Adhyaya 25
Ekadasha SkandhaAdhyaya 2536 Verses

Adhyaya 25

Guṇa-vibhāga: The Three Modes and the Path Beyond Them

Ce chapitre poursuit les enseignements de Kṛṣṇa dans l’Uddhava-gītā sur la manière de démêler le Soi du conditionnement matériel. Il décrit les marques vécues des trois guṇa—sattva, rajas et tamas—et explique comment l’association (saṅga) façonne la nature de chacun. Kṛṣṇa dresse d’abord la liste des traits comportementaux et psychologiques propres à chaque guṇa, puis montre comment le sentiment mêlé de « moi » et « mien » ainsi que les échanges mondains naissent de leur combinaison. Il relie les modes aux motifs du culte, aux états de conscience (veille, rêve, sommeil profond) et aux conséquences sociales et cosmiques (devas/démons, naissances supérieures/inférieures), ainsi qu’aux domaines du travail, de la connaissance, de la demeure, de la foi, de la nourriture et du bonheur. Le chapitre culmine en une progression salvatrice : s’élever par sattva, vaincre rajas et tamas par un engagement sattvique, puis transcender même sattva par le détachement envers les modes—en prenant refuge exclusivement en Kṛṣṇa dans le service dévotionnel (bhakti). Il prépare ainsi aux enseignements suivants sur la stabilité en bhakti et la liberté totale du jīva qui ne cherche plus la jouissance dans l’énergie externe.

Shlokas

Verse 1

श्रीभगवानुवाच गुणानामसम्मिश्राणां पुमान् येन यथा भवेत् । तन्मे पुरुषवर्येदमुपधारय शंसत: ॥ १ ॥

Le Seigneur Suprême dit : Ô meilleur des hommes, écoute avec attention tandis que Je t’explique comment l’être vivant acquiert une nature particulière par son association avec chacun des modes matériels.

Verse 2

शमो दमस्तितिक्षेक्षा तप: सत्यं दया स्मृति: । तुष्टिस्त्यागोऽस्पृहा श्रद्धा ह्रीर्दयादि: स्वनिर्वृति: ॥ २ ॥ काम ईहा मदस्तृष्णा स्तम्भ आशीर्भिदा सुखम् । मदोत्साहो यश:प्रीतिर्हास्यं वीर्यं बलोद्यम: ॥ ३ ॥ क्रोधो लोभोऽनृतं हिंसा याच्ञा दम्भ: क्लम: कलि: । शोकमोहौ विषादार्ती निद्राशा भीरनुद्यम: ॥ ४ ॥ सत्त्वस्य रजसश्चैतास्तमसश्चानुपूर्वश: । वृत्तयो वर्णितप्राया: सन्निपातमथो श‍ृणु ॥ ५ ॥

Maîtrise du mental et des sens, patience, discernement, austérité, vérité, compassion, mémoire, contentement, générosité, renoncement, absence de convoitise, foi en le maître spirituel, pudeur devant l’acte indigne, charité, simplicité, humilité et satisfaction intérieure : telles sont les qualités de la bonté (sattva). Désir matériel, grand effort, audace, insatisfaction même dans le gain, orgueil illusoire, prières pour l’élévation mondaine, se croire différent et supérieur, jouissance des sens, empressement à combattre, goût pour les louanges, tendance à se moquer d’autrui, étalage de sa puissance et justification de ses actes par la force : telles sont les qualités de la passion (rajas). Colère intolérante, cupidité, paroles sans l’autorité des śāstras, violence, vie de parasite, hypocrisie, fatigue chronique, querelle, lamentation, égarement, tristesse, abattement, sommeil excessif, faux espoirs, peur et paresse : telles sont les qualités majeures de l’ignorance (tamas). Écoute maintenant la combinaison de ces trois modes.

