Adhyaya 28
Rudra SamhitaYuddha KhandaAdhyaya 2841 Verses

शङ्खचूडकृततपः—ब्रह्मवरकवचप्राप्तिः / Śaṅkhacūḍa’s Austerity—Brahmā’s Boon and the Bestowal of the Kavaca

Sanatkumāra raconte l’austérité rigoureuse de Śaṅkhacūḍa à Puṣkara, selon l’enseignement de Jaigīṣavya. Ayant reçu de son guru la brahma-vidyā, il accomplit le japa, les sens maîtrisés et l’esprit concentré. Brahmā, présenté comme le précepteur de Brahmaloka, s’approche pour accorder une grâce et invite le seigneur des dānava à choisir son vœu. Śaṅkhacūḍa s’incline, loue Brahmā et demande l’invincibilité face aux devas; Brahmā, satisfait, l’accorde. Il lui confère en outre une armure protectrice/texte-mantra divin, le Śrīkṛṣṇakavaca, dit universellement auspicious et dispensateur de victoire. Puis Brahmā lui ordonne de se rendre à Badarī avec Tulasī et d’y célébrer le mariage, la désignant comme fille de Dharmadhvaja. Brahmā disparaît; Śaṅkhacūḍa, ayant réussi son tapas, revêt le kavaca et se hâte vers Badarikāśrama pour accomplir l’ordre, préparant ainsi le conflit à venir et ses conséquences morales.

Shlokas

Verse 1

सनत्कुमार उवाच । ततश्च शंखचूडोऽसौ जैगीषव्योपदेशतः । ततश्चकार सुप्रीत्या ब्रह्मणः पुष्करे चिरम्

Sanatkumāra dit : Ensuite, ce Śaṅkhacūḍa, suivant l’enseignement de Jaigīṣavya, accomplit longtemps, avec une grande dévotion, le culte de Brahmā à Puṣkara.

Verse 2

गुरुदत्तां ब्रह्मविद्यां जजाप नियतेन्द्रियः । स एकाग्रमना भूत्वा करणानि निगृह्य च

Les sens maîtrisés, il récita la Brahma-vidyā—la science/mantra de délivrance transmise par son guru ; l’esprit devenu d’un seul point, il réfréna aussi les instruments de l’action et de la perception.

Verse 3

तपंतं पुष्करे तं वै शंखचूडं च दानवम् । वरं दातुं जगामाशु ब्रह्मालोकगुरुर्विभुः

Voyant le dānava Śaṅkhacūḍa pratiquer l’austérité à Puṣkara, le puissant Seigneur Brahmā — révéré comme le précepteur de Brahmaloka — s’y rendit promptement pour lui accorder une grâce.

Verse 4

वरं ब्रूहीति प्रोवाच दानवेन्द्रं विधिस्तदा । स दृष्ट्वा तं ननामाति नम्रस्तुष्टाव सद्गिरा

Alors Vidhī (Brahmā) dit au seigneur des dānavas : «Dis le don que tu désires.» Le roi dānava, le voyant, se prosterna avec révérence et, dans l’humilité, le loua en paroles nobles.

Verse 5

वरं ययाचे ब्रह्माणमजेयत्वं दिवौकसाम् । तथेत्याह विधिस्तं वै सुप्रसन्नेन चेतसा

Il demanda à Brahmā une grâce : l’invincibilité face aux dieux. Vidhī (Brahmā), le cœur pleinement satisfait, répondit : «Qu’il en soit ainsi», et la lui accorda.

Verse 6

श्रीकृष्णकवचं दिव्यं जगन्मंगलमंगलम् । दत्तवाञ्शंखचूडाय सर्वत्र विजयप्रदम्

Il conféra à Śaṅkhacūḍa le kavaca protecteur divin de Śrī-Kṛṣṇa—l’auspice suprême du monde—lui accordant la victoire en tout lieu.

Verse 7

बदरीं संप्रयाहि त्वं तुलस्या सह तत्र वै । विवाहं कुरु तत्रैव सा तपस्यति कामतः

«Va sans tarder à Badarī avec Tulasī. Accomplis là même le rite du mariage, car elle y pratique des austérités, résolue à réaliser son désir le plus cher.»

Verse 8

धर्मध्वजसुता सेति संदिदेश च तं विधिः । अन्तर्धानं जगामाशु पश्यतस्तस्य तत्क्षणात्

Brahmā (Vidhi) lui donna cet ordre : «Elle est la fille de Dharmadhvaja.» Puis, à l’instant même, sous ses yeux, Brahmā s’évanouit promptement.

