
Aghora-Mantra Japa: Graded Expiations, Pañcagavya Purification, and Homa for Mahāpātaka-Nivṛtti
Sūta raconte que, dans un kalpa effrayant et d’une teinte sombre, Brahmā loue Śiva; Śiva répond par anugraha et déclare que, sous cette forme même, il dissout les péchés sans aucun doute. Il énumère ensuite les catégories de fautes—mahāpātaka, upapātaka, et manquements de l’esprit, de la parole et du corps, y compris les impuretés héritées ou accidentelles—et prescrit le japa du mantra Aghora comme remède, avec des nombres proportionnés selon l’intention et le mode de récitation (mānasa, vācika, upāṃśu). Des barèmes précis sont donnés pour des crimes tels que brahmahatyā, vīrahatyā, bhrūṇahatya, mātṛhatyā, go-hatyā, kṛtaghnatā, violence envers les femmes, surāpāna et suvarṇa-steya, ainsi que pour les péchés contractés par fréquentation. Le chapitre décrit ensuite le protocole rituel : emploi de la Rudra-gāyatrī, collecte du pañcagavya (go-mūtra, go-maya, kṣīra, dadhi, ghṛta), préparation du kuśodaka dans des récipients prescrits, puis un homa avec ghṛta, caru, samidhs, tila, yava et vrīhi. Viennent ensuite le bain, l’absorption du mélange devant Śiva et le Brahma-japa. Il conclut que même les grands coupables sont purifiés—parfois instantanément malgré une longue histoire karmique—et recommande le japa quotidien pour une purification universelle, annonçant l’enseignement d’une discipline śaiva durable comme voie normative plutôt que simple remède d’urgence.
Verse 1
सूत उवाच ततस्तस्मिन् गते कल्पे कृष्णवर्णे भयानके तुष्टाव देवदेवेशं ब्रह्मा तं ब्रह्मरूपिणम्
Sūta dit : Alors, lorsque ce kalpa redoutable, de sombre complexion, fut passé, Brahmā loua le Seigneur des dieux—Deva-Deveśa (Śiva), dont la forme même est le Brahman, le Pati suprême au-delà de tout pāśa et de tout paśu.
Verse 2
अनुगृह्य ततस्तुष्टो ब्रह्माणमवदद्धरः अनेनैव तु रूपेण संहरामि न संशयः
Alors, ayant accordé sa grâce et satisfait, le Porteur (Śiva) dit à Brahmā : «Oui, par cette même forme j’accomplis la dissolution (saṃhāra) ; il n’y a point de doute.»
Verse 3
ब्रह्महत्यादिकान् घोरांस् तथान्यानपि पातकान् हीनांश्चैव महाभाग तथैव विविधान्यपि
Ô noble, cette discipline de Śiva détruit les fautes terribles, à commencer par le brahma-hatyā, ainsi que d’autres transgressions—qu’elles soient mineures, dégradées ou de multiples sortes—tranchant le pāśa (lien) qui enchaîne le paśu (l’âme incarnée) et le tournant vers le Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 4
उपपातकमप्येवं तथा पापानि सुव्रत मानसानि सुतीक्ष्णानि वाचिकानि पितामह
«De même, ô toi au vœu excellent, même les upapātaka (fautes secondaires) et les autres péchés—ceux commis par l’esprit et ceux commis par une parole âpre et tranchante—doivent être compris (et traités) ainsi. Ô Pitāmaha.»
Verse 5
कायिकानि सुमिश्राणि तथा प्रासंगिकानि च बुद्धिपूर्वं कृतान्येव सहजागन्तुकानि च
Les actions sont de plusieurs sortes : actes du corps ; actes mêlés (par l’intention et le fruit) ; actes nés incidemment des circonstances ; actes accomplis délibérément avec intention préalable ; et actes innés ou survenant de façon adventice. En connaissant ces distinctions, le paśu (l’âme liée) discerne l’œuvre du pāśa et tourne sa puissance d’agir vers le Pati, Śiva.
Verse 6
मातृदेहोत्थितान्येवं पितृदेहे च पातकम् संहरामि न संदेहः सर्वं पातकजं विभो
Ô Seigneur, je dissous les péchés nés du corps de la mère, et de même les péchés liés au corps du père. Il n’y a nul doute : Tu consumes toute faute issue de l’acte mauvais, ô Souverain.
