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अयोध्याकाण्डे एकपञ्चाशः सर्गः · Guha’s Vigil and Lakṣmaṇa’s Lament (Night on the riverbank)
अयोध्याकाण्ड
Le Sarga 51 se présente comme une scène nocturne au camp de l’exil, sur la rive du fleuve : nuit de protection et de chagrin. Ému par la veille sans sommeil de Lakṣmaṇa pour la sûreté de Rāma, Guha lui offre une couche préparée et promet une garde armée avec ses proches, affirmant que l’amitié (sauhṛda) est un devoir conforme au dharma. Lakṣmaṇa refuse tout confort. Il déclare que nul ne lui est plus cher que Rāma et que, tant que Rāma repose sur l’herbe avec Sītā, le sommeil et les plaisirs du monde lui sont impossibles. Le récit bascule ensuite dans la lamentation et le pressentiment : Lakṣmaṇa redoute la mort de Daśaratha, consumé par le désir inassouvi du couronnement, prévoit l’effondrement de Kauśalyā et imagine Ayodhyā réduite au silence, son paysage sonore éteint par la fatigue et le deuil. Un bref tableau de la prospérité festive de la cité renforce la tragédie en opposant l’ordre urbain idéal à la perte imminente. La nuit s’achève tandis que Lakṣmaṇa demeure en pleurs ; Guha, entendant ce récit véridique prononcé pour le bien du peuple, pleure à son tour, l’amitié devenant le canal d’une douleur partagée et d’une solidarité dharmique.
Verse 1
तं जाग्रतमदम्भेन भ्रातुरर्थाय लक्ष्मणम् ।गुहः सन्तापसन्तप्तो राघवं वाक्यमब्रवीत् ॥१॥
Voyant Lakṣmaṇa veiller, éveillé, sans la moindre ostentation, uniquement pour le bien de son frère, Guha, consumé par la douleur, adressa ces paroles à Rāghava.
Verse 2
इयं तात सुखा शय्या त्वदर्थमुपकल्पिता ।प्रत्याश्वसिहि साध्वस्यां राजपुत्र यथासुखम् ॥२॥
Ô prince, cette couche douce et confortable a été préparée pour toi ; repose-y en paix, selon ton bon plaisir.
Verse 3
उचितोऽयं जनस्सर्वः क्लेशानां त्वं सुखोचितः ।गुप्त्यर्थं जागरिष्यामः काकुत्स्थस्य वयं निशाम् ॥३॥
Tout ce peuple est accoutumé aux épreuves, tandis que toi tu es accoutumé au confort. Aussi, pour la sauvegarde de Kakutstha Rāma, nous veillerons toute la nuit.
Verse 4
न हि रामात्प्रियतमो ममास्ति भुवि कश्चन ।ब्रवीम्येतदहं सत्यं सत्येनैव च ते शपे ॥४॥
Pour moi, nul sur cette terre n’est plus cher que Rāma. Je le dis en toute vérité, et par la vérité même je te le jure.
Verse 5
अस्य प्रसादादाशंसे लोकेस्मिन् सुमुहद्यशः ।धर्मावाप्तिं च विपुलामर्थावाप्तिं च केवलम् ॥५॥
Par la seule grâce de Rāma, j’espère obtenir en ce monde une grande renommée, ainsi qu’une vaste réalisation du dharma et l’acquisition de l’artha.
Verse 6
सोऽहं प्रियसखं रामं शयानं सह सीतया ।रक्षिष्यामि धनुष्पाणि स्सर्वतो ज्ञातिभि स्सह ॥६॥
Ainsi donc, l’arc à la main, avec mes proches, je garderai mon cher ami Rāma tandis qu’il repose avec Sītā, les protégeant de toutes parts.
Verse 7
न हि मेऽविदितं किञ्चिद्वनेऽस्मिंश्चरतस्सदा ।चतुरङ्गं ह्यपिबलं सुमहत्प्रसहेमहि ॥७॥
Rien, dans cette forêt, ne m’est inconnu, car j’y circule sans cesse. Nous pourrions tenir tête même à une immense armée aux quatre corps.