Verse 9

ततस्स शंखचूडो हि तपःसिद्धोऽतिपुष्करे । गले बबंध कवचं जगन्मंगलमंगलम्

Alors Śaṅkhacūḍa, rendu puissant par le fruit de ses austérités, attacha à son cou, dans une grande joie, ce kavaca, auspice suprême et bienfait pour les mondes.

Verse 10

आज्ञया ब्राह्मणस्सोऽपि तपःसिद्धमनोरथः । समाययौ प्रहृष्टास्यस्तूर्णं बदरिकाश्रमम्

Obéissant à l’ordre, ce brāhmaṇa aussi—dont le vœu avait été accompli par la puissance de ses austérités—se rendit aussitôt à l’ermitage de Badarī, le visage illuminé de joie.

Verse 11

यदृच्छयाऽऽगतस्तत्र शंखचूडश्च दानवः । तपश्चरन्ती तुलसी यत्र धर्मध्वजात्मजा

Par hasard, le Dānava nommé Śaṅkhacūḍa arriva en ce lieu, là même où Tulasī, fille de Dharmadhvaja, accomplissait des austérités (tapas).

Verse 12

सुरूपा सुस्मिता तन्वी शुभभूषणभूषिता । सकटाक्षं ददर्शासौ तमेव पुरुषं परम्

Belle de forme, au sourire doux, svelte et parée d’ornements de bon augure, elle jeta un regard de côté et ne vit que Lui : le Puruṣa suprême.

Verse 13

दृष्ट्वा तां ललिता रम्यां सुशीलां सुन्दरीं सतीम् । उवास तत्समीपे तु मधुरं तामुवाच सः

Voyant cette Satī, gracieuse et charmante, au naturel doux et belle, il demeura assis près d’elle et lui parla en paroles suaves.

Verse 14

शंखचूड उवाच । का त्वं कस्य सुता त्वं हि किं करोषि स्थितात्र किम् । मौनीभूता किंकरं मां संभावितुमिहार्हसि

Śaṅkhacūḍa dit : « Qui es-tu ? De qui es-tu la fille ? Pourquoi te tiens-tu ici, et que fais-tu ? Gardant le silence, comment se fait-il que tu me juges — moi, ton serviteur — digne d'être adressé ici ? »

Verse 15

सनत्कुमार उवाच । इत्येवं वचनं श्रुत्वा सकामं तमुवाच सा

Sanatkumāra dit : Entendant ses paroles prononcées de la sorte, elle s'adressa alors à lui — qui était encore mû par le désir.

Verse 16

तुलस्युवाच । धर्मध्वजसुताहं च तपस्यामि तपस्विनी । तपोवने च तिष्ठामि कस्त्वं गच्छ यथासुखम्

Tulasī dit : « Je suis la fille de Dharmadhvaja, une femme vouée à l'austérité. Je pratique la pénitence et demeure ici dans cette forêt de tapas. Qui es-tu ? Va ton chemin, comme il te plaira. »

Verse 17

नारीजातिर्मोहिनी च ब्रह्मादीनां विषोपमा । निन्द्या दोषकरी माया शृंखला ह्यनुशायिनाम्

La gent féminine est illusoire même pour Brahmā et les autres dieux — comme un poison dans son effet. Elle est blâmable, cause de fautes ; une manifestation de la māyā, et en vérité une chaîne pour ceux qui restent liés aux passions latentes.

Verse 18

सनत्कुमार उवाच । इत्युक्त्वा तुलसी तं च सरसं विरराम ह । दृष्ट्वा तां सस्मितां सोपि प्रवक्तुमुपचक्रमे

Sanatkumāra dit : Ayant ainsi parlé, Tulasī cessa ses paroles douces et pleines de grâce. La voyant sourire, lui aussi se mit alors à parler.

Verse 19

शंखचूड उवाच । त्वया यत्कथितं देवि न च सर्वमलीककम् । किञ्चित्सत्यमलीकं च किंचिन्मत्तो निशामय

Śaṃkhacūḍa dit : « Ô Déesse, ce que tu as déclaré n’est pas entièrement mensonge. Une part est vraie et une part ne l’est pas ; à présent, écoute quelque chose de ma bouche. »

Verse 20

पतिव्रताः स्त्रियो याश्च तासां मध्ये त्वमग्रणीः । न चाहं पापदृक्कामी तथा त्वं नेति धीर्मम

«Parmi toutes les femmes vouées à leur époux, tu es la première. Je ne suis pas de ceux qui désirent un regard pécheur ; ma ferme conviction est que toi non plus tu n’es pas de cette sorte.»

