Adhyaya 26
Vayaviya SamhitaUttara BhagaAdhyaya 2635 Verses

पञ्चाक्षरमाहात्म्यम् / The Greatness of the Pañcākṣarī (Five-Syllable) Mantra

L’Adhyāya 26, enseigné par Upamanyu, place la dévotion au mantra de Śiva au-dessus des voies d’ascèse ou de sacrifice. Il s’ouvre sur l’énumération de fautes extrêmes—brahmahatyā, ivresse, vol, profanation du lit du guru, matricide et parricide, meurtre d’un héros ou d’un embryon—puis affirme que l’adoration de Śiva comme cause suprême (paramakāraṇa) par le mantra, surtout le pañcākṣarī, délivre progressivement de ces péchés, selon une purification décrite sur douze années et par étapes. Il prescrit ensuite le profil du dévot idéal : Śiva-bhakti exclusive, maîtrise des sens et mode de vie minimal et réglé (vivre d’aumônes), suffisant même pour celui qu’on dit « déchu ». Le propos se fait plus tranchant en déclarant que des vœux sévères—ne vivre que d’eau, que d’air, et autres austérités—ne garantissent pas à eux seuls l’accès à Śivaloka, tandis qu’un seul acte de culte accompli avec la dévotion au pañcākṣarī peut mener à la demeure de Śiva, grâce à la puissance propre du mantra. Enfin, tapas et yajña (même si toute la richesse est donnée en dakṣiṇā) sont dits incomparables à l’adoration de la mūrti de Śiva, et il est affirmé que le dévot qui adore par le pañcākṣara est libéré—qu’il soit encore lié ou relâché plus tard—sans autre délibération. Le chapitre mentionne aussi d’autres cadres mantriques (hymnes rudra/non rudra, ṣaḍakṣara, sūkta-mantra), tout en maintenant que la Śiva-bhakti est décisive.

Shlokas

Verse 1

उपमन्युरुवाच । ब्रह्मघ्नो वा सुरापो वा स्तेयीवा गुरुतल्पगः । मातृहा पितृहा वापि वीरहा भ्रूणहापि वा

Upamanyu dit : «Qu’on soit meurtrier d’un brahmane, buveur d’ivresse, voleur, ou profanateur du lit du maître; qu’on ait tué sa mère ou son père, abattu un héros, ou même détruit un embryon—(même un tel homme est ici évoqué).»

Verse 2

संपूज्यामन्त्रकं भक्त्या शिवं परमकारणम् । तैस्तैः पापैः प्रमुच्येत वर्षैर्द्वादशभिः क्रमात्

Après avoir vénéré avec dévotion Śiva —la Cause suprême— avec le mantra prescrit, on est peu à peu délivré de ces fautes diverses, au cours de douze années.

Verse 3

तस्मात्सर्वप्रयत्नेन पतितो ऽपि यजेच्छिवम् । भक्तश्चेन्नापरः कश्चिद्भिक्षाहारो जितेंद्रियः

Ainsi, avec tous les efforts, même celui qui est tombé dans le péché doit adorer Śiva—s’il est un dévot sans autre refuge, vivant d’aumônes et ayant dompté les sens.

Verse 4

कृत्वापि सुमहत्पापं भक्त्या पञ्चाक्षरेण तु । पूजयेद्यदि देवेशं तस्मात्पापात्प्रमुच्यते

Même si l’on a commis un très grand péché, si l’on adore avec dévotion le Seigneur des Devas au moyen du mantra aux cinq syllabes (Pañcākṣara), on est délivré de ce péché.

Verse 5

अब्भक्षा वायुभक्षाश्च ये चान्ये व्रतकर्शिताः । तेषामेतैर्व्रतैर्नास्ति शिवलोकसमागमः

Ceux qui ne subsistent que d’eau, ceux qui ne subsistent que d’air, et d’autres encore, amaigris par des vœux austères : par de tels vœux seuls, il n’y a pas d’accès à l’union avec le monde de Śiva.

Verse 6

भक्त्या पञ्चाक्षरेणैव यः शिवं सकृदर्चयेत् । सोपि गच्छेच्छिवस्थानं शिवमन्त्रस्य गौरवात्

Quiconque, avec dévotion, adore Śiva ne fût-ce qu’une seule fois au moyen du mantra aux cinq syllabes, atteint lui aussi la demeure de Śiva, par la majesté et la puissance sanctifiante du mantra de Śiva.