Verse 7
लक्षं जप्त्वा ह्यघोरेभ्यो ब्रह्महा मुच्यते प्रभो तदर्धं वाचिके वत्स तदर्धं मानसे पुनः
Ô Seigneur, même celui qui a tué un brāhmaṇa est délivré en accomplissant cent mille récitations du mantra Aghora. Ô bien-aimé, si l’on récite à voix haute, la moitié de ce nombre suffit, et si l’on le fait mentalement, la moitié de cette moitié suffit encore.
Verse 8
चतुर्गुणं बुद्धिपूर्वे क्रोधादष्टगुणं स्मृतम् वीरहा लक्षमात्रेण भ्रूणहा कोटिमभ्यसेत्
On se souvient que l’expiation est quadruple lorsque l’acte est commis avec délibération préalable ; mais s’il est commis sous l’emportement de la colère, elle est tenue pour octuple. Celui qui a tué un héros doit entreprendre la pratique jusqu’à la mesure de cent mille ; celui qui a tué un embryon, jusqu’à la mesure de dix millions.
Verse 9
मातृहा नियुतं जप्त्वा शुध्यते नात्र संशयः गोघ्नश्चैव कृतघ्नश् च स्त्रीघ्नः पापयुतो नरः
Même celui qui a tué sa mère se purifie en accomplissant un niyuta de japa — il n’y a là aucun doute. De même, le tueur d’une vache, l’ingrat qui trahit ses bienfaiteurs et le meurtrier d’une femme — bien que chargé de péché — peuvent être purifiés par une répétition tournée vers Śiva.
Verse 10
अयुताघोरमभ्यस्य मुच्यते नात्र संशयः सुरापो लक्षमात्रेण बुद्ध्याबुद्ध्यापि वै प्रभो
En pratiquant à maintes reprises le japa du mantra Aghora dix mille fois, on est délivré — il n’y a là aucun doute. Même le buveur d’alcool enivrant est délivré en l’accomplissant jusqu’à cent mille fois, qu’il le fasse sciemment ou non, ô Seigneur.
Verse 11
मुच्यते नात्र संदेहस् तदर्धेन च वारुणीम् अस्नाताशी सहस्रेण अजपी च तथा द्विजः
Il est délivré—sans aucun doute. Même par la moitié de cette observance, on obtient le mérite du rite de Vāruṇī. Même un dvija qui ne s’est pas baigné et a déjà mangé, ou celui qui est sans japa, est purifié en l’accomplissant mille fois.
Verse 12
अहुताशी सहस्रेण अदाता च विशुध्यति ब्राह्मणस्वापहर्ता च स्वर्णस्तेयी नराधमः
Même celui qui se nourrit d’une nourriture prise sans offrande au feu sacré est purifié par mille actes d’expiation; de même celui qui retient l’aumône. Mais celui qui vole les biens d’un brāhmaṇa, et le voleur d’or—un tel homme est le plus vil des humains.
Verse 13
नियुतं मानसं जप्त्वा मुच्यते नात्र संशयः गुरुतल्परतो वापि मातृघ्नो वा नराधमः
Après avoir accompli un niyuta de japa mental, on est délivré—sans aucun doute. Même un homme enlisé dans les liens les plus graves du péché—celui qui profane le lit du guru, ou même un matricide, le plus vil des hommes—peut être relâché du pāśa par une telle récitation intérieure centrée sur Śiva.
Verse 14
ब्रह्मघ्नश् च जपेदेवं मानसं वै पितामह संपर्कात्पापिनां पापं तत्समं परिभाषितम्
Ô Pitāmaha, même le meurtrier d’un brāhmaṇa doit répéter mentalement le Nom du Seigneur divin; car il est déclaré que, par le contact avec les pécheurs, on contracte un péché d’égale mesure. C’est pourquoi le japa intérieur est prescrit comme purification.
Verse 15
तथाप्ययुतमात्रेण पातकाद्वै प्रमुच्यते संसर्गात्पातकी लक्षं जपेद्वै मानसं धिया
Pourtant, par seulement dix mille répétitions (du mantra de Śiva), on est vraiment délivré du péché. Mais le pécheur souillé par une mauvaise fréquentation doit le répéter mentalement cent mille fois, avec une intelligence ferme et purifiée.
Verse 16
उपांशु यच्चतुर्धा वै वाचिकं चाष्टधा जपेत् पातकादर्धमेव स्याद् उपपातकिनां स्मृतम्
Qu’on répète le mantra à voix basse (upāṁśu) quatre fois, et à voix haute (vācika) huit fois. Il est enseigné que, pour ceux qui portent des fautes secondaires (upapātaka), le fruit n’est que la moitié de celui obtenu pour les fautes graves (pātaka).
