
L’Adhyāya 18 présente un enchaînement rituel rigoureusement ordonné sous l’autorité de l’ācārya. Après les purifications préliminaires, telles que le bain, le disciple s’approche du Śiva-maṇḍala, mains jointes et esprit recueilli en méditation. Le guru dévoile le maṇḍala jusqu’à l’étape du bandeau des yeux (netrabandhana), puis le disciple accomplit le jet de fleurs (puṣpāvakiraṇa) ; l’endroit où elles tombent devient un signe permettant au maître d’attribuer au disciple un nom et une fonction. Le disciple est ensuite conduit au nirmālya-maṇḍala, y vénère Īśāna (Śiva) et offre des oblations dans le feu de Śiva (śivānala). Le chapitre expose aussi un rite correctif : si le disciple a vu un rêve de mauvais augure, un homa de 100, 50 ou 25 offrandes est prescrit avec le mantra racine (mūla-vidyā) pour apaiser la faute. Les étapes suivantes intègrent des marques corporelles (un fil noué au chignon puis laissé descendre), l’adoration fondamentale (ādhāra-pūjā) liée au cadre de nivṛtti-kalā, et culminent dans le culte de Vāgīśvarī et une séquence conduite par le homa. L’acte mental de yojana du guru et l’usage de mudrā approuvées donnent au disciple un « accès » rituel simultané à tous les états de naissance (sarva-yoniṣu), signe d’une reconfiguration métaphysique de l’identité et de l’aptitude. L’ensemble constitue un manuel de consécration centré sur le maṇḍala, où mantra, geste et offrandes au feu opèrent purification, attribution et intégration spirituelle.
Verse 1
उपमन्युरुवाच । ततः स्नानादिकं सर्वं समाप्याचार्यचोदितः । गच्छेद्बद्धांजलिर्ध्यायञ्छिवमण्डलपार्श्वतः
Upamanyu dit : «Ensuite, après avoir achevé tous les rites prescrits, à commencer par le bain, et sur l’injonction du maître, qu’il s’avance les mains jointes en hommage, méditant Śiva, vers le côté du Śiva-maṇḍala».
Verse 2
अथ पूजां विना सर्वं कृत्वा पूर्वदिने यथा । नेत्रबंधनपर्यंतं दर्शयेन्मण्डलं गुरुः
Ensuite, sans accomplir le culte formel, le guru doit tout exécuter comme la veille, et montrer le maṇḍala jusqu’à l’étape du bandage des yeux (netra-bandhana).
Verse 3
बद्धनेत्रेण शिष्येण पुष्पावकिरणे कृते । यत्रापतंति पुष्णाणि तस्य नामा ऽस्य संदिशेत्
Lorsque le disciple, les yeux bandés, a répandu les fleurs, l’endroit où elles tombent—son nom doit lui être indiqué (comme le lieu sacré désigné).
Verse 4
तं चोपनीय निर्माल्यमण्डले ऽस्मिन्यथा पुरा । पूजयेद्देवमीशानं जुहुयाच्च शिवानले
L’ayant apporté ici dans ce nirmālya-maṇḍala (enceinte sacrée des restes consacrés), comme autrefois, on doit vénérer le Seigneur Īśāna (Śiva) et verser les oblations dans le feu de Śiva.
Verse 5
शिष्येण यदि दुःस्वप्नो दृष्टस्तद्दोषशांतये । शतमर्धं तदर्धं वा जुहुयान्मूलविद्यया
Si un disciple a vu un rêve de mauvais augure, pour apaiser cette faute il doit offrir des oblations avec la Mūla-vidyā (Mantra-Racine) : cent, ou cinquante, ou même vingt-cinq.
Verse 6
ततः सूत्रं शिखाबद्धं लंबयित्वा यथा पुरा । आधारपूजाप्रभृति यन्निवृत्तिकलाश्रयम्
Ensuite, comme auparavant, il doit laisser retomber le fil sacré (sūtra) attaché au chignon (śikhā). Puis, à partir du culte du support (ādhāra) et au-delà, il doit accomplir le rite établi dans la nivṛtti-kalā, la puissance de retrait intérieur qui mène l’âme vers Śiva.