Verse 21

आगच्छामि त्वत्समीपमाज्ञया ब्रह्मणोऽधुना । गांधर्वेण विवाहेन त्वां ग्रहीष्यामि शोभने

«À présent, sur l’ordre de Brahmā, je viens en ta présence. Ô belle, par le mariage gāndharva, je te prendrai pour épouse.»

Verse 22

शंखचूडोऽहमेवास्मि देवविद्रावकारकः । मां न जानासि किं भद्रे न श्रुतोऽहं कदाचन

«Je suis Śaṅkhacūḍa lui-même, celui qui met les dieux en fuite. Ô belle, ne me reconnais-tu pas ? N’as-tu donc jamais entendu parler de moi ?»

Verse 23

दनुवंश्यो विशेषेण मन्द पुत्रश्च दानवः । सुदामा नाम गोपोहं पार्षदश्च हरेः पुरा

«Je me nomme Sudāmā, un vacher. Plus précisément, j’appartiens à la lignée de Danu : je suis un Dānava, fils de Manda. Jadis, j’ai aussi été un serviteur-attendant (pārṣada) dans la suite du Seigneur Hari (Viṣṇu).»

Verse 24

अधुना दानवेन्द्रोऽहं राधिकायाश्च शापतः । जातिस्मरोऽहं जानामि सर्वं कृष्णप्रभावतः

«À présent, par la malédiction de Rādhikā, je suis devenu le seigneur des Dānavas. Pourtant, par la puissance divine de Kṛṣṇa, je me souviens de mes naissances passées et je sais toute chose.»

Verse 25

सनत्कुमार उवाच । एवमुक्त्वा शंखचूडो विरराम च तत्पुरः । दानवेंद्रेण सेत्युक्ता वचनं सत्यमादरात् । सस्मितं तुलसी तुष्टा प्रवक्तुमुपचक्रमे

Sanatkumāra dit : Ayant parlé ainsi, Śaṅkhacūḍa se tut en ce lieu. Alors Tulasī—à qui le seigneur des Dānavas répondit « qu’il en soit ainsi »—honora avec respect sa parole véridique ; satisfaite et souriante, elle se mit à parler.

Verse 26

तुलस्युवाच । त्वयाहमधुना सत्त्वविचारेण पराजिता । स धन्यः पुरुषो लोके न स्त्रिया यः पराजितः

Tulasī dit : «À l’instant, par ton discernement de la vérité et de la vertu, j’ai été vaincue. Béni est en ce monde l’homme qui n’est pas terrassé par une femme.»

Verse 27

सत्क्रियोप्यशुचिर्नित्यं स पुमान्यः स्त्रिया जितः । निन्दंति पितरो देवा मानवास्सकलाश्च तम्

Même s’il accomplit les rites convenables, l’homme vaincu par une femme demeure à jamais impur ; les Pitṛs, les Devas et tous les hommes le blâment.

Verse 28

इति श्रीशिवमहापुराणे द्वितीयायां रुद्रसंहितायां पञ्चमे युद्धखण्डे शंखचूडतपःकरणविवाहवर्णनं नामाष्टविंशोऽध्यायः

Ainsi s’achève le vingt-huitième chapitre, intitulé « Description des austérités (tapas) de Śaṅkhacūḍa, de leur accomplissement et de son mariage », dans la cinquième section, le Yuddha-khaṇḍa, de la seconde partie (Rudra-saṃhitā) du Śrī Śiva Mahāpurāṇa.

Verse 29

शूद्रो मासेन शुध्येत्तु हीति वेदानुशासनम् । न शुचिः स्त्रीजितः क्वापि चितादाहं विना पुमान्

L’injonction védique proclame : «Un Śūdra est purifié au bout d’un mois». Mais l’homme vaincu par la convoitise des femmes n’est nulle part réellement pur, à moins d’être réduit en cendres sur le bûcher funéraire.

Verse 30

न गृह्णतीच्छया तस्मात्पितरः पिण्डतर्पणम् । न गृह्णन्ति सुरास्तेन दत्तं पुष्पफलादिकम्

Ainsi, les Pitṛs (les Ancêtres) n’acceptent pas de bon gré les offrandes de piṇḍa ni les libations de tarpaṇa qu’il accomplit ; de même, les Devas n’acceptent pas les fleurs, les fruits et autres offrandes qu’il présente.

Verse 31

तस्य किं ज्ञानसुतपो जपहोम प्रपूजनैः । विद्यया दानतः किं वा स्त्रीभिर्यस्य मनो हृतम्

À quoi lui servent la connaissance et les austérités ? À quoi lui servent le japa, le homa et les grands rites d’adoration ? À quoi bon l’étude et la charité, si son esprit a été dérobé par les femmes—c’est-à-dire par les plaisirs et l’attachement ?

