Adhyaya 21
Purva BhagaAdhyaya 2178 Verses

Adhyaya 21

Genealogies from Purūravas to the Haihayas; Jayadhvaja’s Vaiṣṇava Resolve, Sage-Adjudication, and the Slaying of Videha

Poursuivant le récit des dynasties, Romaharṣaṇa retrace la lignée lunaire depuis Aila Purūravas, par Āyu et Nahusha, jusqu’à Yayāti, dont le partage des royaumes entre Yadu, Turvasu, Druhyu et Pūru établit la carte politique d’une royauté conforme au dharma. Le récit suit ensuite le courant Yādava/Haihaya jusqu’à Kārtavīrya Arjuna (Sahasrabāhu) et ses descendants, et présente un conflit doctrinal entre frères royaux : le roi doit-il vénérer principalement Rudra ou Viṣṇu ? Le débat, éclairé par la théologie des guṇa (sattva–rajas–tamas), est tranché par les Sept Ṛṣi, qui reconnaissent l’iṣṭa-devatā de chacun tout en prescrivant des divinités tutélaires selon la fonction—en particulier Viṣṇu (et Indra) pour les rois. L’épreuve survient lorsque le Dānava Videha attaque ; Jayadhvaja, se souvenant de Nārāyaṇa, reçoit une aide divine (manifestation du cakra) et vainc l’ennemi. Viśvāmitra lui enseigne ensuite la suprématie de Viṣṇu et son culte par le devoir du varṇāśrama et le détachement, tandis que d’autres frères accomplissent des sacrifices à Rudra. Le chapitre se clôt par une phalaśruti explicite promettant purification et accès au monde de Viṣṇu aux auditeurs, annonçant des enseignements sur le culte juste et la bhakti disciplinée.

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Shlokas

Verse 1

इति श्रीकूर्मपुराणे षट्साहस्त्र्यां संहितायां पूर्वविभागे विशो ऽध्यायः रोमहर्षण उवाच ऐलः पुरूरवाश्चाथ राजा राज्यमपालयत् / तस्य पुत्रा बभूवुर्हि षडिन्द्रसमतेजसः

Ainsi, dans le Śrī Kūrma Purāṇa, dans la compilation de six mille vers, dans la section antérieure, au vingt-et-unième chapitre, Romaharṣaṇa déclara : «Aila Purūravas régna alors et protégea le royaume. En vérité, il eut six fils, dont l’éclat égalait celui d’Indra.»

Verse 2

आयुर्मायुरमावायुर्विश्वायुश्चैव वीर्यवान् / शतायुश्च श्रुतायुश्च दिव्याश्चैवोर्वशीसुताः

Āyu, Māyu, Amāvāyu et Viśvāyu —le vaillant—, ainsi que Śatāyu, Śrutāyu et Divya : ceux-là, en vérité, furent les fils d’Urvaśī.

Verse 3

आयुषस्तनया वीराः पञ्चैवासन् महौजसः / स्वर्भानुतनयायां वै प्रभायामिति नः श्रुतम्

Nous avons entendu qu’Āyuṣa eut cinq fils héroïques, tous d’une grande vigueur, nés de Prabhā, la fille de Svarbhānu.

Verse 4

नहुषः प्रथमस्तेषां धर्मज्ञो लोकविश्रुतः / नहुषस्य तु दायादाः षडिन्द्रोपमतेजसः

Parmi eux, Nahusha fut le premier : connaisseur du dharma et renommé dans le monde. Quant aux héritiers de Nahusha, ils furent au nombre de six, chacun doté d’un éclat comparable à celui d’Indra.

Verse 5

उत्पन्नाः पितृकन्यायां विरजायां महाबलाः / यतिर्ययातिः संयातिरायातिः पञ्चको ऽश्वकः

De Virajā, fille des Pitṛs, naquirent des fils d’une grande puissance : Yati, Yayāti, Saṁyāti, Āyāti et Pañcaka (aussi appelé Aśvaka).

