
The Six Dvīpas Beyond Jambūdvīpa and the Cosmic Boundary of Lokāloka
Poursuivant l’exposé du Bhū-maṇḍala après Jambūdvīpa, Śukadeva Gosvāmī commence à décrire les six îles extérieures (dvīpas), à partir de Plakṣadvīpa. Il présente le schéma d’expansion concentrique—chaque dvīpa et l’océan qui l’entoure—ainsi que les souverains issus de Priyavrata, les sept varṣas de chaque dvīpa, leurs montagnes et rivières, et la purification obtenue en se baignant dans ces eaux. Les habitants observent des divisions proches du varṇāśrama et adorent le Seigneur Suprême à travers une forme cosmique présidante : le Soleil à Plakṣa, Soma à Śālmalī, Agni à Kuśa, Varuṇa/l’eau à Krauñca, Vāyu à Śāka, et Brahmā comme karma-maya à Puṣkara. Le chapitre se tourne ensuite vers les limites de l’univers : la montagne Mānasottara de Puṣkaradvīpa et la course du Soleil, puis la montagne Lokāloka, frontière de la lumière. Le récit prépare les développements cosmologiques suivants en situant le Soleil dans l’antarikṣa, en expliquant ses noms et fonctions, et en montrant que la perception cosmique et la distinction des planètes dépendent de sa présence.
Verse 1
श्रीशुक उवाच अत: परं प्लक्षादीनां प्रमाणलक्षणसंस्थानतो वर्षविभाग उपवर्ण्यते ॥ १ ॥
Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Désormais, je décrirai la répartition des régions des six îles, à commencer par Plakṣa, selon leurs dimensions, leurs caractéristiques et leur forme.
Verse 2
जम्बूद्वीपोऽयं यावत्प्रमाणविस्तारस्तावता क्षारोदधिना परिवेष्टितो यथा मेरुर्जम्ब्वाख्येन लवणोदधिरपि ततो द्विगुणविशालेन प्लक्षाख्येन परिक्षिप्तो यथा परिखा बाह्योपवनेन । प्लक्षो जम्बूप्रमाणो द्वीपाख्याकरो हिरण्मय उत्थितो यत्राग्निरुपास्ते सप्तजिह्वस्तस्याधिपति: प्रियव्रतात्मज इध्मजिह्व: स्वं द्वीपं सप्तवर्षाणि विभज्य सप्तवर्षनामभ्य आत्मजेभ्य आकलय्य स्वयमात्मयोगेनोपरराम ॥ २ ॥
Jambūdvīpa est entourée d’un océan d’eau salée (kṣāra-udadhi) dont la largeur égale celle de Jambūdvīpa. Cet océan salé est lui-même ceint par Plakṣadvīpa, deux fois plus vaste, comme un fossé autour d’une forteresse que borde au-dehors une forêt semblable à un jardin. Plakṣadvīpa a la même mesure que Jambūdvīpa ; on y voit s’élever un arbre plakṣa resplendissant comme l’or, et à sa racine l’on vénère un feu aux sept langues. Le souverain de cette île fut Idhmajihva, fils du Mahārāja Priyavrata. Il divisa son île en sept varṣa, donna à ces régions les noms de ses sept fils, leur en attribua les parts, puis se retira par le yoga intérieur, s’adonnant au service dévotionnel du Seigneur.
Verse 3
शिवं यवसं सुभद्रं शान्तं क्षेमममृतमभयमिति वर्षाणि तेषु गिरयो नद्यश्च सप्तैवाभिज्ञाता: ॥ ३ ॥ मणिकूटो वज्रकूट इन्द्रसेनो ज्योतिष्मान् सुपर्णो हिरण्यष्ठीवो मेघमाल इति सेतुशैला: । अरुणा नृम्णाऽऽङ्गिरसी सावित्री सुप्तभाता ऋतम्भरा सत्यम्भरा इति महानद्य: । यासां जलोपस्पर्शनविधूतरजस्तमसो हंसपतङ्गोर्ध्वायनसत्याङ्गसंज्ञाश्चत्वारो वर्णा: सहस्रायुषो विबुधोपमसन्दर्शनप्रजनना: स्वर्गद्वारं त्रय्या विद्यया भगवन्तं त्रयीमयं सूर्यमात्मानं यजन्ते ॥ ४ ॥
Les sept varṣa (régions insulaires) portent le nom des sept fils : Śiva, Yavasa, Subhadra, Śānta, Kṣema, Amṛta et Abhaya. Dans ces sept terres sont connus sept monts et sept rivières. Les monts sont Maṇikūṭa, Vajrakūṭa, Indrasena, Jyotiṣmān, Suparṇa, Hiraṇyaṣṭhīva et Meghamāla ; les rivières, Aruṇā, Nṛmṇā, Āṅgirasī, Sāvitrī, Suptabhātā, Ṛtambharā et Satyambharā. Le simple contact ou bain dans leurs eaux dissipe aussitôt l’impureté de rajas et tamas ; ainsi se purifient les quatre varṇa de Plakṣadvīpa—Haṁsa, Pataṅga, Ūrdhvāyana et Satyāṅga. Ils vivent mille ans, beaux comme les devas et engendrent comme eux ; accomplissant pleinement les rites védiques et adorant le Bhagavān manifesté sous la forme du Soleil, ils atteignent Surya-loka, séjour céleste du Soleil.
