Adhyaya 1
Panchama SkandhaAdhyaya 141 Verses

Adhyaya 1

Priyavrata Accepts Kingship by Brahmā’s Instruction; Sapta-dvīpa Formation and Renunciation

Poursuivant l’accent purānique sur la transmission dynastique et le gouvernement selon le dharma, Parīkṣit demande comment Priyavrata, bhakta réalisé, a pu demeurer pris dans la vie de foyer, en apparence contraire à la libération. Śukadeva confirme que les dévots sont au-delà de l’esclavage, tout en expliquant que des obstacles peuvent apparaître sans détruire la bhakti. Priyavrata, formé par Nārada à la bhakti et au jñāna, hésite à accepter la royauté lorsque Svāyambhuva Manu la lui demande. Brahmā descend avec les Veda personnifiés et lui enseigne qu’aucun être ne peut contredire l’ordre du Seigneur Suprême ; les devoirs du varṇāśrama doivent être accomplis sans envie, le cœur abrité aux pieds de lotus du Seigneur. Priyavrata accepte, règne avec puissance, épouse Barhiṣmatī, engendre des héritiers et accomplit un prodige cosmique : suivant le soleil, son char marque sept océans, divisant le Bhū-maṇḍala en sept dvīpas et sept mers, qu’il confie à ses fils. Malgré l’apparente absorption domestique, il demeure intérieurement libéré. Plus tard, il s’éveille au renoncement, partage le royaume, abandonne l’attachement et revient à la pure conscience de Kṛṣṇa, préparant les développements géographiques et généalogiques du Chant 5.

Shlokas

Verse 1

राजोवाच प्रियव्रतो भागवत आत्माराम: कथं मुने । गृहेऽरमत यन्मूल: कर्मबन्ध: पराभव: ॥ १ ॥

Le roi demanda : Ô sage, comment le roi Priyavrata, bhāgavata réalisé et comblé dans le Soi, a-t-il pu demeurer dans la vie de foyer, racine de l’enchaînement karmique et cause de l’échec de la mission humaine ?

Verse 2

न नूनं मुक्तसङ्गानां ताद‍ृशानां द्विजर्षभ । गृहेष्वभिनिवेशोऽयं पुंसां भवितुमर्हति ॥ २ ॥

Ô le plus grand des brāhmaṇas, les dévots sont assurément des êtres libérés; ils ne peuvent donc être absorbés par les affaires familiales.

Verse 3

महतां खलु विप्रर्षे उत्तमश्लोकपादयो: । छायानिर्वृतचित्तानां न कुटुम्बे स्पृहामति: ॥ ३ ॥

Ô viprarṣi, les grands mahātmās qui prennent refuge aux pieds de lotus d’Uttamaśloka sont pleinement rassasiés à l’ombre de ces pieds; leur conscience ne peut s’attacher à la famille.

Verse 4

संशयोऽयं महान् ब्रह्मन् दारागारसुतादिषु । सक्तस्य यत्सिद्धिरभूत्कृष्णे च मतिरच्युता ॥ ४ ॥

Le roi dit : « Ô grand brāhmaṇa, voici mon grand doute. Comment Priyavrata, si attaché à l’épouse, au foyer et aux enfants, a-t-il pu atteindre la perfection suprême et infaillible dans la conscience de Kṛṣṇa ? »

Verse 5

श्रीशुक उवाच बाढमुक्तं भगवत उत्तमश्लोकस्य श्रीमच्चरणारविन्दमकरन्दरस आवेशितचेतसो भागवतपरमहंस दयितकथां किञ्चिदन्तरायविहतां स्वां शिवतमां पदवीं न प्रायेण हिन्वन्ति ॥ ५ ॥

Śrī Śukadeva dit : « Tu as parlé avec justesse. Les gloires du Bhagavān, l’Uttamaśloka célébré par des vers transcendants, sont d’une douceur exquise pour les grands dévots et les âmes libérées. Celui dont l’esprit est plongé dans le miel nectaré des pieds de lotus du Seigneur, même parfois arrêté par quelque obstacle, n’abandonne presque jamais la position sublime qu’il a acquise. »