Verse 6

तेषां ययातिः पञ्चानां महाबलपराक्रमः / देवयानीमुखनसः सुतां भार्यामवाप सः / शर्मिष्ठामासुरीं चैव तनयां वृषपर्वणः

Parmi ces cinq, Yayāti — puissant en force et en vaillance — prit pour épouse Devayānī, fille de Śukra (Uśanas) ; et il prit aussi Śarmiṣṭhā, jeune fille asura, fille de Vṛṣaparvan.

Verse 7

यदुं च तुर्वसुं चैव देवयानी व्यजायत / द्रुह्युं चानुं च पूरुं च शर्मिष्ठा चाप्यजीजनत्

Devayānī enfanta Yadu et Turvasu ; et Śarmiṣṭhā, elle aussi, enfanta Druhyu, Anu et Pūru.

Verse 8

सो ऽभ्यषिञ्चदतिक्रम्य ज्येष्ठं यदुमनिन्दितम् / पुरुमेव कनीयासं पितुर्वचनपालकम्

Le roi accomplit la consécration royale, passant outre l’aîné irréprochable, Yadu, et n’oignit que Puru, le cadet, car il était le fidèle gardien de l’ordre de son père.

Verse 9

दिशि दक्षिणपूर्वस्यां तुर्वसुं पुत्रमादिशत् / दक्षिणापरयो राजा यदुं ज्येष्ठं न्ययोजयत् / प्रतीच्यामुत्तारायां च द्रुह्युं चानुमकल्पयत्

Dans le quartier du sud-est, le roi établit son fils Turvasu. Dans la région du sud-ouest, il assigna Yadu, l’aîné. Et vers l’ouest comme vers le nord, il attribua aussi, selon l’ordre, Druhyu.

Verse 10

तैरियं पृथिवी सर्वा धर्मतः परिपालिता / राजापि दारसहितो नवं प्राप महायशाः

Par eux, toute la terre fut protégée selon le dharma ; et le roi, d’une grande renommée, avec sa reine, atteignit un état nouveau de prospérité et de gloire.

Verse 11

यदोरप्यभवन् पुत्राः पञ्च देवसुतोपमाः / सहस्त्रजित् तथाज्येष्ठः क्रोषटुर्नालो ऽजितोरघुः

À Yadu aussi naquirent cinq fils, pareils aux fils des dieux : Sahastrajit ; et l’aîné, Kroṣaṭu ; Nāla ; Ajita ; et Raghu.

Verse 12

सहस्त्रजित्सुतस्तद्वच्छतजिन्नाम पार्थिवः / सुताः शतजितो ऽप्यासंस्त्रयः परमधार्मिकाः

Sahastrajit eut lui aussi un fils, un roi nommé Śatajīt. Et Śatajīt eut à son tour trois fils, tous souverainement voués au dharma.

Verse 13

हैहयश्च हयश्चैव राजा वेणुहयः परः / हैहयस्याभवत् पुत्रो धर्म इत्यभिविश्रुतः

Il y eut les rois Haihaya et Haya, ainsi que l’éminent souverain Veṇuhaya. De Haihaya naquit un fils, renommé sous le nom de Dharma.

Verse 14

तस्य पुत्रो ऽभवद् विप्रा धर्मनेत्रः प्रतापवान् / धर्मनेत्रस्य कीर्तिस्तु संजितस्तत्सुतो ऽभवत्

Ô brahmanes, son fils fut le puissant Dharmanetra ; et de Dharmanetra naquit Kīrti, dont le fils, à son tour, fut Saṃjita.

Verse 15

महिष्मान् संजितस्याभूद् भद्रश्रेण्यस्तदन्वयः / भद्रश्रेण्यस्य दायादो दुर्दमो नाम पार्थिवः

De Saṃjita naquit Mahiṣmān ; dans sa lignée apparut Bhadrashreṇya. Et l’héritier de Bhadrashreṇya fut un roi nommé Durdama.

Verse 16

दुर्दमस्य सुतो धीमान् धनको नाम वीर्यवान् / धनकस्य तु दायादाश्चत्वारो लोकसम्मताः

Durdama eut un fils sage et vaillant nommé Dhanaka. Et Dhanaka, en vérité, eut quatre héritiers, renommés et reconnus parmi le peuple.