Verse 7
वागीश्वरीपूजनांतं कुर्याद्धोमपुरस्सरम् । अथ प्रणम्य वागीशं निवृत्तेर्व्यापिकां सतीम्
Qu’il achève le culte de Vāgīśvarī, précédé de l’offrande au feu sacré (homa). Puis, s’inclinant en hommage devant Vāgīśa—Satī, la Puissance vertueuse qui pénètre la voie du retrait (nivṛtti)—qu’il poursuive avec vénération.
Verse 8
मण्डले देवमभ्यर्च्य हुत्वा चैवाहुतित्रयम् । प्रापयेच्च शिशोः प्राप्तिं युगपत्सर्वयोनिषु
Après avoir adoré le Seigneur dans le maṇḍala rituel consacré et avoir versé au feu les trois oblations, qu’on recherche l’obtention d’un enfant, afin que la descendance soit accordée d’un seul élan, quelle que soit la yoni (voie de naissance) où elle doit surgir.
Verse 9
सूत्रदेहे ऽथ शिष्यस्य ताडनप्रोक्षणादिकम् । कृत्वात्मानं समादाय द्वादशांते निवेद्य च
Ensuite, dans le corps subtil (sūtra-deha) du disciple, après avoir accompli des rites tels que la frappe rituelle et l’aspersion purificatrice, l’ācārya recueille et stabilise sa propre conscience, puis l’offre au terme du parcours en douze (dvādaśānta), l’y déposant dans un abandon contemplatif.
Verse 10
ततो ऽप्यादाय मूलेन मुद्रया शास्त्रदृष्टया । योजयेन्मनसाचार्यो युगपत्सर्वयोनिषु
Puis, de nouveau, prenant le mantra racine (mūla) avec la mudrā prescrite par les śāstra, l’ācārya doit, par une contemplation concentrée, l’appliquer simultanément à toutes les yonis—soumettant ainsi chaque degré d’existence incarnée à la discipline de l’ordonnance de Śiva.
Verse 11
देवानां जातयश्चाष्टौ तिरश्चां पञ्च जातयः । जात्यैकया च मानुष्या योनयश्च चतुर्दश
Il existe huit classes d’êtres divins et cinq classes d’animaux. Les humains ne forment qu’une seule classe ; ainsi, les matrices d’existence (yoni), sources de naissance, sont au nombre de quatorze au total.
Verse 12
तासु सर्वासु युगपत्प्रवेशाय शिशोर्धिया । वागीशान्यां यथान्यायं शिष्यात्मानं निवेशयेत्
Afin que l’enfant soit formé à entrer et à maîtriser toutes ces disciplines d’un seul élan, le maître, selon la règle juste, doit placer l’âme intérieure du disciple sous la conduite de Vāgīśānī, puissance présidant à la parole et au savoir.
Verse 13
गर्भनिष्पत्तये देवं संपूज्य प्रणिपत्य च । हुत्वा चैव यथान्यायं निष्पन्नं तदनुस्मरेत्
Pour que la conception parvienne à son plein accomplissement, qu’on adore le Seigneur selon le rite, qu’on se prosterne avec révérence et qu’on offre l’oblation prescrite conformément à la règle; puis, au-dedans, qu’on se remémore et contemple ce rite accompli et son fruit sanctifié.
Verse 14
निष्पन्नस्यैवमुत्पत्तिमनुवृत्तिं च कर्मणा । आर्जवं भोगनिष्पत्तिः कुर्यात्प्रीतिं परां तथा
Ainsi, par l’action juste, qu’on saisisse à la fois la naissance et le cours continu de ce qui est advenu. La droiture et l’accomplissement convenable des jouissances engendrent pareillement la joie suprême, menant l’âme vers la grâce de Śiva.
Verse 15
निष्कृत्यर्थं च जात्यायुर्भोगसंस्कारसिद्धये । हुत्वाहुतित्रयं देवं प्रार्थयेद्देशिकोत्तमः
Pour l’expiation et pour mener à bien la sanctification de la naissance, de la durée de vie et des expériences de jouissance, le précepteur éminent, après avoir offert les trois oblations, doit prier le Seigneur (Śiva).
Verse 16
भोक्तृत्वविषयासंगमलं तत्कायशोधनम् । कृत्वैवमेव शिष्यस्य छिंद्यात्पाशत्रयं ततः
Ayant ainsi purifié le corps du disciple en ôtant l’impureté née du sentiment d’être le jouisseur et de l’attachement aux objets, le maître doit ensuite trancher les trois liens (pāśa) du disciple.