Verse 6

यर्हि वाव ह राजन् स राजपुत्र: प्रियव्रत: परमभागवतो नारदस्य चरणोपसेवयाञ्जसावगतपरमार्थसतत्त्वो ब्रह्मसत्रेण दीक्षिष्यमाण: अवनितलपरिपालनायाम्नातप्रवरगुणगणैकान्तभाजनतया स्वपित्रोपामन्त्रितो भगवति वासुदेव एवाव्यवधानसमाधियोगेन समावेशित-सकलकारकक्रियाकलापो नैवाभ्यनन्दद्यद्यपि तदप्रत्याम्नातव्यं तदधिकरण आत्मनोऽन्यस्माद सतोऽपि पराभवमन्वीक्षमाण: ॥ ६ ॥

Śukadeva poursuivit : « Ô roi, le prince Priyavrata était un bhāgavata éminent. En servant les pieds de lotus de Nārada, son maître spirituel, il comprit aisément la vérité suprême. Alors qu’il s’apprêtait à recevoir l’initiation lors du brahma-satra, son père lui demanda d’assumer le gouvernement du monde, comme l’enseignent les Écritures. Mais Priyavrata, plongé sans interruption dans le samādhi-yoga par le souvenir de Vāsudeva, avait voué toutes les activités de ses sens au service du Seigneur; ainsi, bien qu’il ne pût rejeter l’ordre paternel, il ne l’accueillit pas avec joie, craignant d’être détourné de la bhakti par le fardeau du règne. »

Verse 7

अथ ह भगवानादिदेव एतस्य गुणविसर्गस्य परिबृंहणानुध्यानव्यवसित सकलजगदभिप्राय आत्मयोनिरखिलनिगमनिजगणपरिवेष्टित: स्वभवनादवततार ॥ ७ ॥

Alors le Bhagavān Brahmā, le deva primordial, voué à la contemplation et à l’ordonnancement de l’expansion de la création selon les guṇas, connaissant l’intention de l’univers entier, né de lui-même, entouré des Veda personnifiés et de ses compagnons, descendit de sa demeure.

Verse 8

स तत्र तत्र गगनतल उडुपतिरिव विमानावलिभिरनुपथममरपरिवृढैरभिपूज्यमान: पथि पथि च वरूथश: सिद्धगन्धर्वसाध्यचारणमुनिगणैरुपगीयमानो गन्धमादनद्रोणीमवभासयन्नुपससर्प ॥ ८ ॥

Tandis que Brahmā descendait dans la voûte céleste, il fut accueilli et honoré par les devas venus en rangs de divers vimānas; il resplendissait tel la pleine lune entourée d’étoiles. Tout au long du trajet, des groupes de Siddhas, Gandharvas, Sādhyas, Cāraṇas et de sages chantaient ses louanges. Ainsi illumina-t-il la vallée de Gandhamādana et s’approcha du lieu où Priyavrata méditait.

Verse 9

तत्र ह वा एनं देवर्षिर्हंसयानेन पितरं भगवन्तं हिरण्यगर्भमुपलभमान: सहसैवोत्थायार्हणेन सह पितापुत्राभ्यामवहिताञ्जलिरुपतस्थे ॥ ९ ॥

Là, Nārada Muni, voyant le grand cygne, comprit que son père, le Seigneur Hiranyagarbha Brahmā, était arrivé. Il se leva aussitôt avec Svāyambhuva Manu et son fils Priyavrata, joignit les mains et rendit un culte à Brahmā avec une profonde révérence.