Verse 17

कृतवीर्यः कृताग्निश्च कृतवर्मा तथैव च / कृतौजाश्च चतुर्थो ऽभूत् कार्तवीर्योर्ऽजुनो ऽभवत्

Il y eut Kṛtavīrya, Kṛtāgni et aussi Kṛtavarmā ; et Kṛtaujā fut le quatrième. De Kārtavīrya naquit Arjuna, le Kartavīrya Arjuna.

Verse 18

सहस्त्रबाहुर्द्युतिमान् धनुर्वेदविदां वरः / तस्य रामो ऽभवन्मृत्युर्जामदग्न्यो जनार्दनः

Sahasrabāhu, rayonnant, était le plus éminent des connaisseurs du Dhanurveda, la science de l’arc; pourtant, pour lui, Rāma—Jāmadagnya Janārdana—devint la Mort elle-même.

Verse 19

तस्य पुत्रशतान्यासन् पञ्च तत्र महारथाः / कृतास्त्रा बलिनः शूरा धर्मात्मानो नमस्विनः

Il eut des centaines de fils; parmi eux se trouvaient cinq grands guerriers de char, maîtres des armes, puissants et vaillants, l’âme établie dans le dharma et dignes d’un hommage révérencieux.

Verse 20

शूरश्च शूरसेनश्च धृष्णः कृष्णस्तथैव च / जयध्वजश्च बलवान् नारायणपरो नृपः

Il y eut des rois nommés Śūra et Śūrasena, ainsi que Dhṛṣṇa et Kṛṣṇa; et Jayadhvaja aussi—puissant de vigueur—un souverain voué à Nārāyaṇa.

Verse 21

शूरसेनादयः सर्वे चत्वारः प्रथितौजसः / रुद्रभक्ता महात्मानः पूजयन्ति स्म शङ्करम्

Tous les quatre—à commencer par les Śūrasena—célèbres par leur puissance, étaient de grandes âmes, dévots de Rudra, et ils adoraient Śaṅkara (Śiva).

Verse 22

जयध्वजस्तु मतिमान् देवं नारायणं हरिम् / जगाम शरणं विष्णुं दैवतं धर्मतत्परः

Mais Jayadhvaja, sage en ses desseins et voué au dharma, alla chercher refuge auprès du divin Hari—Nārāyaṇa, Viṣṇu—ne le tenant, Lui seul, pour sa divinité d’élection.

Verse 23

तमूचुरितरे पुत्रा नायं धर्मस्तवानघ / ईश्वराराधनरतः पितास्माकमभूदिति

Alors les autres fils dirent : «Ô toi sans faute, ceci n’est pas ton dharma ; car notre père était voué à l’adoration du Seigneur (Īśvara).»

Verse 24

तानब्रवीन्महातेजा एष धर्मः परो मम / विष्णोरंशेन संभूता राजानो यन्महीतले

Le grand resplendissant leur dit : «Voici Mon dharma suprême : que les rois sur la terre naissent d’une portion de Viṣṇu.»

Verse 25

राज्यं पालयतावश्यं भगवान् पुरुषोत्तमः / पूजनीयो यतो विष्णुः पालको जगतो हरिः

Pour celui qui gouverne un royaume, le Bienheureux Puruṣottama doit assurément être tenu pour le Seigneur qui guide. Viṣṇu est digne d’adoration, car Hari est le protecteur du monde.

Verse 26

सात्त्विकी राजसी चैव तामसी च स्वयंभुवः / तिस्त्रस्तु मूर्तयः प्रोक्ताः सृष्टिस्थित्यन्तहेतवः

On dit que Svayaṃbhu, le Seigneur Né de Lui-même, a trois formes — sāttvika, rājasika et tāmasika — déclarées causes de la création, du maintien et de la dissolution.

Verse 27

सत्त्वात्मा भगवान् विष्णुः संस्थापयति सर्वदा / सृजेद् ब्रह्मा रजोमूर्तिः संहरेत् तामसो हरः

Bhagavān Viṣṇu, de nature sattva, soutient et affermit sans cesse le cosmos. Brahmā, forme du rajas, engendre la création ; et Hara (Śiva), forme du tamas, la retire lors de la dissolution.

