
L’Adhyāya 35 s’ouvre sur le récit de Sanatkumāra d’un épisode diplomatique au sein du cycle guerrier. Le camp démoniaque, lié à Śaṅkhacūḍa, dépêche auprès de Śaṅkara un émissaire (dūta) d’une grande érudition. Le messager arrive et voit Śiva assis sous la racine du banian (vaṭamūla), rayonnant comme des millions de soleils, établi en posture yogique, le regard maîtrisé et la mudrā. Le texte déploie ensuite une section dense d’épithètes : Śiva est paisible, à trois yeux, vêtu d’une peau de tigre, porteur d’armes, celui qui dissipe la crainte de la mort chez les dévots, dispensateur des fruits du tapas et source de toutes prospérités ; il est encore proclamé Viśvanātha/Viśvabīja/Viśvarūpa, et cause suprême permettant de traverser l’océan de l’enfer (narakārṇava-tāraṇa). L’émissaire descend de sa monture, se prosterne avec révérence et reçoit des bénédictions auspiciées, en présence de Bhadrakālī à la gauche de Śiva et de Skanda devant lui. Le chapitre se poursuit par l’allocution formelle de l’émissaire—paroles rituelles après la prosternation—ouvrant la voie à la négociation, à l’avertissement ou à la demande, avant l’escalade des événements.
Verse 1
सनत्कुमार उवाच । तत्र स्थित्वा दानवेन्द्रो महान्तं दानवेश्वरम् । दूतं कृत्वा महाविज्ञं प्रेषयामास शंकरम्
Sanatkumāra dit : Demeurant en ce lieu, le seigneur des Dānavas choisit pour messager un grand chef parmi les Dānavas, sage et clairvoyant, et l’envoya auprès de Śaṅkara (le Seigneur Śiva).
Verse 2
स तत्र गत्वा दूतश्च चन्द्रभालं ददर्श ह । वटमूले समासीनं सूर्यकोटिसमप्रभम्
S’y étant rendu, le messager vit Candrabhāla, assis au pied d’un banian, rayonnant d’un éclat égal à celui de dix millions de soleils.
Verse 3
कृत्वा योगासनं दृष्ट्या मुद्रायुक्तं च सस्मितम् । शुद्धस्फटिकसंकाशं ज्वलंतं ब्रह्मतेजस
Ayant pris une posture de yoga, le regard fixe, muni d’un mudrā sacré et d’un doux sourire, il resplendissait tel un cristal parfaitement pur, flamboyant de la splendeur du tejas de Brahman.
Verse 4
त्रिशूलपट्टिशधरं व्याघ्रचर्मांबरावृतम् । भक्तमृत्युहरं शांतं गौरीकान्तं त्रिलोचनम्
Il porte le trident et la hache de guerre, et se drape d’une peau de tigre. Serein et paisible, l’Époux bien-aimé de Gaurī, le Dieu aux Trois Yeux—il ôte même la mort à ses dévots.
Verse 5
तपसां फलदातारं कर्त्तारं सर्वसंपदाम् । आशुतोषं प्रसन्नास्य भक्तानुग्रहकारकम्
Il est le dispensateur des fruits des austérités, l’ordonnateur de toutes les prospérités. Aśutoṣa, le Seigneur prompt à être satisfait, au visage toujours paisible—Śiva, qui n’agit que pour accorder sa grâce à ses dévots.
Verse 6
विश्वनाथं विश्वबीजं विश्वरूपं च विश्वजम् । विश्वंभरं विश्वकरं विश्वसंहारकारणम्
Je me prosterne devant Viśvanātha, Seigneur de l’univers : semence de toute création, dont la forme est l’univers et qui naît comme univers ; soutien du cosmos, artisan de tout, et cause même de la dissolution du monde.
Verse 7
कारणं कारणानां च नरकार्णवतारणम् । ज्ञानप्रदं ज्ञानबीजं ज्ञानानन्दं सनातनम्
Il est la Cause des causes, celui qui fait traverser aux êtres l’océan des souffrances infernales. Il accorde la connaissance libératrice ; il est la semence de la connaissance ; il est la béatitude éternelle née du vrai savoir—impérissable.
