
Mārkaṇḍeya’s Request to See Māyā and the Vision of the Cosmic Deluge
Après avoir glorifié avec succès Nara-Nārāyaṇa (Bhagavān, l’ami de Nara), le sage Mārkaṇḍeya voit le Seigneur apparaître, lui offrir une grâce et louer son brahmacarya, son tapas, son étude védique, ses niyama et sa méditation inébranlable. Mārkaṇḍeya refuse les bienfaits matériels, car le darśana du Seigneur est le don suprême; toutefois, il demande encore une miséricorde: contempler la māyā-śakti du Seigneur, la puissance illusoire par laquelle le monde paraît matériellement multiple. Le Seigneur consent et s’éloigne. Absorbé dans la contemplation, le sage poursuit son culte, oubliant parfois les rites formels sous l’élan du bhāva. Lors de l’adoration du soir sur la rive de la Puṣpabhadrā, un pralaya éclate soudain: vents furieux, nuées tonnantes et déluge universel engloutissent le cosmos, laissant Mārkaṇḍeya seul, tourmenté par la faim, la peur et les monstres marins durant «des millions d’années». Enfin, il aperçoit une minuscule île, un banian et un enfant lumineux sur une feuille; l’enfant l’inhale, lui révèle dans Son corps l’univers d’avant la dissolution, puis l’exhale de nouveau dans le déluge. Quand Mārkaṇḍeya se précipite pour embrasser le Seigneur, l’enfant disparaît et le déluge s’évanouit aussitôt, le ramenant à son ermitage—ouvrant sur les thèmes de nirodha, kāla et āśraya.
Verse 1
सूत उवाच संस्तुतो भगवानित्थं मार्कण्डेयेन धीमता । नारायणो नरसख: प्रीत आह भृगूद्वहम् ॥ १ ॥
Sūta dit : Ainsi glorifié par le sage intelligent Mārkaṇḍeya, le Seigneur Nārāyaṇa, ami de Nara, fut satisfait et s’adressa à cet illustre descendant de Bhṛgu.
Verse 2
श्रीभगवानुवाच भो भो ब्रह्मर्षिवर्योऽसि सिद्ध आत्मसमाधिना । मयि भक्त्यानपायिन्या तप:स्वाध्यायसंयमै: ॥ २ ॥
Le Seigneur Suprême dit : Ô, ô ! Tu es le meilleur des brahmarṣis. Tu as atteint la perfection par le samādhi sur le Paramātmā; et par une bhakti inébranlable envers Moi, l’austérité, l’étude des Vedas et une discipline rigoureuse.
Verse 3
वयं ते परितुष्टा: स्म त्वद् बृहद्व्रतचर्यया । वरं प्रतीच्छ भद्रं ते वरदोऽस्मि त्वदीप्सितम् ॥ ३ ॥
Nous sommes pleinement satisfaits de ta pratique de ce grand vœu. Que toute bonne fortune soit tienne : choisis la bénédiction que tu désires; Je suis le dispensateur de grâces et j’accomplirai ton souhait.
Verse 4
श्रीऋषिरुवाच जितं ते देवदेवेश प्रपन्नार्तिहराच्युत । वरेणैतावतालं नो यद् भवान् समदृश्यत ॥ ४ ॥
Le sage dit : Victoire à Toi, ô Seigneur des seigneurs ! Ô Acyuta, Tu enlèves toute détresse aux dévots qui se réfugient en Toi. Pour moi, cette seule grâce suffit : que Tu m’aies accordé Ta vision.
Verse 5
गृहीत्वाजादयो यस्य श्रीमत्पादाब्जदर्शनम् । मनसा योगपक्वेन स भवान् मेऽक्षिगोचर: ॥ ५ ॥
L’esprit mûri par le yoga, des devas tels que Brahmā ont obtenu leur rang sublime rien qu’en contemplant Tes magnifiques pieds de lotus; et maintenant, ô mon Seigneur, Tu es apparu personnellement devant mes yeux.