Verse 17
निकृत्या परि बद्धस्य पाशस्यात्यंतभेदतः । कृत्वा शिष्यस्य चैतन्यं स्वच्छं मन्येत केवलम्
Après avoir tranché entièrement l’entrave du nœud (pāśa) qui lie étroitement l’âme, le maître doit rendre la conscience du disciple pure et limpide, et la reconnaître comme demeurant uniquement dans la clarté essentielle de sa propre nature.
Verse 18
हुत्वा पूर्णाहुतिं वह्नौ ब्रह्माणं पूजयेत्ततः । हुत्वाहुतित्रयं तस्मै शिवाज्ञामनुसंदिशेत्
Après avoir versé l’oblation complète dans le feu sacré, on doit ensuite vénérer Brahmā. Puis, en lui offrant trois oblations, on doit lui transmettre l’ordre du Seigneur Śiva.
Verse 19
पितामह त्वया नास्य यातुः शैवं परं पदम् । प्रतिबन्धो विधातव्यः शैवाज्ञैषा गरीयसी
«Ô Grand-Père (Brahmā), par toi, celui-ci—devenu un yātu, être malfaisant—ne doit pas être autorisé à atteindre la demeure suprême de Śiva. Qu’une entrave soit imposée, car cet ordre de Śiva est plus lourd que tout le reste.»
Verse 20
इत्यादिश्य तमभ्यर्च्य विसृज च विधानतः । समभ्यर्च्य महादेवं जुहुयादाहुतित्रयम्
L’ayant ainsi instruit et dûment honoré, on doit le congédier selon le rite prescrit. Ensuite, après avoir vénéré Mahādeva avec une entière révérence, on doit verser dans le feu sacré trois oblations.
Verse 21
निवृत्त्या शुद्धमुद्धृत्य शिष्यात्मानं यथा पुरा । निवेश्यात्मनि सूत्रे च वागीशं पूजयेत्ततः
Ensuite, par la nivṛtti (le retrait), après avoir purifié et élevé l’être du disciple comme auparavant, et l’avoir établi dans le Soi et aussi sur le fil sacré, on doit alors vénérer Vāgīśa, le Seigneur de la Parole.
Verse 22
हुत्वाहुतित्रयं तस्मै प्रणम्य च विसृज्य ताम् । कुर्यान्निवृत्तः संधानं प्रतिष्ठां कलया सह
Après Lui avoir offert la triple oblation, puis s’être incliné, on doit congédier cette présence invoquée. Ensuite, en se retirant de l’activité extérieure, on accomplira le saṃdhāna (réintégration) et la pratiṣṭhā (établissement), avec la kalā prescrite.
Verse 23
संधाने युगपत्पूजां कृत्वा हुत्वाहुतित्रयम् । शिष्यात्मनः प्रतिष्ठायां प्रवेशं त्वथ भावयेत्
Lors du saṃdhāna, après avoir accompli le culte simultané et offert les trois oblations, le maître doit alors contempler l’être du disciple entrant dans la consécration (pratiṣṭhā), fermement établi en Śiva.
Verse 24
ततः प्रतिष्ठामावाह्य कृत्वाशेषं पुरोदितम् । तद्व्याप्तिं व्यापिकां तस्य वागीशानीं च भावयेत्
Ensuite, après avoir invoqué la puissance de la consécration (pratiṣṭhā) et accompli tout ce qui fut prescrit auparavant, qu’il médite sur Elle comme la Présence qui pénètre tout et imprègne cette (déité/maṇḍala/liṅga), et qu’il y contemple aussi Vāgīśānī, souveraine de la Parole sacrée.
Verse 25
पूर्णेदुमंडलप्रख्यां कृत्वा शेषं च पूर्ववत् । विष्णवे संविशेदाज्ञां शिवस्य परमात्मनः
L’ayant façonné à l’image du disque de la pleine lune, et disposant le reste comme auparavant, qu’il transmette alors à Viṣṇu l’ordre de Śiva, le Soi suprême.
Verse 26
विष्णोर्विसर्जनाद्यं च कृत्वा शेषं च विद्यया । प्रतिष्ठामनुसंधाय तस्यां चापि यथा पुरा
Après avoir d’abord accompli le rite prescrit commençant par le renvoi (visarjana) de Viṣṇu, puis achevé les procédures restantes grâce à la juste science des mantras (vidyā), qu’on contemple dûment la consécration (pratiṣṭhā) et qu’on l’accomplisse en ce lieu comme on le fit auparavant, selon la tradition établie.