Verse 4
शिवं यवसं सुभद्रं शान्तं क्षेमममृतमभयमिति वर्षाणि तेषु गिरयो नद्यश्च सप्तैवाभिज्ञाता: ॥ ३ ॥ मणिकूटो वज्रकूट इन्द्रसेनो ज्योतिष्मान् सुपर्णो हिरण्यष्ठीवो मेघमाल इति सेतुशैला: । अरुणा नृम्णाऽऽङ्गिरसी सावित्री सुप्तभाता ऋतम्भरा सत्यम्भरा इति महानद्य: । यासां जलोपस्पर्शनविधूतरजस्तमसो हंसपतङ्गोर्ध्वायनसत्याङ्गसंज्ञाश्चत्वारो वर्णा: सहस्रायुषो विबुधोपमसन्दर्शनप्रजनना: स्वर्गद्वारं त्रय्या विद्यया भगवन्तं त्रयीमयं सूर्यमात्मानं यजन्ते ॥ ४ ॥
Les sept varṣa sont nommés d’après les sept fils : Śiva, Yavasa, Subhadra, Śānta, Kṣema, Amṛta et Abhaya. On y connaît sept montagnes et sept rivières : Maṇikūṭa, Vajrakūṭa, Indrasena, Jyotiṣmān, Suparṇa, Hiraṇyaṣṭhīva, Meghamāla ; et Aruṇā, Nṛmṇā, Āṅgirasī, Sāvitrī, Suptabhātā, Ṛtambharā, Satyambharā. Le contact ou le bain dans ces eaux efface la souillure de rajas et tamas ; ainsi se purifient les quatre varṇa de Plakṣadvīpa—Haṁsa, Pataṅga, Ūrdhvāyana, Satyāṅga. Ils vivent mille ans, beaux comme les devas ; et en adorant le Bhagavān manifesté comme le Soleil, ils atteignent Surya-loka.
Verse 5
प्रत्नस्य विष्णो रूपं यत्सत्यस्यर्तस्य ब्रह्मण: । अमृतस्य च मृत्योश्च सूर्यमात्मानमीमहीति ॥ ५ ॥
Méditons et prenons refuge en le Soleil, l’Ātman, reflet du très ancien Viṣṇu : fondement de satya et ṛta, du Brahman des Vedas, et aussi de l’amṛta comme de la mort.
Verse 6
प्लक्षादिषु पञ्चसु पुरुषाणामायुरिन्द्रियमोज: सहो बलं बुद्धिर्विक्रम इति च सर्वेषामौत्पत्तिकी सिद्धिरविशेषेण वर्तते ॥ ६ ॥
Ô roi, dans les cinq îles dont Plakṣadvīpa est la première, longévité, puissance des sens, ojas, endurance, force, intelligence et vaillance se manifestent naturellement et de façon égale chez tous les habitants.
Verse 7
प्लक्ष: स्वसमानेनेक्षुरसोदेनावृतो यथा तथा द्वीपोऽपि शाल्मलो द्विगुणविशाल: समानेन सुरोदेनावृत: परिवृङ्क्ते ॥ ७ ॥
De même que Plakṣadvīpa est entourée d’un océan de jus de canne à sucre, aussi large que l’île elle-même, de même l’île suivante, Sālmalīdvīpa—deux fois plus vaste—est ceinte d’un océan de Surā, d’égale largeur et au goût de liqueur.
Verse 8
यत्र ह वै शाल्मली प्लक्षायामा यस्यां वाव किल निलयमाहुर्भगवतश्छन्द: स्तुत: पतत्त्रिराजस्य सा द्वीपहूतये उपलक्ष्यते ॥ ८ ॥
Sur Śālmalīdvīpa se dresse un immense arbre śālmalī, dont l’île porte le nom. Il est aussi vaste que le plakṣa : cent yojanas de largeur et mille cent yojanas de hauteur. Les sages disent que cet arbre gigantesque est la demeure de Garuḍa, roi des oiseaux et monture du Seigneur Viṣṇu ; là, Garuḍa offre à Śrī Viṣṇu ses prières védiques.