Verse 28

तस्मान्महीपतीनां तु राज्यं पालयतामयम् / आराध्यो भगवान् विष्णुः केशवः केशिमर्दनः

Ainsi, pour les rois qui gouvernent et protègent leur royaume, telle est la voie juste : il convient d’adorer le Seigneur bienheureux Viṣṇu—Keśava, le vainqueur de Keśī—comme l’objet suprême de la dévotion.

Verse 29

निशम्य तस्य वचनं भ्रातरो ऽन्ये मनस्विनः / प्रोचुः संहारकृद् रुद्रः पूजनीयो मुमुक्षुभिः

Ayant entendu ses paroles, les autres frères, au cœur magnanime, répondirent : « Rudra, l’agent de la dissolution, doit être adoré par ceux qui aspirent à la délivrance ».

Verse 30

अयं हि भगवान् रुद्रः सर्वं जगदिदं शिवः / तमोगुणं समाश्रित्य कल्पान्ते संहरेत् प्रभुः

Car en vérité ce Bhagavān Rudra—Śiva lui-même—est la totalité de cet univers. S’appuyant sur le guṇa de tamas, le Seigneur résorbe le cosmos à la fin d’un kalpa.

Verse 31

या सा घोरतरा मूर्तिरस्य तेजामयी परा / संहरेद् विद्यया सर्वं संसारं शूलभृत् तया

Cette Forme sienne, souverainement rayonnante et la plus redoutable—faite de pur éclat spirituel—par cette puissance de la connaissance sacrée, le Porteur du Trident résorbe tout le cycle du saṃsāra.

Verse 32

ततस्तानब्रवीद् राजा विचिन्त्यासौ जयध्वजः / सत्त्वेन मुच्यते जन्तुः सत्त्वात्मा भगवान् हरिः

Alors le roi Jayadhvaja, après avoir médité, leur dit : « L’être vivant est délivré par le sattva ; car Bhagavān Hari est de la nature même du sattva ».

Verse 33

तमूचुर्भ्रातरो रुद्रः सेवितः सात्त्विकैर्जनैः / मोचयेत् सत्त्वसंयुक्तः पूजयेशं ततो हरम्

Alors les frères dirent : « Rudra est honoré par les êtres de nature sāttvique. Uni au sattva, il accorde la délivrance ; c’est pourquoi il faut vénérer d’abord Īśa (Śiva), puis Hari (Viṣṇu). »

Verse 34

अथाब्रवीद् राजपुत्रः प्रहसन् वै जयध्वजः / स्वधर्मो मुक्तये पन्था नान्यो मुनिभिरष्यते

Alors le prince Jayadhvaja, souriant, déclara : « Le svadharma, le devoir prescrit à chacun, est la voie de la libération ; nulle autre voie n’est approuvée par les sages. »

Verse 35

तथा च वैष्णवी शक्तिर्नृपाणां देवता सदा / आराधनं परो धर्मो पुरारेरमितौजसः

Ainsi, la puissance divine Vaiṣṇavī demeure à jamais la divinité tutélaire des rois ; et le dharma suprême est l’adoration fervente du Seigneur à la puissance sans mesure, vainqueur de Tripura (le Souverain).

Verse 36

तमब्रवीद् राजपुत्रः कृष्णो मतिमतां वरः / यदर्जुनो ऽस्मज्जनकः स्वधर्मं कृतवानिति

Alors le prince Kṛṣṇa, le meilleur des esprits avisés, dit : « Parce qu’Arjuna, notre ancêtre, a accompli son propre svadharma. »

Verse 37

एवं विवादे वितते शूरसेनो ऽब्रवीद् वचः / प्रमाणमृषयो ह्यत्र ब्रूयुस्ते यत् तथैव तत्

Ainsi, tandis que la querelle s’envenimait, Śūrasena prononça ces mots : « Ici, les ṛṣi sont la mesure même de l’autorité ; ce qu’ils déclarent être ainsi, cela seul est ainsi. »

Verse 38

ततस्ते राजशार्दूलाः पप्रच्छुर्ब्रह्मवादिनः / गत्वा सर्वे सुसंरब्धाः सप्तर्षोणां तदाश्रमम्

Alors ces rois, pareils à des tigres, animés d’une résolution ardente, se rendirent tous à l’ermitage des Sept Ṛṣi ; et là, ils interrogèrent les brahma-vādin, les exposants de la vérité sacrée.