Verse 27
कृत्वानुचिन्त्य तद्व्याप्तिं वागीशां च यथाक्रमम् । दीप्ताग्नौ पूर्णहोमान्तं कृत्वा शेषं च पूर्ववत्
Après avoir accompli le rite, qu’on médite sur Son omniprésence, puis, selon l’ordre prescrit, qu’on rende un culte à Vāgīśā, la Déesse qui préside à la parole sacrée. Dans le feu flamboyant, qu’on mène le homa jusqu’à son achèvement parfait, puis qu’on accomplisse le reste des actes exactement comme il fut ordonné auparavant.
Verse 28
नीलरुद्रमुपस्थाप्य तस्मै पूजादिकं तथा । कृत्वा कर्म शिवाज्ञां च दद्यात्पूर्वोक्तवर्त्मना
Après avoir dûment établi Nīlarudra, qu’on accomplisse pour Lui l’adoration et les autres rites. Une fois achevées les observances prescrites par Śiva, qu’on fasse l’offrande requise selon la méthode décrite auparavant.
Verse 29
तपस्तमपि चोद्वास्य कृत्वा तस्याथ शांतये । विद्याकलां समाधाय तद्व्याप्तिं चावलोकयेत्
Ayant aussi dissipé l’ardeur née de l’austérité et, pour l’apaiser, établi dans une concentration profonde la puissance du savoir sacré, qu’on contemple sa présence qui pénètre tout.
Verse 30
स्वात्मनो व्यापिकां तद्वद्वागीशीं च यथा पुरा । बालार्कसदृशाकारां भासयंतीं दिशो दश
Comme auparavant, il contempla Vāgīśī comme omniprésente, à l’égal de son propre Soi : resplendissante telle le jeune soleil levant, illuminant les dix directions.
Verse 31
ततः शेषं यथापूर्वं कृत्वा देवं महेश्वरम् । आवाह्याराध्य हुत्वास्मै शिवाज्ञां मनसा दिशेत्
Ensuite, après avoir achevé les rites restants comme il fut prescrit auparavant, qu’on invoque le divin Maheśvara, qu’on l’adore et qu’on lui offre l’oblation. Puis, par l’esprit, qu’on reçoive et suive l’ordre de Śiva (l’ordonnance intérieure).
Verse 32
महेश्वरं तथोत्सृज्य कृत्वान्यां च कलामिमाम् । शांत्यतीतां कलां नीत्वा तद्व्याप्तिमवलोकयेत्
Ayant ainsi écarté jusqu’à la notion de Maheśvara comme objet de contemplation, et ayant façonné cet autre mode de méditation, on doit mener la conscience au-delà du degré de « śānti » vers la kalā transcendante ; alors on doit contempler Sa pénétration qui imprègne tout.
Verse 33
स्वात्मनो व्यापिकां तद्वद्वागीशां च विचिंतयेत् । नभोमंडलसंकाशां पूर्णांतं चापि पूर्ववत्
De même, on doit contempler la puissance qui pénètre tout au sein de son propre Soi, et contempler aussi Vāgīśā, la déesse qui préside à la Parole sacrée. Qu’on la voie rayonnante comme l’étendue du ciel, et parfaite—embrassant du commencement à la fin—comme il fut enseigné auparavant.
Verse 34
कृत्वा शेषविधानेन समभ्यर्च्य सदाशिवम् । तस्मै समादिशेदाज्ञां शंभोरमितकर्मणः
Après avoir accompli les rites restants selon la règle prescrite et avoir dûment adoré Sadāśiva, il doit alors lui transmettre le commandement — l’injonction de Śambhu, le Seigneur aux actes incommensurables.
Verse 35
तत्रापि च यथापूर्वं शिवं शिरसि पूर्ववत् । समभ्यर्च्य च वागीशं प्रणम्य च विसर्जयेत्
Là aussi, comme auparavant, on doit (en esprit) établir Śiva sur sa tête de la même manière. Après avoir dûment adoré Vāgīśa, le Seigneur de la Parole, on doit se prosterner puis accomplir la congé rituelle (visarjana), achevant le rite.