Verse 9
तद्द्वीपाधिपति: प्रियव्रतात्मजो यज्ञबाहु: स्वसुतेभ्य: सप्तभ्यस्तन्नामानि सप्तवर्षाणि व्यभजत्सुरोचनं सौमनस्यं रमणकं देववर्षं पारिभद्रमाप्यायनमविज्ञातमिति ॥ ९ ॥
Le maître de cette île était Yajñabāhu, fils de Mahārāja Priyavrata. Il partagea Śālmalīdvīpa en sept contrées (varṣas) pour les donner à ses sept fils, et leur donna des noms correspondant aux leurs : Surocana, Saumanasya, Ramaṇaka, Deva-varṣa, Pāribhadra, Āpyāyana et Avijñāta.
Verse 10
तेषु वर्षाद्रयो नद्यश्च सप्तैवाभिज्ञाता: स्वरस: शतशृङ्गो वामदेव: कुन्दो मुकुन्द: पुष्पवर्ष: सहस्रश्रुतिरिति । अनुमति: सिनीवाली सरस्वती कुहू रजनी नन्दा राकेति ॥ १० ॥
Dans ces contrées, on connaît sept montagnes et sept rivières. Les montagnes sont : Svarasa, Śataśṛṅga, Vāmadeva, Kunda, Mukunda, Puṣpa-varṣa et Sahasra-śruti. Les rivières sont : Anumati, Sinīvālī, Sarasvatī, Kuhū, Rajanī, Nandā et Rākā. Elles existent encore.
Verse 11
तद्वर्षपुरुषा: श्रुतधरवीर्यधरवसुन्धरेषन्धरसंज्ञा भगवन्तं वेदमयं सोममात्मानं वेदेन यजन्ते ॥ ११ ॥
Les habitants de ces contrées, appelés Śrutidharas, Vīryadharas, Vasundharas et Iṣandharas, observent strictement le varṇāśrama-dharma. Ils adorent, selon le Veda, Soma—le dieu-lune—comme une expansion du Bhagavān de nature védique.
Verse 12
स्वगोभि: पितृदेवेभ्यो विभजन् कृष्णशुक्लयो: । प्रजानां सर्वासां राजान्ध: सोमो न आस्त्विति ॥ १२ ॥
Par ses propres rayons, Soma divise le mois en deux quinzaines—kṛṣṇa et śukla—afin d’assurer la distribution des grains aux pitṛs et aux devas. Il est celui qui ordonne le temps et le roi de tous les êtres de l’univers ; aussi prions-nous pour que Soma demeure notre roi et notre guide. À lui vont nos salutations respectueuses.
Verse 13
एवं सुरोदाद्बहिस्तद्द्विगुण: समानेनावृतो घृतोदेन यथापूर्व: कुशद्वीपो यस्मिन् कुशस्तम्बो देवकृतस्तद्द्वीपाख्याकरो ज्वलन इवापर: स्वशष्परोचिषा दिशो विराजयति ॥ १३ ॥
Au-delà de l’océan de liqueur se trouve une autre île nommée Kuśadvīpa, deux fois plus large que cet océan. Elle est entourée d’un océan de ghee liquide, aussi vaste que l’île elle-même. Sur Kuśadvīpa se dressent des touffes d’herbe kuśa, créées par les devas selon la volonté du Seigneur Suprême; c’est d’elles que l’île tient son nom. Cette kuśa brille comme un second feu, mais d’une flamme douce et plaisante, illuminant toutes les directions.
Verse 14
तद्द्वीपपति: प्रैयव्रतो राजन् हिरण्यरेता नाम स्वं द्वीपं सप्तभ्य: स्वपुत्रेभ्यो यथाभागं विभज्य स्वयं तप आतिष्ठत वसुवसुदानदृढरुचिनाभिगुप्तस्तुत्यव्रतविविक्तवामदेवनामभ्य: ॥ १४ ॥
Ô roi, Hiraṇyaretā, un autre fils du Mahārāja Priyavrata, régnait sur cette Kuśadvīpa. Il partagea son île en sept parts et les remit à ses sept fils selon le droit d’héritage. Puis il se retira de la vie de famille pour s’adonner aux austérités. Les noms de ces fils sont Vasu, Vasudāna, Dṛḍharuci, Stutyavrata, Nābhigupta, Vivikta et Vāmadeva.
Verse 15
तेषां वर्षेषु सीमागिरयो नद्यश्चाभिज्ञाता: सप्त सप्तैव चक्रश्चतु:शृङ्ग: कपिलश्चित्रकूटो देवानीक ऊर्ध्वरोमा द्रविण इति रसकुल्या मधुकुल्या मित्रविन्दा श्रुतविन्दा देवगर्भा घृतच्युता मन्त्रमालेति ॥ १५ ॥
Dans ces sept régions se trouvent sept montagnes frontières, nommées Cakra, Catuḥśṛṅga, Kapila, Citrakūṭa, Devānīka, Ūrdhvaromā et Draviṇa. Il y a aussi sept rivières : Ramakulyā, Madhukulyā, Mitravindā, Śrutavindā, Devagarbhā, Ghṛtacyutā et Mantramālā.
