
लिङ्गार्चनपूर्वकं स्नानाचमनविधिः (Snana–Achamana as Preparation for Linga-Archana)
Les rishis demandent à Suta Romaharshana comment adorer Mahadeva sous la forme de Linga-murti. Suta retrace la lignée d’enseignement : Shiva instruisant Devi au Kailasa, la transmission par Nandi jusqu’à Sanatkumara et Vyasa, afin d’établir l’autorité du rite. Le chapitre expose ensuite le snana comme préalable destructeur de péché avant la Shiva-puja, en trois formes—Varuna-snana, Agneya-snana et Mantra-snana—puis l’abhisheka avec de l’eau consacrée et la récitation de mantras (formules liées à Rudra et éléments de Panchabrahma/pavitraka). Un point doctrinal majeur est affirmé : la pureté intérieure (bhava) est déterminante ; sans elle, même le bain sacré demeure stérile. La séquence s’achève par l’achamana, gorgées purificatrices imprégnées de mantra, et la pradakshina pour apaiser himsa et papa, préparant le dévot à poursuivre la Linga-archana.
Verse 1
ऋषय ऊचुः कथं पूज्यो महादेवो लिङ्गमूर्तिर्महेश्वरः वक्तुमर्हसि चास्माकं रोमहर्षण सांप्रतम्
Les sages dirent : « Ô Romaharṣaṇa, dis-nous à présent comment doit être vénéré Mahādeva—Maheśvara dont la forme est le Liṅga. »
Verse 2
सूत उवाच देव्या पृष्टो महादेवः कैलासे तां नगात्मजाम् अङ्कस्थामाह देवेशो लिङ्गार्चनविधिं क्रमात्
Sūta dit : Lorsque la Déesse l’interrogea au Kailāsa, Mahādeva—Seigneur des dieux—s’adressa à Pārvatī, la fille de la montagne assise sur ses genoux, et lui enseigna, dans l’ordre, la méthode d’adoration du Liṅga.
Verse 3
तदा पार्श्वे स्थितो नन्दी शालङ्कायनकात्मजः श्रुत्वाखिलं पुरा प्राह ब्रह्मपुत्राय सुव्रताः
Alors Nandī, fils de Śālaṅkāyana, qui se tenait à côté, ayant tout entendu, le rapporta jadis en entier au fils de Brahmā—ô toi aux vœux excellents.
Verse 4
सनत्कुमाराय शुभं लिङ्गार्चनविधिं परम् तस्माद्व्यासो महातेजाः श्रुतवाञ्छ्रुतिसंमितम्
À Sanatkumāra fut exposée la procédure suprême et propice d’adoration du Liṅga ; de lui, le puissant Vyāsa entendit cet enseignement, pleinement accordé à l’esprit des Veda.
Verse 5
स्नानयोगोपचारं च यथा शैलादिनो मुखात् श्रुतवान् तत्प्रवक्ष्यामि स्नानाद्यं चार्चनाविधिम्
Ayant entendu de la bouche de Śailādi les observances justes de la discipline du bain rituel, j’exposerai maintenant cette même procédure—en commençant par le bain—ainsi que la méthode complète d’adoration (arcana) du Liṅga de Śiva, le Pati qui dénoue le lien (pāśa) du paśu, l’âme liée.
Verse 6
शैलादिरुवाच अथ स्नानविधिं वक्ष्ये ब्राह्मणानां हिताय च सर्वपापहरं साक्षाच् छिवेन कथितं पुरा
Śailādi dit : « À présent, j’exposerai la juste méthode du bain rituel, pour le bien des brāhmaṇas — une pratique qui détruit tous les péchés, jadis enseignée directement par Śiva Lui-même. »
Verse 7
अनेन विधिना स्नात्वा सकृत्पूज्य च शङ्करम् ब्रह्मकूर्चं च पीत्वा तु सर्वपापैः प्रमुच्यते
Après s’être baigné selon ce rite prescrit, puis avoir adoré Śaṅkara ne fût-ce qu’une seule fois, et avoir ensuite bu le breuvage consacré, le brahma-kūrca, l’être lié (paśu) est délivré de tous les péchés—des liens (pāśa) qui font obstacle à la réalisation de Śiva.