Verse 39

तानब्रुवंस्ते मुनयो वसिष्ठाद्या यथार्थतः / या यस्याभिमता पुंसः सा हि तस्यैव देवता

Alors les sages — Vasiṣṭha et les autres — leur dirent en toute vérité : « La divinité qu’un homme chérit et choisit par-dessus tout, celle-là même devient sa propre divinité, son iṣṭa-devatā. »

Verse 40

किन्तु कार्यविशेषेण पूजिताश्चेष्टदा नृणाम् / विशेषात् सर्वदा नायं नियमो ह्यन्यथा नृपाः

Mais lorsqu’un but particulier doit être accompli, on les vénère selon les besoins et les efforts des hommes. Ainsi, cette règle n’est pas absolue en tout temps ; dans des cas spéciaux, il en va autrement, ô rois.

Verse 41

नृपाणां दैवतं विष्णुस्तथैव च पुरन्दरः / विप्राणामग्निरादित्यो ब्रह्मा चैव पिनाकधृक्

Pour les rois, les gardiens divins sont Viṣṇu, et de même Purandara (Indra). Pour les brahmanes, il convient de révérer Agni, Āditya (le Soleil), Brahmā, et aussi le Porteur de l’arc Pināka (Śiva).

Verse 42

देवानां दैवतं विष्णुर्दानवानां त्रिशूलभृत् / गन्धर्वाणां तथा सोमो यक्षाणामपि कथ्यते

Pour les Devas, la divinité présidante est Viṣṇu ; pour les Dānavas, le Porteur du trident (Śiva). Pour les Gandharvas, c’est Soma ; et pour les Yakṣas aussi, dit-on, une divinité présidante est établie.

Verse 43

विद्याधराणां वाग्देवी साध्यानां भगवान्रविः / रक्षसां शङ्करो रुद्रः किंनराणां च पार्वती

Pour les Vidyādharas, la divinité présidente est Vāgdevī, la Déesse de la Parole ; pour les Sādhyas, c’est le Soleil béni, Ravi. Pour les Rākṣasas, c’est Śaṅkara—Rudra ; et pour les Kiṁnaras, c’est Pārvatī.

Verse 44

ऋषीणां दैवतं ब्रह्मा महादेवश्च शूलभृत् / मनूनां स्यादुमा देवी तथा विष्णुः सभास्करः

Pour les Ṛṣis, la divinité présidente est Brahmā, et aussi Mahādeva, porteur du trident. Pour les Manus, la déesse présidente est Umā ; de même, leur Seigneur président est Viṣṇu avec Bhāskara (le Soleil).

Verse 45

गृहस्थानां च सर्वे स्युर्ब्रह्मा वै ब्रह्मचारिणाम् / वैखानसानामर्कः स्याद् यतीनां च महेश्वरः

Pour les gṛhasthas (maîtres de maison), tous les dieux sont tenus pour présents. Pour les brahmacārins, Brahmā est véritablement la divinité présidente. Pour les ascètes Vaikhānasa, on dit que le Soleil (Arka) préside ; et pour les yatins, les renonçants, le Seigneur est Maheśvara (Śiva).

Verse 46

भूतानां भगवान् रुद्रः कूष्माण्डानां विनायकः / सर्वेषां भगवान् ब्रह्मा देवदेवः प्रजापतिः

Parmi les êtres, le Seigneur bienheureux est Rudra ; parmi les Kūṣmāṇḍas, c’est Vināyaka. Pour tous les êtres, le Seigneur bienheureux est Brahmā — Dieu des dieux, Prajāpati, Seigneur de la descendance.

Verse 47

इत्येवं भगवान् ब्रह्मा स्वयं देवो ऽभ्यभाषत / तस्माज्जयध्वजो नूनं विष्ण्वाराधनमर्हति

Ainsi parla le Seigneur bienheureux Brahmā — lui-même un dieu — et déclara : « C’est pourquoi Jayadhvaja est assurément digne du culte de Viṣṇu. »

Verse 48

तान् प्रणम्याथ ते जग्मुः पुरीं परमशोभनाम् / पालयाञ्चक्रिरे पृथ्वीं जित्वा सर्वरिपून् रणे

Après s’être prosternés en hommage devant eux, ils partirent vers leur cité d’une splendeur sans pareille; et, ayant vaincu tous les ennemis au combat, ils gouvernèrent la terre.