Verse 10

भगवानपि भारत तदुपनीतार्हण: सूक्तवाकेनातितरामुदितगुणगणावतारसुजय: प्रियव्रतमादि पुरुषस्तं सदयहासावलोक इति होवाच ॥ १० ॥

Ô Bhārata, lorsque Nārada, Priyavrata et Svāyambhuva Manu lui eurent présenté les offrandes de culte et l’eurent loué par des paroles sublimes selon l’étiquette védique, le Seigneur Brahmā, l’Adi-puruṣa de cet univers, eut compassion de Priyavrata. Le regardant avec un sourire, il parla ainsi.

Verse 11

श्रीभगवानुवाच निबोध तातेदमृतं ब्रवीमि मासूयितुं देवमर्हस्यप्रमेयम् । वयं भवस्ते तत एष महर्षि- र्वहाम सर्वे विवशा यस्य दिष्टम् ॥ ११ ॥

Le Seigneur Brahmā dit : Mon fils Priyavrata, écoute attentivement ; je te dirai une vérité salutaire, semblable au nectar. Ne sois pas jaloux du Seigneur Suprême, inconcevable à nos mesures. Nous tous—y compris Śiva, ton père et le grand sage Nārada—portons, malgré nous, Son ordre ; nul ne peut s’en écarter.

Verse 12

न तस्य कश्चित्तपसा विद्यया वा न योगवीर्येण मनीषया वा । नैवार्थधर्मै: परत: स्वतो वा कृतं विहन्तुं तनुभृद्विभूयात् ॥ १२ ॥

Aucun être incarné ne peut éviter l’ordre du Seigneur Suprême : ni par de sévères austérités, ni par une érudition élevée, ni par la puissance du yoga, la force physique ou l’intelligence. Ni la religion, ni l’opulence, ni l’effort personnel, ni l’aide d’autrui ne permettent de braver Ses commandements.

Verse 13

भवाय नाशाय च कर्म कर्तुं शोकाय मोहाय सदा भयाय । सुखाय दु:खाय च देहयोग- मव्यक्तदिष्टं जनताङ्ग धत्ते ॥ १३ ॥

Ô Priyavrata, par l’ordre de la Personnalité Suprême de Dieu, tous les êtres acceptent divers corps pour naître et mourir, pour agir, pour se lamenter et s’illusionner, pour craindre les dangers à venir, et pour goûter bonheur et souffrance. Tout cela se déroule selon un décret invisible.

Verse 14

यद्वाचि तन्त्यां गुणकर्मदामभि: सुदुस्तरैर्वत्स वयं सुयोजिता: । सर्वे वहामो बलिमीश्वराय प्रोता नसीव द्विपदे चतुष्पद: ॥ १४ ॥

Mon enfant, selon nos qualités et nos actes, les injonctions védiques nous lient aux divisions du varṇāśrama; il est difficile d’y échapper, tant l’ordre en est établi. Nous devons donc accomplir notre varṇāśrama-dharma pour le Seigneur, tels des bœufs conduits par une corde nouée au nez.

Verse 15

ईशाभिसृष्टं ह्यवरुन्ध्महेऽङ्ग दु:खं सुखं वा गुणकर्मसङ्गात् । आस्थाय तत्तद्यदयुङ्क्त नाथ- श्चक्षुष्मतान्धा इव नीयमाना: ॥ १५ ॥

Cher Priyavrata, selon notre association aux guṇas et au karma, le Seigneur Suprême nous accorde un corps particulier ainsi que joie ou peine. Il faut donc demeurer à la place reçue et se laisser conduire par le Seigneur, comme un aveugle est mené par celui qui voit.

Verse 16

मुक्तोऽपि तावद्ब‍िभृयात्स्वदेह- मारब्धमश्नन्नभिमानशून्य: । यथानुभूतं प्रतियातनिद्र: किं त्वन्यदेहाय गुणान्न वृङ्क्ते ॥ १६ ॥

Même libéré, on porte encore le corps reçu du karma passé. Mais, sans orgueil, on considère jouissance et peine comme un rêve dont on se souvient après l’éveil. Ainsi l’on demeure ferme et l’on n’agit pas, sous l’emprise des trois guṇas, pour obtenir un autre corps matériel.