Verse 7

तस्मात्तपांसि यज्ञांश्च सर्वे सर्वस्वदक्षिणाः । शिवमूर्त्यर्चनस्यैते कोट्यंशेनापि नो समाः

Ainsi, toutes les austérités et tous les sacrifices—fût-ce en donnant toute sa richesse comme dakṣiṇā au prêtre—ne sont pas égaux, pas même à un millionième, au culte (arcana) de la forme sacrée (mūrti) de Śiva.

Verse 8

बद्धो वाप्यथ मुक्तो वा पश्चात्पञ्चाक्षरेण चेत् । पूजयन्मुच्यते भक्तो नात्र कार्या विचारणा

Qu’on soit lié (par le pāśa) ou déjà délivré, si ensuite l’on adore (Śiva) par le mantra Pañcākṣarī, ce dévot est libéré ; sur cela, nul besoin de plus ample examen.

Verse 9

अरुद्रो वा सरुद्रो वा सूक्तेन शिवमर्चयेत् । यः सकृत्पतितो वापिमूढो वा मुच्यते नरः

Qu’on soit sans discipline de Rudra ou doté de la puissance de Rudra, qu’on adore Śiva par cet hymne ; car même l’homme tombé une seule fois—ou l’homme égaré—est délivré.

Verse 10

षडक्षरेण वा देवं सूक्तमन्त्रेण पूजयेत् । शिवभक्तो जितक्रोधो ह्यलब्धो लब्ध एव च

Qu’on adore le Seigneur soit par le mantra aux six syllabes, soit par l’hymne-mantra védique. Le dévot de Śiva, ayant vaincu la colère, qu’il n’ait rien obtenu ou qu’il ait beaucoup reçu, demeure égal et content.

Verse 11

अलब्धाल्लब्ध एवात्र विशिष्टो नात्र संशयः । स ब्रह्मांगेन वा तेन सहंसेन विमुच्यते

Ici, celui qui obtient ce qui n’avait jamais été obtenu auparavant est, sans nul doute, le chercheur le plus éminent. Par cette réalisation, il est délivré : soit par l’union avec l’être même de Brahmā, soit avec le Haṁsa, le Soi suprême intérieur.

Verse 12

तस्मान्नित्यं शिवं भक्त्या सूक्तमन्त्रेण पूजयेत् । एककालं द्विकालं वा त्रिकालं नित्यमेव वा

C’est pourquoi il convient d’adorer Śiva chaque jour avec bhakti, au moyen d’hymnes bien chantés (sūkta) et de mantra. Ce culte peut être accompli une fois, deux fois ou trois fois par jour—ou même continuellement, comme une discipline sacrée quotidienne.

Verse 13

ये ऽर्चयंति महादेवं विज्ञेयास्ते महेश्वराः । ज्ञानेनात्मसहायेन नार्चितो भगवाञ्छिवः

Ceux qui adorent Mahādeva doivent être connus comme des « maheśvara », de véritables dévots du Grand Seigneur. Mais Bhagavān Śiva n’est pas adoré par la seule connaissance qui prend le moi individuel pour appui (un savoir égocentré, séparé de la dévotion et de la juste pratique).

Verse 14

स चिरं संसरत्यस्मिन्संसारे दुःखसागरे । दुर्ल्लभं प्राप्य मानुष्यं मूढो नार्चयते शिवम्

Il erre longtemps dans ce saṃsāra, océan de souffrance ; et même après avoir obtenu la rare naissance humaine, l’égaré n’adore pas le Seigneur Śiva.

Verse 15

निष्फलं तस्य तज्जन्म मोक्षाय न भवेद्यतः । दुर्ल्लभं प्राप्य मानुष्यं ये ऽर्चयन्ति पिनाकिनम्

Vaine est, en vérité, cette naissance, car elle ne devient pas cause de délivrance ; lorsque, après avoir obtenu la rare condition humaine, on n’adore toujours pas Pinākin (Śiva, porteur de l’arc Pināka).

Verse 16

तेषां हि सफलं जन्म कृतार्थास्ते नरोत्तमाः । भवभक्तिपरा ये च भवप्रणतचेतसः

Vraiment, leur naissance est féconde ; ces meilleurs des hommes sont accomplis : ceux qui se vouent avec bhakti à Bhava (Śiva) et dont le cœur s’incline avec révérence devant Bhava.