Verse 16
यासां पयोभि: कुशद्वीपौकस: कुशलकोविदाभियुक्तकुलकसंज्ञा भगवन्तं जातवेदसरूपिणं कर्मकौशलेन यजन्ते ॥ १६ ॥
En se baignant dans les eaux de ces rivières, les habitants de Kuśadvīpa deviennent purs. On les connaît sous les noms de Kuśalas, Kovidas, Abhiyuktas et Kulakas, semblables respectivement aux brāhmaṇas, kṣatriyas, vaiśyas et śūdras. Selon les prescriptions des Écritures védiques, ils excellent dans les rites et adorent ainsi Bhagavān dans Son aspect de Jātavedas, le dieu du feu.
Verse 17
परस्य ब्रह्मण: साक्षाज्जातवेदोऽसि हव्यवाट् । देवानां पुरुषाङ्गानां यज्ञेन पुरुषं यजेति ॥ १७ ॥
Ô Jātavedas, dieu du feu, tu es une part directe du Parabrahman, Śrī Hari, et tu portes jusqu’à Lui toutes les offrandes du sacrifice. Aussi te prions-nous : les ingrédients du yajña que nous offrons aux devas, offre-les, par le yajña, au Puruṣottama Bhagavān, car c’est Lui le véritable jouisseur.
Verse 18
तथा घृतोदाद्बहि: क्रौञ्चद्वीपो द्विगुण: स्वमानेन क्षीरोदेन परित उपक्लृप्तो वृतो यथा कुशद्वीपो घृतोदेन यस्मिन् क्रौञ्चो नाम पर्वतराजो द्वीपनामनिर्वर्तक आस्ते ॥ १८ ॥
Au-delà de l’océan de beurre clarifié se trouve une autre île, nommée Krauñcadvīpa, dont la largeur est le double de celle de l’océan de ghee. De même que Kuśadvīpa est entourée par un océan de ghee, Krauñcadvīpa est ceinte d’un océan de lait aussi vaste que l’île elle-même. Sur Krauñcadvīpa se dresse une grande montagne appelée Krauñca, dont l’île tire son nom.
Verse 19
योऽसौ गुहप्रहरणोन्मथितनितम्बकुञ्जोऽपि क्षीरोदेनासिच्यमानो भगवता वरुणेनाभिगुप्तो विभयो बभूव ॥ १९ ॥
Bien que les plantes des pentes du mont Krauñca aient été attaquées et ravagées par les armes de Kārttikeya (Guhā), la montagne est devenue sans crainte, car elle est sans cesse baignée de toutes parts par l’Océan de Lait et protégée par le vénérable Varuṇa-deva.
Verse 20
तस्मिन्नपि प्रैयव्रतो घृतपृष्ठो नामाधिपति: स्वे द्वीपे वर्षाणि सप्त विभज्य तेषु पुत्रनामसु सप्त रिक्थादान् वर्षपान्निवेश्य स्वयं भगवान् भगवत: परमकल्याणयशस आत्मभूतस्य हरेश्चरणारविन्दमुपजगाम ॥ २० ॥
Le souverain de cette île était un autre fils de Mahārāja Priyavrata, nommé Ghṛtapṛṣṭha. Il partagea son île en sept régions et les établit selon les noms de ses sept fils. Puis Ghṛtapṛṣṭha Mahārāja se retira entièrement de la vie familiale et prit refuge aux pieds de lotus de Bhagavān Hari, l’Âme de toutes les âmes, glorieux par ses qualités auspiciées; ainsi il atteignit la perfection.
Verse 21
आमो मधुरुहो मेघपृष्ठ: सुधामा भ्राजिष्ठो लोहितार्णो वनस्पतिरिति घृतपृष्ठसुतास्तेषां वर्षगिरय: सप्त सप्तैव नद्यश्चाभिख्याता: शुक्लो वर्धमानो भोजन उपबर्हिणो नन्दो नन्दन: सर्वतोभद्र इति अभया अमृतौघा आर्यका तीर्थवती रूपवती पवित्रवती शुक्लेति ॥ २१ ॥
Les fils de Ghṛtapṛṣṭha Mahārāja se nommaient Āma, Madhuruha, Meghapṛṣṭha, Sudhāmā, Bhrājiṣṭha, Lohitārṇa et Vanaspati. Sur leur île se trouvent sept montagnes : Śukla, Vardhamāna, Bhojana, Upabarhiṇa, Nanda, Nandana et Sarvatobhadra; et sept rivières : Abhayā, Amṛtaughā, Āryakā, Tīrthavatī, Rūpavatī, Pavitravatī et Śuklā.