Verse 8
त्रिविधं स्नानमाख्यातं देवदेवेन शंभुना हिताय ब्राह्मणाद्यानां चतुर्मुखसुतोत्तम
Ô le meilleur des fils du Quatre-Visages (Brahmā) : Śambhu, Seigneur des seigneurs, a enseigné le bain purificatoire en trois formes pour le bien des brāhmaṇas et de tous les autres ordres, afin que les êtres incarnés (paśu) soient purifiés des liens (pāśa) et rendus dignes du culte de Śiva.
Verse 9
वारुणं पुरतः कृत्वा ततश्चाग्नेयमुत्तमम् मन्त्रस्नानं ततः कृत्वा पूजयेत्परमेश्वरम्
Après avoir d’abord accompli devant soi le rite de Varuṇa (purification de l’eau), puis l’excellent rite d’Agni (purification par le feu), qu’on accomplisse ensuite le bain par les mantras ; cela fait, qu’on adore Parameśvara—Śiva, le Pati qui délivre le paśu des liens (pāśa).
Verse 10
भावदुष्टो ऽम्भसि स्नात्वा भस्मना च न शुध्यति भावशुद्धश्चरेच्छौचम् अन्यथा न समाचरेत्
Celui dont la disposition intérieure (bhāva) est souillée ne devient pas pur, même en se baignant dans l’eau ou en s’enduisant de cendre sacrée (bhasma). Mais celui dont le bhāva est pur doit observer la pureté (śauca) ; autrement, qu’il ne la pratique pas comme une simple apparence extérieure.
Verse 11
सरित्सरस्तडागेषु सर्वेष्व् आ प्रलयं नरः स्नात्वापि भावदुष्टश्चेन् न शुध्यति न संशयः
Même si un homme se baigne dans tous les fleuves, lacs et étangs jusqu’à la dissolution du monde, si sa disposition intérieure est corrompue, il ne devient pas pur—sans aucun doute.
Verse 12
नृणां हि चित्तकमलं प्रबुद्धमभवद्यदा प्रसुप्तं तमसा ज्ञानभानोर्भासा तदा शुचिः
Pour les hommes, lorsque le lotus de l’esprit—longtemps endormi dans l’obscurité du tamas—s’éveille sous l’éclat du Soleil de la Connaissance, alors l’être intérieur devient pur.
Verse 13
मृच्छकृत्तिलपुष्पं च स्नानार्थं भसितं तथा आदाय तीरे निःक्षिप्य स्नानतीर्थे कुशानि च
Prenant de la terre et de l’argile, du sésame et des fleurs, ainsi que la cendre sacrée (bhasma) destinée au bain, qu’on les porte à la rive et qu’on les y dépose; et, au gué de bain, le tīrtha, qu’on dépose aussi l’herbe kuśa. Ainsi le dévot prépare les moyens de purification avant d’approcher Śiva—Pati, le Seigneur qui desserre les liens du pāśa enchaînant le paśu (l’âme).
Verse 14
प्रक्षाल्याचम्य पादौ च मलं देहाद्विशोध्य च द्रव्यैस्तु तीरदेशस्थैस् ततः स्नानं समाचरेत्
Après s’être lavé les pieds et avoir accompli l’ācamana, puis après avoir ôté les impuretés du corps, qu’on entreprenne alors le bain sacré selon la règle, avec les substances purifiantes disponibles sur la rive—devenant ainsi apte au culte de Śiva et à la grâce de Pati, qui délie les pāśa enchaînant le paśu.