Verse 49

ततः कदाचिद् विप्रेन्द्रा विदेहो नाम दानवः / भीषणः सर्वसत्त्वानां पुरीं तेषां समाययौ

Puis, un jour, ô le meilleur des brahmanes, un Dānava nommé Videha—terrifiant pour tous les êtres—parvint à leur cité.

Verse 50

दंष्ट्राकरालो दीप्तात्मा युगान्तदहनोपमः / शूलमादाय सूर्याभं नादयन् वै दिशो दश

Terrible par ses crocs saillants, l’âme flamboyante tel le feu de la fin des âges, il saisit un trident éclatant comme le soleil et, rugissant, fit résonner les dix directions.

Verse 51

तन्नादश्रवणान्मर्त्यास्तत्र ये निवसन्ति ते / तत्यजुर्जोवितं त्वन्ये दुद्रुवुर्भयविह्वलाः

À l’audition de ce fracas effroyable, les mortels qui demeuraient là—les uns rendirent sur-le-champ leur vie, tandis que d’autres, saisis de peur, s’enfuirent en déroute.

Verse 52

ततः सर्वे सुसंयत्ताः कार्तवीर्यात्मजास्तदा / युयुधुर्दानवं शक्तिगिरिकूटासिमुद्गरैः

Alors, tous les fils de Kārtavīrya, parfaitement armés et prêts, livrèrent bataille à ce Dānava, le frappant de lances, de pics de montagne brandis comme armes, d’épées et de massues.

Verse 53

तान् सर्वान् दानवो विप्राः शूलेन प्रहसन्निव / वारयामास घोरात्मा कल्पान्ते भैरवो यथा

Ô brahmanes, ce Dānava—à l’âme terrible—les arrêta tous de son trident, comme s’il riait, tel Bhairava à la fin d’un kalpa.

Verse 54

शूरसेनादयः पञ्च राजानस्तु महाबलाः / युद्धाय कृतसंरम्भा विदेहं त्वभिदुद्रुवुः

Cinq rois d’une grande puissance—à commencer par les Śūrasenas—ayant éveillé leur ardeur guerrière, se ruèrent droit vers le pays de Videha.

Verse 55

शूरो ऽस्त्रं प्राहिणोद् रौद्रं शूरसेनस्तु वारुणम् / प्राजापत्यं तथा कृष्णो वायव्यं धृष्ण एव च

Śūra lança le Rudrāstra ; Śūrasena, le Varuṇāstra. De même, Kṛṣṇa déploya le Prajāpatyāstra, et Dhṛṣṇa relâcha le Vāyavyāstra.

Verse 56

जयध्वजश्च कौबेरमैन्द्रमाग्नेयमेव च / भञ्जयामास शूलेन तान्यस्त्राणि स दानवः

Alors Jayadhvaja—le Dānava—brisa de son trident l’arme de Kubera, l’arme d’Indra et l’arme d’Agni, mettant en pièces ces traits.

Verse 57

ततः कृष्णो महावीर्यो गदामादाय भीषणाम् / स्पृष्ट्वा मन्त्रेण तरसा चिक्षेप न ननाद च

Alors Kṛṣṇa, héros d’une grande vaillance, saisit la massue redoutable ; l’ayant touchée d’un mantra, il la lança avec une vitesse fulgurante—sans pourtant pousser de cri.

Verse 58

संप्राप्य सा गादास्योरो विदेहस्य शिलोपमम् / न दानवं चालयितुं शशाकान्तकसंनिभम्

Cette massue, frappant la poitrine du Daitya de Videha—dure comme la pierre—ne put même ébranler le démon, dont la fermeté, aiguë et inflexible, était telle une épine qui perce.

