
Brahmā s’adresse à un brāhmaṇa et loue le Vāyavīya (Vāyu) Purāṇa comme moyen d’atteindre la demeure suprême de Rudra. Il en précise l’ampleur (24 000 vers) et le cadre du Śvetakalpa, où Vāyu enseigne le dharma. Le Purāṇa est présenté en deux parties, complet selon les traits du pañcalakṣaṇa, commençant par la création (sarga), incluant les dynasties des Manvantara et le récit détaillé de la mise à mort de Gayāsura. Il enseigne aussi les mahātmyas des mois (avec Māgha mis en avant), le dāna-dharma, le rāja-dharma, la classification des êtres à travers les mondes, ainsi que d’anciennes divisions de vœux et d’observances. La seconde partie contient un vaste Narmadā tīrtha-mahātmya conforme à la Śiva Saṃhitā : l’immanence de Śiva sur ses rives, l’identification de l’eau de la Narmadā au Brahman et à la mokṣa, et la descente du fleuve comme śakti divine (Revā). Le chapitre énumère confluences et tīrthas (35 saṅgamas, des centaines de sites, des nombres sacrés hyperboliques) et s’achève sur des prescriptions de don/récitation (don de Śrāvaṇī avec une « vache de jaggery ») et les fruits promis : Rudra-loka à travers quatorze Indra, et le mérite d’entendre tout le Purāṇa grâce à son anukramaṇī.
Verse 1
ब्रह्मोवाच । श्रृणु विप्र प्रवक्ष्यामि पुराणं वायवीयकम् । यस्मिञ्च्छ्रुते लभद्धाम रुद्रस्य परमात्मनः ॥ १ ॥
Brahmā dit : « Écoute, ô brāhmaṇa ; je vais exposer le Vāyavīya Purāṇa : en l’entendant, on atteint la demeure suprême de Rudra, le Soi suprême ».
Verse 2
चतुर्विंशतिसाहस्रं तत्पुराणं प्रकीर्तितम् । श्वेतकल्पप्रसंगेन धर्मानत्राह मारुतः ॥ २ ॥
On déclare que ce Purāṇa se compose de vingt-quatre mille vers. Ici, à l’occasion du Śvetakalpa, Māruta (Vāyu) a exposé les principes du Dharma.
Verse 3
तद्बायवीयनुदितं भागद्वयसमन्वितम् । सर्गादिलक्षणं यत्र प्रोक्तं विप्र सविस्तरम् ॥ ३ ॥
Ô brāhmaṇa, ce (Purāṇa) proclamé dans la tradition Vāyavīya, composé de deux parties, est celui où sont décrites en détail les caractéristiques commençant par la création (sarga) et les suivantes.
Verse 4
मन्वंतरेषु वंशाश्च राज्ञां ये यत्र कीर्तिताः । गयासुरस्य हननं विस्तराद्यत्र कीर्तितम् ॥ ४ ॥
On y rapporte aussi, selon les divers Manvantaras, les dynasties des rois telles qu’elles sont mentionnées en leurs lieux propres ; et l’on y raconte également, en grand détail, la mise à mort de l’asura Gayāsura.
Verse 5
मासानां चैव माहात्म्यं माघस्योक्तं फलाधिकम् । दानधर्मा राजधर्मा विस्तरेणोदिता स्तथा ॥ ५ ॥
On y décrit aussi la grandeur sacrée des mois, en particulier celui de Māgha, dit porteur de fruits supérieurs ; de même, les devoirs de la charité et les devoirs du roi y sont exposés en détail.
Verse 6
भूपातालककुब्व्योमचारिणां यत्र निर्णयः । व्रतादीनां च पूर्वोऽयं विभागः समुदाहृतः ॥ ६ ॥
Ici est posée la détermination concernant ceux qui se meuvent sur la terre, dans Pātāla (le monde inférieur), dans les directions et dans le ciel ; et l’ancienne répartition relative aux vœux (vrata) et aux observances connexes y est aussi dûment exposée.
Verse 7
उत्तरे तस्य भागेतु नर्मदातीर्थवर्णनम् । शिवस्य संहितोक्ता वै विस्तरेण मुनीश्वर ॥ ७ ॥
Et dans sa partie ultérieure se trouve la description des tīrthas, les gués sacrés de la Narmadā — en vérité, tels qu’ils sont exposés dans la Saṃhitā de Śiva — expliqués en grand détail, ô seigneur parmi les sages.
Verse 8
यो देवः सर्वदेवानां दुर्विज्ञेयः सनातनः । स तु सर्वात्मना यस्यास्तीरे तिष्ठति संततम् ॥ ८ ॥
Cette Divinité éternelle — difficile à connaître même pour tous les dieux — demeure là sans cesse, sur la rive de ce lieu sacré, en Son Soi qui pénètre tout.
Verse 9
इदं ब्रह्मा हारीरिदं साक्षाच्चेदं परो हरः । इदं ब्रह्म निराकारं कैवल्यं नर्मदाजलम् ॥ ९ ॥
Ceci est Brahmā ; ceci, en vérité, est Hari (Viṣṇu). Ceci est, directement, le suprême Hara (Śiva). Ceci est le Brahman sans forme ; ceci est la délivrance elle-même — l’eau sacrée de la Narmadā.