Verse 8
लक्ष्मणस्तं तदोवाच रक्ष्यमाणास्त्वयानघ ।नात्र भीता वयं सर्वे धर्ममेवानुपश्यता ॥८॥
Alors Lakshmana lui dit : «Ô irréprochable, sous ta protection—toi qui gardes toujours le dharma en vue—nous n’avons ici aucune crainte, nous tous».
Verse 9
कथं दशरथौ भूमौ शयाने सह सीतया ।शक्या निद्रा मया लब्धुं जीवितं वा सुखानि वा ॥९॥
Quand Rama, fils de Dasharatha, repose à même la terre avec Sita, comment pourrais-je trouver le sommeil—ou même tenir la vie ou la joie pour dignes d’être goûtées?
Verse 10
यो न देवासुरैः सर्वैः शक्यः प्रसहितुं युधि ।तं पश्य सुखसंविष्टं तृणेषु सह सीतया ॥१०॥
Contemplez-le : celui que même les forces unies des dieux et des asura ne peuvent soutenir au combat dort maintenant, à l’aise sur l’herbe, accompagné de Sītā.
Verses 11-12
यो मन्त्रतपसा लब्धो विविधैश्च पराश्रमैः ।एको दशरथस्येष्टः पुत्रः सदृशलक्षणः ॥११॥अस्मिन् प्रव्राजिते राजा न चिरं वर्तयिष्यति ।विधवा मेदिनी नूनं क्षिप्रमेव भविष्यति ॥१२॥
Il répète sa plainte : Rāma, obtenu par de saintes austérités et les mantras, est l’aimé de Daśaratha et son image même ; si un tel être est exilé, le roi ne tiendra pas longtemps, et le pays sera bientôt délaissé comme une veuve.
Verse 13
विनद्य सुमहानादं श्रमेणोपरताः स्त्रियः ।निर्घोषोपरतं चातो मन्ये राजनिवेशनम् ॥१३॥
Après avoir poussé un grand cri, les femmes se sont sans doute tues, vaincues par l’épuisement ; aussi je pense que la demeure royale est devenue silencieuse, ses bruits éteints.
Verse 14
कौशल्या चैव राजा च तथैव जननी मम ।नाशंसे यदि जीवन्ति सर्वे ते शर्वरीमिमाम् ॥१४॥
Je n’espère pas qu’ils survivent tous à cette nuit : Kausalyā, le roi, et de même ma propre mère.
Verse 15
जीवेदपि हि मे माता शत्रुघ्नस्यान्ववेक्षया ।तद्दुःखं यत्तु कौशल्या वीरसूर्विनशिष्यति ॥१५॥
Ma mère peut encore vivre, soutenue par l’attention portée à Śatrughna ; mais c’est une peine véritable que Kausalyā —mère d’un héros— vienne à périr.
Verse 16
अनुरक्तजनाकीर्णा सुखालोकप्रियावहा ।राजव्यसनसंसृष्टा सा पुरी विनशिष्यति ॥१६॥
Cette cité—pleine de gens fidèles, dispensatrice de joie et chère à ses habitants—tombera pourtant en ruine, submergée par le malheur issu de l’infortune du roi.
Verse 17
कथं पुत्रं महात्मानं ज्येष्ठं प्रियमपश्यतः ।शरीरं धारयिष्यन्ति प्राणा राज्ञो महात्मनः ॥१७॥
Comment les souffles de vie de ce noble roi soutiendraient-ils son corps, s’il ne peut voir son fils aîné, bien-aimé et magnanime ?
Verse 18
विनष्टे नृपतौ पश्चात्कौसल्या विनशिष्यति ।अनन्तरं च माताऽपि मम नाशमुपैष्यति ॥१८॥
Quand le roi aura péri, Kausalyā périra aussi ; et après elle, ma propre mère ira, elle aussi, vers la ruine.