Verse 22
यासामम्भ: पवित्रममलमुपयुञ्जाना: पुरुषऋषभद्रविणदेवकसंज्ञा वर्षपुरुषा आपोमयं देवमपां पूर्णेनाञ्जलिना यजन्ते ॥ २२ ॥
En utilisant les eaux sanctifiées et limpides de ces rivières, les habitants de Krauñcadvīpa—Puruṣas, Ṛṣabhas, Draviṇas et Devakas—répartis en quatre ordres, adorent le Seigneur Suprême en offrant une pleine paume d’eau aux pieds de lotus de Varuṇa-deva, le demi-dieu à la forme d’eau.
Verse 23
आप: पुरुषवीर्या: स्थ पुनन्तीर्भूर्भुव:सुव: । ता न: पुनीतामीवघ्नी: स्पृशतामात्मना भुव इति ॥ २३ ॥
Ô eaux sacrées des rivières ! Vous avez reçu la puissance du Seigneur Suprême; ainsi vous purifiez les trois mondes, Bhū, Bhuvar et Svar. Par votre nature vous ôtez les péchés; c’est pourquoi nous vous touchons. Veuillez continuer à nous purifier.
Verse 24
एवं पुरस्तात्क्षीरोदात्परित उपवेशित: शाकद्वीपो द्वात्रिंशल्लक्षयोजनायाम: समानेन च दधिमण्डोदेन परीतो यस्मिन् शाको नाम महीरुह: स्वक्षेत्रव्यपदेशको यस्य ह महासुरभिगन्धस्तं द्वीपमनुवासयति ॥ २४ ॥
Au-delà de l’Océan de Lait se trouve une autre île, Śākadvīpa, large de 3 200 000 yojanas. Elle est entourée d’un océan de yaourt baratté (dadhimaṇḍa) aussi vaste que l’île. On y voit un grand arbre nommé śāka, dont l’île tient son nom; son parfum embaume toute l’île.
Verse 25
तस्यापि प्रैयव्रत एवाधिपतिर्नाम्ना मेधातिथि: सोऽपि विभज्य सप्त वर्षाणि पुत्रनामानि तेषु स्वात्मजान् पुरोजवमनोजवपवमानधूम्रानीकचित्ररेफबहुरूपविश्वधारसंज्ञान्निधाप्याधिपतीन् स्वयं भगवत्यनन्त आवेशितमतिस्तपोवनं प्रविवेश ॥ २५ ॥
Le maître de cette île, lui aussi fils de Priyavrata, se nommait Medhātithi. Il divisa l’île en sept régions, portant les noms de ses fils, qu’il établit comme rois : Purojava, Manojava, Pavamāna, Dhūmrānīka, Citrarepha, Bahurūpa et Viśvadhāra. Puis Medhātithi se retira et entra dans une forêt d’austérités afin de fixer son esprit sur les pieds de lotus de Bhagavān Ananta.
Verse 26
एतेषां वर्षमर्यादागिरयो नद्यश्च सप्त सप्तैव ईशान उरुशृङ्गो बलभद्र: शतकेसर: सहस्रस्रोतो देवपालो महानस इति अनघाऽऽयुर्दा उभयस्पृष्टिरपराजिता पञ्चपदी सहस्रस्रुतिर्निजधृतिरिति ॥ २६ ॥
Pour ces contrées aussi, il existe sept montagnes de frontière : Īśāna, Uruśṛṅga, Balabhadra, Śatakesara, Sahasrasrota, Devapāla et Mahānasa. Et sept rivières : Anaghā, Āyurdā, Ubhayaspṛṣṭi, Aparājitā, Pañcapadī, Sahasra-śruti et Nijadhṛti.
Verse 27
तद्वर्षपुरुषा ऋतव्रतसत्यव्रतदानव्रतानुव्रतनामानो भगवन्तं वाय्वात्मकं प्राणायामविधूतरजस्तमस: परमसमाधिना यजन्ते ॥ २७ ॥
Les habitants de ces îles se répartissent aussi en quatre castes — Ṛtavrata, Satyavrata, Dānavrata et Anuvrata — correspondant aux brāhmaṇa, kṣatriya, vaiśya et śūdra. Par le prāṇāyāma ils dissipent rajas et tamas, puis, en samādhi suprême, ils adorent le Seigneur Suprême sous la forme de Vāyu.