Verse 36
ततश्शिवेन सम्प्रोक्ष्य शिष्यं शिरसि पूर्ववत् । विलयं शांत्यतीतायाः शक्तितत्त्वे ऽथ चिंतयेत्
Alors, comme auparavant, après avoir consacré le disciple en aspergeant d’eau sanctifiée sa tête par la puissance de Śiva, le précepteur doit méditer la dissolution (du moi limité et de ses liens) dans le principe de Śakti, qui transcende même la paix (śānti-atītā).
Verse 37
षडध्वनः परे पारे सर्वाध्वव्यापिनी पराम् । कोटिसूर्यप्रतीकाशं शैवीं शक्तिञ्च चिन्तयेत्
Au-delà des six voies (ṣaḍ-adhvan) et sur la rive la plus lointaine, au-delà d’elles, qu’on médite la Puissance śaiva suprême—qui pénètre toutes les voies—rayonnante comme dix millions de soleils.
Verse 38
तदग्रे शिष्यमानीय शुद्धस्फटिकनिर्मलम् । प्रक्षाल्य कर्तरीं पश्चाच्छिवशास्त्रोक्तमार्गतः
Puis, amenant le disciple devant lui, il doit prendre une paire de ciseaux, immaculés et limpides comme le cristal pur, les laver, et ensuite agir selon la voie prescrite dans les śāstra de Śiva.
Verse 39
कुर्यात्तस्य शिखाच्छेदं सह सूत्रेण देशिकः । ततस्तां गोमये न्यस्य शिवाग्नौ जुहुयाच्छिखाम्
Le maître de dīkṣā doit couper la touffe du sommet (śikhā) avec le cordon sacré. Puis, déposant cette śikhā sur de la bouse de vache (comme combustible pur), il doit l’offrir dans le Feu de Śiva en oblation—remettant symboliquement l’ancienne identité au Seigneur et établissant le disciple sur la voie de Śiva.
Verse 40
वौषडंतेन मूलेन पुनः प्रक्षाल्य कर्तरीम् । हस्ते शिष्यस्य चैतन्यं तद्देहे विनिवर्तयेत्
Après avoir de nouveau lavé les ciseaux avec le mantra-racine se terminant par « vauṣaṭ », le maître doit rétablir la vitalité consciente du disciple, la réintroduisant dans ce corps par la main du disciple.
Verse 41
ततः स्नातं समाचांतं कृतस्वस्त्ययनं शिशुम् । प्रवेश्य मंडलाभ्यासं प्रणिपत्य च दंडवत्
Ensuite, après avoir baigné l’enfant, lui avoir fait accomplir l’ācamana (gorgée d’eau purificatrice) et célébré le rite de bénédiction propice (svastyayana), il le fit entrer dans l’espace rituel consacré pour l’exercice ; et l’enfant se prosterna entièrement, tel un bâton, en signe de vénération.
Verse 42
पूजां कृत्वा यथान्यायं क्रियावैकल्यशुद्धये । वाचकेनैव मंत्रेण जुहुयादाहुतित्रयम्
Après avoir accompli l’adoration selon la règle, afin de purifier toute insuffisance du rite, qu’on verse trois oblations dans le feu en n’employant que le mantra récité (prescrit).
Verse 43
उपांशूच्चारयोगेन जुहुयादाहुतित्रयम् । पुनस्संपूज्य देवेशं मन्त्रवैकल्यशुद्धये
Par la discipline de la récitation à voix basse (upāṃśu), qu’on offre trois oblations ; puis, en adorant de nouveau le Seigneur des dieux, on obtient la purification de toute insuffisance du mantra.
Verse 44
हुत्वाहुतित्रयं पश्चात्प्रार्थयेत्प्रांजलिर्गुरुः । भगवंस्त्वत्प्रसादेन शुद्धिरस्य षडध्वनः
Après avoir offert les trois oblations, le Guru—debout, les mains jointes—doit prier : «Ô Bhagavān, Seigneur Bienheureux ! Par Ta grâce, que soit purifiée la voie sextuple (ṣaḍ-adhvan) de ce disciple.»
Verse 45
कृता तस्मात्परं धाम गमयैनं तवाव्ययम् । इति विज्ञाप्य देवाय नाडीसंधानपूर्वकम्
«Ainsi donc, ô Seigneur, conduis-le vers Ta demeure suprême et impérissable.» Ayant ainsi supplié la Divinité, il entreprit ensuite, comme discipline préliminaire, la jonction intérieure yogique des nāḍīs (canaux vitaux).