Verse 17

भयं प्रमत्तस्य वनेष्वपि स्याद् यत: स आस्ते सहषट्‌सपत्न: । जितेन्द्रियस्यात्मरतेर्बुधस्य गृहाश्रम: किं नु करोत्यवद्यम् ॥ १७ ॥

Même s’il va de forêt en forêt, celui qui ne se maîtrise pas craint toujours l’esclavage matériel, car il vit avec six « coépouses » : le mental et les sens de connaissance. Mais la vie de foyer ne peut nuire au sage, comblé en lui-même, qui a vaincu ses sens.

Verse 18

य: षट् सपत्नान् विजिगीषमाणो गृहेषु निर्विश्य यतेत पूर्वम् । अत्येति दुर्गाश्रित ऊर्जितारीन् क्षीणेषु कामं विचरेद्विपश्चित् ॥ १८ ॥

Celui qui, dans la vie de foyer, vainc méthodiquement le mental et les cinq sens—ces six ennemis—est tel un roi dans sa forteresse triomphant d’adversaires puissants. Quand le désir s’est amoindri, cet homme avisé peut aller partout sans danger.

Verse 19

त्वं त्वब्जनाभाङ्‌घ्रिसरोजकोश- दुर्गाश्रितो निर्जितषट्‌सपत्न: । भुङ्‌क्ष्वेह भोगान् पुरुषातिदिष्टान् विमुक्तसङ्ग: प्रकृतिं भजस्व ॥ १९ ॥

Brahmā dit : « Ô Priyavrata, réfugie-toi dans le calice du lotus des pieds du Seigneur Padmanābha et triomphe des six sens, y compris le mental. Accepte les jouissances matérielles selon l’ordre exceptionnel du Seigneur ; sans attachement, accomplis ton devoir selon ta nature essentielle. »

Verse 20

श्रीशुक उवाच इति समभिहितो महाभागवतो भगवतस्त्रिभुवनगुरोरनुशासनमात्मनो लघुतयावनतशिरोधरो बाढमिति सबहुमानमुवाह ॥ २० ॥

Śrī Śukadeva Gosvāmī dit : Ainsi pleinement instruit par le Seigneur Brahmā, maître spirituel des trois mondes, le grand dévot Priyavrata, se jugeant inférieur, inclina la tête ; disant « qu’il en soit ainsi », il reçut l’ordre avec grand respect et l’exécuta fidèlement.

Verse 21

भगवानपि मनुना यथावदुपकल्पितापचिति: प्रियव्रतनारदयोरविषममभिसमीक्षमाणयोरात्मसमवस्थानमवाङ्‍मनसं क्षयमव्यवहृतं प्रवर्तयन्नगमत् ॥ २१ ॥

Alors Manu rendit un culte à Brahmā avec le respect requis, autant qu’il le pouvait. Priyavrata et Nārada aussi le regardèrent sans la moindre amertume. Après avoir engagé Priyavrata à accepter la requête de son père, Brahmā retourna à Satyaloka, sa demeure, que l’esprit et les mots ordinaires ne peuvent décrire.

Verse 22

मनुरपि परेणैवं प्रतिसन्धितमनोरथ: सुरर्षिवरानुमतेनात्मजमखिलधरामण्डलस्थितिगुप्तय आस्थाप्य स्वयमतिविषमविषयविषजलाशयाशाया उपरराम ॥ २२ ॥

Svāyambhuva Manu, avec l’aide de Brahmā, vit ainsi ses désirs accomplis. Avec la permission du grand sage Nārada, il confia à son fils la charge de gouverner afin de maintenir et protéger tous les mondes. Il obtint ainsi le soulagement hors de l’océan, si dangereux et empoisonné, des désirs matériels.