Verse 28
अन्त:प्रविश्य भूतानि यो बिभर्त्यात्मकेतुभि: । अन्तर्यामीश्वर: साक्षात्पातु नो यद्वशे स्फुटम् ॥ २८ ॥
Ô Personne Suprême ! Tu pénètres les êtres et, comme Antaryāmī au cœur du corps, tu diriges le prāṇa et les souffles, soutenant tous les vivants. Ô Seigneur, sous l’empire duquel tout existe, protège-nous de tout péril.
Verse 29
एवमेव दधिमण्डोदात्परत: पुष्करद्वीपस्ततो द्विगुणायाम: समन्तत उपकल्पित: समानेन स्वादूदकेन समुद्रेण बहिरावृतो यस्मिन् बृहत्पुष्करं ज्वलनशिखामलकनकपत्रायुतायुतं भगवत: कमलासनस्याध्यासनं परिकल्पितम् ॥ २९ ॥
Au-delà de l’océan de yaourt se trouve une île nommée Puṣkaradvīpa, deux fois plus large que cet océan. Elle est entourée d’un océan d’eau au goût exquis, aussi vaste que l’île. Sur Puṣkaradvīpa s’épanouit un grand lotus aux cent millions de pétales d’or pur, brillant comme des flammes; ce lotus est tenu pour le siège de Bhagavān Brahmā, le Padmāsana.
Verse 30
तद्द्वीपमध्ये मानसोत्तरनामैक एवार्वाचीनपराचीनवर्षयोर्मर्यादाचलोऽयुतयोजनोच्छ्रायायामो यत्र तु चतसृषु दिक्षु चत्वारि पुराणि लोकपालानामिन्द्रादीनां यदुपरिष्टात्सूर्यरथस्य मेरुं परिभ्रमत: संवत्सरात्मकं चक्रं देवानामहोरात्राभ्यां परिभ्रमति ॥ ३० ॥
Au centre de cette île se dresse la grande montagne nommée Mānasottara, frontière entre la face intérieure et la face extérieure. Sa largeur et sa hauteur sont de dix mille yojanas. Sur cette montagne, aux quatre directions, se trouvent les demeures des lokapālas, tels Indra. Au-dessus, le char du dieu Soleil parcourt l’orbite appelée Saṁvatsara en encerclant le mont Meru; un côté est le jour des devas, l’autre leur nuit.
Verse 31
तद्द्वीपस्याप्यधिपति: प्रैयव्रतो वीतिहोत्रो नामैतस्यात्मजौ रमणकधातकिनामानौ वर्षपती नियुज्य स स्वयं पूर्वजवद्भगवत्कर्मशील एवास्ते ॥ ३१ ॥
Le souverain de cette île était Vītihotra, fils de Mahārāja Priyavrata. Il eut deux fils, Ramaṇaka et Dhātaki. Il leur confia les deux côtés de l’île comme maîtres de leurs régions, puis, à l’exemple de son aîné Medhātithi, il demeura lui-même voué aux œuvres de service pour la Suprême Personne de Dieu.
Verse 32
तद्वर्षपुरुषा भगवन्तं ब्रह्मरूपिणं सकर्मकेण कर्मणाऽऽराधयन्तीदं चोदाहरन्ति ॥ ३२ ॥
Pour l’accomplissement des désirs matériels, les habitants de cette contrée adorent le Seigneur Suprême sous la forme de Brahmā, au moyen d’actes rituels de karma, et ils récitent la prière suivante.
Verse 33
यत्तत्कर्ममयं लिङ्गं ब्रह्मलिङ्गं जनोऽर्चयेत् । एकान्तमद्वयं शान्तं तस्मै भगवते नम इति ॥ ३३ ॥
Brahmā, vénéré comme la forme des rites védiques et du karma, demeure un dévot inébranlable du Seigneur Suprême, paisible, un et sans second ; à ce Bhagavān Brahmā nous offrons nos hommages.
Verse 34
ऋषिरुवाच तत: परस्ताल्लोकालोकनामाचलो लोकालोकयोरन्तराले परित उपक्षिप्त: ॥ ३४ ॥
Le sage dit : Ensuite, entre les contrées éclairées et celles que le soleil n’éclaire pas, se dresse, tout autour, la montagne nommée Lokāloka.
Verse 35
यावन्मानसोत्तरमेर्वोरन्तरं तावती भूमि: काञ्चन्यन्याऽऽदर्शतलोपमा यस्यां प्रहित: पदार्थो न कथञ्चित्पुन: प्रत्युपलभ्यते तस्मात्सर्वसत्त्वपरिहृतासीत् ॥ ३५ ॥
Au-delà de l’océan d’eau douce s’étend une terre aussi large que l’espace entre le milieu du mont Sumeru et la limite du mont Mānasottara. Plus loin, jusqu’à la montagne Lokāloka, s’étire une autre terre d’or, semblable à un miroir ; tout objet qui y tombe ne se retrouve plus, et tous les êtres l’ont donc délaissée.