Verse 46
पूर्णांतं पूर्ववत्कृत्वा ततो भूतानि शोधयेत् । स्थिरास्थिरे ततः शुद्ध्यै शीतोष्णे च ततः पदे
Ayant d’abord accompli, comme auparavant, la procédure jusqu’au « pūrṇānta » (plénitude finale), qu’on purifie ensuite les principes élémentaires. Puis, pour la purification intérieure, qu’on contemple le stable et l’instable, et qu’on passe alors au degré du froid et du chaud.
Verse 47
ध्यायेद्व्याप्त्यैकताकारे भूतशोधनकर्मणि । भूतानां ग्रंथिविच्छेदं कृत्वा त्यक्त्वा सहाधिपैः
Qu’il médite sur l’acte de purification des éléments comme une unique réalité, omniprésente. Après avoir tranché les nœuds des éléments, qu’il les abandonne—avec leurs divinités présidantes—afin que la conscience demeure en Śiva, le Seigneur (Pati), au-delà de tout lien.
Verse 48
भूतानि स्थितयोगेन यो जपेत्परमे शिवे । विशोध्यास्य तनुं दग्ध्वा प्लावयित्वा सुधाकणैः
Quiconque, établi dans un Yoga stable, accomplit le japa envers le Śiva suprême, purifie sa nature incarnée ; il en brûle les impuretés puis la submerge de gouttes de nectar, grâce divine.
Verse 49
स्थाप्यात्मानं ततः कुर्याद्विशुद्धाध्वमयं वपुः । तत्रादौ शान्त्यतीतां तु व्यापिकां स्वाध्वनः कलाम्
Après avoir d’abord affermi le Soi, qu’il façonne ensuite (en méditation) un corps constitué des adhvans purifiés. Là, dès l’entrée, qu’il contemple la Kalā omniprésente de sa propre voie : la Puissance qui transcende même Śānti.
Verse 50
शुद्धामेव शिशोर्मूर्ध्नि न्यसेच्छान्तिमुखे तथा । विद्यां गलादिनाभ्यंतं प्रतिष्ठां तदधः क्रमात्
Il doit placer (installer) ‘Śuddhā’ sur la tête de l’enfant, et de même ‘Śānti’ sur le visage. ‘Vidyā’ doit être placée de la gorge jusqu’au nombril, et ‘Pratiṣṭhā’ au-dessous—selon l’ordre prescrit.
Verse 51
जान्वंतं तदधो न्यस्येन्निवृत्तिं चानुचिंतयेत् । स्वबीजैस्सूत्रमंत्रं च न्यस्यां गैस्तं शिवात्मकम्
Qu’il place (le mantra) aux genoux puis au-dessous, et qu’il médite le principe de Nivṛtti, le Retrait. Avec les syllabes-semences propres à chacun, qu’il accomplisse aussi le nyāsa, installant le Sūtra-mantra sur les membres, en reconnaissant que toute cette imposition est de la nature même de Śiva.
Verse 52
बुद्ध्वा तं हृदयांभोजे देवमावाह्य पूजयेत् । आशास्य नित्यसांनिध्यं शिवस्वात्म्यं शिशौ गुरुः
L’ayant compris, qu’on invoque cette Divinité dans le lotus du cœur et qu’on l’adore. Le Guru, instruisant le disciple, doit prier pour la présence constante du Seigneur et pour que le disciple réalise son identité avec Śiva.
Verse 53
शिवतेजोमयस्यास्य शिशोरापादयेद्गुणान् । अणिमादीन्प्रसीदेति प्रदद्यादाहुतित्रयम्
Reconnaissant cet enfant comme fait de l’éclatante énergie (tejas) de Śiva, qu’on invoque en lui les excellences divines—à commencer par aṇimā et les autres perfections yogiques—et, en disant «prasīda» (“sois favorable”), qu’on offre les trois oblations.
Verse 54
तथैव तु गुणानेव पुनरस्योपपादयेत् । सर्वज्ञातां तथा तृप्तिं बोधं चाद्यन्तवर्जितम्
De même, qu’on rétablisse encore dans l’intelligence Ses attributs mêmes : Son omniscience, Sa plénitude parfaite (tṛpti) et Sa conscience (bodha), sans commencement ni fin.