Verse 3

शमो दमस्तितिक्षेक्षा तप: सत्यं दया स्मृति: । तुष्टिस्त्यागोऽस्पृहा श्रद्धा ह्रीर्दयादि: स्वनिर्वृति: ॥ २ ॥ काम ईहा मदस्तृष्णा स्तम्भ आशीर्भिदा सुखम् । मदोत्साहो यश:प्रीतिर्हास्यं वीर्यं बलोद्यम: ॥ ३ ॥ क्रोधो लोभोऽनृतं हिंसा याच्ञा दम्भ: क्लम: कलि: । शोकमोहौ विषादार्ती निद्राशा भीरनुद्यम: ॥ ४ ॥ सत्त्वस्य रजसश्चैतास्तमसश्चानुपूर्वश: । वृत्तयो वर्णितप्राया: सन्निपातमथो श‍ृणु ॥ ५ ॥

Maîtrise du mental et des sens, patience, discernement, austérité, vérité, compassion, mémoire, contentement, générosité, renoncement, absence de convoitise, foi en le maître spirituel, pudeur devant l’acte indigne, charité, simplicité, humilité et satisfaction intérieure : telles sont les qualités de la bonté (sattva). Désir matériel, grand effort, audace, insatisfaction même dans le gain, orgueil illusoire, prières pour l’élévation mondaine, se croire différent et supérieur, jouissance des sens, empressement à combattre, goût pour les louanges, tendance à se moquer d’autrui, étalage de sa puissance et justification de ses actes par la force : telles sont les qualités de la passion (rajas). Colère intolérante, cupidité, paroles sans l’autorité des śāstras, violence, vie de parasite, hypocrisie, fatigue chronique, querelle, lamentation, égarement, tristesse, abattement, sommeil excessif, faux espoirs, peur et paresse : telles sont les qualités majeures de l’ignorance (tamas). Écoute maintenant la combinaison de ces trois modes.

Verse 4

शमो दमस्तितिक्षेक्षा तप: सत्यं दया स्मृति: । तुष्टिस्त्यागोऽस्पृहा श्रद्धा ह्रीर्दयादि: स्वनिर्वृति: ॥ २ ॥ काम ईहा मदस्तृष्णा स्तम्भ आशीर्भिदा सुखम् । मदोत्साहो यश:प्रीतिर्हास्यं वीर्यं बलोद्यम: ॥ ३ ॥ क्रोधो लोभोऽनृतं हिंसा याच्ञा दम्भ: क्लम: कलि: । शोकमोहौ विषादार्ती निद्राशा भीरनुद्यम: ॥ ४ ॥ सत्त्वस्य रजसश्चैतास्तमसश्चानुपूर्वश: । वृत्तयो वर्णितप्राया: सन्निपातमथो श‍ृणु ॥ ५ ॥

La maîtrise du mental et des sens, la patience, le discernement, la constance dans le devoir prescrit, la vérité, la compassion, la mémoire sacrée, le contentement, la générosité, le renoncement aux plaisirs des sens, la foi en le maître spirituel, la pudeur devant l’acte indigne, la charité, la simplicité, l’humilité et la satisfaction intérieure—telles sont les qualités du mode de la bonté (sattva). Le désir matériel, le grand effort, l’audace, l’insatisfaction même dans le gain, l’orgueil illusoire, la prière pour l’essor mondain, se croire différent et supérieur, la jouissance des sens, l’empressement à combattre, le goût d’entendre sa louange, la tendance à railler autrui, l’étalage de sa vaillance et la justification de ses actes par la force—telles sont les qualités du mode de la passion (rajas). La colère intolérante, l’avarice, la parole sans autorité des śāstras, la haine violente, la vie parasitaire, l’hypocrisie, la fatigue chronique, la querelle, la lamentation, l’illusion, le malheur, l’abattement, le sommeil excessif, les faux espoirs, la peur et la paresse—telles sont les qualités du mode de l’ignorance (tamas). Écoute maintenant la combinaison de ces trois modes.

Verse 5

शमो दमस्तितिक्षेक्षा तप: सत्यं दया स्मृति: । तुष्टिस्त्यागोऽस्पृहा श्रद्धा ह्रीर्दयादि: स्वनिर्वृति: ॥ २ ॥ काम ईहा मदस्तृष्णा स्तम्भ आशीर्भिदा सुखम् । मदोत्साहो यश:प्रीतिर्हास्यं वीर्यं बलोद्यम: ॥ ३ ॥ क्रोधो लोभोऽनृतं हिंसा याच्ञा दम्भ: क्लम: कलि: । शोकमोहौ विषादार्ती निद्राशा भीरनुद्यम: ॥ ४ ॥ सत्त्वस्य रजसश्चैतास्तमसश्चानुपूर्वश: । वृत्तयो वर्णितप्राया: सन्निपातमथो श‍ृणु ॥ ५ ॥