Verse 8
अवरुह्य रथाद् दूतस्तं दृष्ट्वा दानवेश्वरः । शंकरं सकुमारं च शिरसा प्रणनाम सः
L’envoyé descendit de son char ; en voyant le seigneur des Dānavas, il inclina la tête avec révérence et se prosterna devant Śaṅkara ainsi que devant le divin Kumāra (Skanda).
Verse 9
वामतो भद्रकाली च स्कंदं तत्पुरतः स्थितम् । लोकाशिषं ददौ तस्मै काली स्कंदश्च शंकरः
À sa gauche se tenait Bhadrakālī, et devant lui se tenait Skanda. Alors Kālī, Skanda et Śaṅkara lui accordèrent les bénédictions auspiciennes de tous les mondes.
Verse 10
अथासौ शंखचूडस्य दूतः परमशास्त्रवित् । उवाच शंकरं नत्वा करौ बद्ध्वा शुभं वचः
Alors l’émissaire de Śaṅkhacūḍa —versé dans les plus hautes règles de conduite— se prosterna devant Śaṅkara et, les mains jointes avec révérence, prononça des paroles de bon augure.
Verse 11
दूत उवाच । शंखचूडस्य दूतोऽहं त्वत्सकाशमिहागतः । वर्तते ते किमिच्छाद्य तत्त्वं ब्रूहि महेश्वर
Le messager dit : «Je suis l’envoyé de Śaṅkhacūḍa et je suis venu ici en ta présence. Que désires-tu faire à présent ? Dis-moi la vérité, ô Maheśvara.»
Verse 12
सनत्कुमार उवाच । इति श्रुत्वा च वचनं शंखचूडस्य शंकरः । प्रसन्नात्मा महादेवो भगवांस्तमुवाच ह
Sanatkumāra dit : Ayant entendu ces paroles de Śaṅkhacūḍa, Śaṅkara—Mahādeva, le Seigneur Bienheureux—devint paisible en son cœur, puis il lui adressa la parole.
Verse 13
महादेव उवाच । शृणु दूत महाप्राज्ञ वचो मम सुखावहम् । कथनीयमिदं तस्मै निर्विवादं विचार्य च
Mahādeva dit : «Écoute, ô messager d’une grande sagesse, mes paroles qui apportent paix et bien. Après mûre réflexion, transmets-les-lui de façon à ce qu’elles soient sans querelle ni controverse.»
Verse 14
विधाता जगतां ब्रह्मा पिता धर्मस्य धर्मवित् । मरीचिस्तस्य पुत्रश्च कश्यपस्तत्सुतः स्मृतः
Brahmā, ordonnateur des mondes et connaisseur du Dharma, est tenu en mémoire comme le père du Dharma. Marīci est dit être son fils, et Kaśyapa est rappelé comme le fils de Marīci.
Verse 15
दक्षः प्रीत्या ददौ तस्मै निजकन्यास्त्रयोदश । तास्वेका च दनुस्साध्वी तत्सौभाग्यविवर्द्धिनी
Le cœur comblé de joie, Dakṣa lui donna ses treize filles. Parmi elles se trouvait la vertueuse Danu, qui accroissait sa fortune et sa prospérité de bon augure.
Verse 16
चत्वारस्ते दनोः पुत्रा दानवास्तेजसोल्बणाः । तेष्वेको विप्रचित्तिस्तु महाबलपराक्रमः
Danu eut quatre fils — des Dānavas flamboyants d’un éclat farouche. Parmi eux se trouvait Vipracitti, renommé pour sa grande force et sa vaillance redoutable.
Verse 17
तत्पुत्रो धार्मिको दंभो दानवेन्द्रो महामतिः । तस्य त्वं तनयः श्रेष्ठो धर्मात्मा दानवेश्वरः
Son fils fut Dambha, juste dans le dharma, d’une grande intelligence, seigneur parmi les Dānavas. Et toi, tu es son fils éminent, au cœur vertueux, souverain des Dānavas.
Verse 18
पुरा त्वं पाषर्दो गोपो गोपेष्वेव च धार्मिकः । अधुना राधिकाशापाज्जातस्त्वं दानवेश्वरः
Autrefois, tu étais un gardien de vaches parmi les gopas, droit dans ta conduite. Mais à présent, par la malédiction de Rādhikā, tu es né seigneur des Dānavas.