Verse 55
अलुप्तशक्तिं स्वातन्त्र्यमनंतां शक्तिमेव च । ततो देवमनुज्ञाप्य सद्यादिकलशैस्तु तम्
Médite sur le Seigneur comme Celui dont la puissance ne s’amoindrit jamais : dont la nature est liberté absolue, et dont l’énergie est infinie. Puis, après avoir sollicité l’assentiment de la Divinité, accomplis pour Lui le rite avec les vases de consécration, en commençant par le kalaśa Sadyaḥ (Sadyojāta).
Verse 56
अभिषिंचेत देवेशं ध्यायन्हृदि यथाक्रमम् । अथोपवेश्य तं शिष्यं शिवमभ्यर्च्य पूर्ववत्
Méditant en son cœur, pas à pas selon l’ordre prescrit, il doit accomplir l’abhiṣeka du Seigneur des dieux. Puis, faisant asseoir ce disciple, il doit adorer de nouveau le Seigneur Śiva, comme auparavant.
Verse 57
लब्धानुज्ञः शिवाच्छैवीं विद्यामस्मै समादिशेत् । ओंकारपूर्विकां तत्र संपुटान्तु नमो ऽंतगाम्
Ayant obtenu l’assentiment du Seigneur Śiva, il doit lui transmettre la science des mantras śaiva. Elle commence par le praṇava « Oṁ » ; et là, à l’intérieur du saṁpuṭa (cadre protecteur), doit être appliquée la salutation intérieure : « namo ».
Verse 58
शिवशक्तियुताञ्चैव शक्तिविद्यां च तादृशीम् । ऋषिं छन्दश्च देवं च शिवतां शिवयोस्तथा
Qu’il sache aussi que cette Śakti‑Vidya est dotée de Śiva et de Śakti ; et qu’il connaisse également son ṛṣi, son chandas (mètre), son deva président, ainsi que la Śivatā — c’est‑à‑dire la nature intrinsèque de Śiva — du Couple divin.
Verse 59
पूजां सावरणां शम्भोरासनानि च सन्दिशेत् । पुनः संपूज्य देवेशं यन्मया समनुष्ठितम्
Qu’on accomplisse le culte de Śambhu avec Ses divinités d’entourage (āvaraṇa) et qu’on dispose comme il se doit les sièges sacrés (āsana). Puis, après avoir de nouveau adoré le Seigneur des dieux, qu’on déclare avec respect : «Voici le rite que j’ai accompli».
Verse 60
सुकृतं कुरु तत्सर्वमिति विज्ञापयेच्छिवम् । सहशिष्यो गुरुर्देवं दण्डवत्क्षितिमंडले
«Accomplis tout ce qui est méritoire»—ainsi le guru, avec ses disciples, doit présenter sa requête au Seigneur Śiva; puis se prosterner en dāṇḍavat, tel un bâton sur la terre, devant ce Divin.
Verse 61
प्रणम्योद्वासयेत्तस्मान्मंडलात्पावकादपि । ततः सदसिकाः सर्वे पूज्याः पूजार्हकाः क्रमात्
Après s’être incliné avec révérence, il doit ensuite congédier rituellement (la présence invoquée) hors de ce cercle sacré—jusqu’au feu lui-même. Puis, tous les officiants assis dans l’assemblée, dignes de recevoir le culte, doivent être honorés selon l’ordre prescrit.
Verse 63
सेव्या वित्तानुसारेण सदस्याश्च सहर्त्विजः । वित्तशाठ्यं न कुर्वीत यदीच्छेच्छिवमात्मनः
Que les serviteurs et les prêtres officiants soient servis selon les moyens de chacun. Qu’on ne commette aucune tromperie au sujet des biens; si l’on désire vraiment Śiva comme son propre Soi, il faut être droit et équitable.
A structured maṇḍala-centered rite under the guru: the disciple approaches after purification, undergoes netrabandhana, performs puṣpāvakiraṇa (flower-casting), then proceeds to Īśāna worship and homa in the Śiva-fire, with additional steps involving thread placement, Vāgīśvarī worship, and mantra–mudrā application.
Eye-binding regulates perception and marks a liminal transition; flower-casting functions as a divinatory/allocative mechanism whereby the guru interprets the fall of flowers to assign an associated name/placement, signaling the disciple’s ritual ‘fit’ within the maṇḍala order.
The mūla-vidyā is presented as a corrective and transformative force: it pacifies doṣa (e.g., inauspicious dream effects) through quantified oblations and enables the guru’s yojana (joining) via mudrā and mental operation, implying a comprehensive reconfiguration of the disciple’s ritual-spiritual status (sarva-yoniṣu framing).