Verse 59

दुद्रुवुस्ते भयग्रस्ता दृष्ट्वा तस्यातिपौरुषम् / जयध्वजस्तु मतिमान् सस्मार जगतः पतिम्

Saisis de peur, ils s’enfuirent en voyant sa prouesse hors du commun; mais Jayadhvaja, le sage, l’esprit inébranlable, se souvint du Seigneur des mondes.

Verse 60

विष्णुं ग्रसिष्णुं लोकादिमप्रमेयमनामयम् / त्रातारं पुरुषं पूर्वं श्रीपतिं पीतवाससम्

Je prends refuge en Viṣṇu—le Seigneur qui consume tout—source primordiale des mondes, incommensurable et sans affliction; le Protecteur, le Purusha originel, l’époux de Śrī, vêtu de jaune.

Verse 61

ततः प्रादुरभूच्चक्रं सूर्यायुतसमप्रभम् / आदेशाद् वासुदेवस्य भक्तानुग्रहकारणात्

Alors le cakra se manifesta, éclatant comme dix mille soleils, sur l’ordre de Vāsudeva, afin d’accorder sa grâce à ses dévots.

Verse 62

जग्राह जगतां योनिं स्मृत्वा नारायणं नृपः / प्राहिणोद् वै विदेहाय दानवेभ्यो यथा हरिः

Se souvenant de Nārāyaṇa—matrice et source des mondes—le roi prit sa charge et envoya vraiment son ordre vers Videha contre les Dānavas, comme agit Hari.

Verse 63

संप्राप्य तस्य घोरस्य स्कन्धदेशं सुदर्शनम् / पृथिव्यां पातयामास शिरो ऽद्रिशिखराकृति

Parvenu à la région de l’épaule de cet adversaire terrible, le coup éclatant fit choir sur la terre sa tête, pareille à un sommet de montagne.

Verse 64

तस्मिन् हते देवरिपौ शीराद्या भ्रातरो नृपाः / समाययुः पुरीं रम्यां भ्रातरं चाप्यपूजयन्

Lorsque l’ennemi des dieux eut été tué, les frères rois—Śīra et les autres—se rassemblèrent dans la cité charmante et rendirent aussi les honneurs dus à leur frère.

Verse 65

श्रुत्वाजगाम भगवान् जयध्वजपराक्रमम् / कार्तवीर्यसुतं द्रष्टुं विश्वामित्रो महामुनिः

Ayant entendu la vaillance de Jayadhvaja, le vénérable grand sage Viśvāmitra se mit en route, désireux de voir le fils de Kārtavīrya.

Verse 66

तमागतमथो दृष्ट्वा राजा संभ्रान्तमानसः / समावेश्यासने रम्ये पूजयामास भावतः

Le voyant arriver, le roi, l’esprit empli d’un zèle respectueux, le fit asseoir sur un siège splendide et l’honora avec une dévotion du cœur.

Verse 67

उवाच भगवान् घोरः प्रसादाद् भवतो ऽसुरः / निपातितो मया संख्ये विदेहो दानवेश्वरः

Le Bienheureux Ghora déclara : « Par ta grâce, ô Seigneur, j’ai abattu au combat l’asura Videha, souverain des Dānavas. »

Verse 68

त्वद्वाक्याच्छिन्नसंदेहो विष्णुं सत्यपराक्रमम् / प्रपन्नः शरणं तेन प्रसादो मे कृतः शुभः

Par tes paroles, mes doutes ont été tranchés. Je me suis réfugié en Viṣṇu, dont la vaillance est vraie et infaillible ; par cet abandon, une grâce de bon augure m’a été accordée.

Verse 69

यक्ष्यामि परमेशानं विष्णुं पद्मदलेक्षणम् / कथं केन विधानेन संपूज्यो हरिरीश्वरः

Je désire adorer le Seigneur Suprême—Viṣṇu, aux yeux semblables aux pétales du lotus. Par quels moyens et selon quel rite Hari, le Seigneur, doit-il être honoré parfaitement ?

Verse 70

को ऽयं नारायणो देवः किंप्रभावश्च सुव्रत / सर्वमेतन्ममाचक्ष्व परं कौतूहलं हि मे

«Qui est ce Seigneur Nārāyaṇa ? Quelle est sa puissance et sa majesté, ô toi aux vœux nobles ? Dis-moi tout clairement, car une grande curiosité s’est levée en moi.»