Verse 15
उद्धृतासीतिमन्त्रेण पुनर्देहं विशोधयेत् मृदादाय ततश्चान्यद् वस्त्रं स्नात्वा ह्यनुल्बणम्
Par le mantra nommé « Uddhṛtāsīti », qu’on purifie de nouveau le corps. Puis, prenant de la terre purificatrice (argile), et après s’être baigné selon la règle, qu’on revête un autre vêtement, propre et sans souillure.
Verse 16
गन्धद्वारां दुराधर्षाम् इति मन्त्रेण मन्त्रवित् कपिलागोमयेनैव खस्थेनैव तु लेपयेत्
Connaissant le mantra, l’adepte doit enduire le lieu de culte ou l’emplacement du Liṅga avec la bouse d’une vache fauve (kapilā), n’employant que ce qu’il a sous la main, tout en récitant le mantra qui commence par « gandhadvārāṁ durādharṣām ».
Verse 17
पुनः स्नात्वा परित्यज्य तद्वस्त्रं मलिनं ततः शुक्लवस्त्रपरीधानो भूत्वा स्नानं समाचरेत्
Après s’être baigné de nouveau, il doit rejeter ce vêtement souillé. Puis, revêtu d’habits blancs et purs, qu’il accomplisse selon le rite le bain de purification, devenant ainsi digne d’adorer Pati (le Seigneur Śiva), qui desserre les liens (pāśa) du paśu (l’âme incarnée).
Verse 18
सर्वपापविशुद्ध्यर्थम् आवाह्य वरुणं तथा सम्पूज्य मनसा देवं ध्यानयज्ञेन वै भवम्
Pour se purifier de tous les péchés, qu’il invoque Varuṇa ; puis, après avoir honoré le Seigneur intérieurement par l’esprit, qu’il adore Bhava (Śiva) par le sacrifice de la méditation, le yajña du dhyāna.
Verse 19
आचम्य त्रिस्तदा तीर्थे ह्य् अवगाह्य भवं स्मरन् पुनराचम्य विधिवद् अभिमन्त्र्य महाजलम्
Après avoir accompli l’ācamana en buvant trois fois l’eau sanctifiante, qu’il s’immerge dans le tīrtha sacré, se souvenant de Bhava (Śiva) durant le bain. Puis, refaisant l’ācamana, qu’il consacre selon la règle l’eau abondante par le mantra.
Verse 20
अवगाह्य पुनस्तस्मिन् जपेद्वै चाघमर्षणम् तत्तोये भानुसोमाग्निमण्डलं च स्मरेद्वशी
Après s’être immergé de nouveau dans cette eau, le pratiquant discipliné doit réciter l’Aghamarṣaṇa, le mantra qui dissipe le péché. Et dans cette même eau, qu’il contemple les cercles du Soleil, de la Lune et du Feu, tenant les sens sous maîtrise. Ainsi, par le mantra et la vision intérieure, le paśu est mené de l’impureté vers la pureté de Śiva.
Verse 21
आचम्य च पुनस्तस्माज् जलादुत्तीर्य मन्त्रवित् प्रविश्य तीर्थमध्ये तु पुनः पुण्यविवृद्धये
Après avoir accompli l’ācamana, le connaisseur des mantras doit ressortir de cette eau, puis rentrer de nouveau au cœur même du tīrtha sacré, encore une fois, pour accroître le mérite—purifiant le paśu (l’âme individuelle) par un rite discipliné offert à Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 22
शृङ्गेण पर्णपुटकैः पालाशैः क्षालितैस् तथा सकुशेन सपुष्पेण जलेनैवाभिषेचयेत्
En prenant une corne comme récipient d’aspersion, qu’on accomplisse l’abhiṣeka du Liṅga avec de l’eau purifiée par des coupes de feuilles de Palāśa lavées, accompagnée d’herbe kuśa et de fleurs. Ainsi le dévot baigne rituellement Pati dans le culte śaiva discipliné, relâchant les liens de pāśa qui entravent le paśu.