Verse 36
लोकालोक इति समाख्या यदनेनाचलेन लोकालोकस्यान्तर्वर्तिनावस्थाप्यते ॥ ३६ ॥
On l’appelle Lokāloka, car cette montagne immuable fixe la frontière entre les terres habitées et celles qui ne le sont pas.
Verse 37
स लोकत्रयान्ते परित ईश्वरेण विहितो यस्मात्सूर्यादीनां ध्रुवापवर्गाणां ज्योतिर्गणानां गभस्तयोऽर्वाचीनांस्त्रींल्लोकानावितन्वाना न कदाचित्पराचीना भवितुमुत्सहन्ते तावदुन्नहनायाम: ॥ ३७ ॥
Par la volonté suprême de Śrī Kṛṣṇa, la montagne Lokāloka fut établie comme frontière extérieure des trois mondes—Bhūrloka, Bhuvarloka et Svarloka—afin de contenir les rayons du soleil dans l’univers. Tous les luminaires, du soleil jusqu’à Dhruvaloka, répandent leur clarté sur les trois mondes, mais ne peuvent la porter au-delà de cette limite ; car la montagne, d’une hauteur extrême, s’élève même au-dessus de Dhruvaloka et bloque leurs rayons.
Verse 38
एतावाँल्लोकविन्यासो मानलक्षणसंस्थाभिर्विचिन्तित: कविभि: स तु पञ्चाशत्कोटिगणितस्य भूगोलस्य तुरीयभागोऽयं लोकालोकाचल: ॥ ३८ ॥
Les sages, exempts d’erreur, d’illusion et de toute tendance à tromper, ont ainsi décrit l’agencement des mondes, leurs signes, leurs mesures et leurs emplacements. Après mûre délibération, ils ont établi que la distance entre Sumeru et la montagne nommée Lokāloka est le quart du diamètre de l’univers, soit 125 000 000 de yojanas.
Verse 39
तदुपरिष्टाच्चतसृष्वाशास्वात्मयोनिनाखिलजगद्गुरुणाधिनिवेशिता ये द्विरदपतय ऋषभ: पुष्करचूडो वामनोऽपराजित इति सकललोकस्थितिहेतव: ॥ ३९ ॥
Au sommet du mont Lokāloka se tiennent les quatre gaja-patis, les plus nobles des éléphants, établis aux quatre directions par le seigneur Brahmā, maître spirituel de l’univers entier. Leurs noms sont Ṛṣabha, Puṣkaracūḍa, Vāmana et Aparājita. Ils veillent au maintien des systèmes planétaires.
Verse 40
तेषां स्वविभूतीनां लोकपालानां च विविधवीर्योपबृंहणाय भगवान् परममहापुरुषो महाविभूतिपतिरन्तर्याम्यात्मनो विशुद्धसत्त्वं धर्मज्ञानवैराग्यैश्वर्याद्यष्टमहासिद्ध्युपलक्षणं विष्वक्सेनादिभि: स्वपार्षदप्रवरै: परिवारितो निजवरायुधोपशोभितैर्निजभुजदण्डै: सन्धारय-माणस्तस्मिन् गिरिवरे समन्तात्सकललोकस्वस्तय आस्ते ॥ ४० ॥
Afin d’accroître les diverses puissances de ces éléphants souverains et des lokapālas, et pour le bien de tous les êtres dans tous les mondes, Bhagavān, le Paramamahāpuruṣa, maître de toutes les opulences transcendantes et Antaryāmī au cœur de chacun, se manifeste au sommet de cette montagne dans un corps spirituel de sattva pur, sans souillure des modes matériels. Entouré de Ses compagnons d’élite tels Viṣvaksena, et resplendissant des armes dans Ses quatre mains, Il dévoile Sa gloire : dharma, connaissance, détachement, souveraineté et siddhis comme aṇimā, laghimā et mahimā.
Verse 41
आकल्पमेवं वेषं गत एष भगवानात्मयोगमायया विरचितविविधलोकयात्रागोपीयायेत्यर्थ: ॥ ४१ ॥
Ainsi, par Sa propre yoga-māyā, le Seigneur revêt cette parure et cette forme durant tout un kalpa, afin de soutenir les mondes variés et de garder voilée Sa conduite des sphères.
Verse 42
योऽन्तर्विस्तार एतेन ह्यलोकपरिमाणं च व्याख्यातं यद्बहिर्लोकालोकाचलात् । तत: परस्ताद्योगेश्वरगतिं विशुद्धामुदाहरन्ति ॥ ४२ ॥
Ô roi, au-delà du mont Lokāloka se trouve la contrée nommée Aloka-varṣa, qui s’étend sur la même largeur que la région à l’intérieur de la montagne, soit 125 000 000 de yojanas. Au-delà d’Aloka-varṣa se tient la demeure pure de ceux qui aspirent à la délivrance; étant hors de l’emprise des modes matériels, elle est entièrement immaculée.