Verse 19
दानवीं योनिमायातस्तत्त्वतो न हि दानवः । निजवृतं पुरा ज्ञात्वा देववैरं त्यजाधुना
Bien que tu sois entré dans une matrice de Dānava, en vérité tu n’es pas un Dānava. Connaissant ta conduite d’autrefois, renonce dès maintenant à cette inimitié envers les Devas.
Verse 20
द्रोहं न कुरु तैस्सार्द्धं स्वपदं भुंक्ष्व सादरम् । नाधिकं सविकारं च कुरु राज्यं विचार्य च
Ne commets pas de trahison envers eux. Jouis avec respect de ta propre place légitime. Et, après mûre délibération, ne gouverne pas le royaume dans l’excès ni dans l’agitation née de la passion et de la déviation.
Verse 21
देहि राज्यं च देवानां मत्प्रीतिं रक्ष दानव । निजराज्ये सुखं तिष्ठ तिष्ठंतु स्वपदे सुराः
«Ô Dānava, rends la souveraineté aux Deva et garde ma faveur. Demeure heureux dans ton propre royaume, et que les Sura restent établis dans leur juste place.»
Verse 22
अलं भूतविरोधेन देवद्रोहेण किं पुनः । कुलीनाश्शुद्धकर्माणः सर्वे कश्यपवंशजाः
Assez d’hostilité envers les êtres—que dire alors de la trahison envers les dieux ? Tous sont nobles, purs dans leurs actes, et nés de la lignée de Kaśyapa.
Verse 23
यानि कानि च पापानि ब्रह्महत्या दिकानि च । ज्ञातिद्रोहजपापस्य कलां नार्हंति षोडशीम्
Quels que soient les péchés—à commencer par le meurtre d’un brahmane et autres—ils n’atteignent pas même le seizième de la faute qui naît de la trahison envers ses propres proches.
Verse 24
सनत्कुमार उवाच । इत्यादिबहुवार्त्तां च श्रुतिस्मृतिपरां शुभाम् । प्रोवाच शंकरस्तस्मै बोधयन् ज्ञानमुत्तमम्
Sanatkumāra dit : Ainsi, après avoir entendu de nombreux propos auspices fondés sur la Śruti et la Smṛti, Śaṅkara lui parla, l’instruisant de la connaissance suprême—celle qui mène l’âme à l’intelligence la plus haute de Śiva, le Seigneur (Pati), et à la délivrance.
Verse 25
शिक्षितश्शंखचूडेन स दूतस्तर्कवित्तम । उवाच वचनं नम्रो भवितव्यविमोहितः
Instruit par Śaṅkhacūḍa, cet émissaire—habile en raisonnement—énonça son message avec humilité; mais son discernement était troublé par la puissance du destin.
Verse 26
दूत उवाच । त्वया यत्कथितं देव नान्यथा तत्तथा वचः । तथ्यं किंचिद्यथार्थं च श्रूयतां मे निवेदनम्
Le messager dit : «Ô Seigneur, les paroles que tu as dites ne sont pas autrement : en vérité, elles sont ainsi. Toutefois, écoute aussi ma requête, vraie et conforme à ce qui convient.»
Verse 27
ज्ञातिद्रोहे महत्पापं त्वयोक्तमधुना च यत् । तत्किमीशासुराणां च न सुराणां वद प्रभो
Tu viens de dire que trahir les siens est un grand péché. Dis-moi donc, ô Seigneur : cela s’applique-t-il aussi aux Īśa-asuras, et non aux devas ?
Verse 28
सर्वेषामिति चेत्तद्वै तदा वच्मि विचार्य च । निर्णयं ब्रूहि तत्राद्य कुरु संदेहभंजनम्
Si tu dis : «C’est ainsi pour tous», alors je parlerai après mûre réflexion. À présent, en cette affaire, énonce la décision tranchée et brise mon doute.
Verse 29
मधुकैटभयोर्दैत्यवरयोः प्रलयार्णवे । शिरश्छेदं चकारासौ कस्माच्चक्री महेश्वर
Dans l’océan de la dissolution, pour quelle raison Mahādeva—devenu le porteur du disque—trancha-t-il les têtes des deux démons éminents, Madhu et Kaiṭabha, ô Maheśvara ?