Verse 23

इति ह वाव स जगतीपतिरीश्वरेच्छयाधिनिवेशितकर्माधिकारोऽखिलजगद्ब‍न्धध्वंसनपरानुभावस्य भगवत आदिपुरुषस्याङ्‌घ्रियुगलानवरतध्यानानुभावेन परिरन्धितकषायाशयोऽवदातोऽपि मानवर्धनो महतां महीतलमनुशशास ॥ २३ ॥

Ainsi, Mahārāja Priyavrata, souverain du monde, fut établi dans les devoirs de l’action selon la volonté du Seigneur. Pourtant, il méditait sans cesse les pieds de lotus de l’Ādi-Puruṣa, Bhagavān, dont la puissance détruit les liens de l’attachement universel. Bien que son cœur fût purifié par cette contemplation, il gouverna la terre seulement pour honorer les ordres de ses supérieurs.

Verse 24

अथ च दुहितरं प्रजापतेर्विश्वकर्मण उपयेमे बर्हिष्मतीं नाम तस्यामु ह वाव आत्मजानात्मसमानशीलगुणकर्मरूपवीर्योदारान्दश भावयाम्बभूव कन्यां च यवीयसीमूर्जस्वतीं नाम ॥ २४ ॥

Ensuite, le Mahārāja Priyavrata épousa Barhiṣmatī, fille du prajāpati nommé Viśvakarmā. D’elle il engendra dix fils, égaux à lui en beauté, caractère, qualités, actions, vaillance et grandeur d’âme; et aussi une fille, la plus jeune, nommée Ūrjasvatī.

Verse 25

आग्नीध्रेध्मजिह्वयज्ञबाहुमहावीरहिरण्यरेतोघृतपृष्ठसवनमेधातिथिवीतिहोत्रकवय इति सर्व एवाग्निनामान: ॥ २५ ॥

Les dix fils se nommaient Āgnīdhra, Idhmajihva, Yajñabāhu, Mahāvīra, Hiraṇyaretā, Ghṛtapṛṣṭha, Savana, Medhātithi, Vītihotra et Kavi. Ce sont aussi des noms d’Agni, le dieu du feu.

Verse 26

एतेषां कविर्महावीर: सवन इति त्रय आसन्नूर्ध्वरेतसस्त आत्मविद्यायामर्भभावादारभ्य कृतपरिचया: पारमहंस्यमेवाश्रममभजन् ॥ २६ ॥

Parmi les dix, Kavi, Mahāvīra et Savana—ces trois-là étaient ūrdhva-retas, c’est-à-dire parfaitement célibataires. Formés à la vie de brahmacārī dès l’enfance, ils devinrent versés dans la connaissance du Soi et adoptèrent l’āśrama des paramahaṁsas.

Verse 27

तस्मिन्नु ह वा उपशमशीला: परमर्षय: सकलजीवनिकायावासस्य भगवतो वासुदेवस्य भीतानां शरणभूतस्य श्रीमच्चरणारविन्दाविरतस्मरणाविगलितपरमभक्तियोगानुभावेन परिभावितान्तर्हृदयाधिगते भगवति सर्वेषां भूतानामात्मभूते प्रत्यगात्मन्येवा- त्मनस्तादात्म्यमविशेषेण समीयु: ॥ २७ ॥

Ainsi, établis dès le début de leur vie dans l’ordre du renoncement, tous trois maîtrisèrent pleinement les activités des sens et devinrent de grands sages. Leur esprit demeurait sans cesse fixé sur les pieds de lotus du Seigneur Vāsudeva, soutien de l’ensemble des êtres vivants et unique refuge de ceux qui redoutent l’existence matérielle. Par la puissance de cette remembrance ininterrompue, leur bhakti-yoga pur parvint à maturité; et, par sa force, ils perçurent directement le Seigneur, présent dans le cœur comme Paramātmā, l’Âme de tous, et réalisèrent qu’en qualité spirituelle il n’y avait aucune différence entre eux et Lui.