Verse 32

विद्याप्रभावज्ञानार्थं मया त्वं च परीक्षितः । कृत्वा कांतपरीक्षां वै वृणुयात्कामिनी वरम्

Afin de connaître la véritable puissance et l’efficacité de ton savoir, je t’ai mis à l’épreuve. Ainsi, après avoir examiné la valeur de l’être aimé, une femme doit assurément choisir un époux d’excellence.

Verse 33

सनत्कुमार उवाच । इत्येवं प्रवदंत्यां तु तुलस्यां तत्क्षणे विधिः । तत्राजगाम संसृष्टा प्रोवाच वचनं ततः

Sanatkumāra dit : Tandis que Tulasī parlait ainsi, à cet instant même, Vidhi (Brahmā), dûment invoqué, arriva en ce lieu et prononça alors ces paroles.

Verse 34

ब्रह्मोवाच । किं करोषि शंखचूड संवादमनया सह । गांधर्वेण विवाहेन त्वमस्या ग्रहणं कुरु

Brahmā dit : «Ô Śaṅkhacūḍa, pourquoi t’attarder en longs propos avec elle ? Reçois-la pour épouse selon le mariage gāndharva et prends sa main sur-le-champ.»

Verse 35

त्वं वै पुरुषरत्नं च स्त्रीरत्नं च त्वियं सती । विदग्धाया विदग्धेन संगमो गुणवान् भवेत्

En vérité, tu es un joyau parmi les hommes, et cette Satī est un joyau parmi les femmes. Quand une femme avisée s’unit à un homme avisé, leur union devient vraiment vertueuse et féconde.

Verse 36

निर्विरोधं सुखं राजन् को वा त्यजति दुर्लभम् । योऽविरोधसुखत्यागी स पशुर्नात्र संशयः

Ô Roi, qui donc délaisserait ce rare bonheur, exempt de toute opposition ? Celui qui renonce à une telle joie paisible est assurément un paśu (être lié, non éveillé) — sans aucun doute.

Verse 37

किं त्वं परीक्षसे कांतमीदृशं गुणिनं सति । देवानामसुराणां च दानवानां विमर्दकम्

Ô femme vertueuse, pourquoi éprouves-tu ton bien-aimé, un homme si noble et si méritant, lui qui terrasse à la fois les Devas, les Asuras et les Dānavas ?

Verse 38

अनेन सार्द्धं सुचिरं विहारं कुरु सर्वदा । स्थानेस्थाने यथेच्छं च सर्वलोकेषु सुन्दरि

«Avec lui, réjouis-toi toujours d’une longue compagnie et d’une libre pérégrination. Ô belle, erre à ton gré de lieu en lieu, à travers tous les mondes.»

Verse 39

अंते प्राप्स्यति गोलोके श्रीकृष्णं पुनरेव सः । चतुर्भुजं च वैकुण्ठे मृते तस्मिंस्त्वमाप्स्यसि

À la fin, il atteindra de nouveau Śrī Kṛṣṇa en Goloka. Et lorsque celui-là quittera ce monde, tu atteindras le Seigneur aux quatre bras en Vaikuṇṭha.

Verse 40

सनत्कुमार उवाच । इत्येवमाशिषं दत्त्वा स्वालयं तु ययौ विधिः । गांधर्वेण विवाहेन जगृहे तां च दानवः

Sanatkumāra dit : «Après avoir ainsi accordé sa bénédiction, Vidhi (Brahmā) retourna à sa propre demeure. Alors le Dānava la prit pour épouse selon le mariage Gāndharva, par consentement mutuel.»

Verse 41

एवं विवाह्य तुलसीं पितुः स्थानं जगाम ह । स रेमे रमया सार्द्धं वासगेहे मनोरमे

Ainsi, après avoir épousé Tulasī, il se rendit à la demeure de son père ; et là, avec Ramā (Lakṣmī), il se réjouit dans une résidence pleine de charme.

Frequently Asked Questions

Śaṅkhacūḍa’s Puṣkara-austerity culminates in Brahmā granting him a boon (invincibility against the devas) and gifting the Śrīkṛṣṇakavaca, followed by the directive to marry Tulasī at Badarī.

It functions as a ritualized protection-and-victory mechanism (kavaca) that operationalizes boon-power through liturgy, indicating that dominance is mediated by sacred technologies, not merely by brute force.

Brahmā/Vidhi as boon-granter and cosmic legislator; the kavaca associated with Śrīkṛṣṇa as a protective divine potency; and the pilgrimage loci (Puṣkara, Badarī) as enacted sacred agencies shaping outcomes.