Verse 6
अथाप्यम्बुजपत्राक्ष पुण्यश्लोकशिखामणे । द्रक्ष्ये मायां यया लोक: सपालो वेद सद्भिदाम् ॥ ६ ॥
Ô Seigneur aux yeux pareils aux pétales de lotus, joyau suprême des êtres glorifiés; bien que Ta vue seule me comble, je désire contempler Ta puissance de māyā, par l’influence de laquelle le monde entier, avec ses divinités gouvernantes, tient le réel pour une diversité matérielle.
Verse 7
सूत उवाच इतीडितोऽर्चित: काममृषिणा भगवान् मुने । तथेति स स्मयन् प्रागाद् बदर्याश्रममीश्वर: ॥ ७ ॥
Sūta dit : Ô sage Śaunaka, comblé par les louanges et l’adoration de Mārkaṇḍeya, la Suprême Personnalité de Dieu sourit et répondit : « Qu’il en soit ainsi », puis Il partit pour Son ermitage de Badarikāśrama.
Verse 8
तमेव चिन्तयन्नर्थमृषि: स्वाश्रम एव स: । वसन्नग्न्यर्कसोमाम्बुभूवायुवियदात्मसु ॥ ८ ॥ ध्यायन् सर्वत्र च हरिं भावद्रव्यैरपूजयत् । क्वचित् पूजां विसस्मार प्रेमप्रसरसम्प्लुत: ॥ ९ ॥
Ne cessant de penser à son désir de voir l’énergie illusoire du Seigneur, le sage demeura dans son propre āśrama. Il méditait sans relâche sur Hari partout — dans le feu, le soleil, la lune, l’eau, la terre, l’air, l’éclair, le ciel et dans son propre cœur — et L’adorait avec des offrandes conçues en son esprit; mais parfois, submergé par des vagues d’amour pour le Seigneur, il en oubliait son culte quotidien.
Verse 9
तमेव चिन्तयन्नर्थमृषि: स्वाश्रम एव स: । वसन्नग्न्यर्कसोमाम्बुभूवायुवियदात्मसु ॥ ८ ॥ ध्यायन् सर्वत्र च हरिं भावद्रव्यैरपूजयत् । क्वचित् पूजां विसस्मार प्रेमप्रसरसम्प्लुत: ॥ ९ ॥
Ne cessant de penser à son désir de voir l’énergie illusoire du Seigneur, le sage demeura dans son propre āśrama. Il méditait sans relâche sur Hari partout — dans le feu, le soleil, la lune, l’eau, la terre, l’air, l’éclair, le ciel et dans son propre cœur — et L’adorait avec des offrandes conçues en son esprit; mais parfois, submergé par des vagues d’amour pour le Seigneur, il en oubliait son culte quotidien.
Verse 10
तस्यैकदा भृगुश्रेष्ठ पुष्पभद्रातटे मुने: । उपासीनस्य सन्ध्यायां ब्रह्मन् वायुरभून्महान् ॥ १० ॥
Ô Śaunaka, brāhmane, le meilleur des Bhṛgu : un jour, tandis que le sage Mārkaṇḍeya accomplissait le culte du soir sur la rive de la Puṣpabhadrā, un vent puissant se leva soudain.
Verse 11
तं चण्डशब्दं समुदीरयन्तं बलाहका अन्वभवन् कराला: । अक्षस्थविष्ठा मुमुचुस्तडिद्भि: स्वनन्त उच्चैरभिवर्षधारा: ॥ ११ ॥
Ce vent fit retentir un fracas terrible, et derrière lui vinrent des nuées effrayantes. Avec éclairs et tonnerres rugissants, elles déversèrent de toutes parts des torrents de pluie lourds comme des roues de char.
Verse 12
ततो व्यदृश्यन्त चतु:समुद्रा: समन्तत: क्ष्मातलमाग्रसन्त: । समीरवेगोर्मिभिरुग्रनक्र- महाभयावर्तगभीरघोषा: ॥ १२ ॥
Alors les quatre grands océans apparurent de toutes parts, engloutissant la surface de la terre sous des vagues fouettées par le vent. On y voyait des monstres marins terribles, des tourbillons effrayants et de sombres grondements.