Verse 30
त्रिपुरैस्सह संयुद्धं भस्मत्वकरणं कुतः । भवाञ्चकार गिरिश सुरपक्षीति विश्रुतम्
«Comment donc la guerre contre Tripura s’acheva-t-elle en les réduisant en cendres ? Ô Girīśa, Seigneur de la Montagne, il est renommé que tu agis comme protecteur et champion des dieux (surapakṣa).»
Verse 31
गृहीत्वा तस्य सर्वस्वं कुतः प्रस्थापितो बलिः । सुतलादि समुद्धर्तुं तद्द्वारे च गदाधरः
«Après avoir saisi tout ce qui lui appartenait, comment Bali fut-il ensuite renvoyé ? Et afin de le relever de Sutala et des autres mondes souterrains, le porteur de la massue (Viṣṇu) se tint à cette porte.»
Verse 32
सभ्रातृको हिरण्याक्षः कथं देवैश्च हिंसितः । शुंभादयोऽसुराश्चैव कथं देवैर्निपातिताः
«Comment Hiraṇyākṣa, avec son frère, fut-il frappé par les Devas ? Et comment Śumbha et les autres Asuras furent-ils, eux aussi, terrassés par les dieux ?»
Verse 33
पुरा समुद्रमथने पीयूषं भक्षितं सुरैः । क्लेशभाजो वयं तत्र ते सर्वे फलभोगिनः
«Autrefois, lors du barattage de l’Océan, les Devas burent le pīyūṣa, le nectar. En cette affaire, nous fûmes ceux qui portèrent la peine, tandis qu’eux tous jouirent du fruit obtenu.»
Verse 34
क्रीडाभांडमिदं विश्वं कालस्य परमात्मनः । स ददाति यदा यस्मै तस्यै तस्यैश्वर्यं भवे त्तदा
«Cet univers tout entier n’est qu’un jouet du Soi suprême, qui est le Temps. Lorsqu’Il accorde (puissance et fortune) à qui Il le veut, alors, pour cette personne même, naissent souveraineté et prospérité.»
Verse 35
इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पञ्चमे युद्धखंडे शंखचूडवधे शिवदूतसंवादो नाम पंचत्रिंशोऽध्यायः
Ainsi, dans le Śrī Śiva Mahāpurāṇa—au sein de la seconde Rudra-saṃhitā, dans la cinquième section appelée Yuddha-khaṇḍa, dans le récit de la mise à mort de Śaṅkhacūḍa—s’achève le trente-cinquième chapitre, intitulé «Dialogue avec le Messager de Śiva (Śivadūta)».
Verse 36
तवानयोर्विरोधे च गमनं निष्फलं भवेत् । समसंबंधिनां तद्वै रोचते नेश्वरस्य ते
Si tu pars tandis que ces deux-là sont en conflit, ton départ sera sans fruit. Une telle voie peut plaire à ceux qui ne voient que des liens mondains égaux, mais elle ne sied pas à toi, qui es le Seigneur.
Verse 37
सुरासुराणां सर्वेषामीश्वरस्य महात्मनः । इयं ते रहिता लज्जा स्पर्द्धास्माभिस्सहाधुना
Ô Seigneur à la grande âme, souverain de tous les dieux et des asuras, serais-tu donc dépourvu de pudeur ? Pourquoi, à présent, te quereller et rivaliser avec nous ?
Verse 38
यतोधिका चैव कीर्तिर्हानिश्चैव पराजये । तवैतद्विपरीतं च मनसा संविचार्य ताम्
Dans la défaite, la perte de renommée est en vérité plus grande. Mais, dans ton cas, c’est l’inverse : réfléchis-y avec soin en ton esprit.
Verse 39
सनत्कुमार उवाच । इत्येतद्वचनं श्रुत्वा संप्रहस्य त्रिलोचनः । यथोचितं च मधुरमुवाच दानवेश्वरम्
Sanatkumāra dit : Ayant entendu ces paroles, le Seigneur aux Trois Yeux (Śiva) sourit doucement, puis s’adressa au maître des Dānavas d’une manière à la fois convenable au moment et suave de ton.
Verse 40
महेश उवाच । वयं भक्तपराधीना न स्वतंत्राः कदापि हि । तदिच्छया तत्कर्माणो न कस्यापि च पक्षिणः
Mahesha dit : «Nous dépendons de nos dévots ; en vérité, nous ne sommes jamais indépendants. C’est selon leur volonté même que nous agissons, sans prendre le parti de quiconque par favoritisme».