Verse 28

अन्यस्यामपि जायायां त्रय: पुत्रा आसन्नुत्तमस्तामसो रैवत इति मन्वन्तराधिपतय: ॥ २८ ॥

De son autre épouse, le Mahārāja Priyavrata eut encore trois fils : Uttama, Tāmasa et Raivata. Plus tard, tous trois prirent la charge de manvantaras, en tant que Manus.

Verse 29

एवमुपशमायनेषु स्वतनयेष्वथ जगतीपतिर्जगतीमर्बुदान्येकादश परिवत्सराणामव्याहताखिलपुरुषकारसारसम्भृतदोर्दण्डयुगलापीडितमौर्वीगुणस्तनितविरमितधर्मप्रतिपक्षो बर्हिष्मत्याश्चानुदिनमेधमानप्रमोदप्रसरणयौषिण्यव्रीडाप्रमुषितहासावलोकरुचिरक्ष्वेल्यादिभि: पराभूयमानविवेक इवानवबुध्यमान इव महामना बुभुजे ॥ २९ ॥

Lorsque Kavi, Mahāvīra et Savana furent pleinement formés à l’état de vie de paramahaṁsa, le Mahārāja Priyavrata gouverna l’univers durant onze arbuda d’années. Chaque fois que, de ses deux bras puissants, il s’apprêtait à fixer la flèche sur la corde de son arc, tous les adversaires des principes du dharma s’enfuyaient, saisis de crainte devant la prouesse incomparable avec laquelle il administrait le monde. Il aimait profondément son épouse, la reine Barhiṣmatī, et, au fil des jours, la joie de leur amour nuptial ne cessait de croître. Par ses grâces féminines—parure, démarche, lever, sourire, rire, regards et jeux—la reine Barhiṣmatī augmentait son énergie. Ainsi, bien qu’il fût une grande âme, il paraissait comme absorbé par la conduite féminine de son épouse et se comportait tel un homme ordinaire; pourtant, en vérité, il demeurait un mahātmā.

Verse 30

यावदवभासयति सुरगिरिमनुपरिक्रामन् भगवानादित्यो वसुधातलमर्धेनैव प्रतपत्यर्धेनावच्छादयति तदा हि भगवदुपासनोपचितातिपुरुषप्रभावस्तदनभिनन्दन् समजवेन रथेन ज्योतिर्मयेन रजनीमपि दिनं करिष्यामीति सप्तकृत्वस्तरणिमनुपर्यक्रामद् द्वितीय इव पतङ्ग: ॥ ३० ॥

Tandis que le dieu Soleil, en contournant le mont Sumeru, n’éclaire la surface de la terre que pour moitié et laisse l’autre moitié voilée, Priyavrata—fort d’une puissance surhumaine acquise par l’adoration du Bhagavān—n’approuva pas cet état de choses. Il résolut : « Là même où règne la nuit, je ferai le jour. » Puis, monté sur un char lumineux à l’allure égale, il suivit l’orbite du dieu Soleil et l’encercla sept fois, tel un second astre.

Verse 31

ये वा उ ह तद्रथचरणनेमिकृतपरिखातास्ते सप्त सिन्धव आसन् यत एव कृता: सप्त भुवो द्वीपा: ॥ ३१ ॥

Lorsque Priyavrata conduisit son char derrière le soleil, les jantes de ses roues tracèrent des sillons qui devinrent plus tard sept océans, divisant le système appelé Bhū-maṇḍala en sept îles.

Verse 32

जम्बूप्लक्षशाल्मलिकुशक्रौञ्चशाकपुष्करसंज्ञास्तेषां परिमाणं पूर्वस्मात्पूर्वस्मादुत्तर उत्तरो यथासंख्यं द्विगुणमानेन बहि: समन्तत उपक्‍ल‍ृप्ता: ॥ ३२ ॥

Les îles se nomment Jambū, Plakṣa, Śālmali, Kuśa, Krauñca, Śāka et Puṣkara. Chacune est, dans l’ordre, deux fois plus vaste que la précédente, et chacune est entourée d’une substance liquide, au-delà de laquelle se trouve l’île suivante.