Verse 13
अन्तर्बहिश्चाद्भिरतिद्युभि: खरै: शतह्रदाभिरुपतापितं जगत् । चतुर्विधं वीक्ष्य सहात्मना मुनि- र्जलाप्लुतां क्ष्मां विमना: समत्रसत् ॥ १३ ॥
Le sage vit tous les êtres de l’univers, lui-même compris, tourmentés au dedans comme au dehors par des vents âpres, des éclairs et des vagues immenses s’élevant au-delà du ciel. Quand la terre entière fut submergée, il devint perplexe et saisi de crainte.
Verse 14
तस्यैवमुद्वीक्षत ऊर्मिभीषण: प्रभञ्जनाघूर्णितवार्महार्णव: । आपूर्यमाणो वरषद्भिरम्बुदै: क्ष्मामप्यधाद् द्वीपवर्षाद्रिभि: समम् ॥ १४ ॥
Tandis que Mārkaṇḍeya regardait, la pluie des nuages emplissait l’océan toujours davantage. Cette mer immense, fouettée par des ouragans et soulevée en vagues terrifiantes, recouvrit toute la terre avec ses îles, montagnes et continents.
Verse 15
सक्ष्मान्तरिक्षं सदिवं सभागणं त्रैलोक्यमासीत् सह दिग्भिराप्लुतम् । स एक एवोर्वरितो महामुनि- र्बभ्राम विक्षिप्य जटा जडान्धवत् ॥ १५ ॥
Les eaux submergèrent la terre, l’espace, le ciel et le domaine des devas; l’univers entier, dans toutes les directions, fut inondé. Parmi tous les êtres, seul demeura le grand sage Mārkaṇḍeya; ses mèches emmêlées éparses, il erra seul sur les eaux comme un muet et un aveugle.
Verse 16
क्षुत्तृट्परीतो मकरैस्तिमिङ्गिलै- रुपद्रुतो वीचिनभस्वता हत: । तमस्यपारे पतितो भ्रमन् दिशो न वेद खं गां च परिश्रमेषित: ॥ १६ ॥
Tourmenté par la faim et la soif, assailli par les makaras et les poissons timiṅgila, et battu par le vent et les vagues, il tomba dans une obscurité sans rive. Épuisé, il erra sans direction, ne distinguant plus le ciel de la terre.
Verse 17
क्वचिन्मग्नो महावर्ते तरलैस्ताडित: क्वचित् । यादोभिर्भक्ष्यते क्वापि स्वयमन्योन्यघातिभि: ॥ १७ ॥ क्वचिच्छोकं क्वचिन्मोहं क्वचिद्दु:खं सुखं भयम् । क्वचिन्मृत्युमवाप्नोति व्याध्यादिभिरुतार्दित: ॥ १८ ॥
Tantôt il était englouti par de grands tourbillons, tantôt frappé par de puissantes vagues; ailleurs les monstres des eaux, se heurtant entre eux, menaçaient de le dévorer. Tantôt il éprouvait le chagrin, tantôt l’égarement; tantôt la douleur, tantôt la joie ou la peur; et parfois, sous l’assaut de maladies et de souffrances terribles, il se sentait mourir.
Verse 18
क्वचिन्मग्नो महावर्ते तरलैस्ताडित: क्वचित् । यादोभिर्भक्ष्यते क्वापि स्वयमन्योन्यघातिभि: ॥ १७ ॥ क्वचिच्छोकं क्वचिन्मोहं क्वचिद्दु:खं सुखं भयम् । क्वचिन्मृत्युमवाप्नोति व्याध्यादिभिरुतार्दित: ॥ १८ ॥
Tantôt il était englouti par de grands tourbillons, tantôt frappé par de puissantes vagues; ailleurs les monstres des eaux, se heurtant entre eux, menaçaient de le dévorer. Tantôt il éprouvait le chagrin, tantôt l’égarement; tantôt la douleur, tantôt la joie ou la peur; et parfois, sous l’assaut de maladies et de souffrances terribles, il se sentait mourir.