Verse 41
पुरा विधिप्रार्थनया युद्धमादौ हरेरपि । मधुकैटभयोर्देत्यवरयोः प्रलयार्णवे
Dans les temps anciens, dès l’origine, même Hari (Viṣṇu) fut entraîné au combat—à la prière de Vidhi (Brahmā)—contre les deux démons éminents, Madhu et Kaiṭabha, dans l’océan de la dissolution (pralaya).
Verse 42
देवप्रार्थनया तेन हिरण्यकशिपोः पुरा । प्रह्रादार्थं वधोऽकारि भक्तानां हितकारिणा
Autrefois, à la prière des dieux, ce bienfaiteur des dévots fit périr Hiraṇyakaśipu—afin de protéger Prahlāda et d’assurer le bien des bhaktas du Seigneur.
Verse 43
त्रिपुरैस्सह संयुद्धं भस्मत्वकरणं ततः । देवप्रार्थनयाकारि मयापि च पुरा श्रुतम्
Puis il y eut un combat contre Tripura, et ensuite ils furent réduits en cendres—accompli en réponse à la supplication des dieux ; cela aussi, je l’ai entendu de la tradition ancienne.
Verse 44
सर्वेश्वर्यास्सर्वमातुर्देवप्रार्थनया पुरा । आसीच्छुंभादिभिर्युद्धं वधस्तेषां तया कृतः
Autrefois, à la prière des dieux, la Puissance souveraine de tout—la Mère de tous—s’engagea au combat contre Śumbha et ses partisans, et c’est elle-même qui causa leur anéantissement.
Verse 45
अद्यापि त्रिदशास्सर्वे ब्रह्माणं शरणं ययुः । स सदेवो हरिर्मां च देवश्शरणमागतः
Même à présent, tous les dieux sont allés chercher refuge auprès de Brahmā. Et Hari (Viṣṇu) lui aussi, avec les dieux, est venu à moi en quête de protection.
Verse 46
हरिब्रह्मादिकानां च प्रार्थनावशतोप्यहम् । सुराणामीश्वरो दूत युद्धार्थमगमं खलु
Moi-même, cédant aux prières de Hari, de Brahmā et des autres dieux, je partis réellement comme messager pour la bataille, bien que je sois le Seigneur des Devas.
Verse 47
पार्षदप्रवरस्त्वं हि कृष्णस्य च महात्मनः । ये ये हताश्च दैतेया नहि केपि त्वया समाः
En vérité, tu es le plus éminent des compagnons du magnanime Kṛṣṇa. Parmi tous les Daitya déjà terrassés, nul n’est ton égal en prouesse.
Verse 48
का लज्जा महती राजन् मम युद्धे त्वया सह । देवकार्यार्थमीशोहं विनयेन च प्रेषितः
Ô Roi, quelle grande honte y aurait-il pour moi à combattre avec toi ? Pour l’œuvre des dieux, moi—bien que Seigneur—j’ai été envoyé avec humilité et respect.
Verse 49
गच्छ त्वं शंखचूडे वै कथनीयं च मे वचः । स च युक्तं करोत्वत्र सुरकार्यं करोम्यहम्
Va donc auprès de Śaṅkhacūḍa et transmets-lui mes paroles. Qu’il agisse comme il convient en cette affaire; quant à moi, j’accomplirai ici la mission des dieux.
Verse 50
इत्युक्त्वा शंकरस्तत्र विरराम महेश्वरः । उत्तस्थौ शंखचूडस्य दूतोऽगच्छत्तदंतिकम्
Après avoir ainsi parlé, Śaṅkara, le Grand Seigneur, demeura un instant en silence. Alors le messager de Śaṅkhacūḍa se leva et alla se présenter devant lui.
A formal embassy: Śaṅkhacūḍa’s learned messenger is sent to Śiva, beholds him in yogic majesty, bows, receives blessings (with Kālī and Skanda present), and begins delivering his message.
The envoy’s ‘vision’ functions as a darśana-structure: the narrative pauses for a stotra-like ontology where Śiva is named as cosmic seed, universal form, and ultimate cause—embedding metaphysics inside a diplomatic scene.
Śiva as yogin and three-eyed lord; Bhadrakālī as protective śakti at his left; Skanda as martial-divine presence before him—together representing sovereignty, power, and command in the war context.