Verse 33

क्षारोदेक्षुरसोदसुरोदघृतोदक्षीरोददधिमण्डोदशुद्धोदा: सप्त जलधय: सप्त द्वीपपरिखा इवाभ्यन्तरद्वीपसमाना एकैकश्येन यथानुपूर्वं सप्तस्वपि बहिर्द्वीपेषु पृथक्परित उपकल्पितास्तेषु जम्ब्वादिषु बर्हिष्मतीपतिरनुव्रतानात्मजानाग्नीध्रेध्मजिह्वयज्ञबाहुहिरण्यरेतोघृतपृष्ठमेधातिथिवीतिहोत्रसंज्ञान् यथा संख्येनैकैकस्मिन्नेकमेवाधिपतिं विदधे ॥ ३३ ॥

Les sept océans contiennent respectivement de l’eau salée, du jus de canne à sucre, de la surā (liqueur), du beurre clarifié, du lait, du dadhi-maṇḍa (yaourt émulsionné) et une eau douce pure. Ils entourent entièrement les sept îles comme des douves, et chaque océan a la même largeur que l’île qu’il ceint. Mahārāja Priyavrata, époux de la reine Barhiṣmatī, confia la souveraineté de Jambū et des autres îles à ses fils—Āgnīdhra, Idhmajihva, Yajñabāhu, Hiraṇyaretā, Ghṛtapṛṣṭha, Medhātithi et Vītihotra—désignant chacun comme maître d’une île, selon l’ordre.

Verse 34

दुहितरं चोर्जस्वतीं नामोशनसे प्रायच्छद्यस्यामासीद् देवयानी नाम काव्यसुता ॥ ३४ ॥

Alors le roi Priyavrata donna sa fille, nommée Ūrjasvatī, en mariage à Uśanas (Śukrācārya). D’elle naquit une fille appelée Devayānī, la fille de la lignée Kāvya.

Verse 35

नैवंविध: पुरुषकार उरुक्रमस्यपुंसां तदङ्‌घ्रिरजसा जितषड्‌गुणानाम् । चित्रं विदूरविगत: सकृदाददीतयन्नामधेयमधुना स जहाति बन्धम् ॥ ३५ ॥

Ô roi, le dévot qui s’abrite dans la poussière des pieds de lotus du Seigneur Urukrama transcende les six vagues matérielles—faim, soif, chagrin, illusion, vieillesse et mort—et conquiert le mental et les cinq sens. Mais pour le pur bhakta, ce n’est point étonnant; car même un chandāla, s’il prononce une seule fois le Saint Nom du Seigneur, est aussitôt délivré des liens de l’existence matérielle.

Verse 36

स एवमपरिमितबलपराक्रम एकदा तु देवर्षिचरणानुशयनानुपतितगुणविसर्गसंसर्गेणानिर्वृतमिवात्मानं मन्यमान आत्मनिर्वेद इदमाह ॥ ३६ ॥

Ainsi, bien qu’il jouît d’une force et d’une vaillance sans mesure, Mahārāja Priyavrata, un jour, considéra ceci : bien qu’il se fût abandonné aux pieds du devarṣi Nārada et qu’il fût sur la voie de la conscience de Kṛṣṇa, par le contact avec le courant des guṇa il s’était de nouveau enlacé dans les activités matérielles. Son mental devint agité, et il se mit à parler dans un esprit de renoncement.