Verse 19
अयुतायुतवर्षाणां सहस्राणि शतानि च । व्यतीयुर्भ्रमतस्तस्मिन् विष्णुमायावृतात्मन: ॥ १९ ॥
D’innombrables millions d’années—des milliers et des centaines de siècles—s’écoulèrent tandis que Mārkaṇḍeya errait dans ce déluge, l’esprit voilé par la māyā du Seigneur Viṣṇu, la Personnalité Suprême de Dieu.
Verse 20
स कदाचिद् भ्रमंस्तस्मिन् पृथिव्या: ककुदि द्विज: । न्याग्रोधपोतं ददृशे फलपल्लवशोभितम् ॥ २० ॥
Un jour, errant sur les eaux, le brāhmane Mārkaṇḍeya découvrit un petit îlot sur le dos de la terre ; là se dressait un jeune banian, paré de pousses, de fleurs et de fruits.
Verse 21
प्रागुत्तरस्यां शाखायां तस्यापि ददृशे शिशुम् । शयानं पर्णपुटके ग्रसन्तं प्रभया तम: ॥ २१ ॥
Sur une branche du côté nord-est de cet arbre, il vit un nourrisson couché dans une feuille ; son éclat engloutissait les ténèbres.
Verse 22
महामरकतश्यामं श्रीमद्वदनपङ्कजम् । कम्बुग्रीवं महोरस्कं सुनसं सुन्दरभ्रुवम् ॥ २२ ॥ श्वासैजदलकाभातं कम्बुश्रीकर्णदाडिमम् । विद्रुमाधरभासेषच्छोणायितसुधास्मितम् ॥ २३ ॥ पद्मगर्भारुणापाङ्गं हृद्यहासावलोकनम् । श्वासैजद्वलिसंविग्ननिम्ननाभिदलोदरम् ॥ २४ ॥ चार्वङ्गुलिभ्यां पाणिभ्यामुन्नीय चरणाम्बुजम् । मुखे निधाय विप्रेन्द्रो धयन्तं वीक्ष्य विस्मित: ॥ २५ ॥
Le nourrisson était d’un bleu sombre, pur comme l’émeraude ; son visage de lotus rayonnait de beauté, et sa gorge portait des marques semblables aux lignes d’une conque. Sa poitrine était large, son nez harmonieux, ses sourcils gracieux ; ses oreilles, pareilles à des fleurs de grenade, avaient des replis intérieurs comme des spirales de coquillage. Les coins de ses yeux étaient rougeoyants comme le cœur du lotus, et l’éclat de ses lèvres, tel le corail, rosissait légèrement son sourire de nectar. À chaque souffle, sa chevelure frémissait, et les plis de son ventre—semblable à une feuille de banian—bougeaient autour de son nombril profond. Le brāhmane éminent, stupéfait, le vit saisir de ses doigts délicats son pied de lotus, porter un orteil à sa bouche et le sucer.
Verse 23
महामरकतश्यामं श्रीमद्वदनपङ्कजम् । कम्बुग्रीवं महोरस्कं सुनसं सुन्दरभ्रुवम् ॥ २२ ॥ श्वासैजदलकाभातं कम्बुश्रीकर्णदाडिमम् । विद्रुमाधरभासेषच्छोणायितसुधास्मितम् ॥ २३ ॥ पद्मगर्भारुणापाङ्गं हृद्यहासावलोकनम् । श्वासैजद्वलिसंविग्ननिम्ननाभिदलोदरम् ॥ २४ ॥ चार्वङ्गुलिभ्यां पाणिभ्यामुन्नीय चरणाम्बुजम् । मुखे निधाय विप्रेन्द्रो धयन्तं वीक्ष्य विस्मित: ॥ २५ ॥
Le nourrisson était d’un bleu sombre, pur comme l’émeraude ; son visage de lotus rayonnait de beauté, et sa gorge portait des marques semblables aux lignes d’une conque. Sa poitrine était large, son nez harmonieux, ses sourcils gracieux ; ses oreilles, pareilles à des fleurs de grenade, avaient des replis intérieurs comme des spirales de coquillage. Les coins de ses yeux étaient rougeoyants comme le cœur du lotus, et l’éclat de ses lèvres, tel le corail, rosissait légèrement son sourire de nectar. À chaque souffle, sa chevelure frémissait, et les plis de son ventre—semblable à une feuille de banian—bougeaient autour de son nombril profond. Le brāhmane éminent, stupéfait, le vit saisir de ses doigts délicats son pied de lotus, porter un orteil à sa bouche et le sucer.