Verse 17
तदर्धं केवले पापे नात्र कार्या विचारणा ब्रह्महत्या सुरापानं सुवर्णस्तेयमेव च
Pour une faute qui n’est que mal pur, la moitié (de l’expiation énoncée) s’applique; il n’y a ici rien à débattre. Telles sont : le meurtre d’un brahmane, la boisson enivrante et le vol de l’or.
Verse 18
कृत्वा च गुरुतल्पं च पापकृद्ब्राह्मणो यदि रुद्रगायत्रिया ग्राह्यं गोमूत्रं कापिलं द्विजाः
Ô deux-fois-nés, si un brahmane, devenu auteur de faute, commet le grave forfait de souiller le lit du maître (gurutaḷpa), qu’il prenne la Rudra-Gāyatrī pour mantra de purification et qu’il absorbe, en expiation, l’urine d’une vache Kapilā, fauve. Par la puissance du mantra de Rudra, le paśu (l’âme liée) se détourne du pāśa (impureté et démérite) et revient vers le Seigneur, Pati, Śiva.
Verse 19
गन्धद्वारेति तस्या वै गोमयं स्वस्थम् आहरेत् तेजो ऽसि शुक्तम् इत्याज्यं कापिलं संहरेद्बुधः
En récitant le mantra qui commence par « gandha-dvāre… », qu’il apporte une bouse de vache pure et saine. En récitant « tejo ’si… », le pratiquant avisé doit aussi recueillir l’ājya, le beurre clarifié, d’une vache Kapilā — digne d’être offert dans l’adoration de Śiva.
Verse 20
आप्यायस्वेति च क्षीरं दधिक्राव्णेति चाहरेत् गव्यं दधि नवं साक्षात् कापिलं वै पितामह
En prononçant le mantra « Āpyāyasva », qu’il offre du lait; et en récitant « Dadhikrāvan », qu’il apporte du caillé frais de vache — offrande Kapilā, pure et immédiate, ô Pitāmaha — convenant au rite de Rudra.
Verse 21
देवस्य त्वेति मन्त्रेण संग्रहेद्वै कुशोदकम् एकस्थं हेमपात्रे वा कृत्वाघोरेण राजते
En récitant le mantra qui commence par « devasya tva… », on doit recueillir l’eau consacrée par la kuśa et la garder rassemblée en un seul lieu—de préférence dans un vase d’or. Ainsi préparée, elle resplendit de la puissance de l’invocation Aghora, digne du service purificateur du Seigneur (Pati) dans le culte du Liṅga.
Verse 22
ताम्रे वा पद्मपात्रे वा पालाशे वा दले शुभे सकूर्चं सर्वरत्नाढ्यं क्षिप्त्वा तत्रैव काञ्चनम्
Dans un vase de cuivre, ou dans un bol en forme de lotus, ou sur une feuille propice de palāśa, on doit déposer le pinceau de kuśa pour l’aspersion rituelle, richement orné de toutes sortes de gemmes ; et là même, on doit aussi placer de l’or—en offrande pour le culte du Liṅga—en honorant Pati, le Seigneur qui délivre les âmes paśu liées par le pāśa.
Verse 23
जपेल्लक्षमघोराख्यं हुत्वा चैव घृतादिभिः घृतेन चरुणा चैव समिद्भिश् च तिलैस् तथा
On doit répéter le mantra d’Aghora cent mille fois, puis accomplir l’offrande au feu avec du ghee et d’autres oblations—en offrant ghee, caru (riz sacrificiel cuit), bois sacrés (samidh) et sésame—achevant ainsi le rite pour obtenir la grâce de Mahādeva et trancher les liens du pāśa qui enchaînent le paśu (l’âme individuelle).
Verse 24
यवैश् च व्रीहिभिश्चैव जुहुयाद्वै पृथक्पृथक् प्रत्येकं सप्तवारं तु द्रव्यालाभे घृतेन तु
On doit offrir séparément des oblations avec l’orge et avec le riz ; et chacune de ces offrandes doit être faite sept fois. Si les matières prescrites manquent, on accomplira l’offrande avec du ghee à la place.
Verse 25
हुत्वाघोरेण देवेशं स्नात्वाघोरेण वै द्विजाः अष्टद्रोणघृतेनैव स्नाप्य पश्चाद्विशोध्य च
Après avoir offert des oblations au Seigneur des dieux avec le mantra d’Aghora, les dvija (les « deux fois nés ») doivent ensuite baigner (la Divinité) avec le mantra d’Aghora. Puis ils doivent l’oindre en ablution avec huit droṇas de ghee, et ensuite accomplir les rites de purification.