Verse 23
रुद्रेण पवमानेन त्वरिताख्येन मन्त्रवित् तरत्समन्दीवर्गाद्यैस् तथा शान्तिद्वयेन च
Le connaisseur des mantras doit accomplir sans tarder le rite d’apaisement pour Rudra au moyen des formules Pavamāna et Tvarita (à l’action rapide), avec le groupe Taratsamandī et les mantras apparentés, et en recourant aussi à la double Śānti—afin d’apporter apaisement et protection.
Verse 24
शान्तिधर्मेण चैकेन पञ्चब्रह्मपवित्रकैः तत्तन्मन्त्राधिदेवानां स्वरूपं च ऋषीन् स्मरन्
En pratiquant l’unique discipline d’apaisement (śānti-dharma) et en recourant aux purifications des Cinq Brahmans (pañcabrahma), qu’on médite les formes véritables des divinités présidant chaque mantra et qu’on se souvienne des ṛṣi qui leur sont liés—ainsi le culte du Liṅga devient sans faute et digne de recevoir la grâce de Pati (Śiva) pour le paśu enchaîné.
Verse 25
एवं हि चाभिषिच्याथ स्वमूर्ध्नि पयसा द्विजाः ध्यायेच्च त्र्यम्बकं देवं हृदि पञ्चास्यम् ईश्वरम्
Ainsi, après avoir accompli l’ablution, ô deux-fois-nés (dvija), vous devez aussi asperger de lait votre propre tête ; puis, méditant dans le cœur, contemplez le Dieu Tryambaka aux trois yeux—Īśvara, le Seigneur aux cinq visages.
Verse 26
आचम्याचमनं कुर्यात् स्वसूत्रोक्तं समीक्ष्य च पवित्रहस्तः स्वासीनः शुचौ देशे यथाविधि
Après avoir d’abord pris une gorgée d’eau pour se purifier, qu’on accomplisse l’ācamana exactement selon ce qu’énonce son propre sūtra ; la main rendue pure par le rite, assis en un lieu net, qu’on agisse conformément à la règle—devenant ainsi digne du culte de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 27
अभ्युक्ष्य सकुशं चापि दक्षिणेन करेण तु पिबेत्प्रक्षिप्य त्रिस्तोयं चक्री भूत्वा ह्यतन्द्रितः
Après avoir aspergé l’eau sanctifiante et pris aussi l’herbe kuśa, qu’il boive de la main droite ; puis, après avoir rejeté l’eau trois fois, qu’il devienne « cakrī », se mouvant en un circuit rituel, toujours vigilant et sans se laisser distraire. Ainsi le rite s’avance vers Pati, desserrant le lien (pāśa) qui entrave le paśu, l’âme incarnée, par une pureté disciplinée.
Verse 28
प्रदक्षिणं ततः कुर्याद् धिंसापापप्रशान्तये एवं संक्षेपतः प्रोक्तं स्नानाचमनमुत्तमम्
Ensuite, qu’on accomplisse la pradakṣiṇā (circumambulation) afin d’apaiser le péché né de la violence et du tort causé. Ainsi, brièvement, a été enseignée la discipline suprême du bain rituel et de l’ācamana.
Verse 29
सर्वेषां ब्राह्मणानां तु हितार्थे द्विजसत्तमाः
Pour le bien de tous les brāhmaṇas, les meilleurs parmi les deux-fois-nés agirent avec une intention bienfaisante, soutenant le dharma qui porte l’ordre de Śiva dans le monde.
The chapter enumerates Varuna-snana (invoking and honoring Varuna), Agneya-snana (fire-associated purification), and Mantra-snana (purification through consecrated water empowered by mantra), after which one proceeds to worship Parameshvara.
True shuddhi depends on awakened, clarified consciousness: if bhava is impure, bathing and even ash application do not purify; if bhava is pure, one should maintain proper shaucha and proceed according to vidhi.
The sequence includes repeated achamana, remembrance of Bhava (Shiva), mantra-empowerment of water, Aghamarshana-japa, mental visualization of Surya–Soma–Agni mandalas in the water, abhisheka with sanctified water (often with kusa and leaves), and concluding achamana with pradakshina.