Verse 43
अण्डमध्यगत: सूर्यो द्यावाभूम्योर्यदन्तरम् । सूर्याण्डगोलयोर्मध्ये कोट्य: स्यु: पञ्चविंशति: ॥ ४३ ॥
Le Soleil se tient au milieu de l’univers, dans l’antarikṣa entre Bhūrloka et Bhuvarloka. La distance du Soleil jusqu’à la circonférence de l’univers est de vingt-cinq koṭi yojanas.
Verse 44
मृतेऽण्ड एष एतस्मिन् यदभूत्ततो मार्तण्ड इति व्यपदेश: । हिरण्यगर्भ इति यद्धिरण्याण्डसमुद्भव: ॥ ४४ ॥
Le dieu Soleil est aussi nommé Vairāja, le corps matériel total de tous les êtres. Parce qu’au temps de la création il entra dans cet œuf terne de l’univers, on l’appelle Mārtaṇḍa. Et on le nomme Hiraṇyagarbha, car il reçut son corps matériel de Hiraṇyagarbha (Brahmā).
Verse 45
सूर्येण हि विभज्यन्ते दिश: खं द्यौर्मही भिदा । स्वर्गापवर्गौ नरका रसौकांसि च सर्वश: ॥ ४५ ॥
Ô Roi, le dieu Soleil et la planète du Soleil divisent toutes les directions de l’univers. C’est uniquement grâce à la présence du Soleil que nous discernons le ciel, les mondes supérieurs, cette terre et les mondes inférieurs. Et c’est encore par le Soleil que nous distinguons les lieux de jouissance matérielle, ceux de la délivrance, ceux de l’enfer et ceux des régions souterraines.
Verse 46
देवतिर्यङ्मनुष्याणां सरीसृपसवीरुधाम् । सर्वजीवनिकायानां सूर्य आत्मा दृगीश्वर: ॥ ४६ ॥
Tous les êtres vivants—demi-dieux, humains, animaux, oiseaux, insectes, reptiles, lianes et arbres—dépendent de la chaleur et de la lumière que le dieu Soleil dispense depuis la planète du Soleil. De plus, c’est par sa présence que tous peuvent voir; ainsi est-il nommé dṛg-īśvara, le Seigneur présidant à la vue.
Each dvīpa is governed by a son of Mahārāja Priyavrata (e.g., Idhmajihva over Plakṣa, Yajñabāhu over Śālmalī, Hiraṇyaretā over Kuśa, Ghṛtapṛṣṭha over Krauñca, Medhātithi over Śāka, Vītihotra over Puṣkara). Their rule illustrates righteous cosmic administration (poṣaṇa) and the Bhāgavata model of kings who ultimately retire for bhakti, showing governance as service leading to renunciation.
The chapter presents a concentric sequence: Jambūdvīpa is surrounded by a salt ocean; Plakṣadvīpa is surrounded by an ocean of sugarcane juice; Śālmalīdvīpa by an ocean tasting like liquor (surā); Kuśadvīpa by an ocean of ghee; Krauñcadvīpa by an ocean of milk; Śākadvīpa by an ocean of churned yogurt; Puṣkaradvīpa by an ocean of sweet/tasteful water. The repeating pattern emphasizes ordered sthāna—graded layers of the manifest world.
The rivers are described as sanctified channels within dharmic lands; contact with them removes material taint because they are integrated into a divine order of ritual purity and worship. In Bhāgavata framing, such purification supports sattva and eligibility for devotion, rather than being an end in itself.
Mānasottara is the central boundary mountain within Puṣkaradvīpa separating inner and outer regions. The sun travels along its top in an orbit called Saṁvatsara, encircling Meru; the northern track is Uttarāyaṇa and the southern is Dakṣiṇāyana. This connects cosmic geography to time-reckoning and the day-night experience of devas.
Ṛṣabha, Puṣkaracūḍa, Vāmana, and Aparājita are the four gaja-patis stationed in the four directions by Brahmā. They are described as sustaining the planetary systems, symbolizing stabilizing cosmic forces within divine administration.
The mantras and descriptions repeatedly identify the presiding deities (sun, moon, fire, wind, water) as parts, reflections, or functional manifestations connected to the Supreme Lord, and explicitly state that Hari is the real enjoyer of sacrifice. The narrative culminates at Lokāloka with the Lord manifesting in a spiritual form with His associates and opulences, reinforcing āśraya-tattva.