Verse 17

भवसंस्मरणोद्युक्ता न ते दुःखस्य भागिनः । भवनानि मनोज्ञानि विभ्रमाभरणाः स्त्रियः

Ceux qui s’emploient à se souvenir de Bhava (Śiva) ne deviennent pas héritiers de la souffrance. Pour eux, même les demeures sont agréables à l’esprit, et les femmes, parées de grâce, apparaissent comme des ornements de bon augure de la vie, non comme des liens.

Verse 18

धनं चातृप्तिपर्यन्तं शिवपूजाविधेः फलम् । ये वाञ्छन्ति महाभोगान्राज्यं च त्रिदशालये

Le fruit de l’observance correcte du culte de Śiva est une richesse abondante, jusqu’à effacer tout sentiment de manque. Ceux qui désirent de grandes jouissances obtiennent aussi la souveraineté dans la demeure des Trente (les dieux célestes).

Verse 19

ते वाञ्छन्ति सदाकालं हरस्य चरणाम्बुजम् । सौभाग्यं कान्तिमद्रूपं सत्त्वं त्यागार्द्रभावता

Ils aspirent sans cesse aux pieds de lotus de Hara (Śiva). De cette dévotion naissent la bonne fortune auspiceuse, une forme belle et rayonnante, la pureté de l’être (sattva) et un cœur attendri par l’esprit de renoncement.

Verse 20

शौर्यं वै जगति ख्यातिश्शिवमर्चयतो भवेत् । तस्मात्सर्वं परित्यज्य शिवैकाहितमानसः

En vérité, la vaillance et la renommée dans le monde adviennent à celui qui vénère Śiva. C’est pourquoi, renonçant à tout le reste, qu’il fixe son esprit sur Śiva seul.

Verse 21

शिवपूजाविधिं कुर्याद्यदीच्छेच्छिवमात्मनः । त्वरितं जीवितं याति त्वरितं याति यौवनम्

Si l’on désire Śiva pour son propre Soi — c’est-à-dire la grâce du Seigneur, le Pati — qu’on accomplisse selon la règle le rite du culte de Śiva. Car la vie s’en va vite, et la jeunesse s’évanouit tout aussi vite.

Verse 22

त्वरितं व्याधिरभ्येति तस्मात्पूज्यः पिनाकधृक् । यावन्नायाति मरणं यावन्नाक्रमते जरा

La maladie fond promptement sur l’homme ; c’est pourquoi il faut vénérer Pinākadhṛk — Śiva, porteur de l’arc Pināka — tant que la mort n’est pas venue et que la vieillesse ne l’a pas encore saisi.

Verse 23

यावन्नेन्द्रियवैकल्यं तावत्पूजय शंकरम् । न शिवार्चनतुल्यो ऽस्ति धर्मो ऽन्यो भुवनत्रये

Tant que tes sens ne sont pas défaillants, vénère Śaṅkara. Dans les trois mondes, il n’est point d’autre dharma égal au culte de Śiva.

Verse 24

इति विज्ञाय यत्नेन पूजनीयस्सदाशिवः । द्वारयागं जवनिकां परिवारबलिक्रियाम्

Ainsi instruit, qu’on adore Sadāśiva avec un effort appliqué : en accomplissant le rite d’hommage au seuil, en disposant le rideau (javanikā) du sanctuaire, et en offrant le bali prescrit (oblations) aux divinités qui composent Son entourage.

Verse 25

नित्योत्सवं च कुर्वीत प्रसादे यदि पूजयेत् । हविर्निवेदनादूर्ध्वं स्वयं चानुचरो ऽपि वा

Si l’on adore avec dévotion et que l’on reçoit avec révérence la grâce (prasāda) du Seigneur, qu’on accomplisse aussi une fête sacrée quotidienne en Son honneur. Après avoir présenté le havis en offrande, que l’adorant lui-même — ou même son assistant — poursuive le service selon l’ordre prescrit.

Verse 26

प्रसादपरिवारेभ्यो बलिं दद्याद्यथाक्रमम् । निर्गम्य सह वादित्रैस्तदाशाभिमुखः स्थितः

Selon l’ordre prescrit, qu’il présente le bali (oblation rituelle) aux serviteurs des offrandes sanctifiées. Puis, sortant au son des instruments, qu’il se tienne debout face à la direction indiquée, achevant le rite avec discipline et auspice.