La maîtrise du mental et des sens, la patience, le discernement, la constance dans le devoir prescrit, la vérité, la compassion, la mémoire sacrée, le contentement, la générosité, le renoncement aux plaisirs des sens, la foi en le maître spirituel, la pudeur devant l’acte indigne, la charité, la simplicité, l’humilité et la satisfaction intérieure—telles sont les qualités du mode de la bonté (sattva). Le désir matériel, le grand effort, l’audace, l’insatisfaction même dans le gain, l’orgueil illusoire, la prière pour l’essor mondain, se croire différent et supérieur, la jouissance des sens, l’empressement à combattre, le goût d’entendre sa louange, la tendance à railler autrui, l’étalage de sa vaillance et la justification de ses actes par la force—telles sont les qualités du mode de la passion (rajas). La colère intolérante, l’avarice, la parole sans autorité des śāstras, la haine violente, la vie parasitaire, l’hypocrisie, la fatigue chronique, la querelle, la lamentation, l’illusion, le malheur, l’abattement, le sommeil excessif, les faux espoirs, la peur et la paresse—telles sont les qualités du mode de l’ignorance (tamas). Écoute maintenant la combinaison de ces trois modes.

Verse 6

सन्निपातस्त्वहमिति ममेत्युद्धव या मति: । व्यवहार: सन्निपातो मनोमात्रेन्द्रियासुभि: ॥ ६ ॥

Mon cher Uddhava, la combinaison des trois guṇas se trouve dans la mentalité du « moi » et du « mien ». Les échanges ordinaires du monde, accomplis par le mental, les objets perçus, les sens et les souffles vitaux du corps, reposent eux aussi sur ce mélange des guṇas.

Verse 7

धर्मे चार्थे च कामे च यदासौ परिनिष्ठित: । गुणानां सन्निकर्षोऽयं श्रद्धारतिधनावह: ॥ ७ ॥

Quand une personne se voue à la religiosité, à la prospérité et au plaisir des sens, la foi, la richesse et la jouissance qu’elle obtient par ses efforts révèlent l’interaction des trois guṇas de la nature.

Verse 8

प्रवृत्तिलक्षणे निष्ठा पुमान् यर्हि गृहाश्रमे । स्वधर्मे चानुतिष्ठेत गुणानां समितिर्हि सा ॥ ८ ॥

Quand un homme désire la jouissance des sens, s’attache à la vie de famille dans l’āśrama du maître de maison, et s’établit ainsi dans ses devoirs religieux et professionnels, la combinaison des guṇas de la nature se manifeste.

Verse 9

पुरुषं सत्त्वसंयुक्तमनुमीयाच्छमादिभि: । कामादिभी रजोयुक्तं क्रोधाद्यैस्तमसा युतम् ॥ ९ ॥

Celui qui manifeste des qualités telles que la maîtrise de soi est compris comme prédominant en sattva (bonté). Le passionné se reconnaît à la convoitise (rajas), et l’ignorant à la colère et semblables (tamas).

Verse 10

यदा भजति मां भक्त्या निरपेक्ष: स्वकर्मभि: । तं सत्त्वप्रकृतिं विद्यात् पुरुषं स्‍त्रियमेव वा ॥ १० ॥

Homme ou femme, quiconque M’adore avec une bhakti aimante, en M’offrant ses devoirs prescrits sans attachement matériel, doit être compris comme établi en sattva (bonté).

Verse 11

यदा आशिष आशास्य मां भजेत स्वकर्मभि: । तं रज:प्रकृतिं विद्यात् हिंसामाशास्य तामसम् ॥ ११ ॥

Quand quelqu’un M’adore par ses devoirs prescrits dans l’espoir d’un gain matériel, sa nature doit être comprise comme rajas (passion). Et celui qui M’adore avec le désir de nuire aux autres est en tamas (ignorance).

Verse 12

सत्त्वं रजस्तम इति गुणा जीवस्य नैव मे । चित्तजा यैस्तु भूतानां सज्जमानो निबध्यते ॥ १२ ॥

Sattva, rajas et tamas sont des qualités de l’être vivant, non les Miennes. Nées dans son mental, elles le poussent à s’attacher au corps et aux choses créées; ainsi l’être est lié.