Verse 26
अहोरात्रोषितः स्नातः पिबेत्कूर्चं शिवाग्रतः ब्राह्मं ब्रह्मजपं कुर्याद् आचम्य च यथाविधि
Après avoir observé la discipline jour et nuit puis s’être baigné, qu’on boive, en présence de Śiva, une gorgée de l’eau kūrca sanctifiée; ensuite, accomplissant l’ācamana selon la règle, qu’on entreprenne le rite brāhma — le japa du mantra sacré de Brahman — afin de purifier le paśu (l’âme) pour s’approcher de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 27
एवं कृत्वा कृतघ्नो ऽपि ब्रह्महा भ्रूणहा तथा वीरहा गुरुघाती च मित्रविश्वासघातकः
Ayant agi ainsi, même l’ingrat — qu’il soit meurtrier d’un brāhmaṇa, tueur d’un embryon, assassin d’un héros, meurtrier de son guru, ou traître à la confiance d’un ami — encourt les liens les plus lourds de pāpa, qui enchaînent le paśu (l’âme) dans le saṃsāra et entravent son approche de Pati, le Seigneur Śiva.
Verse 28
स्तेयी सुवर्णस्तेयी च गुरुतल्परतः सदा मद्यपो वृषलीसक्तः परदारविधर्षकः
Le voleur; le voleur d’or; celui qui, sans cesse, profane le lit du guru; le buveur d’enivrants; celui qui s’attache à une femme de conduite impure; et celui qui outrage l’épouse d’autrui — un tel homme chemine dans un adharma funeste et approfondit les liens (pāśa) qui tiennent le paśu (l’âme) loin de Pati, Śiva.
Verse 29
ब्रह्मस्वहा तथा गोघ्नो मातृहा पितृहा तथा देवप्रच्यावकश्चैव लिङ्गप्रध्वंसकस् तथा
De même, celui qui vole les biens d’un brāhmaṇa, celui qui tue une vache, celui qui tue sa mère et celui qui tue son père; ainsi que celui qui fait choir les dieux de leur rang divin, et celui qui détruit le Liṅga — tout cela est compté parmi les fautes les plus graves, apportant une sévère servitude (pāśa) au paśu (l’âme) par mépris de Pati, Śiva.
Verse 30
तथान्यानि च पापानि मानसानि द्विजो यदि वाचिकानि तथान्यानि कायिकानि सहस्रशः
De même, si un deux-fois-né commet d’autres péchés — de pensée, de parole ou d’acte — innombrables dans leur diversité, qu’on comprenne qu’eux aussi enchaînent le paśu par le pāśa, jusqu’à purification par la discipline juste et l’expiation tournée vers Śiva.
Verse 31
कृत्वा विमुच्यते सद्यो जन्मान्तरशतैरपि एतद्रहस्यं कथितम् अघोरेशप्रसंगतः
L’ayant accompli, on est délivré sur-le-champ, fût-on lié par des centaines de naissances. Cet enseignement secret a été révélé en lien avec Aghoreśa (le Seigneur Aghora), le Pati qui tranche le pāśa enchaînant le paśu.
Verse 32
तस्माज्जपेद्द्विजो नित्यं सर्वपापविशुद्धये
C’est pourquoi le dvija (deux fois né) doit accomplir le japa chaque jour, afin que tous les péchés soient pleinement purifiés. Ainsi se desserre le pāśa (lien) qui enchaîne le paśu (l’âme) et il se tourne vers le Pati, le Seigneur Śiva.
It presents graded efficacy and corresponding counts: mental (mānasa) and verbal (vācika) recitation are measured differently, and upāṃśu (low/whispered) is given a distinct scaling—establishing a hierarchy of discipline and intentionality for prāyaścitta.
Brahmahatyā, surāpāna, suvarṇa-steya, and gurutalpa are explicitly named; the remedy centers on Aghora-mantra japa with specified counts, supported by pañcagavya-based purification and homa, culminating in bathing and devotional observances before Śiva.
Collection and use of pañcagavya items, kuśodaka in specified vessels, homa offerings (ghṛta, caru, samidh, tila, yava, vrīhi) in repeated cycles, followed by bathing, drinking the prepared mixture before Śiva, and performing Brahma-japa as per rule (yathā-vidhi).