Verse 71

विश्वामित्र उवाच यतः प्रवृत्तिर्भूतानां यस्मिन् सर्वमिदं जगत् / स विष्णुः सर्वभूतात्मा तमाश्रित्य विमुच्यते

Viśvāmitra dit : De Celui dont procèdent l’élan et la naissance de tous les êtres, et en qui demeure cet univers tout entier—Lui est Viṣṇu, le Soi de tous les êtres. En prenant refuge en Lui, on est délivré.

Verse 72

स्ववर्णाश्रमधर्मेण पूज्यो ऽयं पुरुषोत्तमः / अकामहतभावेन समाराध्यो न चान्यथा

Ce Puruṣottama doit être honoré selon le dharma propre à son varṇa et à son āśrama. Il n’est véritablement apaisé que par un esprit non terrassé par le désir—jamais autrement.

Verse 73

एतावदुक्त्वा भगवान विश्वामित्रो महामुनिः / शूराद्यैः पूजितो विप्रा जगामाथ स्वमालयम्

Après avoir ainsi parlé, le vénérable grand sage Viśvāmitra—honoré par Śūra et les autres, ô brāhmaṇas—se rendit alors à sa propre demeure.

Verse 74

अथ शूरादयो देवमयजन्त महेश्वरम् / यज्ञेन यज्ञगम्यं तं निष्कामा रुद्रमव्ययम्

Alors Śūra et les autres adorèrent Maheśvara, le Grand Seigneur—Rudra l’impérissable—par le sacrifice; et, sans désir égoïste, ils vénérèrent Celui qu’on atteint véritablement par le yajña.

Verse 75

तान् वसिष्ठस्तु भगवान् याजयामास सर्ववित् / गौतमो ऽत्रिरगस्त्यश्च सर्वे रुद्रपरायणाः

Alors le vénérable Vasiṣṭha—omniscient et de nature divine—célébra les sacrifices pour eux; et Gautama, Atri et Agastya également, tous entièrement voués à Rudra.

Verse 76

विश्वामित्रस्तु भगवान् जयध्वजमरिन्दमम् / याजयामास भूतादिमादिदेवं जनार्दनम्

Puis le vénérable Viśvāmitra fit accomplir à Jayadhvaja, dompteur des ennemis, un sacrifice pour Janārdana, source primordiale des êtres, le Dieu premier.

Verse 77

तस्य यज्ञे महायोगी साक्षाद् देवः स्वयं हरिः / आविरासीत् स भगवान् तदद्भुतमिवाभवत्

Dans son sacrifice, le Grand Yogin—Hari lui-même, le Dieu manifesté en personne—apparut. La révélation de ce Bhagavān fut comme l’accomplissement d’un prodige.

Verse 78

य इमं शृणुयान्नित्यं जयध्वजपराक्रमम् / सर्वपापविमुक्तात्मा विष्णुलोकं स गच्छति

Celui qui écoute sans cesse ce récit de la vaillance héroïque de Jayadhvaja est délivré de tous les péchés ; l’âme purifiée, il atteint le monde de Viṣṇu.

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Frequently Asked Questions

The chapter uses guṇa-based cosmology (Viṣṇu-sattva as sustainer; Brahmā-rajas as creator; Rudra-tamas as dissolver) and the sages’ role-based prescriptions: kings are especially guarded by Viṣṇu (and Indra), while other stations and aims may emphasize other deities; iṣṭa-devatā remains valid, but context governs priority.

Viśvāmitra and Jayadhvaja emphasize liberation through sattva and through worship aligned with one’s varṇa–āśrama duties, performed without desire; devotion (śaraṇāgati/smaraṇa) to Nārāyaṇa is shown as efficacious in crisis and as a path to Viṣṇu-loka.

Indirectly: it anticipates Ishvara Gītā-style synthesis by harmonizing Hari and Hara through functional theology, and it gestures toward disciplined, desireless practice (a yogic ethic). Explicit Pāśupata Yoga technicalities are not foregrounded here, but Rudra-sacrifice and Shaiva orientation are acknowledged within the broader samanvaya.