Verse 27

पुष्पं धूपं च दीपञ्च दद्यादन्नं जलैः सह । ततो दद्यान्महापीठे तिष्ठन्बलिमुदङ्मुखः

Qu’il offre fleurs, encens et lampe, et qu’il présente aussi la nourriture avec l’eau. Ensuite, se tenant sur le grand siège-autel (mahāpīṭha) et faisant face au nord, qu’il offre le bali (oblation rituelle).

Verse 28

ततो निवेदितं देवे यत्तदन्नादिकं पुरा । तत्सर्वं सावशेषं वा चण्डाय विनिवेदयेत्

Ensuite, toute nourriture et autres offrandes auparavant présentées au Seigneur—qu’elles soient entières ou qu’il en reste—doivent être offertes de nouveau à Caṇḍa.

Verse 29

हुत्वा च विधिवत्पश्चात्पूजाशेषं समापयेत् । कृत्वा प्रयोगं विधिवद्यावन्मन्त्रं जपं ततः

Après avoir offert l’oblation selon la règle, on doit achever correctement ce qui reste du culte. Puis, en accomplissant la procédure prescrite dans sa forme exacte, on doit passer à la récitation répétée du mantra, comme il est enjoint.

Verse 30

नित्योत्सवं प्रकुर्वीत यथोक्तं शिवशासने । विपुले तैजसे पात्रे रक्तपद्मोपशोभिते

Qu’on accomplisse chaque jour la fête sacrée, exactement selon l’ordonnance de Śiva. Que les offrandes soient disposées dans un vaste vase lumineux, embelli de lotus rouges.

Verse 31

अस्त्रं पाशुपतं दिव्यं तत्रावाह्य समर्चयेत् । शिवस्यारोप्यः तत्पात्रं द्विजस्यालंकृतस्य च

Là, qu’il invoque l’arme divine Pāśupata et la vénère avec la révérence requise. Puis, ayant établi ce vase rituel comme appartenant à Śiva, qu’il l’offre aussi à un brāhmaṇa honoré et paré.

Verse 32

न्यस्तास्त्रवपुषा तेन दीप्तयष्टिधरस्य च । प्रासादपरिवारेभ्यो बहिर्मंगलनिःस्वनैः

Alors, par lui—dont le corps portait les armes—et aussi par le porteur du bâton éclatant, les suites du palais se mirent à sortir, au milieu des sons fastes de la célébration.

Verse 33

नृत्यगेयादिभिश्चैव सह दीपध्वजादिभिः । प्रदक्षिणत्रयं कृत्वा न द्रुतं चाविलम्बितम्

Accompagné de danse, de chant et autres, avec des lampes, des bannières et d’autres offrandes de bon augure, qu’on accomplisse trois circumambulations, sans hâte ni retard excessif.

Verse 34

आदायाभ्यंतरं नीत्वा ह्यस्त्रमुद्वासयेत्ततः । प्रदक्षिणादिकं कृत्वा यथापूर्वोदितं क्रमात्

Ayant pris les instruments du culte et les ayant portés à l’intérieur, qu’il accomplisse ensuite la congédiation rituelle (udvāsana) de la puissance divine invoquée (astra). Puis, après la pradakṣiṇā (circumambulation) et les autres rites de clôture, qu’il avance selon l’ordre même qui fut énoncé auparavant.

Verse 35

आदाय चाष्टपुष्पाणि पूजामथ समापयेत्

Prenant huit fleurs, qu’on achève alors dûment le culte, en les offrant avec dévotion comme l’acte conclusif de la pūjā au Seigneur Śiva.

Frequently Asked Questions

Rather than a single mythic episode, the chapter is a prescriptive discourse: Upamanyu teaches the salvific efficacy of Śiva worship through mantra (especially pañcākṣarī), framed against the background of grave sins and their removal.

The pañcākṣarī is treated as a self-sufficient ritual technology whose inherent ‘gaurava’ enables purification and access to Śiva’s realm, even when other high-effort ascetic practices do not yield the same guaranteed result.

Śiva is approached as Deveśa and paramakāraṇa through arcana (worship) using pañcākṣara; the chapter also notes alternative mantra-forms (rudra/non-rudra hymn usage, ṣaḍakṣara, sūkta-mantra) while prioritizing devotion and worship of Śiva-mūrti.