront lorsque viendra l’âge de Kali, ô Yudhiṣṭhira.

Verse 26

द्वादशे दशमे वर्षे नारी गर्भवती भवेत् । कन्यास्तत्र प्रसूयन्ते ब्राह्मणो हरिपिङ्गलः

Dans la douzième —voire la dixième— année, une jeune fille deviendra enceinte ; et là, des filles enfanteront. Ainsi parle le brāhmaṇa Haripiṅgala.

Verse 27

भविष्यति ततः कल्किर्दशमे जन्मनि प्रभुः

Alors s’élèvera le Seigneur Kalki, lors de la dixième naissance (incarnation).

Verse 28

एतत्ते कथितं राजन्देवस्य परमेष्ठिनः । कारणं दश जन्मनां सर्वपापक्षयंकरम्

Ainsi, ô roi, je t’ai exposé la cause des dix naissances du Seigneur Suprême, récit qui anéantit toutes les fautes.