Verse 10
ध्रुवं लोकहितार्थाय शिवेन स्वशरीरतः । शक्तिः कापि सरिदृपा रेवेयमवतारिता ॥ १० ॥
Assurément, pour le bien du monde, Śiva fit descendre de son propre corps une Puissance divine, sous la forme d’une rivière : telle est la Revā.
Verse 11
ये वसंत्युत्तरे कूले रुद्रस्यानुचरा हि ते । वसंति याम्यतीरे ये लोकं ते यांति वैष्णवम् ॥ ११ ॥
Ceux qui demeurent sur la rive du nord sont, en vérité, des serviteurs de Rudra. Mais ceux qui demeurent sur la rive du sud atteignent le monde vaiṣṇava, la demeure de Viṣṇu.
Verse 12
ॐकारेश्वरमारभ्ययावत्पश्चिमसागरः । संगमाः पंच च त्रिंशन्नदीनां पापनाशनी ॥ १२ ॥
Depuis Oṃkāreśvara jusqu’à l’Océan de l’Ouest, il y a trente-cinq confluences de rivières ; chacune détruit le péché.
Verse 13
दशैकमुत्तरे तीरे त्रयोविंशतिर्दक्षिणे । पंचत्रिंशत्तमः प्रोक्तो रेवासागरसगमः ॥ १३ ॥
Sur la rive du nord, il y a onze tīrtha, et sur la rive du sud, vingt-trois ; le trente-cinquième est déclaré être la confluence où la Revā rejoint l’océan.
Verse 14
संगमैः सहितान्येव रेवातीरद्वयेऽपि च । चतुःशतानि तीर्थानि प्रसिद्धानि च संति हि ॥ १४ ॥
Y compris les confluences sacrées, sur les deux rives de la Revā se trouvent en vérité quatre cents lieux de pèlerinage renommés.
Verse 15
षष्टितीर्थसहस्राणि षष्टिकोट्यो मुनीश्वर । संति चान्यानि रेवायास्तीरयुग्मे पदे पदे ॥ १५ ॥
Ô seigneur parmi les sages, il y a soixante mille tīrtha et soixante crores de munis; et de plus, le long de la Narmadā (Revā), sur les deux rives, à chaque pas se trouvent d’autres lieux saints.
Verse 16
संहितेयं महापुण्या शिवस्य परमात्मनः । नर्मदाचरितं यत्र वायुना परिकीर्तितम् ॥ १६ ॥
Cette Saṃhitā est d’un mérite suprême, relevant de Śiva, le Soi suprême; en elle, Vāyu y proclame largement le récit sacré de la Narmadā.
Verse 17
लिखित्वेदं पुराणं तु गुडधेनुसमन्वितम् । श्रावण्यां यो ददेद्भक्त्या ब्राह्मणाय कुटुंबिने ॥ १७ ॥
Quiconque fait recopier ce Purāṇa et, au jour de Śrāvaṇī (pleine lune de Śrāvaṇa), l’offre avec bhakti à un brāhmaṇa chef de famille, accompagné du don de la « guda-dhenu » (la “vache de jaggery”), reçoit un mérite hautement loué.
Verse 18
रुद्रलोके वसेत्सोऽपि यावदिंद्राश्चतुर्द्दश । यः श्रावयेद्वा श्रृणुयाद्वायवीयमिदं नरः ॥ १८ ॥
Celui qui fait réciter cette section Vāyavīya, ou qui l’écoute, demeure dans le monde de Rudra aussi longtemps que quatorze Indra (c’est-à-dire durant quatorze manvantara).
Verse 19
नियमेन हविष्याशी स रुद्रो नात्र संशयः । यश्चानुक्रमणीमेतां श्रृणोति श्रावयेत्तथा ॥ १९ ॥
Celui qui, par une observance réglée, se nourrit de l’aliment haviṣya devient, pour ainsi dire, Rudra—il n’y a là aucun doute. Et quiconque écoute cette Anukramaṇikā, ou fait de même la réciter pour autrui, obtient aussi ce mérite.
Verse 20
सोऽपि सर्वपुराणस्य फलं श्रवणजं लभेत् ॥ २० ॥
Lui aussi obtiendrait le fruit de l’ensemble du Purāṇa, c’est-à-dire le mérite spirituel né de son écoute.
Verse 21
इति श्रीबृहन्नारदीयपुराणे पूर्वभागे बृहदुपाख्याने चतुर्थपादे वायुपुराणानुक्रमणीनिरूपणं नाम पञ्चनवतितमोऽध्यायः ॥ ९५ ॥
Ainsi s’achève le quatre-vingt-quinzième chapitre, intitulé «Exposé de l’Anukramaṇī (plan) du Vāyu Purāṇa», dans la Première Partie du vénérable Bṛhannāradīya Purāṇa, au sein du Grand Récit (Bṛhad-upākhyāna), dans le Quatrième Pada.
The chapter uses a mokṣa-dharma register to sacralize the tīrtha: the river is presented as Śiva’s descended śakti and simultaneously as the locus of the all-pervading Supreme Self, allowing devotional theism (Śiva-tattva) and nondual liberation language (nirguṇa brahman; mokṣa) to converge in the experience of Narmadā-water.
It links three practices: (1) śravaṇa/paṭhana (hearing and recitation) of Purāṇic dharma, (2) dāna and vrata-kalpa observances (notably Śrāvaṇī gifting of the written text with an allied ‘jaggery-cow’), and (3) tīrtha-yātrā centered on the Narmadā’s banks and saṅgamas—each framed as a means to sin-destruction and ascent to Rudra-loka.