Verse 13

यदेतरौ जयेत् सत्त्वं भास्वरं विशदं शिवम् । तदा सुखेन युज्येत धर्मज्ञानादिभि: पुमान् ॥ १३ ॥

Quand la bonté (sattva), lumineuse, pure et propice, l’emporte sur la passion et l’ignorance, l’homme est doté de bonheur, de vertu, de connaissance et d’autres qualités nobles.

Verse 14

यदा जयेत्तम: सत्त्वं रज: सङ्गं भिदा चलम् । तदा दु:खेन युज्येत कर्मणा यशसा श्रिया ॥ १४ ॥

Lorsque le mode de la passion, source d’attachement, de division et d’agitation, l’emporte sur l’ignorance et la bonté, l’homme s’épuise à acquérir prestige et prospérité. Dans rajas, il goûte l’anxiété et la lutte.

Verse 15

यदा जयेद् रज: सत्त्वं तमो मूढं लयं जडम् । युज्येत शोकमोहाभ्यां निद्रयाहिंसयाशया ॥ १५ ॥

Lorsque le mode de l’ignorance (tamas), lourd et inerte, l’emporte sur la passion et la bonté, il voile la conscience et rend l’être sot et engourdi. Tombé dans le chagrin et l’illusion, il dort à l’excès, nourrit de faux espoirs et manifeste de la violence envers autrui.

Verse 16

यदा चित्तं प्रसीदेत इन्द्रियाणां च निर्वृति: । देहेऽभयं मनोऽसङ्गं तत् सत्त्वं विद्धि मत्पदम् ॥ १६ ॥

Lorsque la conscience devient limpide et paisible, et que les sens se détachent de la matière, on éprouve, même dans le corps, l’absence de peur et le détachement du mental matériel. Sache que c’est la prédominance de la bonté (sattva), où s’offre l’occasion de Me réaliser.

Verse 17

विकुर्वन् क्रियया चाधीरनिवृत्तिश्च चेतसाम् । गात्रास्वास्थ्यं मनो भ्रान्तं रज एतैर्निशामय ॥ १७ ॥

Reconnais le mode de la passion à ces signes : l’intelligence déformée par l’excès d’activité, les sens incapables de se détacher des objets mondains, l’état malsain des organes d’action, et la perplexité instable du mental.

Verse 18

सीदच्चित्तं विलीयेत चेतसो ग्रहणेऽक्षमम् । मनो नष्टं तमो ग्लानिस्तमस्तदुपधारय ॥ १८ ॥

Lorsque la conscience supérieure s’affaisse puis finit par se dissoudre, au point qu’on ne peut plus fixer son attention, le mental se trouve ruiné et l’ignorance avec l’abattement se manifestent. Sache que c’est la prédominance de tamas.

Verse 19

एधमाने गुणे सत्त्वे देवानां बलमेधते । असुराणां च रजसि तमस्युद्धव रक्षसाम् ॥ १९ ॥

Avec l'accroissement du mode de la vertu, la force des demi-dieux augmente de même. Quand la passion s'accroît, les démoniaques deviennent forts. Et avec la montée de l'ignorance, ô Uddhava, la force des êtres les plus vils augmente.

Verse 20

सत्त्वाज्जागरणं विद्याद् रजसा स्वप्नमादिशेत् । प्रस्वापं तमसा जन्तोस्तुरीयं त्रिषु सन्ततम् ॥ २० ॥

Il faut comprendre que l'état de veille vient du mode de la vertu, le sommeil avec rêves du mode de la passion, et le sommeil profond sans rêves du mode de l'ignorance. Le quatrième état de conscience pénètre ces trois et est transcendantal.

Verse 21

उपर्युपरि गच्छन्ति सत्त्वेन ब्राह्मणा जना: । तमसाधोऽध आमुख्याद् रजसान्तरचारिण: ॥ २१ ॥

Les personnes érudites dédiées à la culture védique sont élevées par le mode de la vertu vers des positions de plus en plus hautes. Le mode de l'ignorance, en revanche, force l'être à tomber tête la première dans des naissances de plus en plus basses. Et par le mode de la passion, on continue de transmigrer dans des corps humains.