Verse 24
महामरकतश्यामं श्रीमद्वदनपङ्कजम् । कम्बुग्रीवं महोरस्कं सुनसं सुन्दरभ्रुवम् ॥ २२ ॥ श्वासैजदलकाभातं कम्बुश्रीकर्णदाडिमम् । विद्रुमाधरभासेषच्छोणायितसुधास्मितम् ॥ २३ ॥ पद्मगर्भारुणापाङ्गं हृद्यहासावलोकनम् । श्वासैजद्वलिसंविग्ननिम्ननाभिदलोदरम् ॥ २४ ॥ चार्वङ्गुलिभ्यां पाणिभ्यामुन्नीय चरणाम्बुजम् । मुखे निधाय विप्रेन्द्रो धयन्तं वीक्ष्य विस्मित: ॥ २५ ॥
Le nourrisson était d’un bleu sombre, pur comme l’émeraude ; son visage de lotus rayonnait de beauté, et sa gorge portait des marques semblables aux lignes d’une conque. Sa poitrine était large, son nez harmonieux, ses sourcils gracieux ; ses oreilles, pareilles à des fleurs de grenade, avaient des replis intérieurs comme des spirales de coquillage. Les coins de ses yeux étaient rougeoyants comme le cœur du lotus, et l’éclat de ses lèvres, tel le corail, rosissait légèrement son sourire de nectar. À chaque souffle, sa chevelure frémissait, et les plis de son ventre—semblable à une feuille de banian—bougeaient autour de son nombril profond. Le brāhmane éminent, stupéfait, le vit saisir de ses doigts délicats son pied de lotus, porter un orteil à sa bouche et le sucer.
Verse 25
महामरकतश्यामं श्रीमद्वदनपङ्कजम् । कम्बुग्रीवं महोरस्कं सुनसं सुन्दरभ्रुवम् ॥ २२ ॥ श्वासैजदलकाभातं कम्बुश्रीकर्णदाडिमम् । विद्रुमाधरभासेषच्छोणायितसुधास्मितम् ॥ २३ ॥ पद्मगर्भारुणापाङ्गं हृद्यहासावलोकनम् । श्वासैजद्वलिसंविग्ननिम्ननाभिदलोदरम् ॥ २४ ॥ चार्वङ्गुलिभ्यां पाणिभ्यामुन्नीय चरणाम्बुजम् । मुखे निधाय विप्रेन्द्रो धयन्तं वीक्ष्य विस्मित: ॥ २५ ॥
Le nourrisson avait une carnation bleu sombre, telle une émeraude sans défaut ; son visage, lotus resplendissant, rayonnait de beauté, et sa gorge portait des marques semblables aux lignes d’une conque. Sa poitrine était large, son nez bien dessiné, ses sourcils gracieux, et ses oreilles charmantes, pareilles à des fleurs de grenade, avec des replis intérieurs comme les spirales d’un coquillage. Les coins de ses yeux étaient rougeoyants comme le cœur du lotus, et l’éclat de ses lèvres, semblables au corail, rosissait légèrement son sourire envoûtant, doux comme le nectar. À chaque souffle, sa chevelure frémissait, et son nombril profond se déformait sous les plis mouvants de son ventre, semblable à une feuille de banyan. Le brāhmaṇa éminent, stupéfait, vit l’enfant saisir d’élégants doigts son pied de lotus, en placer un orteil dans sa bouche et le sucer.