Verse 19
अतिक्रान्तमतिक्रान्तमनवाप्य मनोरथम् ।राज्ये राममनिक्षिप्य पिता मे विनशिष्यति ॥१९॥
Le passé est passé; mon père, ayant échoué à accomplir son désir d'installer Rama comme roi, va périr.
Verse 20
सिद्धार्थाः पितरं वृत्तं तस्मिन्कालेऽप्युपस्थिते ।प्रेतकार्येषु सर्वेषु संस्करिष्यन्ति भूमिपम् ॥२०॥
Ceux qui, en ce temps-là, se tiendront auprès de mon père, seigneur de la terre, et accompliront pour lui tous les rites funéraires sacrés, auront pleinement atteint leur dessein.
Verses 21-23
रम्यचत्वरसंस्थानां सुविभक्तमहापथाम् ।हर्म्यप्रासादसम्पन्नाम् गणिकावरशोभिताम् ॥२१॥रथाश्वगजसम्बाधां तूर्यनादविनादिताम् ।सर्वकल्याणसम्पूर्णां हृष्टपुष्टजनाकुलाम् ॥२२॥आरामोद्यानसम्पन्नां समाजोत्सवशालिनीम् ।सुखिता विचरिष्यन्ति राजधानीं पितुर्मम ॥२३॥
Cette entrée conserve de nouveau la longue peinture de la vie civique florissante d’Ayodhyā : une capitale de bon augure et bien ordonnée, pleine de prospérité, de musique et de fêtes, où le peuple se promène heureux.
Verse 24
अपि जीवेद्दशरथो वनवासात्पुनर्वयम् ।प्रत्यागम्य महात्मानमपि पश्येम सुव्रतम् ॥२४॥
Daśaratha vivrait-il encore ? Et lorsque nous reviendrons de l’exil dans la forêt, pourrons-nous revoir ce roi à la grande âme, inébranlable dans ses vœux ?
Verse 25
अपि सत्यप्रतिज्ञेन सार्धं कुशलिना वयम् ।निवृत्ते वनवासेऽस्मिन्नयोध्यां प्रविशेमहि ॥२५॥
Rentrerons-nous un jour à Ayodhya, lorsque prendra fin cet exil en forêt, avec Rama—sain et sauf, inébranlable dans son vœu de vérité?
Verse 26
परिदेवयमानस्य दुखार्तस्य महात्मनः ।तिष्ठतो राजपुत्रस्य शर्वरी साऽत्यवर्तत ॥२६॥
Tandis que ce prince au grand cœur demeurait là, gémissant et accablé de peine, la nuit s’écoula.
Verse 27
तथा हि सत्यं ब्रुवति प्रजाहिते नरेन्द्रपुत्रे गुरुसौहृदाद्गुहः ।मुमोच बाष्पं व्यसनाभिपीडितो ज्वरातुरो नाग इव व्यथातुरः ॥२७॥
Quand le fils du roi—toujours voué au bien des sujets—eut ainsi dit la vérité, Guha, par une profonde affection telle celle due à un maître, accablé par l’épreuve, laissa couler ses larmes, tel un éléphant pris de fièvre et meurtri de douleur.
The central action is Lakṣmaṇa’s refusal of comfort and sleep while Rāma rests on grass with Sītā. The dilemma is whether personal relief is permissible when one’s duty of protection and solidarity (rakṣā-dharma and brotherly loyalty) remains active.
The chapter teaches that dharma is expressed through embodied vigilance: Guha’s hospitality and armed readiness, and Lakṣmaṇa’s self-denial, both serve the same moral end—protecting the righteous and sustaining truth-bound commitments even amid grief.
Ayodhyā is evoked through a cultural-urban portrait: broad roads, squares, palaces, courtesan quarters, vehicles and animals in circulation, musical processions, gardens, and public festivals—used as a literary counterpoint to the exile camp’s austerity and the palace’s ensuing silence.
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