Verse 22

सत्त्वे प्रलीना: स्वर्यान्ति नरलोकं रजोलया: । तमोलयास्तु निरयं यान्ति मामेव निर्गुणा: ॥ २२ ॥

Ceux qui quittent ce monde dans le mode de la vertu vont vers les planètes célestes, ceux qui trépassent dans le mode de la passion restent dans le monde des êtres humains, et ceux qui meurent dans le mode de l'ignorance doivent aller en enfer. Mais ceux qui sont libres de l'influence de tous les modes de la nature viennent à Moi.

Verse 23

मदर्पणं निष्फलं वा सात्त्विकं निजकर्म तत् । राजसं फलसङ्कल्पं हिंसाप्रायादि तामसम् ॥ २३ ॥

L'action accomplie en offrande à Moi, sans considération du fruit, est considérée comme étant dans le mode de la vertu. L'action accomplie avec le désir de jouir des résultats est dans le mode de la passion. Et l'action poussée par la violence et l'envie est dans le mode de l'ignorance.

Verse 24

कैवल्यं सात्त्विकं ज्ञानं रजो वैकल्पिकं च यत् । प्राकृतं तामसं ज्ञानं मन्निष्ठं निर्गुणं स्मृतम् ॥ २४ ॥

La connaissance menant au kaivalya est sattvique ; la connaissance fondée sur la dualité est rajasique ; et la connaissance matérielle et aveugle est tamasique. Mais la connaissance établie en Moi est dite nirguna, au-delà des qualités.

Verse 25

वनं तु सात्त्विको वासो ग्रामो राजस उच्यते । तामसं द्यूतसदनं मन्निकेतं तु निर्गुणम् ॥ २५ ॥

Résider dans la forêt est sattvique ; résider au village ou en ville est rajasique ; résider dans une maison de jeu est tamasique. Mais résider là où Je demeure est nirguna, au-delà des qualités.

Verse 26

सात्त्विक: कारकोऽसङ्गी रागान्धो राजस: स्मृत: । तामस: स्मृतिविभ्रष्टो निर्गुणो मदपाश्रय: ॥ २६ ॥

L’agent sans attachement est sattvique ; l’agent aveuglé par le désir personnel est rajasique ; et l’agent qui, la mémoire troublée, ne distingue plus le juste de l’injuste est tamasique. Mais celui qui prend refuge en Moi est nirguna, au-delà des qualités.

Verse 27

सात्त्विक्याध्यात्मिकी श्रद्धा कर्मश्रद्धा तु राजसी । तामस्यधर्मे या श्रद्धा मत्सेवायां तु निर्गुणा ॥ २७ ॥

La foi tournée vers la vie spirituelle est sattvique ; la foi enracinée dans l’action intéressée est rajasique ; la foi qui demeure dans l’irréligion est tamasique. Mais la foi en Mon service dévotionnel (bhakti-sevā) est nirguna, purement transcendante.

Verse 28

पथ्यं पूतमनायस्तमाहार्यं सात्त्विकं स्मृतम् । राजसं चेन्द्रियप्रेष्ठं तामसं चार्तिदाशुचि ॥ २८ ॥

La nourriture salutaire, pure et obtenue sans peine est dite sattvique ; celle qui procure un plaisir immédiat aux sens est rajasique ; et celle qui est impure et cause de la souffrance est tamasique.

Verse 29

सात्त्विकं सुखमात्मोत्थं विषयोत्थं तु राजसम् । तामसं मोहदैन्योत्थं निर्गुणं मदपाश्रयम् ॥ २९ ॥

Le bonheur qui naît du Soi est sāttvique; celui qui naît de la jouissance des sens est rājassique; et celui qui naît de l’illusion et de la déchéance est tāmassique. Mais le bonheur qui prend refuge en Moi est nirguṇa, transcendant.

Verse 30

द्रव्यं देश: फलं कालो ज्ञानं कर्म च कारक: । श्रद्धावस्थाकृतिर्निष्ठा त्रैगुण्य: सर्व एव हि ॥ ३० ॥

La substance, le lieu, le fruit de l’action, le temps, la connaissance, l’œuvre, l’agent, la foi (śraddhā), l’état de conscience, l’espèce de vie et la destination après la mort—tout cela repose sur les trois guṇa de la nature matérielle.

Verse 31

सर्वे गुणमया भावा: पुरुषाव्यक्तधिष्ठिता: । द‍ृष्टं श्रुतमनुध्यातं बुद्ध्या वा पुरुषर्षभ ॥ ३१ ॥

Ô meilleur des hommes, tous les états de l’être matériel sont liés à l’interaction entre l’âme jouissante (puruṣa) et la nature non manifestée (avyakta). Qu’ils soient vus, entendus ou seulement conçus par l’intelligence, tous sont faits des guṇa.