Verse 26
तद्दर्शनाद् वीतपरिश्रमो मुदा प्रोत्फुल्लहृत्पद्मविलोचनाम्बुज: । प्रहृष्टरोमाद्भुतभावशङ्कित: प्रष्टुं पुरस्तं प्रससार बालकम् ॥ २६ ॥
À la vue de l’enfant, toute la fatigue de Mārkaṇḍeya s’évanouit. Sa joie fut telle que le lotus de son cœur et le lotus de ses yeux s’épanouirent pleinement, et les poils de son corps se dressèrent. Troublé quant à l’identité de ce nourrisson prodigieux, le sage s’avança vers Lui pour l’interroger.
Verse 27
तावच्छिशोर्वै श्वसितेन भार्गव: सोऽन्त: शरीरं मशको यथाविशत् । तत्राप्यदो न्यस्तमचष्ट कृत्स्नशो यथा पुरामुह्यदतीव विस्मित: ॥ २७ ॥
À cet instant, l’enfant inspira, et Bhārgava Mārkaṇḍeya fut aspiré dans Son corps comme un moustique. Là, le sage vit l’univers entier déployé, tel qu’il était avant la dissolution. À cette vision, il fut saisi d’un immense étonnement et d’une profonde perplexité.
Verse 28
खं रोदसी भागणानद्रिसागरान् द्वीपान् सवर्षान् ककुभ: सुरासुरान् । वनानि देशान् सरित: पुराकरान् खेटान् व्रजानाश्रमवर्णवृत्तय: ॥ २८ ॥ महान्ति भूतान्यथ भौतिकान्यसौ कालं च नानायुगकल्पकल्पनम् । यत् किञ्चिदन्यद् व्यवहारकारणं ददर्श विश्वं सदिवावभासितम् ॥ २९ ॥
Le sage vit l’univers entier : le ciel, les cieux et la terre, les étoiles, les montagnes et les océans, les grandes îles et continents, l’étendue de toutes les directions, les êtres pieux et démoniaques, devas et asuras. Il vit les forêts, les pays, les rivières, les cités et les mines, les villages agricoles et les pâturages, ainsi que les activités professionnelles et spirituelles des diverses divisions du varṇa-āśrama. Il vit aussi les grands éléments et tous leurs dérivés, et le Temps lui-même, qui règle la marche d’innombrables yuga et kalpa au sein des jours de Brahmā. Enfin, il vit tout ce qui est créé pour l’usage de la vie matérielle : tout se manifestait devant lui comme si c’était réel.
Verse 29
खं रोदसी भागणानद्रिसागरान् द्वीपान् सवर्षान् ककुभ: सुरासुरान् । वनानि देशान् सरित: पुराकरान् खेटान् व्रजानाश्रमवर्णवृत्तय: ॥ २८ ॥ महान्ति भूतान्यथ भौतिकान्यसौ कालं च नानायुगकल्पकल्पनम् । यत् किञ्चिदन्यद् व्यवहारकारणं ददर्श विश्वं सदिवावभासितम् ॥ २९ ॥
Le sage vit l’univers entier : le ciel, les cieux et la terre, les étoiles, les montagnes et les océans, les grandes îles et continents, l’étendue de toutes les directions, les êtres pieux et démoniaques, devas et asuras. Il vit les forêts, les pays, les rivières, les cités et les mines, les villages agricoles et les pâturages, ainsi que les activités professionnelles et spirituelles des diverses divisions du varṇa-āśrama. Il vit aussi les grands éléments et tous leurs dérivés, et le Temps lui-même, qui règle la marche d’innombrables yuga et kalpa au sein des jours de Brahmā. Enfin, il vit tout ce qui est créé pour l’usage de la vie matérielle : tout se manifestait devant lui comme si c’était réel.
Verse 30
हिमालयं पुष्पवहां च तां नदीं निजाश्रमं यत्र ऋषी अपश्यत । विश्वं विपश्यञ्छ्वसिताच्छिशोर्वै बहिर्निरस्तो न्यपतल्लयाब्धौ ॥ ३० ॥
Il vit l’Himālaya, la rivière Puṣpabhadrā et son propre āśrama, où il avait reçu le darśana des sages Nara et Nārāyaṇa. Puis, tandis que Mārkaṇḍeya contemplait l’univers entier, l’expiration de l’Enfant le rejeta hors de Son corps et le précipita de nouveau dans l’océan de la dissolution.