Verse 37

अहो असाध्वनुष्ठितं यदभिनिवेशितोऽहमिन्द्रियैरविद्यारचितविषमविषयान्धकूपे तदलमलममुष्या वनिताया विनोदमृगं मां धिग्धिगिति गर्हयाञ्चकार ॥ ३७ ॥

Le roi se blâma alors lui-même : « Hélas ! Quelle conduite indigne ai-je suivie ! Asservi par les sens, je suis tombé dans le puits obscur des objets pernicieux façonnés par l’ignorance. Assez, assez ! Je ne jouirai plus. Voyez : je suis devenu tel un singe dansant, jouet de divertissement entre les mains de mon épouse ; honte à moi ! »

Verse 38

परदेवताप्रसादाधिगतात्मप्रत्यवमर्शेनानुप्रवृत्तेभ्य: पुत्रेभ्य इमां यथादायं विभज्य भुक्तभोगां च महिषीं मृतकमिव सह महाविभूतिमपहाय स्वयं निहितनिर्वेदो हृदि गृहीतहरिविहारानुभावो भगवतो नारदस्य पदवीं पुनरेवानुससार ॥ ३८ ॥

Par la grâce de la Personnalité Suprême de Dieu, Mahārāja Priyavrata retrouva sa lucidité. Il partagea selon le droit toutes ses possessions terrestres entre ses fils obéissants. Il abandonna la reine avec qui il avait tant joui, ainsi que son royaume d’immense opulence, comme on délaisse un cadavre. Le renoncement établi en son cœur, et son cœur purifié par la puissance des līlā de Hari, il revint sur la voie de la conscience de Kṛṣṇa et reprit le chemin obtenu par la miséricorde du grand sage Nārada.

Verse 39

तस्य ह वा एते श्लोका:— प्रियव्रतकृतं कर्म को नु कुर्याद्विनेश्वरम् । यो नेमिनिम्नैरकरोच्छायां घ्नन् सप्त वारिधीन् ॥ ३९ ॥

À son sujet, on chante ces vers célèbres : qui, sans la puissance du Seigneur, pourrait accomplir les actes de Mahārāja Priyavrata ? Par les traces des roues de son char, comme tranchant l’ombre, il fit apparaître les limites des sept océans.

Verse 40

भूसंस्थानं कृतं येन सरिद्ग‍िरिवनादिभि: । सीमा च भूतनिर्वृत्यै द्वीपे द्वीपे विभागश: ॥ ४० ॥

C’est lui qui ordonna la configuration de la terre par les rivières, les montagnes et les forêts; et, pour la paix des êtres, il fixa des frontières, divisant chaque île en parts distinctes.

Verse 41

भौमं दिव्यं मानुषं च महित्वं कर्मयोगजम् । यश्चक्रे निरयौपम्यं पुरुषानुजनप्रिय: ॥ ४१ ॥

Les grandeurs terrestres, célestes et humaines acquises par le karma-yoga, Mahārāja Priyavrata—dévot cher au sage Nārada—les jugea comparables à l’enfer; pourtant il accomplit le dharma et obtint une renommée pure.

Frequently Asked Questions

Because Brahmā establishes that the Supreme Lord’s order is unavoidable for all beings—from Brahmā to an ant. Priyavrata accepted rulership not from personal desire but as service to the divine plan and to his superiors (Manu, Brahmā), while keeping his consciousness sheltered at the Lord’s lotus feet. This preserves bhakti while fulfilling dharma.

The chapter distinguishes uncontrolled wandering from controlled household discipline: the true danger is the unconquered mind and senses (the ‘six co-wives’). A self-satisfied, learned person who systematically conquers the mind and senses can live as a gṛhastha without being harmed, treating karmic happiness and distress like a dream—without generating new bondage.

They are Jambū, Plakṣa, Śālmali, Kuśa, Krauñca, Śāka, and Puṣkara, each surrounded by corresponding oceans of salt water, sugarcane juice, liquor, ghee, milk, yogurt, and sweet water. They are narrated to show the cosmic-scale effects of a devotee-king acting under divine empowerment, and to transition Canto 5 into its broader cosmographical exposition.

Because resistance to one’s prescribed duty can subtly become envy toward the Lord’s governance—treating divine arrangement as negotiable. Brahmā reframes duty as alignment with the Supreme will: obedience without ego preserves devotion, whereas refusal can mask personal preference as spirituality.