Verse 32

एता: संसृतय: पुंसो गुणकर्मनिबन्धना: । येनेमे निर्जिता: सौम्य गुणा जीवेन चित्तजा: । भक्तियोगेन मन्निष्ठो मद्भ‍ावाय प्रपद्यते ॥ ३२ ॥

Ô doux Uddhava, toutes ces phases de la vie conditionnée naissent du labeur enchaîné aux guṇa. L’être vivant qui vainc ces guṇa, manifestés par le mental, peut, par le bhakti-yoga, se fixer en Moi et atteindre l’amour pur pour Moi.

Verse 33

तस्माद् देहमिमं लब्ध्वा ज्ञानविज्ञानसम्भवम् । गुणसङ्गं विनिर्धूय मां भजन्तु विचक्षणा: ॥ ३३ ॥

Ainsi, ayant obtenu ce corps humain, qui permet l’éclosion de la connaissance et de la réalisation, les sages doivent rejeter toute association aux guṇa et s’adonner exclusivement à Mon service d’amour.

Verse 34

नि:सङ्गो मां भजेद् विद्वानप्रमत्तो जितेन्द्रिय: । रजस्तमश्चाभिजयेत् सत्त्वसंसेवया मुनि: ॥ ३४ ॥

Le muni sage, détaché, vigilant et maître de ses sens, doit M’adorer. En servant la qualité de bonté (sattva), il vaincra passion et ignorance.

Verse 35

सत्त्वं चाभिजयेद् युक्तो नैरपेक्ष्येण शान्तधी: । सम्पद्यते गुणैर्मुक्तो जीवो जीवं विहाय माम् ॥ ३५ ॥

Ensuite, établi dans la dévotion et l’esprit paisible, le sage doit transcender même la bonté par l’indifférence envers les gunas. Ainsi, l’âme, libérée des modes, abandonne la cause de l’asservissement et M’atteint.

Verse 36

जीवो जीवविनिर्मुक्तो गुणैश्चाशयसम्भवै: । मयैव ब्रह्मणा पूर्णो न बहिर्नान्तरश्चरेत् ॥ ३६ ॥

Libéré des conditionnements subtils du mental et des gunas nés de la conscience matérielle, l’être vivant est pleinement comblé en faisant l’expérience de Ma forme transcendante. Il ne cherche plus la jouissance au-dehors, ni ne la rumine au-dedans.

Frequently Asked Questions

The chapter defines sattva through inner governance and clarity (sense control, tolerance, truthfulness, mercy, satisfaction, humility, faith in guru), rajas through acquisitive drive and egoic competition (material desire, intense endeavor, pride, craving for praise, agitation), and tamas through obscuration and degradation (anger, stinginess, hypocrisy, fatigue, delusion, depression, laziness, fear). These are not merely moral labels but diagnostic markers of consciousness shaped by association.

Because ahaṅkāra (false ego) and possessiveness arise when consciousness identifies with the mind-body complex, which itself operates through guṇic interaction (mind, senses, prāṇa, objects). The “I/mine” structure is therefore a product of prakṛti’s modes acting within conditioned awareness, not the intrinsic nature of the ātmā.

Kṛṣṇa correlates wakefulness with sattva, dreaming with rajas, and deep dreamless sleep with tamas, then states that a fourth state pervades these three and is transcendental. This indicates the witness-consciousness of the self (and ultimately realization of Bhagavān) that is not reducible to guṇic fluctuations.

The chapter outlines a sequence: subdue the senses and worship Kṛṣṇa; overcome rajas and tamas by engaging with sattvic supports (clarity, restraint, purity); then transcend sattva by indifference to the modes—remaining fixed in devotional service without identification with any guṇic state. Taking shelter of Kṛṣṇa is identified as the transcendental position beyond the modes.

Those who depart in sattva attain higher planetary destinations (svarga and upward trajectories), those in rajas remain within human-centered transmigration, and those in tamas fall to hellish conditions. Yet the chapter’s conclusion is that one free from all modes attains Kṛṣṇa (the āśraya), which supersedes guṇa-based destinations.