Verse 31
तस्मिन् पृथिव्या: ककुदि प्ररूढं वटं च तत्पर्णपुटे शयानम् । तोकं च तत्प्रेमसुधास्मितेन निरीक्षितोऽपाङ्गनिरीक्षणेन ॥ ३१ ॥ अथ तं बालकं वीक्ष्य नेत्राभ्यां धिष्ठितं हृदि । अभ्ययादतिसङ्क्लिष्ट: परिष्वक्तुमधोक्षजम् ॥ ३२ ॥
Dans cette mer immense, il revit le banian poussant sur le minuscule îlot et l’Enfant couché dans le creux de la feuille. L’Enfant le regarda du coin de l’œil, souriant d’un nectar d’amour; et Mārkaṇḍeya Le reçut en son cœur par le regard. Bouleversé, le sage courut pour enlacer le Seigneur Adhokṣaja, transcendant.
Verse 32
तस्मिन् पृथिव्या: ककुदि प्ररूढं वटं च तत्पर्णपुटे शयानम् । तोकं च तत्प्रेमसुधास्मितेन निरीक्षितोऽपाङ्गनिरीक्षणेन ॥ ३१ ॥ अथ तं बालकं वीक्ष्य नेत्राभ्यां धिष्ठितं हृदि । अभ्ययादतिसङ्क्लिष्ट: परिष्वक्तुमधोक्षजम् ॥ ३२ ॥
Dans cette mer immense, il revit le banian poussant sur le minuscule îlot et l’Enfant couché dans le creux de la feuille. L’Enfant le regarda du coin de l’œil, souriant d’un nectar d’amour; et Mārkaṇḍeya Le reçut en son cœur par le regard. Bouleversé, le sage courut pour enlacer le Seigneur Adhokṣaja, transcendant.
Verse 33
तावत् स भगवान् साक्षाद् योगाधीशो गुहाशय: । अन्तर्दध ऋषे: सद्यो यथेहानीशनिर्मिता ॥ ३३ ॥
À cet instant, le Seigneur Suprême en personne—maître originel du yoga, caché dans la caverne du cœur de tous—devint invisible au sage, comme les succès d’un incapable peuvent soudain s’évanouir.
Verse 34
तमन्वथ वटो ब्रह्मन् सलिलं लोकसम्प्लव: । तिरोधायि क्षणादस्य स्वाश्रमे पूर्ववत्स्थित: ॥ ३४ ॥
Après la disparition du Seigneur, ô brāhmaṇa, le banian, les eaux immenses et le déluge de la dissolution cosmique s’évanouirent en un instant; et aussitôt Mārkaṇḍeya se retrouva dans son propre āśrama, comme auparavant.
His request is not for entertainment or skepticism but for tattva-jijñāsā: to understand how the Lord’s śakti makes the one reality appear as many and binds conditioned beings (including rulers of the cosmos) to mistaken notions of material variegation as ultimate. The episode teaches that māyā is apprehended correctly only when seen as Bhagavān’s controlled potency, not as an independent principle.
Śāstric narration presents pralaya as a real cosmic process governed by kāla and the Lord’s will (nirodha), while also functioning pedagogically: it dramatizes the fragility of all worlds and identities under time. The double function is central to Purāṇic method—cosmology that simultaneously instructs vairāgya (detachment) and directs the mind to āśraya, the only stable refuge.
The child is Bhagavān Himself in the vatapatra-śāyī manifestation, revealing that the cosmos rests within Him even when it seems dissolved. By inhaling Mārkaṇḍeya and showing him the complete universe inside His body, the Lord demonstrates that creation, maintenance, and dissolution occur within His sovereignty; the sage’s “external” experience of chaos is thus reframed as māyā under divine control.
The disappearance underscores that mystical experience cannot be seized by personal effort alone; Bhagavān remains svatantra (fully independent). The point is not denial of intimacy, but instruction: the Lord reveals and withdraws visions to deepen surrender, preventing the devotee from mistaking extraordinary experiences for final attainment and directing him instead to steady bhakti anchored in the Lord as āśraya.